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Full text of "Nouveau recueil de fabliaux et contes inédits, des poètes français des XIIe, XIIIe, XIVe et XVe siècles; publié par M. Méon"

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NOUVEAU RECUEIL 

DE 

FABLIAUX ET CONTES. • 



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DE L'IMPRIMERIE DE CRA.PELET. 



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F\ELUHX ET. CONTES 



x.îr vr a v î: s: v i. î ks, 



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NOUVEAU RECUEIL 

DE 

FABLIAUX ET. CONTES 

INÉDITS, 

DES POÈTES FRANÇAIS DES XII e , XIII", 
XIV e ET XV e SIÈCLES; 

PUBLIÉ PAR M. MÉON, 

EMPLOYÉ AUX MANUSCRITS DE LA BIBLIOTHEQUE DU ROI. 



TOME PREMIER. 




A PARIS, 

CHEZ CHASSERIAU, LIBRAIRE-ÉDITEUR, 

RUE NEUVE-DES-PETITS-CHAMPS , N° 5. 

M dccg xxra. 



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AVERTISSEMENT. 



Ce nouveau recueil de Contes en contient de deux 
sortes. Le premier volume est composé de la même 
manière que les quatre volumes publiés en i8o8( ¥ ); 
mais une partie de ces Contes ayant été prise sur des 
copies faites pour M. de Sainte-Palaye , on y trouvera 
quelques mots évidemment mal copiés, et qu'il a été 
impossible de rectifier faute du manuscrit original. 
Le second volume ne contient que des Contes dévots 
extraits des manuscrits de la Bibliothèque du Roi. Le 
Grand d'Aussy en a fait connoître plusieurs , entre 
autres celui de X Ermite qui s'acompaigna a l'Ange, 
et qui paroît avoir servi de modèle au joli conte de 
Zadig, par Voltaire. Ce conte , traduit du latin comme 
tous ceux de ce genre , se trouve dans tm manuscrit 
où il ne fait qu'un avec celui de XErmile qui se 
désespéra pour le Larron qui ala en paradis avant 
que lui 9 et qui en est le commencement. Il présente 
des différences qui prouvent que les poètes traduc- 
teurs ne s'astreignoient pas à rendre littéralement le 
texte dont ils s'occupoient , ou que le ihême sujet a 
été traité par deux auteurs différera. 

On lit dans le manuscrit latin, qu'un ermite dont 
l'ermitage n etoit pas éloigné de la retraite d'un lar- 

(*) On en trouve encore quelques exemplaires chei MM. Treuttel 
et Wiirtz, rue de Bourbon, n° 17. 



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vj AVERTISSEMENT, 
ron, ayant vu en vision que les anges portaient son 
âme au ciel , murmura intérieurement contre les juge- 
mens de Dieu. Un ange lui apparut aussitôt , qui lui, 
dit : Viens avec moi , et je te prouverai que les juge- 
mens de Dieu sont justes. Et l'ayant conduit dans la 
cellule d'un ermite qui demeuroit près de la mer, ils 
en furent très bien reçus ; mais , étant allé se promener 
sur mer après le repas, l'ange y précipita son hôte, 
* qui fut noyé ; ce qu'ayant vu l'ermite son compagnon, 

il en fut très affligé. L'ange lui dit : Ne t'affliges point. 
Ils allèrent ensuite chez un autre ermite , qui les reçut 
également bien. Il avoit une coupe très belle , à la- 
quelle il étoit très attaché, et qu'il gardoit avec le 
plus grand soin ; mais le matin , avant de sortir , l'ange 
la lui enleva ; ce qui , ayant été vu par son compa- . 
gnon , le scandalisa beaucoup. Ils vinrent ensuite 
dans la maison d'un homme de bien, qui leur donna 
l'hospitalité ; et le lendemain il les fit accompagner 
par un sien jeune serviteur, pour leur montrer leur 
chemin ; mais l'ange le précipita du pont dans le fleuve 
en présence de l'ermite ; il y fut bientôt noyé. L'ermite 
en fut fort affligé. Ils allèrent ensuite demander l'hos- 
pitalité à un bourgeois, qui les reçut avec joie, et 
leur donna tout ce dont ils avoient besoin. Il avoit 
un fils unique, encore enfant, qu'il aimoit tendre- 
ment, et qui , n'ayant fait que crier et pleurer toute 
la nuit , empêcha tous les habitans de la maison de 
dormir. L'ange l'ayant entendu, se leva à l'insu de 
son compagnon , et l'étrangla. Il lui dit ensuite : Dor- 



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AVERTISSEMENT. vij 
mez tranquillement, vous n'entendrez plus crier l'en- 
fant, car je l'ai étranglé. L'ermite ayant entendu cela, 
en fut très fâché, et s'imagina qu'il étoit plutôt un 
envoyé de Satan qu'un ange. Enfin , en sortant de là, 
ils vinrent à l'entrée d'une forêt, où ils trouvèrent un 
homme dormant sous un arbre , et qui avoit beau- 
coup d'argent caché dans son sein. L'ange dit à 
l'ermite : Je vais lui prendre tout doucement cet 
argent. L'ermite ne voulut pas s'éloigner, et lui re- 
procha tout ce qu'il avoit fait depuis qu'ils étoient 
ensemble. Alors l'ange lui dit : Tu es très étonné de 
tout ce que tu m'as vu faire , et ce n'est pas sans rai- 
son ; mais je n'ai rien fait sans cause , parce que , 
comme le dit Salomon , rien ne se fait sur terre sans 
motif. Cet homme à qui je viens de prendre son ar- 
gent , est un très méchant larron , car aujourd'hui il 
a assassiné un voyageur, et lui a pris cet argent. 
Pendant qu'il disoit cela, tous ses voisins vinrent 
chercher le voleur , en criant et disant tout ce qu'il 
avoit fait. Alors l'ange les ayant appelés , leur donna 
tout l'argent , en leur disant comment il l'avoit assas- 
siné et comment il lui avoit repris l'argent , qu'il leur 
ordonna de rendre à son épouse et à ses enfans. Alors 
il dit à l'ermite : Ne vaut-il pas mieux que cet argent 
soit rendu à la femme et aux enfans du mort que ce 
qu'il reste à ce voleur ? En outre , tu as été très scan- 
dalisé de ce que j'ai étranglé cet enfant qui crioit la 
nuit. Je l'ai fait, parce qu'avant sa naissance ses père 
et mère employoient au service de Dieu , et à donner 



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viij AVERTISSEMENT. 

l'hospitalité aux pauvres , tout ce qu'ils pouvoient 
avoir; mais, depuis sa naissance, ils ne s'occupoient 
qu'à amasser pour lui laisser de la fortune. Quant à 
ce jeune homme que j'ai précipité du pont , dans le 
fleuve , apprends qu'il avoit le projet d'assassiner son 
maître la nuit suivante , et d'emporter tout ce tju'ii 
possédoit. Pour l'ermite à qui j'ai pris la coupe, 
saches qu'il y étoit trop attaché, et qu'à çause de 
cette coupe, il a perdu l'occasion de faire beaucoup 
de bien , et négligé le service de Dieu. De plus , 
celui que j'ai précipité de la roche dans la mer, s étoit 
proposé de Jomiquer le lendemain ; et comme Dieu 
ne vouloit pas qu'il perdît la récompense des bonnes 
œuvres qu'il avoit faites , je l'ai noyé. Enfin , quant 
à l'ermite qui s'est cassé le col en retournant dans le 
monde, apprends que, présumant trop de ses mé- 
rites , et qu'étant fâché de ce que Dieu avoit usé de 
miséricorde vis-à-vis de ce larron très méchant, il 
n'a pas compris que Dieu ne veut point appeler les 
justes, mais les pécheurs, pour faire pénitence, et 
parce qu'au lieu de rendre des humbles actions de 
grâces du salut de ce voleur dont il avôit entendu la 
confession , et à qui il avoit imposé la pénitence ci- 
dessus par envie et par orgueil et par colère , et il est 
damné : ainsi l'orgueil nous fait perdre Dieu , l'envie 
notre prochain , et la colère nous-même. 



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NOUVEAU RECUEIL 

DE 

FABLIAUX ET CONTES 

INÉDITS, 

DES POÈTES FRANÇAIS DES XIV 6 , XIIP, 
XIV* ET XV e SIÈCLES. . 



LÀ MULE SANZ FRAIN, 

ou 

LA DAMOISELE A LA MURE, 

PAR PAIEJÎS DE 4KAISIBRB4 . 

lu vilains dist en reprovier 
Que la chose a puis grant mestier 
Que ele est viez et ariez mise : 
Por ce par sens et par devise 
Doit chascuns lou sien chier tenir, 
Qui l'en puet moult tost biens venir 
A chose qui mestier auroit. 
Mains sont prisiées orendroit 
Les viez voies que les no vêles, 

TOME X. T 




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NOUVEAU RECUEIL 

Por ce qu'en les tient à plus bêles, 
Et si sont miaudres par sanblant ; 
Mès il avient assez sovçnt 
Que les viez en sont les plus chieres* 
Por ce dist Paiens de Maisieres 
Qu'en se doit tenir totes voies 
Plus as vies qu'as noveles voies. 

Ici commence une aventure 
De la Damoisele à la Mure 
Q'à la Cort au roi Artu vint. 
Un jor de Pentecoste avint 
Qfte li rois Artus Cort tenoit 
A Cardoil, si con il soloit, 
Et s'i ot chevaliers assez 
De totes terres amassez 
Qui à la Cort venu estoienu 
Avec la Roïne restoient 
Les dames et les damoiseles 
Don il i ot assez de bêles 
Qui à la Cort erent venues. 
Tant ont les paroles tenues, 
Que li baron, après mengier, 
Furent aie esbanoier. 
Parmi la sale amont, as estres , 
Si regardent par les fenestres 
Tôt aval très parmi un pré. 
Mès moult i orent pou esté 
Que il virent sor une mure 
Vers le chastel grant aléure 
Venir une seule pucele 
Qui moult ert avenanz et bele. 
La Damoisele issi venoit 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 
Que en sa mule point n'avoit 
De frain , ne mès seul lo chevestre. 
Li chevalier ce que pot estre 
Entr'ax durement s'en merveillent , 
Moult en parolent èt consellent , 
Et dient que lou sauroit 
La Roïne , s'ele i estoit , 
far quel besoing vient en la terre. 
Kex , fait Gauvain , alez la querre , 
Et au Roi dites qu'il i viegne, 
Que nul essoigne no detiegne 
Que à nos ne viegne orendroit. 
Li Senechax s'en va tôt droit 
Où la Roïne et li Rois sont. 
Sire , fet Kex , venez amont 
Où vostre chevalier vos mandent, 
Et il maintenant li demandent : 
Senechal , que nos voillent-il ? 
Venez en avec moi , fet-il, 
Et je le vos ensaignerai , 
L'aventure vos montrerai 
Que nos avons trestuit véue. 
Atant la pucele est venue 
Et devant la sale descent. 
Gauvain vet encontre courant, 
Et des autres moult en i corent , 
Et moult la servent et anorent ; 
Mès bien paroit à son sanblant 
Quel n'avoit de joer talant , 
Car moult ayoit eu grant poinne. 
Li Rois la mande , et l'en li moinne. 
Tantost con ele fu venue 



4 > NOUVEAU RÉCUEIL 

Devant lou Roi , si lo salue. 
Sire, fet-ele, bien véez 
Qu'iriée et triste sui assez , 
Et toz jorz mès ensi serai , 
Ne jamès jor joie n'aurai 
Tant que mes frainz me soit renduz 

80 Qui mauvaisement m'est toluz, 

Don perdu ai tote ma joie. ** 
Je sai bien que je lou r'auroie 

- Se caiens avoit chevalier 

» 

Qui de ce s'osast afichier , 

Qui vousist ceste voie enprendre ; 

Et se il lo me voloit rendre , 

Que trestote soe seroie 

Sitost con je mon frain r'auroie 

Sanz chalonge et sanz contredit : 

90 Et je orendroit sanz respit 
Por la soe amor tant feroie 
Que ma mule li bailleroie 
Qui lou menra à un chastel 
Moult bien séant , et fort et bel , 
Mès il ne l'aura mie en pès. 
À cest mot s'est Kex avant très , 
Et dit qu'il ira lo frain querre, 
Jà n'iert en si estrange terre , 
Mès il vialt qu'ele lou besast 

100 Primes ain cois qu'il i alast; 

Et baisier la vost maintenant. 
Ha ! sire , fet-el , jusq a tant 
Que lou frainc aiez , lo beisier 
Ne vos voil-je mie otroier; 
Mès quant li frains sera renduz , 




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DE FABLIAUX ET CONTES. S 

Lors vos iert li chastiax renduz , 

Et li baisiers et l'autre chose, 

Kex plus angoissier ne l'en ose ; 

Cele li redit et conmande 
110 Que la mule onques ne desfende 

Quele part qu'ele voille aler. 

Kex n a cure de demorer 

Iluec o ax plus longuement , 

A la mule s en vet errant : 

Il i est montez par restrier r 

H n'ot cure de convoier. 

Quant il voient que il s'en va* 

Toz seus, que compaignon n'i a, 

Ne il n'i a armes portée 
120 Fors que tant seulement s'espée, 

La pucele rêmest plorant , 

Por ce que bien voit et créant 

Que de son frainc ne r'aura mie 

A ceste foiz , queque il die , 

Qui a l'aler desor la mure 

Qui s'en vet courant l'ambléure , 

Et la mule bien lo convoie 

Qui bien a aprise la voie. 

Et tant avoit Kex cheminé , ' 
i3o Estes-le-vos enforesté 

En une forest haute et grant ; 

Mès n'ot gaires alé avant 

Quand les bestes dtflaienz sont 

Trestotes amassées , sont 

Lions et tigres et liépart , 

Totes s'en vienent cele part 

Por Kex qui i devoit aler. 



r 

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$ NOUVEAU RECUEIL 

Mès ainz qu'il i poïst passer 
Se sont tant les bestes hastées , 
i4o Q a rencontre H sont alées, 
Et Kex en a eu paor 
Si grant conques mès n'ot graignor , 
Et dist que s'il n eust enprise 
La voie , por nule devise 
Qu'en li séust faire des mois, 
N'entrast-il jamès en cest bois. 
Mès les bestes, par conoissance 
De la dame , et par enorance 
De' la mule que ëles voient , 
i5o Les deus genoux à terre ploient. 
Ensi por l'anor de la Dame 
S'agenoilloient de la jame, 
Et por ce aséur se tiënent , * 
Qu'en la forest gisent et vienent. 
Ne la puent jflus anorer ; 
Mès Kex ni vost plus dehiorer, 
Plustost qu'il piiet d'iluec s'en part , 
Et li lion et li lîepart 
S'en vet chascuns â son abit, 
160 Et Xex en un Sentier petit 
Où la mule s'ert énbatuz , 
Qui n'estoit mie trop batuz , 
La mule lôu Sehtiér bien sot, 
Que maintes foiz aie i ôt, 
Qui fors de la forést lo tnainne 
Où moult avoit éu grant pairnie. 
Estes-lo.vos desfôreté, 
Mès n'ot gaires avant aie, 
Quant il vint en une valée 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 
170 Qui moult estoit parfonde et lée , 
Et si estoit moult perillouse, 
Moult cruex et moult tenebrose , 
Q'o siècle n'a home si fort 
Qui ni éust paor de mort , 
S'en la valée trespassast. 
Tôt adès covient qu'il i past, 
Voille o non , entrer li estuet : 
s 11 i entre, quant il miax ne puet. 
A quelque poine i est entrer, 
180 Mès moult i est espoentez 
Que il véoit el fons dedenz 
Moult grans coluevres et serpenz, 
Escorpions et autres bestes 
Qui feu gitoient par les testes , 
De coi il ist moult grant puor; 
Et pis li faisoit la paor , 
Que dès cele ore qu'il pot nestre 
Né fu mès ensi puant estre , 
Et bien se va qu'il n'est chaûz. 
190 A po qu'il n'est do sen issuz , 

Et dist qu'il vousist estre ançois 
Avecques les lions o bois 
Où il avoit devant esté. 
Jà ne fera si grant esté , 
Ne de chaut si très grant ardure , 
Que laienz n'ait toz jorz froidure 
Con o pltis mestre cùer d'iver : 
Tôt la mauvestié de Viver 
Qui laiens adès est assise. 
200 Ef tôt adès i vente bise 

Qui la grant froidure i apent, 




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8 NOUVEAU RECUEIL 

Si reventent li autre vent 
Qui là dedenz sont ahurté. 
Tant i a de maléurté 
Que n'en diroie la moitié. 
Tant a tote voie esploitié, 
Qu'il est venuz jusq a l'issue. 
Atant une plainne a véue , 
Si est auques aséurez , 
aïo Tant fet qu'il en est eschàpez. 
De l'ardure , de la puor 
Jà ne quida véoir lo jof 
Que il fiist de ce leu issuz : 
En une plainne est descenduz^ 
A sa mule a la sele ostée. 
Lors voit-U eve en mi la prée, 
Moult près d'iluec une fontaine 
Qui moult estoit et clere et sainne, 
Et qui moult bien i ayenoit. 
aao Avironnée entor estoit 

De flors d'epus et de genoivre. 
Maintenant sa mule i aboivre 
Que ele en avoit grant mestier^ 
Il méismes , por refroidier y 
Por ce que bele li sanb&nt, 
De la fontainne autresi boit , 
Puis a atornée sa mure, 
Si se remet en l'anbléure, 
Car grant li sanble estre la voie ; 
a3o Jà ne quide mès que il voie 
Ce que il aloit porchaçant. 
Tant a aie Kex chevauchant, 
Qa une grant eve est venuz ; 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 9 

Mès dé ce fu moult esperduz 

Que parfonde la vit et large, 

Et si ni trueve nef ne barge , 

Ne nule planche , ne passage. 

Tant a aie pur lou rivage , 

Que par aventure a trovée 
â4o Une planche ne gaires lée , 

Mès nequedant bien lo portast 

Se par desor aler osast, 

Que ele estoit de fer trestote. 

Auques lou passage redote 
. Puis que issi noire la voit : 

Si quide bien que nul esploit > 

Ne porroit faire de passer , 

Encor li vient miax retorner 

Que il soit iluec perilliez, 
2S0 Ançois en iert miax conseillez 

Et dit bien que dahez ait-il 

Se il se met en tel péril 

Por tel noient, por tel oiseuse. 

Trop li sanble estre périlleuse 

La voie xjue venus estoit, 

Mès li passages li sanbloit 

Estre plus peril&us assez. 

Atant s'en est Kex retornez, 

Si se remet en son train : 
260 Bien a tenu le droit chemin 

Ensi con il venuz estoit. 

A la valée vint tôt droit 

Où trova là pute vermine : 

De chevauchier onques ne fine 

Tôt droit parmi tant qu'il fu fors. 




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io NOUVEAU RECUEIL 

Si fu-il moult doillanz de cors , 
Et debrisiez et debatuz. 
En la forest s'est enbatuz 
O les bestes sauvages sont : 

270 Encontre venues li sont. * 
Tantost con eles 1 aperçurent 
Par tel aïr vers lui coururent , 
Que je quit bien qu'il lo menjassent 
Se por la mure nou laissassent 
^ A qui il portoient anor. 
Et Kex en a eu paor 
Si grande que por dis citez 
Ne vousist estre o bois entrez , 
Ne por tôt l'avoir de Pavie. 

280 Fors do bois en la prâerie 
Est entrez devant lo chastel 
Li rois Artuz cui moult fu bel 
De ce que revenir le voit. 
As fenestres venuz estoit 
Et Gauvains et Gucheriez 
Et messire Yvain et Girflez , 
Et autres chevaliers assez 
Que il i avoit apelez. 

Quant lo sénéchal venu voient, 

290 Por la Damoisele querre envoient; 
Damoisele , font-il , venez , 
Vostre frains orendroit aurez , 
Que Kex est jà bien aprbchiez , 
Si a lou fraine, bien le sachiez. 
Mès il mentent, qu'il n'en a mie , 
Et cele à haute voiz s'escrie : 
Certes s'il avoir lo déust, 




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DE FABLIAUX ET CONTES. 
Jà sitost revenuz ne fust. 
Lors ront ses chevox et detîre : 

3oo Qui lors véist lo grant martire 
Qu'ele demoinne, et lo duel, 
Morte seroie jà mon vuel , 
Fet se ele , se Diex maït. 
Et Gauvain en riant li dist : 
Damoisele , un don me donez. 
Sire , quel? Que mès ne plorez , 
Ainz mengiez et si soiez liée : 
Jà mar en seroiz deshaitiée, 
Que je vostre frain vos rendrai , 

3io Et de bon cuer vos aiderai. 
Sire, dit-ele, dites vos 
Que mon frainc aurai à estros ? 
Oïl voir. Et je iriengerai 
Et tote haitiée serai / 
Mès qu'en convenant le m'aiëz. 
Lofs s'ën est Gauvain afichiez 
Que se jà nus avoir lou doit,. 
Q lou r'aura où que il soit. 
Lors s'est la pucele esméue, 

320 Au pie de la sale est venue 
A sa mule, et Kex est alez 
A son ostel toz adôlez , 
Moult tristes et moult angoisseus. 
Et li rbis no tient mie à jeus 
Quant dite li fu et retrete 
La malvaistié que Kex ot tété, 
Et por ce n'ose à Cort venir. 
La parole plus maintenir 
Ne voil à lui à ceste foiz ; 



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33o 



34o 



35o 



NOUVEAU RECUEIL 
Mès de la Damojsele orroiz 
Conment ele est au Roi venue. 
Tant à la parole tenue 
Que Gauvain li a créauté 
Que li frains sera aporté , 
Et dist que il l'aportera , 
Jà en si fort leu ne sera 
Son frainc, mès que il ait congié. 
Moult volentiers U otroi-gié , 
Fet se li Rois et la Roïne % 
Qui Foutraient. El lor encline 
Et si fet moult Gauvain haster. 
Mès Gauvain la vialt acoler 
Primes ançois qu'il s'en alast ; 
Il fu bien droiz qu'il la besast, 
Ele moult volentiers lo bese. 
Or est la pucele moult aise, 
Car ele set bien tôt sanz faille 
Quel lou r'aura conment qu'il aille : 
N'i est donc plus ses plaiz tenuz. 
Gauvain à la mule est venuz , 
Si sailli dedenz les arçons z 
Plus de trente benéiçons 
Li a la Damoisele oré, 
Et tuit l'ont à Dieu conmandé. 
Gauvain iluçc plus ne séjorne, 
Mès d'iluec maintenant s'en torne , 
Mès s'espée n'i laissa mie. 
Entrez est efh la praerie 
Qui lo mainne vers la forest 
O les bestes sont à recet , 
Et li lion et li liepart. 




DE FABLIAUX ET CONTES. 
Maintenant s'en vet cele part ; 
Là o Gauvain passer devoit : 
A lencontre li vont tôt droit. 
Tôt maintenant que il revoient 
La mule que il conoissoient , 
Les deus genouz à terre plient, 
Vers lou chevalier s umelient 
Par amor et par conoissance, 
Et ce est la senefiance 
Que à force lou frains r'aura , 
Jà en si fort leu ne sera. 
Mès quant Gauvain les bestes voit , 
Si quide bien* et apparçèit 
Que péor ot quant il passa , 
Et Kex por ce s'en retorna. 
Riant s'en est outrepassez , 
Où petit sentier est entrez 
Qui droit lou moinne à la valé« 
Qui si estoit envenimée. 
Si s en va sanz arestement , 
Que il nés redote noient , 
Tant que d'autre part est venuz. 
En mi la plainne est descenduz 
Où estoit la fontainne bele; 
A sa mule a osté la sele , 
Si la torche, si la ratorne. 
Ilueques gaires ne séjorne 
Que trop li est grieve la voie : 
Gauvain chemine tote voie 
Tant que il vint à l'eve noire 
Qui estoit plus bruianz que Loire; 
De li tant voil dire sanz plus , 



NOUVEAU RECUEIL 
Conques si laide ne vit nus , 
Si omble ne si cruel : 
Ne sai que vos en déisse el , 
Et si vos di, sanz nule fable, 
Que ce est li fluns au déable. 
Par sanblant et par avison 
N'i voit-l'en se déables non; 
Et ni a mie de passage. 
Tant est alez par le rivage 
Que il a la planche trovée , 
Qui n'est mie plus d'un dor'lée , 
Mès ele estoit de fer trestote. 
Auques lou passage redote, 
Et par ce voit bien et entent 
Que Kex n'osa aler avant, 
Et que d'iluec est retornez. 
Gauvain s'est à Dieu conmandez 
Si fiert la mule , et ele saut , 
Sor la planche qui pas ne faut, 
Mès assez sovent avenoit 
Que la moitié du pié estoit 
Fors la planche, par de desor 
N'est merveille s'il a péor, 
Mès plus grant paor li faisoit 
Ce que la planche li pleioit. 
Passez est outre à quelque painne, 
Mès ice est chose certaine , 
Que se la mule ne séust 
La voie, que chéoiz i fust : 
A ceste foiz s'en est gardez , 
Maintenant s'est acheminez , » 
Qui fortune otroie et promet. 



DE FABLIAUX ET CONTES. 
En un petit sentier se met 
Qui lou moinne vers un chastel 
Moult bien séant, et fort et bel. 
Li chastiax si très forz estoit, 

43o Que nul asalt ne iredotoit, 
Que clos estoit à- la réonde 
Dune eve grant, lée et parfonde, 
Et si estoit tôt qjjtor clos 
De granz piex bien aguz et gros , 
Et en chascun des piex avôit , 
Mès qu'en un seul où il failloit, 
Une teste de chevalier. 
Gauvain ne vost mie laissier, 
^ Ne huis ne porte n'i avoit. 

44o Li chastiax si fort tornoioit 

Con muele de molin qui muet, 

Et con la trompe que l'en suet 

A la corgiée démener ; 

Tôt adès li covient entrer, 

Mès moult durement se mervelle. 

A soi méismes se conselle 

Que senefie et que puet estre : 

Moult en voudroit bien savoir l'estre , 

Mès n'en est mie recréant. 

45o Atant sor lou pont tornoiant 
Est arestez devant la porte, 
Et hardement moult li enorte 
Que de bien fere ne recroie. 
Li chastiax tôt àdès tornoie , 
Mès il dist que tant i sera 
Q'à quelque painne i entrera : 
Ce li revient à grant anui 



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i6 NOUVEAU RECUEIL 

Que quant la porte est devant lui, 
Que ele Fa moult tost passé. 
46o. Moult a bien son point esgarde , 
Et dit que il i entrer^ » 
Quant la porte endroit lui sera , 
Que que il li doie avenir* 
Âtant voit la porte venir, 
Si point la mule de ration , 
Et ele saut por l'esperon , 
Si s'est en la porte férue ; 
Mès ele s'est conséue 
Par deniers si que de la queue 
47a Près de la moitié li desneue. 
Ensi est entrez en la porte, 
Et la mule moult tost l'enporte 
Parmi les rues do chastel. 
Cele qui do véoir fu bel 
Et de ce est auques dolanz 
Que il n'en a trové la jenz , 
Feme , ni home , ne enfant. 
Tôt droit par desoz un auvant 
D'une maison s'en est venuz ; 
48o Mès ançois qu'il fust descenduz , 
S'en vint uns nains parmi la rue 
Toz abrivez, si lo salue : 
Si li dist, Gauvain bien veignant, 
Et Gauvain ne rest mie lant, 
Si li rent moult tost son salu 
Et li a dit : Nains , qui es-tu ? 
Qui est ta dame et qui tes sire ? 
Mès onques ne li vost plus dire 
Li nains, ainz s'en reva tôt droit. 




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DE FABLIAUX ET CONTES. 17 
490 Gauvain mesconnut ce qu'il voit, 

Et se mervellè qu y estre puet j 

Et li nains rèspondre ne vuet , 

Et s'il se daigrtast à li prendre , 

Il li convenist raison rendre , 

Mès volentiers aler l'en lesse. 

Maintenant vers terre seslesse, 

Parmi une arche a regardée 

Une cave parfonde et lée , 

Qui moult estoit basse soz terre ; 
5oo Mès il dit qu'il voudra enquerre 

Toz les reduitz aiuz qu'il s'en aille : 

Ne se prisoit une maaille 

Se trestot l'estre ne savoit. 

Atant es-vos que issir voit 

De la cave amont un degré , 

Un vilain trestot herupé ; 

Bien déist qui l'énst véu , 

Qu'il éust son oirre perdu : 

Moult sanble estre li vilains fel. * 
5 10 Plus estoit granz que saint Marcel , 

Et sor son col a aportée 

Une jusarne grant et lée ; 
* Mès moult se mervelle Gauvain 

De ce que il vit lo vilain 

Mor resanble de Moretaigne , 

Ou de ces vilains de Champaigne 

Que li solax a toz tanez. 

Devant Gauvain s'est aprestez , 

Si Ta maintenant salué, 
5 20 Et Gauvain a moult regardé 

Sa contenance et sa figure , 
tome 1. a * 



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i9 NOUVEAU RECUEIL 

Et tu aies bone aventure , 
Fet Gauvaift , se por bien lo diz. 
Oïl certes, mès à hardiz 
Te tieng, quant çaiens ies venuz, 
Et moult as or bien tes pas perduz , 
Qu'il ne puet estre en graignor serre 
Li frains que tu ies venuz querre, 
Que bones gardes a entor ; 
53o Moult t'estuet rendre grant estor, 
Si m'ait Diex, ainz que tu Taies. 
De noient, fet Gauvain, t'esmaies, 
Que certes assez en rendrai , 
Si m'aït Diex , ainz i morrai 
Que je lo frainc n'aie tôt quite. 
Et cil onques plus rie respite, 
Mès por ce qu'il voit aserir y 
Cil s'entremet de lui servir, 
Et tôt droit a l'ostel lo moinne. 
54o De lui aséoir moult se painne , 
La mule r a bien ostelée ; 
Une blanche toaille léè 
A deus bacins prent li vilains-, 
Si li done à laver ses mains , 
Que laiens n'a plus de maisniée. 
Jà estoit la table dreciée , 
O Gauvain assist au mengier, 
Si menja, qu'il en ot mestier, 
Et cil l'en done à grant plenté , 
55o Si lo sert à sa volenté. 

Tôt maintenant que mengié a , 
Et li vilains la table osta, 
Et si li a levé aportée. 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 

Une grant coche haute et lée 
Li a fete por lui cochïer, 
Car moult lo vialt bien aïsier 
Con à tel chevalier covient. 
Maintenant delez lui revient : 
Gauvain, fet-il, enz en cest lit 
Sans chalonge et sans contredit 
Sirras-tu toz seul anuit , mès 
Ice te déniant tôt en pès, 
Ançois que tu tailles cochier, 
Por ce que t'ai oï prisier, 
Te partis orendroit jeu. 
Et por ce que je voi mon leu , 
Si pren tôt à ta volenté. 
Et Gauvain li a créanté 
Qu'il en prendra loquel que soit. 
Di, fet Gauvain, que orendroit, 
Si m'ait Dex , l'un en prendre , 
Ne de mot ne te mentiré, 
Que je te tieng à mon bon oste. 
Anuit , fet-il , la teste moste 
A ceste jusarme trenchant, 
Si la m'oste par tel convant 
Que la toe te trencherai 
Lou matin quant je revenrai : 
Or pren , fet-il , sanz contredit , 
Moult sauré , fait Gauvain , petit, 
Se je ne sai louquel je preingne , 
Je prendre , conment qu'il avigne , 
Anuit la toe trencherai, 
Et lou matin te renderai 
La moie , se viax que la rende. 



ao NOUVEAU RECUEIL 

Mal dahez ait qui miax demande , 
Fet li vilains , or en vien donc. 
Lors lou moinne desor un tronc , 
Li vilains lo col li estent , 
590 Maintenant la jusarme prent 
Gauvain , si li coupe la teste 
À un cop, que plus n'i areste. 
Li vilains resalt maintenant 
Sor ses piez et sa teste prent , 
Dedenz la cave en est entrez , 
Et Gauvain s'en est retornez, 
Si s'est couchiez isnelement, 
Jusqu'au jor dort séurement. 
Lendemain dès qu'il ajorna, 
600 Gauvain se lieve et atorna. 
Atant ez-vos que li vilains 
Revint toz haitiez et toz sains, 
Et sa jusarme sor son col : 
Or se puet bien tenir por fol 
Gauvain , quant il ot regardée 
La teste que il ot coupée ; 
Mès ne lou redota noiant. 
Et li vilains parole atant , 
Qui nestoit de rien esperduz : 
6 1 o Gauvain , fet-il , je sui venuz , 
Et si te rapel de covent. 
Je nel' contredi de noient, 
Que bien voi que fere l'estuet , 
Ne conbatre pas ne se puet, 
Et si lou déust-il bien faire ,* . 
Mès desloiauté ne yiaut fere 
Por ce que coven li avoit , 



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# 



DE FABLIAUX ET CONTES. 

Dist que volentiers H tendroit. 

Or vien donc , fet li vilains. 
620 Fors de îaiens s'en ist Gauvains; 

Lou col li estent sor lo tronc , 

Et li vilains li dist adonc : 

Lesse col venir à plenté. 

Je n'en ai plus , fet-il , par Dé , 

.Mès fier i se ferir i viax. 

Ce seroit domaines et diax, 

Si m ait Diex , s'il i feroit. 

Sa jusarme hauce tôt droit , 

Qu'il lo fet por lui esmaier, 
63o Mès n'a talant de lui tochier, 

Por ce que moult loiax estait, 

Et que bien tenu li avoit 

Ce qu'il li avoit créanté. 

Et Gauvain li a demandé 

Gonment lou fraine porra avoir. 

Bien lou porras, fait-il, savoir; 

Mais-ainz que midis soit passez 

Auras-tu de bataille assez, 

Que de gaber ne te tendra , 
64o Que conbatre te convendra 

A deus lions enchaenez. % 

N'est mie trop abandonez 

Li frains, ainz i a maie garde : 

Maufens et maie flame marde, 

S'il i avoit dis chevaliers, 

Tant sai les deus lions à fiers, 

Que jà nus n'en eschaperoit , 

Qui conbatre les lesseroit, 

Mès que ge ti auré mestier ; 

* n 



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aa NOUVEAU RECUEIL 

65o Si t'estuet ainz un poi mengier 
Que tu voises à la bataille, 
Por ce que li cuers ne te faillé 
Ne que ne soies plus pesanz. 
De mengier seroit-il noienz , 
Fet Gauvain, en nule manière; 
Mès porchasses une arméure 
Dont je me puisse aparellier. 
Çaienz a , fet-il , bon destrier 
Que nus ne chevaucha des mois, 
660 Si a assez autre harnois 

Que volentiers te presterai ; 
Mès tôt ariçois te monstrerai 
Les bestes, que tu armez soies, 
Savoir se tu te recreroies 
De conbatre avec le lions 
Si maït Sainz Pantelions , 
Fait Gauvain , jà ne les verrai 
Jusque à ax me conbatrai; 
Mès armes moi delivrement. 
670 Et cil l'arme tôt erramment 

Darmes bones de chiés en chiés, 
Qui bien en sot vejnir à chief , 
Et # si li amainne un destrier. 
Gauvain i monta par restrier, 
Que il n'est de rien esperduz. 
Si li aporte sept escuz 
Qui li auront moult grant mestier. 
Et li vilains vet deslier 
Un des lions , si li amoinne : 
680 Et li lions tel orgoil mainne , 

Si grant forsen et si grant tage, 



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DE FABLIAUX ET CONTES. a3 

Que o ses piez la terre arrache 

Et sa chaenne range as dent. 

Quant il par fu fors de laienz, 

Et li choisi lo Chevalier, 

Lors se conmence à hericier, 

Et de sa queue se débat, 
' Certes qui o lui se conbat, 

D'escremir li convient savoir, 
690 Ne ne li convient mie avoir 

Guer de chievre ne de limace. 

Devant en une onie placé 

Lou lesse li vilains aler. 

Gauvain nou daigne refuser , 

Ainz li passe, trete s'espée , 

Et cil a sa hure levée , 

Si lou fiert, et cil refiert lui ; 

Bien s'entrefierent amedui. 

Au premier cop l'a si féru 
700 Que il li a l'escu tolu 

Li lions , et à lui sachié. 

Cil li a autre aparellié 

Li vilains , et Gauvain lou prent : 

Lou lion fiert par mautalent 

Parmi Teschine , de l'espée $ 

Mès la piax est dure et serrée , 

Si dure que ne puet tranchier. 

Li lion n'a que correcier, 

Si li revient conme tempeste , 
710 Si lou refiért parmi la teste 

De sa coe , et li a tolu 

Lou secont et lo tie^z escu, ♦ 

Si que do quatre n'en a-il mès» 



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H NOUVEAU RECUEIL 

Or piiez-tu trop atqndre mès, 
Par ma barbe, fait li. vilains. 
Lors lou fiert messire Gauvains 
A estrox, que tote s'espée . 
Li enbat jusqu'en la corée, 
Que lou lion estuet morir. » 

720 Or me laissiez l'autre venir , 
Fait-il , et li vilains le lesse. 
Moult fet grant duel et si sengresse 

, De son compaignon que mort voit. 

Vers lou chevalier vient tôt droit) 
Si lou requiert de tel vertu , 
Q'au premier cop li a tolu. 
Et li vilains autre aparelle 
Et de quanquil puet le conselle. 
Et li lion ? li vient corant , 

y3o Qui moult Tenchauce par devant ; 
As ongles jusq'à la ventrailte 
Li derompi tote la maille , 
Et si li retout son escu. * 
Et cil li a autre rendu ; 
Mès or set bien et aperçoit 
Gauvain que se il li toloit 
Gestui , que ce seroit moleste. 
Parmi la grève de la teste 
Lo fiert de l'espée trenchant 
Que jusques denz tôt lo portant , 
Et li lions ehiet à la terre. 
De cestui est finé la guerre , 
Fet Gauvain , et fete la pès ; 
Or me Vent ; fet-il , desormès 
Lou f raine, foi que tu dois top père.* 

i 



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• DE FABLIAUX ET CONTES. # a5 

N'ira mie issi , par sairft Pere , 

Fait cil , ni aura mestier ganche , 

Je verre ainz tote ta manche 

De ton hauberc de sanc vermel : 
75o Se tu viax croire mon consel, 

Desarmes to»et si menjue 

Tant que force te soifrvenue ; 

Mès il ne vialt por nule peine. 

Et li vilains tôt droit lo mainne 

Parmi chambres et parmi huis , 

Que bien savoit toz les réduis , 

Tant qu'en la chambre vient tout droit 

Où li chevaliers se gisoit , 

Qui parmi lou cors ert fèruz. 
760 Gauvain , bien soies-tu venuz , 

Fait-il, tantost con véu là , 

Fortune t'a envoie cà 

Por ce que je sui jà gariz , 

Et si es-tu assez hardiz ; 

Mès combatre o moi t'estuet. 

Dès q autrement estre ne puet , 

Jà , ce dit , no contredira : 

Et cil maintenant se leva , 

Qui s arme tôt à son voloir. 
770 Mès trespassé vdfc dui avoir 

Ce que ne doi pas trespasser, 

Ainz fait nKoult bien à réconter , 

Por ce que navrez se levoit. 

Une costume tele avoit, 

Quant un chevalier d'autre terre 

Por la pucele venoit querre 

Lp frainc qui là dedenz estoit, 



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• NOUVEAU RECUEIL 

A lui conbatre se devoït , 
Et s'il estoit par lui vaincuz , 

780 Jà eschanges n'en fust renduz , 
Se de la teste non trenchier , . 
Et puis en un des piez fichier 
De coi li chastiax clos estoîft ; 
Et si autrement ajrenoit 
Que cil refust par lui vaincuz , 
Un autre piex seroit feruz 
Tant qu'autres chevaliers venist 
Que cil par bataille vainquist. 
Ensi sont cil andui armé , 

790 Et li vilains a amené 

A chascun d'ax un bon destrier, 
Et il i saillent sanz estrier, 
Et les escuz pendent as cox : 
Desormès en orroiz les cox. 
Maintenant qu'il furent monté, 
Lors a li vilains apresté 
Deus lances grosses , si lor baille 
Por conmencier cele bataille. 
Lors s'esloingnent li un de l'autre , 

800 Puis s'enlrevienent tôt sanz, faudre ; 
Par vertu tiex cox s'entredonent , 
A pou qu'il ne se desarçonent. 
Les lances brisent et esloissent, 
Et li arçon derrière froissent, 
Et deronpirent li estrier : 
N'i reraest corroie à trenchier, 
Que ne puent lou fès soffrir, 
A terre les estuet venir. 
Tôt maintenant em piez revienent , 




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DE FABLIAUX ET CONTES. * n 
810 Et les escuz enbraciez tienent. 

Durement à ferre s'essaient, 

Sor les escuz tiex cox se paient , 

Que les estanceles en volent , 

As espées les escuz dolent 

Si que les pièces en abatent. 

Deus Huées s'entreconbatent 

Que seulement plain pié de terre 

Ne puet luns sur l'autre conquerre. 

Si a moult Gauvain anuié 
830 De ce qu'il a tant detrié ; 

Si lou requiert de tel vertu 

Que trestot li a porfendu 

Li aume et lo cercle coupé , 

Et si l'a lors si estoné , 

Que il est enbrunchier vers terre , , 

Et lo vassal à lui lou serre. 

Gauvain lou sache par grant ire , 

Et fait sanbknt de lui ocirre ; 

Et cil maintenant li escrie : 
83o Gauvain , ne m'ocire tu mie : 

Fox fui quant à toi me prenoie, 

Mès encor hui matin quidoie 

Que soz ciel n'éust chevalier 

Qui contre moi s'osast drecier; 

Et tu m'as à force conquis, 

Et si te monte or à grant priSj 

Et je te quidoie trenchier 

La teste, et en ce pel fichier 

Où il n'en a miles fichiées. 
$4o Si ai totes celés trenchiées 

Qui tôt entor ce paliz sont, 



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a8 * NOUVEAU RECUEIL 

A chevaliers qui çaiens ont 
Venu por autretel afere : 
Ausi quidoie-je toi fere , 
Mès soz ciel tel chevalier n'a. 
Gauvain lo let et il s'en va ; 
En la chambre s'est desarmez. 
Vilains , fet Gauvain , or pensez 
Gonment porrai lo frainc avoir. 

85o Gauvain, fet-il, vîax-tu savoir 
Que tu as à fere premiers? 
A deus serpens félons et fiers 
Qui sanc gietent de leus en leus, 
Et par la boche leur sait feus, 
Conbatre te convient ançois ; 
Mès bien saches que cil harnois 
Ne t'aura jà vers ax mestier : 
Un autre vet aparellier 
Qui plus est forz et plus tenanz. 

860 H a bien çaienz quatre cenz 

Haubers treslis , forz et entiers 
Qui furent à ces chevaliers 
Dont tu vois les testes coupées. 
Armes li a tost aportées 
Li vilains , de plusors manières. 
Une armes forz et entières 
Li baille por soi atorner. 
Lors dist Gauvain, va amener 
Les diables que tu disoies 

870 .•••(*) 

Fet cil , mès ainz que soit passez 
(*) Il manque 119 vers ici. 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 
Midis , auras afere assez : 
Il n'a soz ciel home si fier, 
Fors moi , qui, les ost aprimier , 
Ne qui les ost néis véoir. 
Gauvainr li dist , ne te chaloir. 
Lors va deslier les serpans 
Qui moult par sont* et fiers et granz , 
Li vilains, et amainne amont, 
Qui moult sauvages bestes sont , 
Si que partot , de leu en leu , 
Est ses escuz enpris de feu. 
Par vertu Gauvain lou requiert, 
Tel cop de lespée lo fiert , 
Si con l'escriture tesmoingne , 
Si que la teste li réoingne , 
Si la tué isnelement. 
Ne sai que j'alasse acontant, 
Mes ainz que midis fust passez , 
Les a andeus si conréez , 
Que tuit sont mort et detrenchié : 
Auques a lo vis entochié 
Db sanc et de la porreture. 
Li vilains reprent Tarmeure 
De coi il conbatuz estoit; 
Mès ançoiz qu'il desarmez soit 
Li nains petiz li vint devant, 
Qui primes par de soz l'auvant 
"Vint à lui, si Ion salua, 
Ne plus dire ne li daigna, 
Ainz s'en ala si fièrement. 
Gauvain, fet-il, je vos présent 
De par ma Dame, lo service , 



3o NOUVEAU RECUEIL % 

Mès que il soit par tel devise 
Que avecques li mengeras 
Et à son voloir en fieras 
Tôt sanz contredit et sanz guerre 
Do frainc que tu ies venuz querre. 
Lors dist Gauvain qu'il ierait 

910 Se li vilains lo conduisoit , 

Car moult bien se fioit en lui. 
Main à main s'en vont amedui , 
Moult l'a bien li vilains mené. 
Tant ont de chanbre en chanbre alé 
Qu'en la chanbre vienent tôt droit 
O la dame en un lit gisoit 
Qui avoit envoie lo nain 
Por querre monsaignor Gauvain. 
Maintenant que venu lo vit , 

920 Contre lui va, si li£ dit : 

Gauvain , bien soiez-vous venu ! 

Si m'est-il par vos avenu 

Moult granz anuiz et grans domages , 

Que totes mes bestes sauvages 

Avez* mortes en ceste voie : 

Si vos covient-il tote voie 

Avec moi orendroit mengier ; 

Onques voir mellor chevalier 

Ne plus preu de vos ne conui. 

g3o Es liz s'asient amedui, 

Mès ne fu mie, ce me sanble, 
Li liz ne de sauz ne de tranble 
O la dame et Gauvain séoient, 
Que li quatre pecol estoient 
Tuit de fin argent sororé. 




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DE FABLIAUX ET CONTES, 
îjus avoit un paile roé 
Qui toz iert à pierres ovrez, 
Et autres richeoes alsez. 
Se descrire les vos voloie, 
Trestot mon tens i sueroie ; 
Mès de ce nestuet à parler. 
L'eve demande por laver , 
Li vilains maintenant lor baille 
Les bacins .d'or, et la toaille 
Lor aporte por essuier. 
Atant asient au mengier 
La dame et messire Gauvains. 
Li nains les sert et H vilains, 
Que laienz n'a plus de mesnie. 
Moult par est la dame haitie , 
Et bele chiere fet son ostè. 
Trestot delez li , coste à coste > 
Lo fet seoir la damoisele , 
Et mengier à une escuele 
Qui moult la loe et moult la prise. 
Des mès ne fez autre devise , 
Ne plus ore ne vos %n eont ; 
Mès maintenant que mengié ont, 
Et la table lor fu ostée , 
L'eve a la dame demandée : 
Li vilains maintenant li baille. 
Gauvain est tart que il s'en aille , 
Qui moult quide avoirs demoré : 
Lors à la dame a demandé 
Lo frainc , que bien lo doit avoir. 
Sire , fet-ele , mon pooir 
Et moi met en vostre servise , 



NOUVEAU RECUEIL 

Que moult avez grant chose enpriae 
Por ma seror en ceste voie , 
Je sui sa suer et ele^est moie, - 
Si vos en doi moult anorer : 
S'il vos plaisoit à demorer 
Çaiens, à saigndr vos prendroie 
Et tôt cest chastel vos rendroie, 
Dont j'é encore trente et tiit. 
Dame , fet-il , ne vos anuit , 
Tart m'est , ce vos di par ma foi , 
Que je soie à la Gort lo Roi , 
Que ensi lai mis en covent ; 
Mès donez moi delivrement 
Lo frainc que je sui venuz querre. 
Trop ai esté en ceste terre , 
Or e§t ensi , plus n i serai , 
Et neporquant bon gré vos sai 
Do bien que vos me présentez. 
Gauvain , fet-el , lo frainc prenez , 
Vez lou là à ce clo d'argent. 
Et il tôt maintenant lou prent , 
Et moult très grant pie en demoine. 
Et li vilains la mule amoinne. 
Gauvain met lo frainc et la sele , 
Gongié prent à la Damoisele, 
Et ele conmande au vilain 
Qu'il face monsaignor Gauvain 
Tôt sanz enconbrier fors issir, 
Et lou chastel féist tenir 
Tôt qoi tant o'outre fust passez. 
Messire Gauvain est montez , 
Qui de la voie fu moult bel. 



DE FABLIAUX ET CONTES, 
iooo y vilains commande au chastel 
Qu'il fust toz coiz , et il s'esta. 
Gauvain séurement passa , 
Et quant il a lou pont passé , 
Vers lou chastel a regardé , 
Et si a lors parmi les rues 
Si granz eonpaignies véues 
De gens qui laienz queroloient , 
Et si grant joie demenoient , 
Que se Diex l'éust eonmandé , 

i o i o N'i eus t- il pas plus joé. 

Li uns à l'autre se déporte, 
Encor estoit desor la porte 
Li vilains qui lot fors mené , 
Et Gauvain li a demandé 
Quiex senefiance c'estoit , 
Que là dedenz véu navoit , 
A l'entrer , ne petit ne grant , 
Et lors i voit joie si grant 
Que trestuit de joie tençoient. 

1020 Sire, fet-cil , repost estoient 
Es crotes por les cruautez 
Des bestes c'ocises avez , 
Qui si grant effrois demenoient , 
Que quant par aventure issoient 
Les genz fors por aucune ovraingne , 
Ne remansist q a quelque painne 
Ne les eonvenist deslier , 
Ses aloient toz depecier 
Par lor orgoil et par lor rage ; 

io3o Et or dient en lor langage , 
Diex les a par vos délivrez 

TOME T. 3 



34 NOUVEAU RECUEIL 

Et de toz biens enluminez : 
La gent qui en ténèbre estoient , 
Si grant joie ont*de ce qu'il voient, 
Qu'il ne puent gpaingnor avoir. 
Tce , sachiez très bien de voir , 
A Gauvain moult bien atalente. 
Maintenant se mist en la sente 
Qui vers l'eve lo moinne droit 

io4o O la planche de fer estoit : 
Outre passe séurement. 
Tant ala après chevauchant , 
Qu'il est venuz en la valée 
Qui de vermine est aornée : 
Outre est séurement passez , 
Dedenz la forest est entrez 
O les bestes sauvages sont. 
Maintenant q'aparcéu l'ont, 
Contre li vont , si lou convoient , 

io5o Les deus genoz à terre ploient, 
Et de lui aprochier s'ae&ent. 
Les piez et les janbes li baisent , 
Et font à la mule autresi. 
Gauvain de la forest issi 
Qui de laler ne tarda mie : 
Entrez est en la praerie 
Qui do chastel estoit voisine. 
Li Rois Artus et la Roïne 
Furent aie esbanoier, 

1060 Et avecques maint chevalier 
Qui de lor conpaignie sont, 
De la sale es loges amont ; 
Et Gauvain tôt adès venoit. 



DE FABLIAUX ET CONTES. 



Si l'a as chevaliers roostré. 
A Tencontre li sont aie 
Et chevalier et damoiseles : 
Moult fu life de ces noveles 
La Damoisele quant ele ot 

1070 Que messire Gauvain vepot, 
Cele cui estre doit li frains. 
Venuz est messire Gau vains, 
Et la pucele va encontre. 
Sire, fet-ele, bon encontre v 
Vos doint Diex, et tôt lo déduit 
C'on puet avoir et jor et nuit ! 
Et vos aiez bone aventure , 
Fait cil qui descent de la mure 
. A terré j>ar Testrier d'argent. 

1080 La pucele en ses bras lo prent, 
Si lou baise plus dé cent foi» : 
Sire , fait ele , il est bien droiz 
Que je mete tôt à devise 
Lo mien cors en vostre servise , 
Que bien sai que jà ne l'eusse 
Par nul home que je séusse 
Dedenz lo chastel envoier , 
Car mort en sont maint chevalier 
Qui les testes coupées ont, 

1090 Qui de lavoir nul pooïr n ont. 
Lors li a Gauvain recontées 
Les aventures q'ot trovées, 
De la grant valée et do bois, 
Et de la fontainne à espois/ 
Et de l'éve qui noire es toit, 



La Roine primes lo voit, 




36 



NOUVEAU RECUEIL 



Et do chastel qui tornoioit, 

Et des lions que il ocist, 

Et do chevalier qu'il conquist , 



Et del vilain lo. convenant, 
zioo Et la bataille do serpent, \ 
Et del nain qui lo salua 
Et plus dire ne H daigna ; 
Et conment après li revint , 
Et conment mengier lo convint 
En la chanbre à la damoisele 
Qui suer estoit à la pucele ; 
Et conment li frains fu renduz , 
Et quant do chastel fu issuz , 
Et conment il avoit véues 
1 1 10 Les quaroles parmi les rues , 
Et conment issuz s'en estoit 
Sanz enconbrier et sanz destroit. 
Quant Gauvain a ce raconté , 
Et la pucele a demandé 
Gongié as Barons de la Cort, 
La Roïne Genièvre i cort , 
Et li Rois et li Chevalier 
I sont alé por li proier 
Qu'avec ax laienz demorast 
il 20 Et des Chevaliers un amast 
Qui sont de la Table réonde. 
Sire , Dame-Diex me confonde , 
Fet-ele , se ionques osasse , 
Se volentiers ne demorasse; 
Mès je ne puis por nule painne. 
Sa mule demande, on li amainne, 
Si est montée par l'estrier, 




DE FABLIAUX ET CONTES. 37 
Et li Rois la vet convojer; 
Mès ele dit que nul conduit 
li3o Ne vialt avoir, ne lor anuit. 
Et si estoit-il auques tart. 
Gongié prent , et si s'en départ 
Si se remist en lanbléure. 
De la damoisele à la mure 
Qui s'en est tote seule alée , 
Est ci l'aventure finée. 



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38 



NOUVEAU RECUEIL 



DE RICHAUT. 



Or faites pais , si escotez 
Qui de Richaut oïr volez : 
Sovante foiz oï ayez 

Conter sa vie. 
Maistresse fu de lecherie , 
Mainte famés ot en baillie 
Qu'ele a trait tôt à sa guise 

Par son atrait. 
Encor nule ne s'an retrait , 
10 Et chacune Richaut se fait 
De sa voisine. 
Ne voit-en mais jone meschine 
Qui soit à grant bonté encline , 
* Por po d'avoir s'estant sovine 
Qant on li done. 
El mont n'en a nés une bone , 
Ainz se lient à la corone , 
C'est de puterie la some , 
Et lo fardet 
20 Metent-eles en lor rayet. 

Chascune de soi s'entremet 

Bien atorner. 
Qant un valiez a que doner , 
Biçn se sofrent à acoler 
Por lui traïr et afoler : 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 3y 

C'est lecherie; 
Mais il lor vient d'ancesserie. 
Totes sevent de trecherie 

Conmunaument , 
3o Mais ce fu par l'enseignement 

Richaut , qui fu moult longuement 

Par tôt lo monde : 
Bien les aprist à la réonde. 
Nostre Sires Richaut confonde 

Qui tant ,mal fist, 
Car de Nonain reçut labit , 
Mais ele lo tint moult petit. 
Escotez, se Dex vos ait, 

Quele devin.t. 
4o Fors de l'a baie san vint, 

Nonains i avoit plus de vint ; 

N'i vost plus èstre , 
Ainz enmena o soi lo Preste , 
Et li toli règne celestre, 

Car il fu pris, 
O li demanbrez et ocis. 
Ce fist-el faire à ses amis 
Don ele a maint par lo païs. 
Richaut a fait riche maudis 
5o Por Herselot. 

Dou preste ot-el bien son escot , 
Et si réfist tenir por sot 

Lo chevalier. 
( Nés dan Guillaume dernier 
Qui ere-atornez à Deu p>oier) 
Refit-el boivre lo destripr 

Et lo hernois. 



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NOUVEAU RECUEIL 

Richaut desingle lo cortois , 
Glers et Chevaliers et Borjois 

Et les vilains. 
Par tôt giete Richaut ses mains , 
Si déçoit les autres putains. 

Richaut sert moult , 
Lo corage a fier et estout , 
Or diroie sa voie , escout 

De li un conte 
Qui trestoz les autres sormonte , 
Et si ne laira pas por honte 

Que je nel' die : 
Qui de Richaut conte la vie 
Ne puet parler par cortoisie. 

Ele ot un fil 
Qui moult avoit l'angien sotil ; 
Mainte famés mist à éssil. 

La face ot clere , 
Moult tenoit bien lo mors sa mere. 
Richaut ne sot onques son pere , 

Et nequedant 
So mist-el sus à plus de cent : 
Moult en conquist or et argent. 

Or escotez 
Conmant il fu concuz et nez , 
Norriz , apris et dostrinez , 
Et en quel vie destinez , 

Quel non il ot. 
Entre Richaut et Herselot 
A cel jor firent un escot , 
Au feu n'orent plus que un pot ; 
Bons vins ferrez 



DE FABLIAUX ET CONTES. 41 
90 La nuit burent à grant plantez 
Et à mangier.orent assez 

Por lo Noël. # 
Moult ont parlé et d'un et «Tel. 
Ce dit Richaut la ménestrel 

A sa conpeigne : 
Par les sainz c'an quiert an Bretaigne 
Moult ai del Preste grant desdaigne 

Qui si me triche , 
Ainz n'ai del sien fors une afiche , 
100 Et si n'a nul veisin plus riche. 
De soi ' % " 
Il mafia l'autrier sa foi . 
Et lou vestir et lou conroi 1 
Ainz q'à venir poïst à moi : 
Or ne Van chaut s'ai fain o soi* 

Mantie Fa : 
Hui a huit jorz qu'il ne vint ça ; 
Par Saint Denis , mar mi tricha , 

Se jel' puis faire. 
1 10 Moult par est ore de mal aire ; 

Si est avers : « 
Croistre vialt et noiant doner. 
Herselot , sez me que loer 

Gonmant m'an vanche ? 
Charmez li chiere par la vanche , 
Escrivez brief de sanc et d'anche. 

Faites heraudes 
Don les' y mages soient chaudes 

Et refroidies. 
120 Dit Richaut, deùs poires porries 
Ne pris-je pas ces sorceries : 



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NOUVEAU RECUEIL 

Ce m'est avis 
Jà par charaies n'ert conquis. 
A moi méismes ai conseil pris 

Con jel' déçoive ; 
Miauz est que atonie herbe boive , 
Puis f.. trai tant que je conçoive, 

Si metrai sore 
Au Preste, et méisme Tore 
Don li lou-je qu'il me secore , 

Et s'il lo nie , 
Jà îlichaut n'ait bien en sa vie 
Se à l'Evesque ne l'anviè : 

Sel' tien à Cort, 
Il perdra ainz qui s'an tort. 

S'ansi lo fez , 
Lo Preste aurai dedanz mes laz , 
Or en entrerai en porchaz 

Hastivement. 
Don nel' me loes-tu, Hersant? 
Dit Herselot, je mantirat 

Se tôt bien non. 
Richaut no nîist en sospeçon, 
Ainz quist une herbe qui ot non 

Mandagloire : 
Richaut en but , o ele esclairé ; 
Puis n'i ot guieres demoré , 

Ainz croist à toz. 
Tant a aie desus desoz 
Et a retrait , sofert et boz 

Qu'ele est ençainte. 
Or a la face megre et tainte, 
Dès or vialt faire sa conplainte. 



DE FABLIAUX ET CONTES. 43 

Au Preste en vint , 
A sa maisele sa main tint, 
Plore et sopire, soflant vint, 

Puis dist itant : 
Moult malement mes covenant 
Et s an atant pis en avant 
160 Assez, 

Sire Preste, bien la savez. 
Richaut , ne sai que vos avefc, 

Ce dist li Prestes, 
Moult m'a mostrez chiere meleste. 

Que je ai-, Sire ? 
Je ai assez coroz et ire ; 
Mais par Saint Pere e% Saint Pol 
Moult saurai pol se nel vos sol , 
Si Vos ferai tenir à fol. 
170 Li danz li met les braz au col, 

Soef Tanbrace. 
Richaut s'estort si se délace , 
Plore formant , moult lo menace. 
« Oies , vos die , oies vos tace , 

De vos sui prainz. 
Richaut , je euit que tu te fainz. 
No faz, danz Preste, par toz Sainz 

N'est pas controve ; 
Véez con lo ventre se prove. 
180 Li Prestes moult celer lo rove, 

Icel ce croi. 
Richaut , fait- il , je te mescroi : 
Cuides-tu donc ce soit de moi ? 

Nenil voir. 
Richaut respont , jel' sai de voir , 



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44 NOUVEAU RECUEIL 

Jà ne puisse-je bien avoir, 

Ainz soie ocisse 
Se je nan portoie un joisse 
Que de vos fu dedanz moi mise 
190 Iceste chose 

Don nie véez ençainte et grosse. 
Ne cuidiez pas jel' giet en fosse 

Ne en mostier , 
Se vos ne nie volez aidier. 

Richaut, ne di, 
Je ne voil pas que soit ensi : 
La inoie foi , Biohaut , t'afi , 

Se viax del mien , 
Jà ne voldras icele rien 
200 N'en puisses prendre, 

Por quoi me feroies raienbre, 
N a J'Evesque messe desfandre ; 

Mais or celez 
Geste groisse tant con poez, 
Et qant li anfés sera nez , 

Sel' metez sore 
Un autre : Se Dex me secore , 
Ne vos faudrai puis nés une ore. 
Richaut se plaint moult et si plore, 
a 10 Et puis li dit: 

Certes ne vos ain pas petit; 
Moult duremant, se Dex m'ait 

Lo Tôt puissant, 
Se je ne vos amasse tant, 
Nel' celasse , ne tant ne qant* 

O députe orse 
Qui lo prevoire si amorse ! 



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DE FABLIAUX ET CONTES. «5 
La main li fait mestre a la borse , 
Cinq sax li tant or a rescosse, 
220 Ce prenez ore, 

Vos auroiz plus des miens encore. 
Et li Prestes moult bien Testore. 

Richautose charge, 
De son preu faire ne se targe : 
Bien a trové lo Prestre large 

Por lacolée. 
Moult s an veit bien soz aisselée 

De pain et (l'el 
Ploiant s an veit à son ostel. 
23o O ele trova seignor viel, 

Un chevalier 
Qui faisoit tenir son destrier, 
O lui Hersant por donoier 

A Herselot. 
Gele saut sus con sa dame ot. 
Lf Chevaliers vers li s'esjot , 

Si la salue , 
Et Richaut se tint un po mue , 

Pas ne li rant , 
240 Sanblant fait de grant maltalant. 
De Herselot s aproche atant , 

Met ce en sauf. 
De mautalant su et eschauf 

Qant je te voi : 
Tu m'as mantie la tee foi ; 

Moult par est foie 
La damoisele qui t'acole : 
N'a si aver jusq a Nicole. * 

C'oi-je do tuen • 



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NOUVEAU RECUEIL 
Dès que fis l'autrîer ton buen ? 

Lasse moi cline ! 
Mar mi cochai soz toi sovine; 
Maldite fiait vostre racine 

Qui si poi giete ! 
J'estoie encor bien jovenete ; 
Or n'en iert mais qui s'entremete 

De moi amer : 
Vos m'avez fait lo flanc lever, 
Ne me valt mais rien à cefler, 

De vos sui grieve. . m 
Véez lo vantre qui se lieve , 
Et de lanfant li termes abrieve , 

Or m'an aidiez. 
Si m'ait Dex , sel' reniez , 
Vos en seroiz toz essilliez , 

Jel' di por voir, 
Vos n'en avez si fort menoir 
Que je ne vos féisse ardoir 

Et mètre en çandre , 
Se sor vos nel' voliez prandre. 
Miauz me lairoie ardoir o pandre , 

Pas ne vos mant 
Que n'en aùssié longuement. 
Je sui née de bone gent , 
Sept Chevaliers sont mi parant , 

Si r'ai amis , 
Si tost auroie omé ocis. 
Li Chevaliers en fait un ris , 

Si li respont ; 
Richâut , li vins te monte el front , 
Ne sai de ces menaces sont 



DE FABLtAUX ET CONTES. 

De moi porquoi 
És-tu ençainte ? est-ce de moi ? 
Oïl , amis ; et je l'otroi , 

Pas neT reni. 
Dit Herseloz : sire, aidiez îi , 

Volantiers , chiere , • 
Dis sax a trait de s'aumoniere, 
Puis li done à liée chiere ; 

Après la baise. 
Qui putain loe, si l'apaise. 
Ainz qu'il san tort , firent lor aise 

Sor l'obier frois. 
Envoiez , dist-il , en ETois , 
Por de la char et por de§ pois, 
Et por de bon vin Orlenois. 
Ce dit Richaut, cist est cortois, 

Alez san est. 

Richaut ne panse 
Fors d'atorner iche despanse. 

Luors décline : . 9 

Entre Richaut et sa meschine 
Aprestent moult tost la cuisine 
Plusor 

11 laissèrent la nuit del lor. 
Richaut se dort. Qant vint an jor 

Richaut s apreste , 
Despandu a , or voit en queste. 

Chiés un borjois 
En vait Richaut, preu et cortois, 
Qui moult ère en grant sopois 

Qu'il navoit oir : 
Onques ne pot enfant avoir. 



48 NOUVEAU RECUEIL 

Richaut garde, vit lo chéoir 

Sor sa fenestre. 
Or li voudra conter son estre. 
Prist lo par l'espaule senestre , 

Dist li :l)iau Sire, 
Je vos yoldrois un secré dire. 
3so Cil fu cortois , pas ne s'aïre , 

Bel li respont. 
En une chanbre andui en vont , 
Desor un lit asis se sont. 

Asisse là, 
Richaut panse, puis si parla : 
Sire , je sui venue ça , 
Car mes granz J^soins m i chaça , 

Pas ne me fain , 
De vos méisme à vos me plain , 
33o Car li termes n'est pas lointain 

Quiert travailliée : 
Sire , por vos sui moult iriée , 
Car je sui de vos enpreigniée. 

De 'moi ! c'est gas. 
Non est , Sire , par §aint Thomas. 
Certes , Richaut , manti i as. 

Et plore et gient , 
A sa maisele sa main tient : 
Sire, fait-el, ne vos sovient 
34o D'un jor entier 

Que me feistes el solier . 

Lo comun jeu ? 
Oïl, Richaut, de ce te veu. 
Cestes , biau sire , en icel leu 

Prist-je cest fais. 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 
Taisiez, Richaut, nel' dites mais. 
Dex me confonde , se m'en tais. 

Richaut , ne sai, 
Bien puet-estre je l'anjandrai : 
35o Icist soit miens , 

S'il est valiez , ni faudra riens 
Que il ne soit oirs de mes biens. 

Sire, espoir 
Que vos auroiz de moi mâle oir, 
Mais il m'estuet de vostre avoir , 

J'en ai besoin. 
Cil met en sa borse lo poin , 

Vint sax li livre , 
Jà n'en s'an verra mais délivre. 
36o Or lo moine Richaut con ivre 

De la putain : 
Envoiez ça, dist-il, demain, 
Si auroiz char et vin et pain. 

El l'en? mercie. • 
Richaut s an vait tost estosie : 
Plus conquiert-el par sa boidie * 

Et par sa lobe , 
Que cil qui prant et robe. ' 
Richaut se tient et cointe et noble , 
370 Et bien se vest , 

Et se conroie bien et pest : 
Plus est suianz que lisse en gest. 

Bien les atrait 
Tant qu'il les a mis en son plait. 
N'i a si cointe que n'en ait 

Plus que lo droit. 
Bien les enplume et déçoit. 

TOME I. /j, 



5o NOUVEAU RECUEIL 

Richaut a tout quanqu' ele voit. 

La grô$se borse 
38o Enguil se fait , puis devient orse. 

Lo pas moine home , et puis la torse 

Par sa boidie. 
N'i a celui cui el ne die 
Que de lui est-ele enpraingnie : 
Vos m'avez , fait-ele , ençaintie , 

Del tuen me done. 
Richaut trestofc en araisone, 
Les garçons pranç et enprisone, 

Puis les raaint. 
390 De totes pars les mains lor tant , 
Moult se conroie richemant. 

N'i a mestier, 
N'i a vilain ne pautonier , 
Ne Bacheler, ne essarter 

Que nèF mainne. 
Oïstes mai» si maie famé 
Qui tôt jors quialt et rian ne seme ? 

Maf fust el née , 
Qui si nos fu mal destinée ! 
4oo Mar perist-il ceste ventrée ! 

Par icel germe . 
Si a plorée mainte lerme. 
Or est Richauë venue au terme , 

Or couche, or lieve, 
Or plore, or crie, Tore abrieve, 
Mal soit de Tore quel ne crieve, 

Ce fust grant joie. 
Herselot à la crine bloie 
Qui reconforte sa dame oie 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 
Qu'atam-je tânt ? 
Or se délivre d'un ënfant 
Maslê. 

Il crie et brai| plus duii rasle î 

Hersanz lo levé , 
Baigne , conroie et asoevé , 

En dras lo couché , 
Tôt lo covre , ne mès la boche. 

Richauz acline 
Acouchiée est , en la jecine 
Herselot la sert qui ne fine. 

Plus que lo sattt 
En vient au Preste qui ne faut : 
Sire , dist-ele , Dex vos saut ! 

Et vos , ma bele. 
Dire vos sat hoene novele. 
Et qui est-ce , ma damoisele? 

Un fil avez. 
Taisiez , Hersan , soef parlez , 
Je sai moult bien que vos querez , 

Venez à moi. 
Chargié li a tôt le conroi, 
Puis Fan envoie en seeroi. 

Vientàl'ostel, 
Descharge soi, vait al viel 

Et au borjois. 
Cil li charge jusq'à un mois. 

Or gist Richaut , 
De la jecine moult se deut ; 
Mais ele a tôt qanqu'ele veut. 

Bien li estait ; 
Et Herselot très bien san paist, 



NOUVEAU RECUEIL 

Malede est qui malade trait, 

Enprës mangier 
Porte Herselot à un mostier 
Lo fil Riohaut por prinseignier 

A Saint Germain. 
Les marraines et li parrain 
Lievent lanfant à la putain : 
Or a lo non de son parrain 

Seignor Sanson. 
Hersanz en revint en maison 

A tôt l'aube. 
Or a Richaut sa volante * 
Et Herseloz la sert à gré 
De char, de vin et de claré 

Et de peurées, 
De fruit , de nieles et d'oblées 

Et de parmainz. 
Bien se cotéist en ses bainz , 
De tote parz vient li gaainz. 

Richaut se jut , 
A grant joie manja et but 
Jusqu'au terme que ele dut 

A messe aler. 
Ele ot lo vis vermeil et cler, 
Moult entant à soi acesmer. 

Frescbe color , 
Richaut s'acesme au mereor. 

A masse en vont 
Mantel a ver, grant coe trait. 
N'i a lecheor ne agait, 

Tuit ont mervoille. 
Luns à l'autre dit et consoille , 



DE FABLIAUX ÉT CONTES. 
O el prant ce don saparoille. 

Lo vis a bel 
O prist-ele si bon mantel ? 
Et cel chainse ride novel 

Qui si traîne : 
Ele a éu bone gecine. 
Richaut devenue est meschine 

Par son tripot. 
S'ofrandre fait et la messe ot, 
Puis «en repert à Herselot 

Lo pas arrière , 
Grant coe trait par la podriere. 
Richaut se tint et baude et fiere, 
Nï valdroit rien, fait-il, proiere, 

Que nus me croisse : 
Sanblant fait q an ne là conoisse. 
Richaut les met en grant angoisse , 

Moult les travaille. 
Ele soloit f.tre por maaille 
Ains que venist del tôt à faille, 

Enorgoillir 
Se vialt Richaut à engorllir , 
Un denier part qui vialt ferir 

Desus l'anclume. 
Or a Richaut mué costume , 
Li lechéor en font grant frume ; 
Ele les esprant et alume 

Par ses blandiz. 
Toz les reçoit granz et petiz f 
Jà nus n'en ira escondiz f 
Mais el ne puet sofrir les cris 
Que li fait Sansonez ses fiz : 



V 



54 NOUVEAU RECUEIL 

Quiert li norrice 
Por démener son taelice. 
En vient au Preste , si l'antice , 
Ne li laira croiz ne calice, 
5io Se il la croit. 

Soixante sax ot par destroit , 
Tant, dist-ele qu'eje devoit 

A son enfant* 
Au Chevalier en vint corant, 
De lui en resache autretant ; 

Puis au borjois 
Cent sax en sache d'Orlenois. 
Jà Richaut no laira ençois 

Qu'il ert où val , 
5 20 Richaut aura ovré maint mal* 
Oïstes mais putain corsai 

Qui syi déçoive ? 
Po sont des homes qui n'en boive , 
Et do queque soit reçoive : 

Or a gros neu. 
A l'ostel vient, si fait grant feu. 
Dame Herselot est queu , 

A grant foison 
Et volaille , et venison , 
53o Et claré plus dolz que poison. 
Richaut s'entremet de Samson 

• Par moult grant cure. 
Richaut ot bone noiriture , 
Richaut a preste sovant dure 

Qui lo resanble , 
Toz li cuers de joie li tranble , 
Et chascun jor lo soen li enble. 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 55 

La Ménestrel 
Au borjois redit autretel , 
54o Et dit au Chevalier viel 

Qu'il iere suens. 
Moult par est preuz et biax et buens ; 
Se en genre Faust uns Guens 

Ne fust plus biax. 
Or a Richaut toz ses aviax 

Por Sansonet : 
De lui bien vestir s entremet 
Et à toz cez soie lo met 

Qui li ont fait. 
55o N'i a si cointe do ele n'ait, 

Car trop set d'art. 
Richaut lace de totes parz. 
Tant crut Sansofis qu'il fu granz garz 

Par la parole : 
Fu Sansonez mis à escole , 

Moult ot cler sans , 
N'ot si sotil en toz les rans. 
Son sautier sot en po de tans , 

Chanta deus anz, 
56o Voiz ot sor les autres enfanz , 

Moult sot et conduiz et sochanz; 

Vait à gramaire 
En un en sot bon ditié faire : 
Con plus aprant , et plus esclaire. 

Tant a fait vers 
Qu'il en set faire de divers ; 
N'ot en Fescole si. * 
Moult bien aprant, 
Et li maistres bien i entant , 



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56 NOUVEAU RECUEIL 

Por lo grant loier qu'il en prant 
570 Del Preste fol. 

Tant la Richaut fera el mol 
Qu'il la grisset au col, 

Or est au lange. 
Au borjois vialt to chanje, 
Et par menace, et par blanje 

Que par proier , 
A tant mené lo Chevalier, 
Que tôt li a fait engagier . 

Et terre et feu. 
5 80 Qant Richaut est en icel leu ^ 

Moult li aconte 
Que Sanson sanble fil de Conte : 
. Car preuz est, isnelemant monte 

Sor son cheval. 
Ne dote mont , conbe ne va.1 , 
Einz s essaie con bon vasal , 

Nelui ne crient. 
Sire , fait-ele , il t'apartient , 
Car moult est fiers et sages , 
590 II est autex conme tu ies. 

Moult safiche sor les estriers , 

Bien s'ademet. 
En cest païs n'a nul vallet 
Qui plus sache de Sansonet. 
Viex acroit, del suen i met. 

Au borjois dit • 
Que Sansonet son fil ait , 
Del conter faifrà grant esploit , 
El li dit voir, se il la croit, 
600 Ne n ert pas grief, 




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DE FABLIAUX ET CONTES. 5 
Et sa rante metra en brief. 

Ce dit au Preste 
Que Sansons est des autres mestre , 
Moult aime en escole à estre 

Por plus savoir. 
Li danz set bien qu'ele dit voir, 
Si li charje tôt son avoir. 

Richaut lo prant , | 
Si s'en conroie richement , 
610 Car li garçons pas nés despant. 
Qui croit Richaut et qui la fot 

Moult est chaitis, 
Or a Richaut ses trois amis 
Par son engin fin fussiax mis ; 
Et Sansonez a tant apris 

Par son cler sans 
Qui est dialeticiens. 
Lo jeu des dez aprist par tans 

Et lo lechois ; 
620 Valantiers vait o les cortois. 
Sonez set faire et servantois 

Et rotruanges. 
Famé déçoit par ses losanges, 
Ses costez lace à longues franges 

Et sa çainture ; 
Coetée a sa vestéure , 
En lecherie met sa cure : 
Chascuns retrait à sa nature. 

Sanson revate, 
63o N'i a si roide qu'il n'abàte, 
Ne si cointe qu'il ne mate ; 

Moult set caraudes. 



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58 NOUVEAU RECUEIL 

Les famés fait plus que feu chaudes, 
Les plus comtes fait estre baudes 

Et envoisiées , 
Sor soi les fait estre enragiées; 
Au bordel en a envoiées 

Plus d'un millier 
Que il a mise au mestier. 
6/fo Moult par les set bien engignier 
Et baréter. 
De si à Bar n'en a son per 

De lecherie , 
Car il li vient d'ancesserie. 
Richaut sa mere lo chastie : 
Sanson biax fiz , di moi quel vie 

Tu mèneras; 
Voiz lo Preste de Saint Thomas , 
Moult sera liez s'à lui t'an vas, 
65o Ou au borjois 

Tan vas, si changeras a pois; 
Ou à dan viel lo çortois 

Biax fiz , tan va. 
Par Deu, mere, ne ça ne là 

N'est l'aler preuz : 
Car apovrez les avez toz , 
Ne puis sofrir malvais de groz. 
Richaut s'an rit par de desoz. 
Sanson fait here , 
660 Mais or me dites, bele mere, 

Liquex de ces trois est mes père. 

Biax fis, ne sai, 
Car à chascun de trois copiai , 
Et à mil autres : pas n'en ai 



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DE FABLIAUX ET CONTES» 

Envers toi honte. 
Famé sor cui tex pueples monte, 
Conmant sauroit tenir lo cont« 

De ses enfans ? 
Ne sai de cui conçoit , ne quanz 
De ses trois va au plus menant , 

Met t'an à chois. 
Mere, ne çà ne là ne vois, 
En cest païs plus ne n'estois , 

Aler m'en voil , 
Jà n'erf prodom dedanz spn soil 
As riches cors panre escoil 

De cortoisie. 
Une messe sai de clergie , 
Connoistre voil chevalerie , 

S'auré les famés. 
Et les cortoises riches dames. 
Moult les metrai encor en brames 

Et en error . 
Se puis encor del lor 
Et par boidie et par amor. 

Richaut s an rit , 
Biax fiz Sanson , que as-*tu dit ? 
Jà sez-tu encor si petit 

De cest tripot ? 
Envers les famés n'en sez mot , 
Les famés font tenir por sot. 
Mere, cil qui entend et ot 

Ses bons a tors, 
Set bien de famés les tristors, 
Car il descovre bien lor mors 

Et lor nature. 



60 NOUVEAU RECUEIL 

Fiz , cil qui sevent les escriture 
Soient amer à démesure ; 
700 Cil qui plus set, 

Aime plus tost et plus tost et 
S'il voit chose qui li agrée. 

Cil qui set plus 
Est par famé plus tost mis jus 
Que cil qui conoissent les us 

Qui que s'en gart. 
Famé cointe de maie part 
Si se fait bien ver lo musart 

Et cointe et fiere. 
710 Mere , je sa bien la manière , 
Mainte en ferai encor corsiere ; 

N'i a si cointe 
Que je ne face vers moi jointe, 
Se je tant faz que Taie pointe , 

Tôt li torrai , 
Jà nule rien ne li lairaû 
Avoi , Sanson , certes bien sai , 
Encor te la reproverai 

Ceste parole : 
720 N'i a si cointe clerc d'escole 
Que n aie mis en ma jaïole 

Et toz raans. 
Biax fiz Sanson , si con je pans , 
Encor auras perdu lo sans 

Par art de famé ; 
Moult crien qu'ele ne se raame. 
H n'a , dist-il , si bele famé 

En cest païs 
Qui tant fusse de lui espris , 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 
Que j'en poisse estre à pie mis , 

S an sui toz fiz. 
S'ainsi lo faiz , Samson , con diz , 
Don sai-je bien que ies mes fiz. 

Richaut ne fine , 
Sansonet aprant et dostrine 
Cornant doit joer à meschine 
Et servir Dame soz cortine : 
Estroit la corbe bien , sanz pairie , 
Soef la bâist , vers soi l'estraigne 

Tant qu'ele l'aint : 
Qu'est debonaires, tôt jorz vaint : 

Tôt dis prometé, 
Vers famé soit totjorz en dete, 
De soi servir bien s'antremete 

De bel parler. 
Moult set Richaut de l'art d'amer , 
Qui Sansonet vialt dostriner, 

Qui moult en cuide 
Sansonez savoir par Ovide. 
Richaut sa mere li aïde ; 

La nuit séjorne 
A sa mere ; qant il ajorne 
A pris congié , puis si s'an torne . 

Voit s'an à Cort. 
Sansons ne fu ne fox ne lors , 
Ançois se fist amer à toz : 

Car il set tant 
Que n'en i a petit ne grant 
Qui ne li face bel sanblant. 

Et si ot grâce , 
Ne lor desplaist chose qu'il face : 



6a NOUVEAU RECUEIL 

Par sa parole les enlace. 

Par amistié 
Et par angin a porchacié 
Sanson don a ahernechié 

Son palefroi. 
Richement vàit à bel conroi , 
Bien set parler devant un roi 

Et devant Conte 
770 Bel et cortoisement sanz honte, 
Mar fu qant à enor ne monte , 

■ Mais il ne puet ; 
De Richaut sa mere li muet 
La nature , qu'il li estuet 

•Sore et tenir. 
Après ne puet i pas venir , 
Car del lechors ne puet partir : 

Il nel' laïroit 
Por trestot l'avoir qu'il avoit : 
780 Non feroit-il , qui li donroit 

L'anor de Rome. 
Delecherie set la some : 

En nule Cort 
Ne trove ne si lonc ni si cort 

Qui tant en sace ; 
N'i a nul qui taisir ne face. 
O qui vicgne soe est la place , 

Tant set de bordes , 
De proverbes et de falordes. 
790 Mains a bêles , ne plaines ? non gordes , 

Famés afole. 
Voiz a ; bien chante et farin parole , 
Bien en porroit tenir escole , 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 63 
Moult i entant. 
Soz ciel n'en a cel instrument 
Don Sansons ne sache grantmant. 

Plus set Sansons 
Rotruange , conduiz et sons ; 
Bien set faire les lais Bretons. 
800 Si set des dez 

Plus que homme de mere nez ; 
Onques n'en pot estre enciènez 

En nule guise. 
Trestoz ses conpeignons jostise , 
Mainz en fait tranbler à l'assise , 

Il les despoille. 
Englootie a mainte coille , 

Car il est forz ; 
Plusors en a gitié as porz 
810 Et as putains puanz et orz 
Plus que lanternes. 
Onques rien ne perdi en quernes 
Na enbesa n'a deus en ternes , 

Totjorz à quines 
Endeus des trois bouez ot quines. 

Tuit li plusor 
Des lecheors en font seignor 

Il les esvoille. 
Sansons les met en la corboille, 
829 Qui mis n'i est , pas ne somoille , 
Sansons les bat ; 
Jà n'ert si comtes qu'il no mat 

Ainz qu'il s'an tort. 
Des Londres jusq'as Monz n'a Cort 
O Sansons ne voist et sejort. 



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NOUVEAU RECUEIL 

Sansons est biax ; 
A cez citez , à cez chastiax 
As famés bastist griés cenbiax, 
Tost lor deniers , dras et anîaux , 

Néant à force. 
Un cotel a don les escorce , 

C'est la losange. 
Ce est Sansons qui toz nos vange 

Des pautenieres 
Qui si se font envers nos fieres : 
Plus de mil en a fait corsieres. 

Moult est sauvaje 
La meschine que il n'asaje : 
As dames fait muer coraje ; 

Se il s'an poine , 
N'i a si cointe qu'il n enmoine. 
Sansons les point jusq'à la. vaine , 
Il les met en la grant alaine 

Les mal senées , 
Plus de sept cens en a menées , 
Puis les lait , qant les a robées. 

Sansons a droit, 
Si les famés tient en destroit , 
Bichaut sa mere homes déçoit 

Et ses alumj*. 
Sansonez les famés enjaingne , 
N'en a son per jusc'à Viane 

De bien deçoivre ; 
Del Noagre de ci à Coivre 
N'aira qui miauz sache deçoivre 

Char de femele. 
Sansons set tant de la favele , 



DE FABLIAUX ET CONTES. 
Que les plus cointes en apele , 
Del jeu 

860 Envi lor fait, s'il en a leu. 
Sansons ne a terre ne feu , 
Mais des famés quialt lo toneu 

Par Alemaingne , 
Par Lonbardie et par Bretaigne , 
Et as Françaises regaaigne # * 

Aucune chose. 
En Engleterre passer ose 
Qui de la mer est tote enclose, 
Nés en Irlande 
870 Font les dames qan qu'i conmande; 
Et de ci q'an Inde la grande 

A-il esté : 
Iluec a-il moult conquesté. 
Sor putains a la poesté 

Li fiz Richaut : 
Cele qui l'escondit s'an diaut. 

Sansons est sages , 
De totes Corz set les usages ; 
Entre amanz porte les mesages 
880 Cortoisement. 

Asanblé en a plus de cent, 
Si ne li chaut si sont parant , 
Ces espose, c'une n'enpraht 

Mais qu'il gaaint. 
Ce,set-il bien qulen pechié maint, 
* Mais li deliz do mont lo yaint 
Qui moult li plaist. 
De ce ce vit , de ce ce paist 
Richemant; jà ne cuit qu'il laist 



NOUVEAU RECUEIL 

Iceste vie. 
En volante m est que vos die 
De ses péchiez Une partie 

Des criminaux. 
Moines devint à Cleryax , 
Sot les blans dras, c'ert moines faux 

Et tôt sanz loi 
A ses frères manti sa foi , 
Fuit s an , s'en mena o soi 

Un cheval sor , 
Si enporta tôt lo trésor , 
Croiz , calices d'argent et d or : 

IA fox, li ivres 
Bien enporta soixante livres , 

Car grant despense 
Moine Sanson, qu'il n&sasanse, 
De fuir tant ne se panse, 

Mais despensant 
Partot ravist, par tôt despant. 
Maint cuer a fait triste et dolant 

L'aingin Sanson : 
Jusqu'au flun Jordain n'a maison 
Ne covant de religion 

O n'ait pris ordre : 
Qant lui plaist , bien s'an set estordre , 
Mais il vialt ainz ses frères mordre : 

ïrestoz les robe. 
Pechié ne dote, ne porbre 
Toz les vaint Sansons par sa lobe. 

Il devint prestes : 
Sacrez fu , ce dit , à Vincestre. 
A ces nonains dist qu'il vialt estre 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 
Lor Chapelains ; 
Mar lo créirent les nonains, 
Car les plusor en fist putains , 

Puis les roba. 
Tant a aie et ça et là 
Que plus de cent en afola. ; 

Une abéesse 
En amena grosse et espesse, 
Puis devint-ele jugleresse. 

Sanson enchante 
Trestotes celés o il ante. 
I f..t la nièce et puis la tante, 

Puis les serors. 
A droit lo fait et à rebors. 
De sor toz autres lecheors 

Iert-il lec^ieres ; 
Sor eles a esté trechieres 

Plus que gorpille 
Qui par engin prànt la cornille. 
Sanson art famés et essille; 
La mere f... et puis la fille 

Et les coisines. 
Sanson les f... totes sovines, 
Les genoz lor met as poitrines : 

Il croist en coste , 
Et a copresse et à saposte ; 

Sanson croist bien 
•A bâcher et à pissechien. 

Plus set Sansons , 
Car il les croist à estupons. 
Pardonez nos s'ansi parlons 
Vos qui entandez nos raisons , 



NOUVEAU RÉCUEIL 
Tex est l'estoire , 
N'en volon oster ne acroire : 
De bien croistrejot Sanson gloire , 

Et pris et los. 
Maintes en monta sor les dos 
A cui il fist croistre les os ; 
Onques Sansons n'ot repos 

De lecherie. 
D'angigner ot il la màîtrie, 
Toz les vainqui de lecherie. 

Sansons set tôt , 
Une estorce set et un bot, 
N'i a putain se il la f... 
Qanque li face dire trop 
D'el que de boche. 
Mal ait Sansons qui si le»toche. 
Cele robe avec cui coche 

En recelée. 
Mainte en aura ensi menée , 
Et qant ce vint à l'ajornée 

Trovoit sovine. 
Cel jor l'estovoit estre an mue , 
Ne se demonstroit pas en rue. 
Trop set Sansons qui si treslue 

Et qui si enble 
A totes celés où asanble. 
Richaut sa mere bien resanble 

Qu'il fu ses fiz. 
Ainz Sansons ne fu escharniz 
Fors par Richaut la meretriz : 

Seignor , oez 
Conmant Sansons fu enganez , 



DE FABLIAUX ET CONTES. 69 
Bien lo sai dire. 
Sansons qui des famés est sire, 
Set anz o plus fu en Sezille, 
Puis s'an avança vers S. Gile 
990 Droit à Tolose 

Que H Rois Henris tant golose , 
Mainte meschine et mainte espose 

Il fist dolante. 
Qant Festre plus ne li talante , 

Vint en Berri 
Là o ; sa mère lot norri : 

Véoir la veut : . 
Cuida fust la o heter sueut , 
N'i estoit pas dame Richaut. 
1000 Sansons s'an torne 

Les chastiex. vait en chant a orne : 
A Paris vient , iluec sejorne 

Une quinzaine y 
Grant joie et grant déduit i moine; 
Mainte putain i mist en poine. 

Vient à Biauvez, 
Iloques tient Richaut ses plaiz. 
Qant Sansons vint, moult fu destroiz 

Des citeuins, 
1010 Tuit li demandent s'il est sains. 
Sa guère quiault vers les putains. 

Richaut lo voit , 
A lui ?st venue tôt droit r 

El lo salue. 
Il li raut, mais ne se remue, 
Sansons ne la pas conéue, 
Car douze anz.a ne Tôt véue. 



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7<> NOUVEAU RECUEIL 

Richaut se rit 
Des deduiz que faire li vit. 
1020 A soi méismes panse et dit : 

Si m'ait Dex , 
De nos deus est li plus cruex , 
O je vers ome , o li vers famés , 

Car nous seines 

Saje de l art. 
Sansonet escot et esgart 

En cel carrage. 
Richaut n'atant plus , ainz s'aproche , 

Vient à l'ostel. 
io3o Herselot trova la lael, 

Tote jor n'antandoit à el , 

Fors au panser 
Conmant porroit Sanson gaber 

Et engigner. 
Richaut fait Herselot baignier , 
Au col li mist bon mantel chier , 

D'orfrois li lace 
Les deus costez , et entre brace. 
De blanchet li povoit la face 
io4o Et lo menton; 

El vis asist lo vermillon 

De sor lo blanc , 
Por ce que del natural sanc 

Po i avoit. 
Hersanz part bele , pas n'estoit , 

Ainz ert boschiée. 
Richaut se haste ainz que s'an chiéè 

Cele color : 
Bien sanble fille de contor. 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 

io5o Par li ert Sansons en error , 

Se Richaut puet : 
Cointemant ovrer lor estuet. 
Richaut o Herselot s'esmuet, 

Vont s'an lo pas 
De l'autre part chiés dan Thomas , 
Un riche marchéant de dras. 

Une béasse 
Avoit en la maison moult grasse 
Qui de tripot sot une masse : 
1 060 Richaut Fapele , 

Parlez à moi, ma damoisele, 
Dire vos sai bone novele , 

Or de Taidier ; 
Se tu viax avoir bon loier , 
Monte laissus en cel solier 

O Herselot , 
Que vostre gent n'en sache mot , 
Tout li a conté lo tripot : 

Or monte sus. 
1070 Richaut s'an ist, ne tarda plus. 
Ensi con ele issoit de l'ius 

De la maison, • 
Garde , si voit venir Sanson , 
Encontre Va mist la raison. 

Tint soi moult simple , 
Qu'il ne saunte mist sa guinple 

Sor son viaire. 
Primes parole por atraire , 
Après, soef, por miaux atraire, 
1080 Sansons nies pas , par S. Alaire, 
Frans , ne cortois , ne debonaire , 



NOUVEAU RECUEIL 



Por noiant te vantes 
Q'antremetre te sez de tantes. 
N'a moi ne viens, n'a moi ne antes : 

Moult par fais mal. 
Jà tant n'iras n'amont naval 
Que tu vieignes à mon ostal , 

Sansons vien i. 
Il n'est pas loin , voiz lo le ci : 
1090 La moie foi, Sansons t'afi, 

Se vialx do mien. 
Jà ne voldras icele rien 
Que tu n'aies , car je t'ain bien. 
Amis Sansons , avec moi vien. 

Sansons Vantant , 
Bien aperçoit qu'ele li mant , 
Et sel' trais à decevement, 

Ne l'araisone : 
Haï , quel nonain et quel moine ! 
1 100 Moult set chascuns de faloine 

Et de boidie. 
Sansons li dist à voiz série : 
Cornant avez vos non , amie ? 
Amis, *n m'afele Florie. 

Florie ! bele , 
Benoiete soit tex damoisele 
Qui son ami enssin apele ! 



Merciz et grez 
Del bel apel que fait m'avez ; 



1110 Jà dites vos que vos m'amez t 



Et je ain vos. 
Sansons garda li aurillox ; 
Amont à la fenestre , 




DE FABLIAUX ET CONTES. 7 3 
Vit Herselot à la fenestre : 
Florie , dit por Saint Silvestre, 

Qui est cela ? 
Voi2 quel cors et quel vis ele a. 
Où? dist Riehaut, ce n'a mestier, 
C'est la fille à un chevalier 
il 20 Prou et cortois, 

Qui la mise chiés un borjois 
Qui l'aprant à oyrer orfrois 

Avec sa fille. 
Sanson d'angoisse frecille ; 
Or ne se prise une corquille 

S'il ne se levé. 
Florie bele , car te levé. ' 
Vers cui ? vers moi , qu'ele me seve 

Et qu'ele m aint. 
n 3o Ostez , dist-ele , à rien n'ataint , 
De lui aidier Riehaut se faint. 
S'amor, dit-il, lo cuer m'estraint 

Desoz f aissele ; 
De si qu'à Rome n'a si bele , 
Non , de si qu'as porz de bordele. 
Florie , va , del jeu lapés , 
Se tant fais que mete ma sele, 

Je sui tes hom , 
Si pran del main tôt à bandon. 
n4o Richant en vait en la maison 

Faire proiere : 
Trestot dit à la chamberière , 
Con lo feront , en que manière. 
A Sansons san rêvait arrière : 

Po de chose 



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74 NOUVEAU RECUEIL 

Avez rien fait ? oïl. Quel chose ? 
Vaincue l'ai la flor de rose , 
Mais moult par sui herdie et ose 
Que ç'ai enpris. 
i ijo Par la foi que doi Saint Denis , 
Trestot l'avoir de cest païs 

Ne me garroit, 
Se li Chevaliers lo savoit , 
Que n'aûsse de mort destroit. 

Moult sui desvée , 
Moie corpe malaûrée 
Je ai la meschine enjannée , 

Mais or tan va , 
S'anprès à vespres revien ça , 
1 160 Car, se je puis , ele i vanra . 
Hastivement ; 
Mais il est moult de haute jant , 
Si convient bel atornement : 
Là où si riche rien descent 
Auroies tu nés point d'argent ? 

Sansonez Tôt, 
Bien aperçoit quele l'anclot , 
Puisque do suen vialt faire escot 
Mais lui sovient 
1170 Qu'il ne done ce que chier tient 
A ce qu'il aime , à poine vient. 

Sansons foloie , 
Cinc sax li done de monoie, 
Et cele dit que plus acroie , 

S'an a mestier, 
Il sora tôt au repairier. 
Sansons la cuide engignier, 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 7 5 

Et ele Sanson. 
Richaut a receu son dan 
1180 Par ton tenant; 

Herseloz trait son vis avant, 
Si li a fait un bel sanblant. 
Richaut la cine de son gant , 

El se retrait. 
Amis Sanson , tu as ton plait , 
Va , si revient. Sanson s'an vait. 

Richaut remaint , 
Del couroi faire ne se faint , 
Del autrui en a-el fait maint 
1 190 Des biax acors. 

Et Richaut quiert set lecheors 
Qui li venissent à secors 

D'un home prandre : 
Tôt lor tripot lor fait entandre , 

Tôt lor aprant , 
Qant il vanra celéemant 

A la meschine , 
Tôt lo despoillent par ravine , 
Nés tochent d'espée acerine 
1 200 Ne de baston , 

Qar bien savoit que c'est Sanson 

Ses fiz , 

Qui ainz ne pot estre escherniz 
Gaber lo vialt la meretriz. 

Ci li otroient , 
Car si detor trestuit estoient , 
A l'ostel liée l'an envoie. 

Richaut repaire , 
Vient à l'ostel , lo feu esclaire , 



r 

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7<> NOUVEAU RECUEIL 

1210 Jons et flors espandre par Taire, 

Et li jors faut. 
Ez -vos Sanson en l'ostel saut. 
Qui moult estoit et liez et baut. 
Florie, fait-il y Dex vos saut, 

Li Fiz Marie ! 
Sanson, Dex te benéie. 
Don n'est encor venue m amie ? 

Nenil,amis, 
Que diz ? Sanson trop ies hastis , 
1220 Encor ne puet , n'est mie asis. 

Ez vos Hersant. 
Sansonez par la main la prant. 
La pute tranble dant à dant. 

Avoi ! Florie, 
Avez me vos donques traïe ? 
Sanson li dist, nenil, amie, 

Nenil, ma bele, 
Mais vostre amor moult me favele 
Li cuers m'estraint de soz l'aissele 
1 23o Por vostre amor , 

Se je par vos n'en ai retor , 
Jà n'aura mais joie nul jor. 

Et Herselot 
Li respont au miauz quele sot y 
Plore et sangle mot à mot, 

Tôt par faintie. 
Florie, mal as esplotie 
Qui à Sanson m'as acointie; 
Mais or li otroi mamistie 
1 240 Par vostre lox. 

Herdic sui qant faire l'ox, 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 

Moult par sui foie. 
Dit Richâut, jà n'en iert parole. 
Et Sansons la baise et acole , 

Et ele plore. 
El haster Sanson se demore 
Mais del f..tre estoit tans et ore 

Jà li feist 
Se Herseloz li consantist; 
i25o Mais el tressant , tranble et fremist 

Con s'el fust chaste. 
Richaut qui tôt prant et tôt gaste , 

La table a mise, 
Les Sanson s'est Hersant assise , 
Des mes mangèrent à devise 

Et burent moult 
De bon vin ferré et estolt. 
Herselot avoit cler lo volt 

A la chandoille : 
1 260 La face avoit clere et vermoille , 
Par que ce soit une mervoille 

Del vermeillon. 
Après mangier la prist Sanson , 
Si l'anmoine, o voille, o non ; 

El lit lestant 
Les dras li lieve. El se desfant 
Por les lecheors qu ele a tant ; 
Si estoit ele nequedant 

En grant engoisse 
1270 Del* reçoivre plus que n'est moisse. 
A deslacer. Sansons sesloisse, 
Par le peignil qui sanble moisse, 

Li mist l'outil, 



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7 8 NOUVEAU RECUEIL 

Car la pute tôt son penïl , 
Dès qu'il s'ahurte au dusil , 

Au corz aferive. 
Il n'i trova ne £bnz ne rive 
Plus qu i féist en une huie. 
Sanson s'esmaie, 
1 280 Arrière saut , si se desraie. 
Ahi, dist-il, pute f resaie, 

Escharni m'as ; 
Mauvais serai s'ensi t'an vas , 
Einçois me laisseras tes dras : 
Certes jà ne m'an gaberas. 

Il lieve sus , 
Et Herselot lo retrait jus. 
Ez vos les lechéors à l'ius , 
Traient les branz. 
1 290 Que féist un encontre tanz ? 

Ne vos movez , dit li plus granz : 

I l'ont saisi. 
Ce dit Richaùt , seignor , merci 
Por quoi Favez si asailli ? 

Ce est folie. 
Li uns respont, Florie, 
Nostre parante avez honie , 
Et vos et il perdroiz la vie. 
Moult lo menacent, 
1 3oo Lo mantel del col li délacent , 
Tôt lo despoillent : 
Ne li font mal don il se doille. 
Sanson crient que mort ne recoille, 

Demande lor : 
Por coi me honissiez? Seignor, 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 79 
Ce dit li uns , por ma seror 
Que ayez traite à desenor. 
Richaut lor prie par amor 

Qu'il ne Tocient; 
i3io Et cil ne font mais que s'an rient. 

Piégiez lo moi, 
Ce dit Richaut ; desor ma foi 
Di li plus maistres , l'otroi. 

Or est plegiel , 
En la maison se gist toz liez. 



GI FENIT DE RICHAUT. 



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NOUVEAU RECUEIL 




DIS DE LE VESCIE A PRESTRE, 



Ijn lieu de fable vos dirai 
Un voirs ensi k'oï dire ai, 
D'un prestre hi astoit manans 
Deleis Anwiers : li remanans 
Estoit mult biaus de son avoir, 
Car plains estoit de grant savoir, 
Si navoit pas tôt despendut , 
A amassier avoit tendut. 
S'estoit riches hons et moblés , 
Buez et vaches , brebis et blées 
Avoit tant c on n'en savoit conte ; 
Mais li mors qui roi , duc ne conte 
N'espargne , Tôt par son message 
Somont al naturel passage. 
Entropikes ert devenus, 
De nul home n'estoit tenus 
Ki li promesist longe vie. 
Li prestes qui out grant envie 
De bien morir et justement , 
Manda tost et isnelement 
Son doiien et toz ses amis , 
Son avoir entre lor main mis 
Por donner et por départir 



PAR JAKES DE BÀSIU. 




DE FABLIAUX ET CONTES. 81 

Cant ilh verront que départir J 

De son cors estovra lame. 

Jowel, cossin, pot, nè escame, 

Cuete, tuelle, neiz une nape, 

Brebis , moutons , buef , ne sa chape 

Ne li remaint que tôt ne donne, 
3o Et nome chasconne persone 

A cui ilh wet c'on doinst ses chozes 

Descovertes, non pas closes * 

Lettres saeler et escrire 

En fist , que ne le vos puis dire 

Plus briement ; quant qu'il avoit 

Il dona tôt quant qu'il savoit 

Con chil qui n'a voit /espérance 

D'avoir de son mal aligance , 

Car sa maladie ert amere. 
4o Atant se sont d'Anwier duj^rere 

De Saint Jake issu por prechier , 

Qui mult se wellent estachier 

Cant aucun desviiet ravoient. 

Cele part tôt droit ont lor voie, 

Si sunt chil le |>restre venus , 

I estre quidarent retenus 

Al mangier , à joie et à feste 

(*) 

Si c autrefois esté i furent; 
5o Mais ne mangierent ne ne burent, 
Car malade ont trové le prestre. 
Nonporquant li ont de son estre 
Demandé et de son afaire. 

(*) Il manque un vers ici. 

tome i. 6 



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NOUVEAU RECUEIL 
Ses mains manient, son viaire, 
Ses piés, ses jambes regardèrent, 
Et tôt son cors ratflt bien tansterent 
Si lor sembla bien par droiture 
C'awoir ne poist de son mal cure, 
Kl ne l'en coviengne morir. 
Trop lonc tans la laisié norrir, 
Si n'est pas legiers à curer ; 
Mais désir nos covient curer, 
Dist l'uns à l'autre, c'est passé, 
Ke del avoir k'a amassé 
Doinst à nostre maison vingt livres , 
A le por refaire nos livres ; 
Se nos le poons ensi faire 
A nos prius devera plaire , 
Et si en seront liet no frère. 
Vos dites vct* par Dieu, no per'e; 
Frère Lowis, or i parra 
Liqueis miez à lui parlera , 
Et mostrera nostre besongne. 
Al prestre qui out grant esoingne 
De maladie ont dit sans /aille : 
Sire, cbis maus mult vos travaille, 
Vos nos sembleis mult agreveis,. 
De vostre ame penser deveis; 
Doneis por Dieu de vostre avoir, 
Dist li prestes , ne puis savoir 
K'aie cacbé sortout ne cote, 
Neis les linchnes à coi me frote 
Ke tout n'aie por Deu doné. 
Cornent aveis vos ordené, 
Dient li fere, vos besongne? 



DE FABLIAUX ET CONTES. 85 

Li escriture nos temongne 

C'on doit garder à cui on done, 

S enploiiet est à la persone 

A cui on wet aumône faire. 
qo Li prestes respont sans contraire : 

J'ai à mes povres parentiaus 

Doné brebis , vaces et viaus , 

Et as povres de cele vilhe 

Ai doné ausi , par Saint Gilhe, 

De bleis qui vaut plus de dis livres, 

Por ce ke je soie délivres 

De ce ke j'ai envers iaus mespris, 

Car en toz iaus mon vivre ai pris. 

Si ai doné as orfenines , 
100 A orfenins et à béguines, 

Et à gens de povre puisance, 

Et si ai laisiet nor pitance 

Cent souz as frères des cordeles. 

Ces amuenes se sunt mult bêles, 

Et as frères de no maisons 

Aveis-vos fait nule raison ? 

Ce dient li doi frère al prestre. 

Nai voir. Ce conment puet estre ? 

En maison a tant de preudômes; 
1 10 Et à vos prochain voisien somes» 

Et si vivons mult sobrement; 

Vos ne moreis pas justement 
Se del vostre ne nos laiiés. 
Li prestes trestous esmaiés 
Respont : par les celz de ma teste 
A doner n ai ne bleif ne beste , 
Or, ne argent, chanap ne cope. 



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84 NOUVEAU RECUEIL 

Ghascons des frères li rencope 
Et li mostre , par exemplaire , 

120 K'ilh puet bien un de ses dons retraire 
Et rapeler por iaus doner. 
No nos vorimes mult pener 
Ke vostre ame fust adrechie , 
Car chaiens a esté drechie 
Soventes fois bien notre escuele , 
Et li amuene si est biele 
Ki est à nostre maison mise. 
Nos no vestons nulle cbemise 
Et si vivomes en pitance : 

i3o Ce sache Diex, por la valhance 
De vostre argent nel' disons mie. 
Li preste Tôt, si s'en gramie, 
Et pense qu'il s'en vengera, 
S'ilh puet , et qu'il les trpfera : 
Mar le vont or si près tenant. 
As frères respont maintenant : 
Appenseis sui , doner nos welh 
Un Jowel ke mult amer suel , 
Et aime encore par Sains Piere ; 

i4o Je n'ai chose gaires plus chiere, 

Milh mars d'argent n'en prenderoie , 

Et se je bien haitiés estoie , 

Je n'en voroi mies avoir 

Deus cens raarchies d'autre avoir, 

Diez vos a chaiens asseneïs, 

Vostre prieus me ramineis , 

Si vos en ferai conissanche 

Ains que de vie aie faillance. 

Li frère , sans duel et sans ire , 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 85 
1 5o Ont respondut , Diex le vos mire ; 

Cant voleis-vos çfue revenons , 

Et nostre prieuz ramenrons? 

Demain, je sui où diex plaisir, 

Vo premesse devers saisir 

Ains que je trop aggreveis soie. 

Atant ont acuelli lor voie 

Li frère : à Anwier sont venu , 

Si ont lor chapitre tenu , 

Chascons s'aventure raconte; 
160 Mais chil n'ont cure de lonc conte, 

Ains ont dit haut en audience , 

Faites venir bone pitance. 

Deux cens libvres gaangniet avons , 

A un prestre ke nos savons 

Malade chi a une vilhe. 

Frère Nichole et frère Gilhe, 

Frère Guilhiame et frère Ansiaus 

Vinrent oïr ces mos nouviauz 

Ki mult forment lor abelissent. 
170 De ces grans poisons mander fisent , 

Viez vin novel , fions et pasteis , 

Chil grans mangier fu mult hasteis. 

Ghascuns de lui bien aisier pense , 

Ne burent pas vin de despense, 

De boire et de mangier bien s'aisent, 

Por le prestrë le hanap baisent 

Ki le jowel lor ot promis. 

Cant en lor testes orent mis 

De ce bon vin, grant feste fisent, 
180 Lor cloches so vent en bondissent 

Ausi con ilh i awist cor sain. 



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NOUVEAU RECUEIL 
N'i a voisin qui ne se saint, 
Et se merveillent. qu'il avoient. 
Qui miez miés as preschers s'avoient 
Por la grant merveilhe esgarder. 
Nus d'iauz ne se savoit garder 
De mener vie deshoneste , 
Car chascons a ferre la reste 
De bon vin et de lor pitance. 
A lor diverse contenance 
Et al maintieng et à lor estre 
Semblèrent bien hors de sens estre. 
Chascons Ki les voit, s'en merveilhe, 
Et frère Lowis s aparailhe 
De demander con faitement 
H poroient plus sagement 
Al prestre querre lor promesse. 
Demain anchois c'on chante messe 
Se fera bon mètre à la voie ; 
Dist chascons , se Jhesu m'avoie,' 
Anchois ke li mors le sorprengne, 
Si conment ke la choze prengne, 
De no don aions conissance : 
Nos i arons mainte pitance , 
Si s'en doit-on mult bien pener. 
Frère Lowis : lesquels miner 
Ivoreis-vos, or le nos dites. 
Frère Guilhiames li ermites 
En venra , et frère Nicole , 
Bien savons dire la parole, 
Et si venra frère Robiers , 
Çaiens n'a ni sage convers , 
Si portera no bréviaire 5 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 87 

De no prieus n'avons ke faire. 

Ensi ont le plait orriiet. 

Lendemain se son avoiiet 

Tôt droit vers la maison le preste, 

Jà ni cuidierent à tans estre; 

Mais ans ke li jors fut passeis 
2210 Amassent ilh miex estre asseis 

A Anwiers dedens lor maison. 

Atant ont le prestre à raison 

Mis, et de Deu l'ont salué, 

Puis demandent s'il a mué 

Son mal en nul aligement. * 

Li prestes mult très sagement 

Lors dist : bien soiiés vos venu : 

Je n'ai mie desconéu 

La don ke promis vos a voie, 
a3o Encors en sui-je bien en voie : 

Faites les escbevins venir , 

Et le maieur, si kau venir 

Ne vos en puist nule grevance $ 

Devant iaus la reconissanee 

Mult volentiers vos en ferai, 

Et la chose vos nomerai * 

Et vo dirai ù ele ert prise. 

Entrués ke li prestes devise 

Frère Robers a tant pené, 
240 K'ilh a le maieur aminé 

Et tbz les escbevins ensemble» 

Li quatre frère , ce me samhle , 

Les ont hautement benvigniés. 

Ii prestres qui fu ensigniés, 

Si a parlé premièrement, 



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NOUVEAU RECUEIL 
Et lor a dit si fortement : 
Sangnor, vos estes mi ami 9 
Por Dieu , or entendeis à mî. 
Frère Lowis , frère Symons 
Vinrent ier chi (aire sermons 
K'ilh me cuidoient en santé; 
Mais Dieu par sa grasce a planté 
En moi maladie si grieve , 
C'aparant est ke mais m'en lieve. 
11 me Tirent et esgarderent, 
Et après si me demandèrent 
Se j'avoie pensé de m'ame , 
Et je lor dis par nostre Dame 
Ke javoie trestot donet. 
Ilh demandèrent s'ordiné 
A lor maison riens née avoie. 
Et je dis non. Se Diex m'avoie 
H ne m'en estoit sovenu. 
Or estoient trop tart venu , 
Je n'avoie mais que doner. 
Non, dissent ilh, trop mal mené 
Vos voi, mavaisement moreis 
S'en cestui propoz demoreis , 
Se vos ne nos doneis del vostre : 
Et je , par sainte patenostre 
Ne welh pas morir malement , 
Si ai pensé si longement 
Kapenseis me sui d'une coze 
Ke j'ai en mon porpris encloze, 
Ke j'aime mult et ting mult chiere , 
Mais je lor doin en tel manière 
H'ilh ne l'aront tant con vivrai, 



DE FABLIAUX ET CONTES. 89 

Car onkes ne le délivrai 

En autrui garde qu'en la moie. 
280 Sachiés ke durement l'amoie 

Et amerai toute ma vie. 

Sans convoitise et sans envie 

Lor done chi en<vo présence, 

Et que nus n'i amené tenche. 

Dient al prestre li cinc frère, 

Dite quel chose c'est, biaz pere. 

Volentiers voir : c'est me vesie, 

Se'vos l'avoués bien netoiie , 

Miez que de corduan varra 
&90 Et plus longement vos durra, 

Se poreis ens mètre vo poivre. 

Nos aveis nos çi por dechoivre 

Mandeis? fos prestes entesté , 

Avoir nos cuidiés ahonteis , 

Mais n'en aveis , par Saint Obert ; 

Bien no teneis or por bobert. 

Mais vos, por beste me teneis 

Cant les dons que je ai doneis 

Me voleis faire recolhir , 
3oo Bien me faites le sanc bolir ; 

Ki voleis que je le rapiele ; 

Bien vo di que pot ne paele, 

Ne riens née à doner n'avoie. 

Or me voleis mètre en tel voie 

K'en vos soit miex l'amouene afise 

K'en liew ù je l'ewise mise , 

Por ce que de tos melhor estes. 

Li Jacobin baisent les testes, 

Si se sunt retorné arrière 



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NOUVEAU RECUEIL 
Vers lor maison à triste chiere; 
Et tôt chil qui là demorerent 
De ris en aise se pâmèrent 
Por la trufe de la veste 
Que li prestes ot tant prisie. 
As Jacobiens qui bien en burent 
Et mangierent , ot en rechurent 
De vin et de poissons pitance 
Jakes de Baisiw sans dotance 
L'a de nex en romant rimée 
Por la trufe qu'il a amée. 



DE FABLIAUX ET CONTES. gi 

DES TROIS CHEVALIERS 
ET DEL CHAINSE, 

PAU JAKES DE BASIU. 



Iar hon semblant et par bel dire 
Sevent acun frelon plain d'ire 
Autrui soprendre et dechivoir, 
Et cant ilh sevept de ce voir 
Dont ilh sont de savoir engrant ; 
Mais n'aront rien , s'aront en grant 
Ahuit, et en grant deshonor 
Mis, chis cui offraient honor. 
Por ce ne seit-on mais cui croire , 

10 Que li faus ne welent recroire 
De lor traison porchachier, 
Les loiaus font fi des chachier, 
Ains qu'il soient de riens créu , 
Ke teil travalh lor sont créu 
Qu'il n'ont repos, ne jor, ne eure 
De pener à ce K'al deseure 
Puise lor loialté monter . 
Si con fist chil dont velh conter. 
Ilh avint c'une gentis dtfme, 

10 N'avoit plus bele en un roiaume , 
Ne plus large, ne plus cortoise ; 



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92 NOUVEAU RECUEIL 

Contesse n'estoit ne duchoise, 
Mais elé estoit de haut parage , 
Prise lavoit par mariage 
Uns bachelers de bone afaire. 
Laiens avoit mult grant repaire 
De chevaliers , car riches ère , 
Cortois et larges à despendre. 
Il n'estoit mie tornoyeres , 

3o Mais ilh estoit bons herbegieres : 

En grans mangiers et en grans dons 
Despendoit le sien li prendons , 
De ses voisins avoit bon pris : 
En cele marche avoit pris 
Et criet un tornoiement. 
Laiens prisent herbegement 
Troi chevalier qui i aloient : 
D'amis et davoir mult valoient 
Li dui, et ausi de prouece, 

4o Mais li tiers n'ot pas grant richece; 
De certe navoit k'au tornois 
Douz cens livrées, ne tornois 
Ne li eschapoit qu'il n'i fust. 
Il ne cremoit acier ne fust 
Cant ilh avoit la teste armée. 
Tôt troi ont la dame enamée , 
U ilh l'ont fausement proyée. 
La dame s'amor otroyée 
Fa à nul d'iaus , ne escondite : 
5o Nonporcant mainte raison dite 
Li a li plus riches des trois , 
Por samor se fait mult destrois, 
Lui et son pooir li présente : 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 9 3 

Ha, dist-ilh, duce dame gente, 

Mon cuer, mon cors, ma mort, ma vie 

Sor vos voloir n'aroi envie 

De moi greffire lessier sechier, 

Mors sui, et se, dame, se chier 

Ne m avëis tant ke mamor prendre 
60 Welhiés sans vostre au mains rendre, 

Car vostre amur ne requier mie, 

Petit vail por avoir amie 

Si^bele , si bone et si sage. 

Dame, humiliiés vo corage 

Tant qu'ensi soie rechéus ; 

Vçt vos serai si prens veus 

K'en cortoisie et en largece 

Florirai, et en grant proéche , 

Si à vos sui par votre amis. 
70 Chascons des autres deuz a mis 

Son cuer, sa pensée et s'entent e 

Au faire proyere ausi gente ; 

Al miez qu'il sorent l'ont requise. 

Et la dame fu si aprise 

Ke sagement s'en départi. 

Au matin sont d'iluec parti, 

Car lendemain dut tornois estre. 

A son hostel et à son estre 

Ala chascons teil qu'il l'avoit. 
80 La dame ki asseis savoit 

De bien , un sien blanc chanse a pris , 

A son escuier bien apris 

En cui avoit mult grant fianche , 

A fait do chanse délivrance , 

Et li dist k'al torooi en vois* 1 



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94 



9° 



ioo 



IIO 



NOUVEAU RECUEIL 
Purement , et sans faire noise 
A cel chevalier le me livre, 
Et li noma. Di lui se vivre 
Wet, si qu'il dist, en mon service, 
Demain veste cest chanse riche 
Al tornoi , sans autre arinéure 
For son hiame , et chachéure 
De fer, et espée et escut. 
Si le prent, et ilh la vestut, 
Al tornoi ensi faitement , 
Retorne à moi isneleqient; 
S'il ne le prent , va à celui , 
Son nom li dist : di li que lui 
Envoie cest chanse , en tel guise 
Ke je à cestui te devise. 
S'il nel' rechoit , al tiers le porte , 
C'est chil qui parla à la porte 
Huymain à toi derrainement, 
De par moi di li ensement 
K'aus autres dous t'ai rové dire. 
Chil prent le chanse , atant satire , 
Vers le tornoi acuet sa voie , 
Celui le balhe ù on le voie, 
Sens mesprendre dist son message. 
Li bachelers rechut le gage 
Et dist k'al tornoi s'en parra, 
Tant fra d'armes c'on en parra 
Por l'amor de sa dame chiere. 
Un poi après baisant la chiere , 
Entre ses conpagnons repaire , 
Paors li palist son viaire , 
Tant crient la jornée et resongne : 




DE FABLIAUX ET^CONTES. 95 

Proeche li dist et tesmogne 

C'on ne doit pas avoir sans paine 
120 Amor de dame soveraine : 

Amurs de fauseté l'escuse 

Cant le voloir celui renfuse 

A cui si amis se faisoit , 

S'il rent le chanse ilh mesfaisoit. 

Paors le revient assaillir 

Et li dist k a l'amor faillir 

Le covient , conment qu'il en prengne 

S'il avient ke le chanse prengne , 

Mors est; si à l'amur fara, 
i3o Nel' prende pas miés li venra 

Qu'ilh vive et à amie fa ilh e. 

En si est ses cuers en bataille , 

Et ne seit u laisier , u faire. 

En la fin paors tant le maire 

Ke le chanse al valet rendi. 

Al secunt chevalier tendi 

Li escuiers la main , et donne 

Si que ne s'en perchut personne. 

En teil guise et en teil manière 
i4o Le rechut et renvoie arrière .> 

Re chil devant le renvoia. 

L'escuier le chanse ploia, 

Al tiers chevaliers est venus 

Et li offre. Là retenus 

Est li changes mult liemeRt, 

Et dist ke le conmandement 

La dame volentiers fera : 

De chanse miex armeis sera 

Ke de nul arme qu'il avoit. 



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NOUVEAU RECUEIL 
f 

Son paleftoit, dont plus ti'avoit, 
Done à l'escuier , et li rueve 
Ke lues u ilh sa dame trueve, 
Ke de par lui grasces li rende 
Do bel don, et qu'ele en gré prende 
Ce qu'il pora d armes ens faire. 
La nuis s'en va , li jors esclaire, 
Hiraut crient, lachiés, lachiés ; 
Li chanses estoit enbrachiés 
Do bacheler estroitement, 
Baisiet l'avoit mult dolcement 
Plus de milhe foies la nuit, 
Et dist bien anchois qu'il anuit 
Fera ens d'armes tel jornée 
Conques ne fu à nul jor née 
Dame por cui tele fuist faite. 
Mult s'esjoïst et se rehaite 
Et loie amors quant tant l'oneure. 
Coardise en cui paurs meure 
Li ramentoit d'achiers les brans 
Dont il aura trenchiés les flans. 
Des espales et des costeis 
Onques mais ne rechut toz tez 
Bachelers con rechiveras , 
Ta proeche deceveras 
Por la biele et por truferie : 
Morte est la char, t'ame perie, 
Dieu et le siècle pers ensamble. 
Toute la chars fremist et tramble 
De ce ke paùr li raconte ; 
Mais ses cuers noiant ni raconte 
A cui coûte riens la besongne : 



DE FABLIAUX ET CONTES. 
Àmors li dist et li tesmogne • 
K'al chanse vestir aquerra 
Tel joie qu'antre ne querra; 
Ele li mostre conpangnie 
De bele dame et d'ensengnie, 
Duz regars , acolers , biaz rires , 
Et baisiers ki n'est pas li pires , 
Sage parler et enhrachier 
Si en doit faire sa cbar achier 

190 Por tant de desduis rechivoir. 
Or perchoit ilh que décevoir 
Le Vf et paùr et coardise. 
D'autre part proecbe l'atïse 
Et li dist qu'ensi astoit 
Ke ilh la chanse ne vestoit 
C'à blâme ne li seroit torné , 
S'il avoit son cors atome , 
Si k'avoir ne péust grevance 

200 Por cop d'espée ne de lance, 

Petit prj£ d'armes doit aquerre; 
Mais s'il est en pieche de terre 
Mal montés , à pou d'arméures , 
Et il ose colées dures 
Rechivoir et à son pooir rendre 

o 

Autrui, por ce ne pert-ilh mie 
Pars d'armes, ne grasce d'amie, 
Et si jugor jugent droiture, 
a 10 Ensi proeche l'asséure 

Et de bien faire lir enprte. 



(*) H manque un vers ici. 

TOME I. 



7 



98 NOUVEAU RECUEIL 

Amors l'enhardie et conforte 
- Tant ke del chanse li changiers 
Al plus treffort haubert dangiers * 
Ne li plairoit, et si seiust 
K'a sa dame ausi Bfyen pleiust ✓ 

le chanse avoir vestu 
Trop a alarmes arestu , 
Ce li saqible , les chauce lace. 

220 L'espée chaint, l'escut enbrache, 
Monte à cheval, son elme a prise, 
Por pou ke ses*estriers ne brise, 
Si s'afiche sus à l'esmuevre, 
Por sa dame tel cuer recuevre 
K'ilh ne crient mort ne bleçéure k * 
Vers son content tôt l'ambléure 
S'en va en l'escut enbuisies 
Ses contraires a si buisies 
Al branc d achièt, et tant malhies 

23o Ke lor escus a detalheis, 

Lors habiers ros et enbareis t 
Lors hiames, et ja ert debaïreis 
Ses chauses, et mult depechiés 
Et s'ert ses cors forment blechiés. 
Maïs li cuers noient ne s'enmaie , 
Il ne sent angoise de plaie 
Ki li seit à l'espée faite. 
Tout adés a la main entaite 
De lui al branc. asséurer. 

240 Se ses cors jtewist endurer 

Ce que li cuers oisajste m prendre 
Tous les covenist àjui rendre. 
Adés est en la plus grant presse 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 
De cos mengiers^ son chanse anesse 
Et d autrui armes paist s'espée. 
Tant a le char par lius copée 
Ke tous li chanse? en sanc bangne , 
Chascona ki l'apercholt l'espargne, 
Mais ce n'est pas par son voloir ; 

a5o Ce li fait plus le cuer doloir 
K'il ne trueve ki sor lui fiere, 
Ke de ses plaies la haschiere. 
De content en content s acfointe 
Adés li membre de sa cointe 
Ki le chanse li ot tramis, 
Bien s'est maintenus con amis. 
Tant fu férus et tant feri 
Que mult de sa force péri. 
Por tôt le tornoi l'aventure 

260 Conoist-on qu'il ça arméure 
Fors ke le chanse seulement. 
En trente liés crueusement 
Fu navreis, mais ne recroit mie , 
Toute jor maintient l'eskermie 
Tant ke li tornois fu. espars. 
On li done, de totes par$ , 
Le pris do tornoi , et en voie 
Chascuns al hosté le convoie. 
Il fait ses plaies remuer, 

270 Por mal qu'il ait ne puet muer 
Ke ce chanse garder ne face j 
Tout ensi ne wet oster tache, 
Ne le donroit por tôt à perdre , 
Ce jure ilh par le Roi celestre. 
Chascuns ki Tôt , mult s'en merveille. 



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ioo NOUVEAU RECUEIL 

Li escuiers soi r'apareilhe 
Ki le chanse avoit aporté , 
A sa dame a mult enorté 
K'ele pense do chevalier ' 
280 Ki por s'amor est contalhiés 

Tant qu'il a del tornoi le pris ; 
Mais tant a le cors entrepris 
De plaies ke niens est de vie. 

n 

Je serai de sa mort copable , 
Il a miés fait son dit estauble 
Ke li autre dui qui plus dissent. 
Dame, fait chil, le chanse prisent, 
Mais ne l'osèrent retenir. 

290 L'escuier fait sovent venir 

La dame al chevalier playet , 
Tout son despens li a payet , 
Et son amur li a donée. 
Chis dons a la plaie sanée 
Al chevalier qui plus li griéve , 
Por un petit qu*il ne se lieve, 
Contre le duch cop désiré. 
Li autre dui sont mult iré 
Cant ilh le chanse refusèrent, 

3oo En lor cuer forment s'en blâmèrent, 
Non pas por tôt, por le damage 
De l'amor de la dame sage , 
Mais por ce ke mains sont hardis 
Ke chil qui del prendre enhardi, 
Chascons se tient à engeneis. 

(*) Il manque un vers ici. 



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DE FABLIAUX ET CONTES, 
la bachelers fu près saneis 
Des plaies k al tornoi a prises* 
Li maris à la dame aprises 
Avoir bêles cors à tenir , 

3io Encor les volçit maintenir, 
Car pas n'iert apovris d'avoir. 
. Il li prent volenteis d'avoir 
Sor son fiez et sor ses tenures * 
Festes de jostes d aventures. 
Tant porcacha qu'eles i furent 
Toutes planieres, huit jors durent. 
Après i out tornoiement , 
Là out donné maint parement 
Et maint mangier cortois et riche. 
Li bacheler n'ot pas cuer niche 

3 20 Ki à la dame estoit maris, 
Largece amoit plus ke Paris 
N'amaist onkes nul jor Helaine; 
Cort tint ki ne fu pas vilaine ; 
•Tôt chil qui vorent i mangierent 
'Et orent quant qu'il sohaidierent 
tant ke por boire et por manger. 
La feme al seignor del; manger 
Servi , o li mainte puceles. 

33o Li chevaliers plaiiés noveLes 
Sout ke la dame sert à table 
A sa cort ti est honerable : . 
Son çhanse errament li renvoie 
Por §on escuier et li proie 
Ke pôr l'amur de li le veste, 
Cant k'ele ait servi à sa feste 
Desore toz sez paremens, 



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io% NOUVEAU RECUEIL 

Ce li ert mult aligemens. 

Li escuiiers le chanse a pris, 
?4o A la dame , con bien apris , 

Dist son message sans mesprendre. 

La dame tent sa main pb» prendre 

Le chanse ki mult ert solhiés 9 

Et dist, por ce qu'il est molhiës 

Dou salie à son ami lôiaul , 

Tient ele à parement loial 

Le chanse , car or fins ne pieres 

Ne poroient estre sï chieres 

Ke li sanc dont ilh estoit tainr 
i5o Et dist que le yestiroit ains 

K ele tenist vin ne viande 

Puis ke ses duz amis* li mande. 

Lors l acole de bon corage, 

Après le vestit. Or ne sa-ge 

Liqueis d'iaus dous fist plus grand chose 

L'uns por l'autre ; chascons l'en cose 

De trestoz chi&us k'ele a servi, • 

Et dient qu'elle a deservi 

C'en li face grant desonur , 
56o Car ele la por faire honur 

A aucun chevalier vesti. 

Il sevent bien trestot cesti 

Ke ses sires ne porsuit armes. 

Trestot plerent à chaudes larthes 

Por ce ke hors det sens le quident. 

Cant ont mangié, sa sale wident, - 

Es gardiens vont esbanoiier. 

La dame al chanse reploiier 

Et al regarder met s'entente. 



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DE FABLIAUX ET CONTES^ io3 
870 Mult en fu à son seignor ente y 

Mais ilh ne fist semblant ne chiere, 

On ne l'en vit muer manière, 

Ne mains parler , ne mains taisir. 

Or prie Jakes de Basiu 

As chevaliers et as puceles, 

As dames et as damoisieles, 

Et "as chevaliers ensiment 

K'il fâchent loial jugement ^ 

Liqueis d'iaz fist plus grant emprise, 
38o U chil qui sa vie avoit mise 

En aventure , aimant sa daine , 

U cele ki honte ne blâme 

Ne cremi tant ke lui irer , 

Por s'amor s ada atirer 

Del chainse ; si ç'ai dit deseure : 

Jugiés droit, k'amurs vos honeure. 



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io4 NOUVEAU RECUEIL 



LE POVRE CLERC. 



Je ne vol pas faire lonc conte : 
Cist fabliaux nos dit et raconte 
Que à Paris ot dempré 
"* Un Clers tant que par povreté 
Li covint la ville à laissier, 
Et qu'il n'ot mais que engagier 
Ne que vandre , don rien aûst. 
Très bien vit que pas ne poùsfc 
En la vile plus demorer. 
Car mf^vais fust lo séjprner , 

10 Puis qu il ne s'an saûst o prandre , 
Miauz valt-il laissier son aprandre. 
A la voie s'est li Clers mis, 
Et si s'an va en son païs 
Con cil qui en ot grant taiant ; 
Mais n'ot o soi gote d'argent, 
Si en est moult desconforté. 
Cel jor en est li Clers alez , 
Onques ne but ne ne manja. * 
En une vile qu'il trôva 

20 S'an est chés un vUaih entrez , 
N'i a fors la Dame trové 
Et la béasse solemant. 
Moult fu de fier contenemant 



i 



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BE FABLIAUX ET CONTES. io5 

La Dame, ce li fu avis : 
L'ostel li a li Clers requis 

Par charité et par amor. 

Danz Clers , fait-ele, mon seignor 

N'est mie ceianz orandroit , 

Et je cuit qu'il me blasmeroit , 
3o Se je avoie herbergié 

Vos ne autrui san son congié. 

Lors dist li Clers une parole : 

Dame , fait-il , je vien d'escole , 

Si ai hui aie moult à toise 9 

Mais or faites conme cortoise , 

Si me herbergiez sanz plus dire. 

Ele l'esquialt à escondire . 

Plus quele n'avoit fait devant. 

Ez vos un vallet tôt errant 
4o Qui deus baris de tin portot : 

La Dame , au plustot quele pot, 

Les bariz reçut et muca. 

La baiasse s'apareilla 

Un gastel rasti quele a voit; 

Char de porc qui el pot estoit 

A traite et mise en un platel. , fc 

Certes , Dame , moult me fust bel , 

Fait li Clers , de remaindre o vos. c 

Et elle dit tôt à estrox : > 
5o Dans Clers , ne vos vôil herbérgier , 

Alez vos aillors .porcbacier. 

Atant li Çlers de li se part ,* 

Et la Dame à cui il fu tart, 

As talons li a l uis fermé. 

Mais il n'a gaires loin alé 



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106 NOUVEAU RECUÉIL 

Qant il encontre un Prevoire , 
Enbrunchié en sa chape noire, 
Qui par delez lui s'an passa : 
Onques un mot ne li sona. 

60 En la maison s an est entrez 
Là don li Clers san fu tornez. 
Si con li Clers se demantoit 
En quel leu ostel troveroitl 
Un prodom l'oï demanter; 
Tantost lo prist à apeier : 
Qui estes vos, qui là alez? 
Certes uns Clers sui moult lassez , 
Car je ne finai hui d'aler , 
Et si ne puis, ostel trover. 

70 Por fleu et por Saint Nicolas , 
Danz Clers , ne vos esmaiez pas , 
Car vos avez ostel trtfvé. 
Dites moi , avez vos esté 
tin ceste maison qui est ci ? 
Sire, orandroit que j'an parti , 
Je ne vos ai que aprester. 
Lors prant li Sires à jurer. 
Or retornez hafcdiemant, 
Que foi que je doi Saint Climant, 

80 L'ostel est miens, sel' presteré 
Et vos et autre que voldré. 
Je vieing del molin auramant, 
Si port farine de fromant 
Por faire à mes enfanz do pain. 
Or s'an vont andui main à main, 
Araumant vienent à la porte 4 ; 
Et li prodom qui son fais porte, 



DE FAStlAUX ET CCfNTËS. 
Apele et crie duremant , 
Tantost con li Prestes l'amant. 

90 * Lasse ! Fait-el , s'est mon seigrior , 
A ! sire prestes; par araor, 
Esploitiez vos tost et muciez 
En cele croiche , et si soiez 
Moult aséur, car gel' ferai 
Cochier au ainz que je porrai. 
Et li prestes sauz demorance 
* Tantost en la croiche s'elance. 
Tant a l^Sires apelé 
Quele li a luis desfermé. 

100 II et li Glers sont anz entré. 
Sire Clers, or vos desfublez, 
Fait li Sires , et si soiez 
Liez et bauz et toz envoisiez, 
Car j'en seroi moult joios. 
Dame, fait-il, que faites^vos? 
Naprestez vos que nos manjon ? 
Sire , se avé-ge pardon , 
Je vos di que aprester. 
Lors prant li sires à jurer, 

110 Por les sains Deu, dites vos voir? 
Certes vos poez bien savoir 
Q'os laisastes au matin 
Qant vos alastes au molin. 
Dame, fait-il , je n'y pans mie, 
Se Dame Dex oie benéie , 
Por solement cest Clerc me tient. 
Sire, fait-ele, or vos covient 
Faire do miajtfe que vos porez, 
Tost est uns mangiers trespassez. 




io8 - NOUVEAU RECUEIL 

120 Esploitiez tost, fait la béasse, 
Prandre la flor et se en passe , 
Don tu lor faces à mangier 
Del pain, puis s'aillent cochier. 
Li sires fu moult coreciez. 
Lors avoit son Clerc araisnié : 
Dan Clerc, se Dex me benéie, 
Maintes chose avez jà oïe, 
Car nos dites une escriture 
O de chànçon*, o d'aventure, 
i3o En tant de tans conme Tan cû^st 
Ce que mangier, devons enuit. 
Li Clers li respondi briément : 
Sire , fait-il ne sai cônmant 
Fables déisse, que ne sai, 
Mais une péor que g'i ai , 
Que je ai eu diré bien , 
Car de fablel ne sai-je rien : 
La péor je la vos dirai. 
Et je quite vos clamerai , 
i4o Fait li sires , por la péor , 
Car je sai bien que fableor 
N'estes vos mie par nature ; 
Mais or nos dites l'avanture, 
Fait li par amors li prodome. 
• Sire, fait li Clers, c'est la some , 
Que hui par un bois trespassai ; 
Qant Foi trespassé , si trovai 
Après un moult grant flou de pors 
Granz et petiz et noirs et sors , 
1S0 Mais li pastor pas n'i est oit/ 
Et de moult gras pors i avoit. 



r* 




DE FABLIAUX ET CONTES. 
Si con je ses pors esgardoie, 
Et un granz lox aquialt sa voie, 
Si enporte tôt de randon : 
Assez estoit gras par raison , 
Bien en fu la char aussi grasse 
Conjne cele que la béasse 
Trait or n'a gaires de son pot. 
Tantost conme là Dame l ot, 
, 160 Si esperdi tôt son espoir. 

Q'est-ce , Dame ? dit li Clers voir , 

Fait li sires , de ce - qu'il dit ! > - 

Cfle set bien que escondit 

Ne li vausist une maaille , 

Oïl, sire, fahvel , sanz faille r A 

Je en avoie prochacié. * ' » 

Dame, fait-il, d# ce sui lié , 

Que or a viande convenant. 

Ore, dan Clers, del dire avant , 

170 Que enuit non- n'avons-nos garde» 
Li Clers del dire ne se tarde : 
Sire, fait-il, eotime je vi 
Que li lous ot lo porc saisi , 
Certes si m'an pesa formant. 
Li lox del mangier n'ert pas lant , 
Ançois lo deront et depiece. 
Je l'esgarde une grant pièce, 
Conme li sans en degoutoit , 
Bien autre vermax estoit 

z8o Conme li vins que li garçons 
Aporta en ceste maison 
Anuit qant ostel demandoie. - 
La Dame ne sert qu'ele doie 



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no NOUVEAU RECUEIL 

Dire, tant par est cpreciëe. 
JLors l'a li sires araisniée. 
Qu'est-ce , Dame, avon-nos vin? 
Oïl , sire , par saint Martin , 
Nos en avon à grant planté, 
J'avoie bien de vos pansé 

190 Assez mialz que je ne disoie. 

Dame , fait-il , se Dex me voie , 
Saviez mon , j'en sui moult liez : 
Por cest Clers qui est herbergiez. 
Cërtes en sui-je plus joiant. 
Danz Clers , dites encor a*ant. 
Certes, fait li Clers, volantiers. 
Sires t lilous estent moult fiers, 
Si ne soi que faire déusse , 
Mais esgardé se je péusse 

200 Trover chose don lo ferisse. 
Ne sai que plus vos en déisse, 
Une pierre lée trovai, 
Si cuit que pas n'en mantirai, 
Que U gastiàx qui est ceianz, 
Que la béasse fist orainz , 
Est moult plus lez quel© n'estoit. *" 
La Dame set et ot et voit * 
Que il n'i a mestier celée : 
Lors l'a li sires regardée, 

210 Qu est-ce , Dame , avon-nos gastel ? 
Oïl certes, et boen et bel, 
Fait la Dame, tôt à eus fait. 
Don amande moult nostre plait , 
La Deu merci, fait lo jeignor : 
Par foi, dan Clers, cestepeor 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 
A esté de boene manière ; 
Ôr poez faire belé cbiere , 
Car pain et vin et char a von, 
Si n'en sai gré se à tos non. 
220 Or est vostre péor faillie. 

Non est, se Dex nie benéie, 
Ne faudra pas en itel guise, 
Car qant je oi la piètre prise , 
Je la cuidai au lou giter , 
Et il m'aquialt à esgarder 
Tôt autresin conme li prestes 
Qui m'esgarde des los fenestres 
De cele crèche qui est là. 
Prestes ! li sir^s s'escria , 
a3o A-t-il donques preste ceianz? 

Lors sailli en piez, ne pot ainz, 
Tantost corut lo preste prandre. 
Li provoire se volt desfandre j 
De moult grant noiant sentremist. j 
Et li prodom tantost lo prist , 
Si li avoit la robe ostée : 
La cote et la chape a donée ^ 
Au Clerc qui la peor ot dite, 
Bien li a rendu sa mérite, 
240 Et li Prestes ofi assez honte. 

Cist fabliax nos dit et raconte 
Q an son respit dit li vilains 
Que à celui doint Tan del pain , 
Qan ne cuide jamais véoir : , 
Car Tan ne cuide pas savoir 
Tel chose qui vient moult sovant , 
C'est domage al plus de la jent j 



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NOUVEAU RECUEIL 

Et à la Dame tôt première 
Qui au clerc fist si laide chiere 
Qant il oustel li demanda, 
De quanque il la nuit conta, 
N'aûst-il jà un mot soné, 
S'el li aust l'ostel preste. 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 



i#3 



DE CONNEBERT, 



PAR GAUTlERS. 



XO 



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Gjlutibrs qui fist de preste taint, 
Tant a alé qu'il a ataint 
D'un autre preste la matière 
Qui n'ot mie lacoille entière, 
Qant il s'an parti 4a celui 
Qui li ôt Èiit honte et anui , 
Ensin con i poez entendre 
Se vos un po vêlez aprandre. 
Je vos dirai trestot briément 
La fin et lo conmancemant , 
Conme li prestres fu sentez , 
Et en après don il fu. nez ; 
Lo non de lui et de la Dame 
Por que il reçut si grant dane 
Qu'il énporta lo v.. sanz coille : 
Tote baiene et tote doille 
Convint méismes à tranchier 
A un moult boen rasor d'acier; 
Mais il lo fist moult à enviz , 
Car moult en enpira ses v... 
Li prestes ot à non Bicharz 

TOME I. 




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xk4 : NOUVEAU RECUEIL 

Qui moult estoit fox et musarz , 
• " Et si fa nez de Cocelestre, 
fit il et trestot son encestre. 
En la vile chantant estait 
il lonc tans chanté avoit : 
Grant avoir i avoit conquis , 
Et avoit au mains * tant pris 
Don il perdoit les donans cox , 

3o Car maint prodome avoit fuit cox. 
Por ce qu'il ert de haute gent , 
S'avoit assez or et argent, 
Si estoit moult noble et moult cointe ; 
De mainte Dame estoit acointe. 
La famé d'un fevre ot amée 
Qui moult ert par lui renomée , 
Por ce qu'ele ert et bêle et blanche , 
Et de moult cortoise sanblance : 
Formant lavoit li prestres chiere , 

4o Car moult l'amoit de grant manière. 
La Dame avoit non Mahalt , 
Et li prodons ot non Tiebaut. 
Tiebauz estoit de bone gent, 
T£n la contrée ot maint parant , 
A ax se plaint tôt en apert 
De ce que ainsi enor pert 
Por lo preste qui tant nel* dote, 
Que sovant à son huis ne bote , 
Et qu'il ne vieigne en sa maison 

5o Pat moult vilaine desraison : 

Si en voldroit vanjance prandre , 
S'il l'i pooit nule foiz prandre , 
Et se j a voie vostre effort, 



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DE FABLIAUX ET CONTES- n5 

Vostre aïde et vostre confort. 

Don respondirent tôt dç plain 

Cil qui erent coîsin germain , 

Amis tôt délaissiez ester, 

Vos n i poez rien conquester 

De si très faite ovre entremet re, 

Tjfe la doit nus hom avant mètre : . • 
60 Chastoiez vo famé la foie , 

Qui tôt vos flestruit et afole. 

N'iron oan por li à Rome, 

Ainz remandron corne prodome. 

Cil respondi par mautalant , 

Je ai de l'ocirre talant, 

Mais trové tos ai à l'essai, 

Vos estes cox , que bien lo sai. 

Li prestes toz nos desenore, . 
70 Tel i a son aafant enere , * 

Moult m an sui bien apercevra , ^ y ? 

Honiz nos a et decéuz ; * * Â^s 

Mais cil n est pas cortois ne frans 

Qui set que il est oox. sofranz : * 

Puis qu'il lo set et il lo s*fre, 

Lan le devroit ardoir «n sofre. 

Tote la première fbèée 

Li part lo fiel desor lo fcriee; 

Je l'ai sofert, ce poise mi, 
80 Ce entandent bien mi antt; 

Mais je m'an cuit bien vangier, 

Ainz que l'an doie vandangiçr. 

Cil oent bien qu'il a^bk dit, 

De Deu soit li prestes maudit, 

Et si i ot assez de ceus 



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NOUVEAU RECUEIL 
Qui san toruerent tuit honteus. 
Ensi li parlemanz départ , ( 
Et il s'an vont de totes parz ; 
Et cil arrière s'an retorne 
Iriez , dolanz , pansis et morne. 
Li prodons un sergent avoit 
Qui son afaire bien savoit : 
D'une part à consoil lo trait , 
Si li conte tôt et retrait. 
Biax dolx frère , biax doz amis , 
Vos m'aviez pieça promis 
Que vos feroiez mon voloir 
Trestot selone vostre pooir, 
Je vos dirai un po d'afaire 
Que moi et vos covient à faire , 
En vos, ce. sachez, me voii croire. 
Je me voil vangier del prévoire 
Qui me fait moult grant descordance 
Je ai en vos^poult grant fiance , 
Je Tocirré se vos volez , 
Et vos seroiz toz jorz delez. 
Et cil respont , je n'ai envie 
Qui perde jà^par moi la vie , 
Mais se gel' puis ceianz tenir, 
Ne à l'aler , ne au venir , 
Je li voldrai coper les cous 
Par cui je sui eluol et cous. 
Por Deus, amis, or en pansez 
Si q'an façoiz mes volantez. 
Li valiez dit, ainz Tajornée 
Sera ceste chose eschevée 
Se vos i volez poine mètre 



DE FABLIAUX ET CONTES. 
Et de lui gaiter entremetre. 
Ce laissierent à cele foiz, 
Mais il se plevirent lor foiz 
Que cil tainent lo chapelain, 
Il lo metront en mal pelain. • 
Or entandes conmant avint. i 
Un po ançois la mienuit . 
Avoit cil qui moult ert recuit , 
Une forje desus la voie , 
Que nus ni passe qu'il ne voie : 
En sont endui venu ensanble. 
Li vilains les charbons* asanble, 
Puis sofla tant qu'il fu espris; 
As tenailles a un fer pris , * . 
Tant lo chaufa que il escume. 
Après lo coucha sor l'anclume, 
Si ferirent tôt à bandon 
Plus de cent foiz en un Tandon. 
Qant li prestes ot et antantji 
Plus ni areste, ni atant ; 
Isnelement do lit se lieve , 
Que nuie chose ne li grieve , 
Qant de la dame li remanbre, 
Dont li frémissent tuit li manbre. 
Li v..z li conmance à drecier 
Qui moult fait la chose coitier. 
Vers la maison celui c'est mis i 
Qui n'estoit mie ses amis. 
Qant là dedans en est venuz , , 
Si se despoille trestoz nuz , 
Si s'est couchié dedanz.lo lit 
A grant joie, à grant 4elit, . 



n8 NOUVEAU RECUEIL 

La Dame en ses braz lo reçut , 
1 5o Et li vilains s an aparçut 

Qui tote nuit l'avoit gaitié 

Et atandu et soaidié : 

Si a dit à son vallet , oste, 

Je cuit que nos avons un oste, 

Ne sai se il est despoilliezV 

Or doint dex qu'il soit escoilliez , 

Que maie honte li aveigne 
160 Ençois que arriers s'an revaigne; 

Si fera-il se onques puis. 

A icest mot a overt Fuis, 

Si ont lo fer tôt coi laissié , 

Venu i sont tuit eslaissié. 

Li vilains ala vers sa famé, 

Et li prestes ert sus la Dame, 
4 Qu'il la tenoit en tel engoisse 

Que par un po qu'il ne l'escùisse. 

Qant li orlag es fa chéuz , 
170 Et Gonneberz fa repéuz 

Don li prestes ot toz ses debiaux 

Et ses déduis et ses aviaz , 

La Dame baise en la boche, 

Puis li a dit , amie doce , 

Don n'estes-vos trestote moie? 

Ele respont, se Dex me voie , 

Yostre est mes cûers, vostre est mes cors 

Et par dedanz et par defors; 

Mais li eus si est mon mari, 
180 Cui j'ai fait mainte foiz marri. 

Dame, fait cil, li eus soit suens, 

Et toz li autres cors soit miens, 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 119 
Mais je lo li batrai savent ; . , 

Ce li met-je bien en çavant ; 
Il est bien droiz que jç 1q hace , 
Por lo vilain qui me menace, 
A cest mot ez vos ^ingnant - 
Et son seignqr et son «ergçnl, 
Lo preste, et hors du lit^hjjé Y - 
190 Et si ni ont gaires tancié, 

Et li ont tant batu lo dpj , . . 
Conques U fyœns YUatty M*dps 
Q ele tenoit por Çurpiq, ^ - 
Ne feri tant $QT Baudoin , 
Qant il traist Drian de l$i fosse 
Qui tant est virible çt enosse.- 
Qant il Font ba$u et fautré, 
De la coroie d'un baudré 
Li lient amedos les poinz,, 
200 Si qu'il le* tint ensanblp joins $ 

Puis li lacèrent en la gprje* * 
Si lo menèrent vers la fprje. 
Cil lor crie mffrci et dit t . > 
Seignor, fait-il , qui preste ©ciï, 
II ne puet mie preste randrç* 
Si vos me fctfs^ez à reanfyre, 
Je vos donrai bèep dçus ce«£ Ubvre*, 
Si les aurai* demain de&rçç#. 
Dist li vilains 9 de vcptrë a*o>» , 
, 210 Ne quer«rj© ja denier avoir j .. ^ . 

Mais vos c v Ues qui maîmfôi $W Jfî . 

Me bat mon cul sor moi* defpi^, * 

En aura ja mal guerredon, * 

Se Dex me face avoir pardoji, # 



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NO tfVEA.U RECUEIL 

A ces paroles la aers , 
Et par lo v~ et par les ners 
U li e..lon erent pendant , 
Si l'anmenerent tôt tandatit 
A l'osteî joste la fornaise , 
Don fu li prestes en mal aise. 
Et cil par la elle lo prant 
Cil qui nul secors n'i atant , 
Car li valiez li dist par irè, 
Conmant que l'Evesques s'aïre, 
En charité, danz prestes fox, 
Vos i lairez les elles endox. 
Se vos i faites cri ne noise , 
Jà n'i querré bas ton ne hoise 
Que je orandroit ne vos fire , 
Por la cerveles desconfire , 
De cest martel o mes deus mains. 
Des elles perdre soiez sertains , 
Car vos n'en poez esçhaper. 
Don li va la elle enhaper 
Que il avoit au cul pandue , 
Sor Festoc li a estandue, 
Si a feru cinc clos parmi , 
Les quatre entor, et l'un parmi, 
Mais li graindres est pâr dedanz. 
Li prestes rechingne les danz, 
Et cil dienf endui ensanble, 
Sire prestes, que vos en sanble? 
Adonc n'est or li eus vangiez 
Qui si a esté laidangiez ? 
Puis a un rasor desploié, 
Si l'a sor l'anclume apoié , 



DE FABLIAUX ET CONTES, iai 

Après li font les mains délivres : ... 

Il ne fust si liez por cens libvres; 

Don dist li prôdom, par mes iauz, 
a5o Ma forje est moult povres et vialz, 

Il n'a paior de si qu'au Tarse , 

Je voldroie quele fust.arse; 

Se li hernois estoit ostez, 

Jà i seroit li feus botez. 

li valiez qui moult estoit fors, 

En a lo hernois gitié fors : 

Qantril ot osté les costiax, 

Les tenailles et les martiax, 

Don mistrent lo feu en la raime. 
a6o Se li prestes tant sa elle aime 

Qu'il ne la cope ne ne tranche, 

Ne l'aura que la mort ne santé : 

Car se la grant flame l'ataint, 

Jà aura lou viaire taint; 

Des chevox sera desevrez 

Et les sorcis aura branlez. 

Quant voit que li feus lo sorprant, 

Enz en sa main lo razor prant*, 

Sa elle cope par tel haste 
270 Q an en poïst faire un grant haste 

De ce qu'il en laissa arrière. 

Car il em prist en telle manière 

Qu'il i laissa les deus'c 

Àutresi grans con deus roignons. 

La pel est si grant et si rosse t 

Qan en poïst faire une borsse 

Qant li prestes fu. esgenez , 

Lors dit que de maie ore est nez; 



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n*a NOUVJEÀU RECUEIL 

jÇt li valiez qui fu au prone 

280 Li a gietée une ranpone. 

Sire f ma dame vos esgarde 
Ses . eus n'a de vos cilles garde , 
Vos li avez trêves donées , 
Or sont remeses les pognées; 
Vos ne batroiz jamais crepon , 
Aînz manroiz vie de chapon. 
Li prestes ne sona un mot 
De ce que cil lo laidanjot, 
Qui malement est atirez : 

290 II est batuz et detirez , 

Si estoit brûliez comme pors, 
S'avoit perdu toz ses depors 
Por la elle don il n'a mie : 
Puis li covint mander un mire 
Qui lo sena moult longuemaot 
Par la force d'un oignémant. 
Qant li termes fu trespassez 
Qu'il fu gariz et repassez , 
Si s'ap ala clamer à cort , 

3oo Mais il n'i ot ne lonc ne cort 
Qu'il ne déist treatot à hait, 
Si lor aïst Dex, bien a ferit, 
Car fussient or si atorné 
Tuit li preste de mere né 
Qui sacrement de mariage » 
Tornent à honte et à putage ! 
Ainz cil n'en ot autre droiture. 
Ensine define l avanture 
Et si est veritez provée. 

3io Puis i fu. la elle trovée, 



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DE FABLIAUX ET CÎONTES. 
Sor les charbons , moult bien rostie , 
Plus ne fu en son cul santie ; 
Ençois la pristrent dui mastin 
Qui la mangierent sanz conmin. 



1*4 



NOÙVEAU RECUEIL 



DE BRIFAUT. 



'un vilain riche et non sachant , 
Qui aloit les marchiez cerchant > 
A Arras , Abeville alanz 
M'est venu de conter talanz , 
S'en dire , s'oïr me volez. 
Moult doi bien estre escoutez, 
De ce di-ge que fox que nices , 
Que tiez hom n'est pas de sens riches 
Où l'en cuide moult de savoir , 
S'il est povres et sans avoir 

10 Que l'en tenroit pour fol prové. 
Issi avons or esprové 
Lou voir et fait devenir fax, 
Li Vilains *voit non Brifax. 
Un jor en aloit au marchié , 
A son col avoit enchargié 
Dix aunes de moult bonne toile 
Par devant li bat à l'ortoille 
Et par deriers li traïnoit. 
Un lerres derrières venoit 

20 Qui sapensa d'une grant guille. 
Un fil en une aguille enfille , 
La toille s'oslieve de terre 
Et moult près de son piz la serre , 




DE FABLIAUX ETVXONTES. ia5 

Si la qeust Rêvant à sa cote , 

Près à près do vilain se frote 

Qui embatuz s'ert en la foie. 

Brifax en la presse se foule , 

Et cil la bouté et sachié 

Qu'à la terre Ta trebuchié 
3o Et la toille li est chaûe, 

Et cil la tantost recéue , 

Si se fiert entre les vilains. ». 

Quant Brifax *vit vuides ses mains 

D«nt n'ot en lui que çorrocier 

En haut commença à huchier. 

Diex ! ma toille , je lîai perdue , 

Dame Sainte Marie aïue ! 

Qui a ma toille? qiy, la vit? 

Li lerres s'estut un^^it 
4q Qui la toille avoit soi? son col , 

Au retorner lo tint pour, fol , 

Si s'en vient devant lui ester , 

Puis dist , qu as-tu à demander , 

Vilains ? Sire, je ai bien droit 4 • 

Que j'aporté ci orendroit 

Une grant toille, or l'ai pfrdue. 

Se l'eusses ausi cosue 

A tes dras com je ai la moiç , 

Ne l'eusses gitiée en voie , 
5o Dont s'en vait et lou lait atant, 
'De sa toille fist son commant. 

Car cil doit bien la chose perdre 

Qui folement la let aerdre. 

Atant Brifax vient en maison , * 

Sa feme lou met à raison , 



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ia6 NOUVEAU RECUEIL 

Si li demande de* deniers. 
Suer, fait-il, va à ces greniers, 
Si pren do blé et si lo vent , 
Se tu viax avoir de l'argent , 

60 Car certes jo n'en aporte gote. 
Non, fait-ele , la maie goûte 
Te puist hui cest jor acorer. 
Suer , ce me doitwtu bien orer 
Et faire encor honte graignor. 
Ha! par la Crois au Sauveor, 
Qu'est donc la toiile devenue ? 
Certes , fait-il , je l'ai perdue. 
Si com tu as menconge dite 
Te preigne maie mort soubite ! 

jo Brifaut , vos l'avez brifaudée , 

Car fust or la langue eschaudée 
Et la gorge par où passèrent 
Li morsel qui si chier côsterent t 
Bien vos devroit-en dévorer. 
Suer , si me puist mors acorer 
Et si me doint Die* maie honte 
Se ce n'est voirs que je vous conte ! 
Maintenant morz celui acore , 
Et sa feme en ot pis encore, 

80 •• Que ele enraja tote vive 

Cil fu tost mors , mais la chaitive 
Vesqui à dolor et à raje. 
Ensi plusçr par 1er otrage 
Muèrent À dolor et à honte. * 
Tiex est la fins dg nostre conte. 

CI FENIT DE BRIFAUT* 



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DE FABLIAU* ET CONTES. ia 7 



DO CHEVALIER A L'ESPÉE. 



Cil qui aime e nd uit et joie 
Viegpe avant } si entende et oie 
Une aventure iguj a vint 
Au bon Chevalier qui maintint 
j^oiauté, proece et anor 
Et qui n'ama aucnies nul jor 
Home coart, fax ne, 
Je cont de mon saignor^Gauvain 
Qui tant par ert bien ensaignieZ} 
Et qui fu dçs armes prisiez 
Que nus reconter ne sauroit. 
Qui ses bones teches ypudroit 
Totes retrere et mètre ejjt- brief , 
Il n'en vendroit coicques à> chief. 
Se je nés puis totes retrere, 
Por ce ne me doi-je pas tere 
Que je ne die totes voies 
L'en ne doit Grestien de Troies f 
•Ce m'est vis, par raison blasmer, 
Qui sot $ou Roi Artu conter , p 
De sa Cort et de sa mesniée 
Qui jfcant fu loée et prisiée , 
Et qui les fez des autres conte , 
Et onques de lui ne tient conte : 



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nouveau Recueil 

Trop ert preudon à oblier ; 
Por ce me plest à reconter 



Une aventure tôt premier 
Qui a vint au bon chevalier. 

Li Rois Artus , en un esté, 
Estoit à Gardoil sa cité , 
lui la Roïne et Gauvain, 
Keu lo Senechal et Yvain , 
Et des autres vingt solçment. 
A Gauvain prist tôt jors talent 
D'aler desduire et déporter. 
Lors fist son cheval aprester , 
Cortoisement s'aparrella , 
Uns espérons à or chauça 
Sor unes chauces decopées 
De drap de soie bien ouvrées. 
Si ot unes braies chauciées 
Moult très blanches et moult dongiées, 
Et chemise gascorte et lée, 
De lin menuement ridée , 
Et un mantel îfàir afublé. 
Moult richement fu atorné , 
Puis s'en est de la ville issu. 
Tôt lo droit chemin a tenu 
Tant que en la forest entra. 
Lou chant des oisiax escouta 
Qui moult chantoient doucement. 
Tant i entendi longuement , 
•Por ce qu'il en oï plenté, 
Que il entra en un pensé * • 

Dune aventure qu'il savoit 
Qui avenue li estoit. 




DE FABLIAUX ET CONTES. îag 

Tant longuement demora f 

Qu'en la ; forest se desvoia 
* Et qu'il perdi son chemin ; 

Li solax torna à déclin, 
60 Si commença à porpênser , * 
% Et il prenoit à àvesprer f 

Quant de cel penser issu ; 

Mès onques ne sot où il fu. 

Lors cuida r^orne» arrière, * 

Puis entra en une charriere ^ * 

Qui toz jors avant lou mena*, 

Et il plus toz jors anuita, 

Et que il ne sot où aler. 

Il conmença à esgarder 
70 Devant lûi , aval une voie 

Parmi*urte clere fustoie, 

Si vit un grant feu alumé. 

Cele part est son^pas aie , 

Car il quida que il trovast 

Aucun home qui Tavoiast, * 

Ou boscheron ou charbohier. 

Lors vit lez lou feu un destrier 

Qui fu à uf^arbre aresnez : 
* Il est desci au feu alez, 
80 Si vit un Chevalier séant. 

Salué la de maintenant. - 

Cil Diex, fet-il, qui lo momVnst^ 

Et les ames es èors nos mffet, 

Vos doint, bkx Sire, en lui grant part ! 

Amis, fait-il, et Diex vos gart, 

Car me dites d'où vos venez 

«Qui a tele eure seus alez. 
tomêi. * 9 



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N0UVEÀU RECUEIL 
Et Gauvain a^ot conté 
De chief en chief la vérité , > 
Gonment il en desduit ak 
Et puis çonment il esgara 
En la forest por un pensé 
il se fil trop^oHié , 
Si qne.il en perdi!sa voie.: 
Et li Chevaliers li otroie 
Qfu il lou repaetra kai main 
Moult Vblentiers en son chemin , 
Ne mès qup li se deniorast 
Et conpagnie li portast < , 
Tant que cele nuit fyst passée. 
Ceste proiere est créantée, 
Jus mist sa lance et son escu,* 
De son cheval êst descendu,* * 
Sou lia à un,aubrisel » 
Et s'escovri de son mantel , , • 
Puis s'est delez lou feu aséis. 
Li uns (fax a à l'autre enquis ♦ 
Coument il ont lou jor erré , 
Et Gauvain li a tôt eonté , 
C onques mentir ne li daigfea : 
Et li Chevaliers U fausa, 
Onques mot de voir ne li dist : 
Assez orroi»'por coi lo fist. 
Quant if orent assez vellié 
Et de plusow choses plaidié , < 
Lez «lo feu se sont endormi. 
A l'ajornement s'esperi 
Messire Gauvain tôt premier, 
Puis esveUla lo Chevalier. 



DE FABLIAUX ET.CONTE6. 

120 Ma meson de ci est moult près, 
Deux Hues i â ,'et non. mèfo 
Si vos pri # que*vos i venez} 
Et sachiez que vos ilaurez 
Os tel moult bel efvoj en tiers. 
Lors montèrent sor lor destriers , 
Lor escuz et Jor lancés prisèrent, 
Et lor espées, si se mfotrenj 
* . Tantost èn*u*i chemin ferre. 
N'orent mie granment erré^, 

i3o Quant de la forest Sont issu , 
Et au plain païs sont venu. * 
Li Chevaliers l'araisona, 
\ Sire , fet*il , entendez cà. ♦ 
Toz jors «st costumée ef usage, 
S'uns Chevaliers cortoU et sage 
Enmoinne un autre aveques lui , 
m Que il envoie , devant lujLj. 
- Fere son ostel atorner, 
Que il i porroit tost trover, 

i4o Qui lor venue ne sauroit, 

Tel chose qui li desplairoit;* 
Et je n'ai cui g'i envoi; 
Ce véez bien , ne mes moi ; 
Si vos pri qu'il ne vos desplaisç. 
Venez bêlement à vostre aise, 
Et je irai grant oirre devant. * 
Lez un plesséiz ça avant 
Est un val , verrez ma meson. 
Gauvain set bien que c'est raison 

i5o Et afaitement que il dit, 
Por ce se mist à pas petit, 



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1$% NOUVEAU RECUEIL 

Et cil s'en va grant aléure. 
Messire Gauvain à droiture 
A quatre pastoriax trovez* . 
Deiez lo ehemin arestez ; 
Saluez les a doucement , ^ 
El non Dieu son salu li rent, 
Trespassa les, ae lor dist plus. 
Ahi ! fet li uns, tant mar fus 
160 Biax Chevaliers genz et adroîs ; 
Certes il ne fust mie drois 
Que fussiez bleciez ne laidiz. 
Gauvain en fii toz ésbahiz 
Qui les paroles bien entent; 
De ce se mtervella forment 
Par quel raison il la plaignoitnt 
Quant il de rie» nel' conoissoienfc 

Vistement à ax retorna, 
Tôt de rechief les salua , 
170 Docementlor a demandé 
Que il li dient la vérité 
Por coi il ont dit que mar fu ; 
Et li uns li a respondu : 
Sire , dist-il, pitié avon 
De ce que seuré vos veon : 
Ce chevalier qui là devant 
S'en va sor cel cheval ferrant, 
Moult en a véant nos mené, 
Mès nus qui en soit retorné 
180 N'avons-nos pas encor véu. 

Et Gauvain dist , amis, sez-tu 
Se il lor fet rien, se bien non? 
Sire, par cest païs dist-l'on 



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DE FABLIAUX ET CONTES. i33 

Coin a quil' contredit de rien, 

Que que ce soit , o mal , o bien, 

En son ostel 1© fet ocirp : 

Nos neF savons que d'oïr dire, 

Car onques encore ne vit 1 - 

Nus bon qui delà revenist; 
190 Et, se nos croire vos vo]^z , 

Jà avant plain pié no sivsez,, 

Se vos avez vostre cors chier; % 

Tant par.iestes biax Chevalier , 

Que domache iert, s'il vos ocist. 

Et messire Gauvain lor dit : 

Pastorel, àrtÇieu vos conmanfc, 

Ne voil, por lou dit d'uji enfant, 
• Leissier Toirre de son païs : 

S'il fust séu'en son païs 
2ùo Que il l'éust por tant lessié, 

A toz jors li fust reprochié. 
L'ambléure de son «heval 

Erra pensant *de ci al val • 

Que cil ensaignié li avoit. 

Delez un grânt plesséiz voit* » 

Sor une motg un bel çhastel 
# Qui estoit fermez de novel : 

Lou fossé voit lé^et parfont, * 

Et el baille devant lo pont * ♦ 
2T0 Avoit moult riche herberjage. 

Onques Gauvain en son aage 

Nus plus riche njpt mès véu, 

Se à Prince o a Jïbi ne fa ; £ 

Mès je ne me voil demorer» 

Au herberjage dévier , 




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i34 NOUVEAU RECUEIL 

Mès que moult estait bia* et riche*. 
H est venu» desci qu'as lices , 
Ainz est par rai la porte entré , 
Et a lou baille trespâssé 9 

220 Et est au chief do pont venu* 
Encontre lui est acoufu 
Li Sires qui fait grant sanblant 
Qu'il soit de son venir joiant. 

JL.es armes reçut un vàslet, 
Uns autres prlst lou gringalet , 
Li tiers içs «sperrons fi oste : 
Lors l'a par la main pris son oste , 
Si la lo pont amont mené, 1 *. 
Et ont un modlt biau feu trové 

a3o En la sale devant la tor , 

Et moult riche seoir entor *, • 
Covert d'une* porçfre de Soie. 
A une part, que il lo voie, 
Li ont son cheval* establé , 

• * Et si li a-l'en aporté % 

A grant plenté avoinne ét fain. 
De to* lo nïercia Gauvain 
Que de riens no -«oust contredire. 
Li ostes li a dit :Tnax sire, 

a4o L'en atorne -rôstre diârièr , 

Et sachiez <|ue de> l'apprester 
Se hastent forment li serjantf^ 
Or vos déduisiez à itant , 
Soiez toz liez et à vostre aise : 
Se rien i*a qui vos desplaise , 
Si lou dites «éurement. 
Gauvain dist que à*0n talent 



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DE FABLIAUX ET CONTES. t35 

Est l'ostel do tôt atome. 

Li sire est en la chambre entré 
2S0 Por une soe fille querre , 

Qu'il n'ot entre tpte la terré 

Damoiselle de sa valor. 

Je ne.vos porroie , 4 nul jor , 

La biauté tote ne demie 

Dqp ele estoit plainne et garnie ; 

Ne je né la voil trespasser, .4 

Si la voil à briés moz conter. 

Quanc'onques nature, sot fere 

Qui à cors d'orne déust plere, 
260 • De cortoisie et de biauté , 

Ot tôt entor li*asanblé. 

Li ostes qui n'm pas vilain, 

L'a prise par la dfestre main, 

Si l a en la sale amenée. 

Et GauvanTgui Ta esgardée 

La grant biauté qui ert en 1$» 

A bien pou i|tt il ne s'esbahi , 

Et neporquant si sailli sus. 

La damoiselle encore plus, 
270 Quant ele ot Gauvain esgardé, 

S'esbaï de sa grant biauté 

Et de son grant afaitement ; 
' Et neporcant cortoisement , 

Et à briez moz*la salua. 

Tantost par la main H^baiBa 

Tantôt à mon saigner Gauvain , 

Si li a dit, je vos amaift 

Ma GÙp , qu'il ne vos anuit , . 

Car je n ai nul plus bel desduk 



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,36 NOUVEAU RECUEIL 

380 A vos déduire et déporter : 
Ele vos saura bien porter, 
S'ele vialt , bele conpaignie. , 
Je voil qu'il no desvoille mie; 
Tant a en vos sens et valor 
Que s'el vos amoit par amor , 
Jà n'en auroit se anor non. 
Endroit moi vos en fais un don , 
# Que jà de vos n'iere jalous, 
Ainçois li coumant oiant vqs 
zgo Que jà de rien ne vos desdic 

Gauvain bonementl'en mercie, 
Qui contredire no viautpas : 
Et cil s'en ist enreslou pas 
Vers la cuisine demander 
S'en porroit à pièces disner. 
Lez la pucele s'est assis 
Gauvain qui moult ert entrepris 
Por loste qu'il dpte forment , 
Et neporquant cortoisemeirt 
3oo Et sanz un point de mesprison . 
Mist de maintenant à raison. 
La damoiselle o lou chief blou 
L'en ne li dist ne trop ne poi , 
Sajement l'a à raison mise. 
Moult li offre btf son servise, * 
Et tant li dist de son côrage, 
Que cele qui preuz ert et sage 
Aperçut et entendi bien 
Qu'il l'ameroit sor tote rien 
3 10 Se il li venoit à plaisir. 

Lors ne se set auquel tenir, 



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\ 

1 



ê 

DE FABLIAUX ET CONTES. i3*7 

A l'escondire , bu, au graer : 

Tant Tôt cortoisement parler, 

Et tant lo voit de bones mors , 

Que ele l'amast par amers , * 

Sele descovrir li osast ; 

Mès por néiant li créantaftt 

A faire li vers li entendre 

Quant il n'i poïst jà plus prendre : 
3j2 o Bien set quele feist que vilaine , 

Sel lou méist d amors en paine 

Don el ne traissist jà à chief. 

Mès leséondire li est grief, 

Tant a vers lui son cuer torné : 

Lors a cortoisement parlé. 
Sire , dist-el , je entendu 

Que mes pères m'a deffendu 

Que je de rien, ne vos desdie , « 

Or ne sé-je que je vos die 
33o Que se vos avoie créante 

A fere vostre volenté, 

James à bon ehief n'en trairoie , 

Et mort et traï vos auroie; ^ 

Mès d'une chose vos chasti, 

Et par bone foi le vos di , 

Que vos gardez de vilenie, 

Ne rien que mes pères vos die , ♦ 

Que que cë soit, o mal, o bien , 

Mar lou contredirpiz de rien , 
34o * Que morz seriez à itant; 

Ne'jà mar faciez sanblant 

Que soiez de rien acointié. 

Estes-vos Toste repairié 



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NOUVEAU RECUEIL 
Qui vers la cuisine ert alez , * 
Et li meogiers ju aprestez , 
Si a-l'en levé demandée* 
Ne vêll ci fere demorée , 
Quant» lavé orent, si s'asistreift , 
Et li serjant les napes mistrefat , 
Desus les dobliers blans et biax, 
Les salières et les coutiax, • 
Après lou pain, et puis lo vin 
Es copes d argent et d'or fin. 
Mès je ne voit plus demorer 
As mes un à un aconter , * 
Mèsj moult orent char et peson , 
Oisiax rostiz et venoison, 
Et moult mengierent Ijéement. 
Et li oste efforça forment * 
Gauvain de bowre, et l&pucele, 
Et si dist à la damobele , 
Qu'elle çfforçast lou Chevalier , 
Et dist , moult vos poet prisier 
Que je vôil quiel soit vos*re amie. 
Gauvain bonement t*en mercie. 

Quant mengié orent à plenté, 
Lors furent serjant apresté 
Qui dohliers et napes ostereut, 
Et qui l'eve lor «portèrent , 
Et la toaille à essuier. 
Li ostes dist après mçngier 
Qu'il vialt aler ses bois véoir , 
Et si rova Gauvain seoir 
Et déduire o la Damoisele : 
Endementres Gauvain apele 



DE FABLIAUX ET COUTES." ' t3t) 
Et U a dit et conmanda^ . . * '■' , * 

* Qu'il ne s en aut josqu'il venra \ 

Et dbnmanda à un serjant ; • 
Que se il fait' do*rien saablant , f 
38o Que il lou preignent demanois. 

Gauvain qui preuz ert et cortpis , H 
Vôit bien que remanoip l'es%u^t, F 
Et qu'aufreraçnt estre ne £uet : ,; 
*Si li avgit dit érranment . ^ 

Que il n'avoit d'errer talent 
Por qu'il lo vaille herbergier. 

L'osée monta sor son destrier, 4 <$ 

Si s'en va ntoult grant aléure , • * 

Ht va querre une autre* aventure, . 
390 Que de cçste est-iWséur 

Qu'il a enclos dedenz son mur. « 
- La'Damoisele a Gauvain pri* 

Par la main , si se sont assis 

À une^ part, por deviser 

Conment il se pdrra garder. 

Docement et bel lou confcrte , . 
^ Mès de ce est traie et morte 

Qu'ele ne set Ja tolenté 

Que ses pères a en pensé ;« 
4oo Se le séust; et li mostrast 

Par quel engin il eschajtast ; * 

Mès onques n'en volt nule dire. 

Or se gart de li contredire , * 

S'il porra par tant eschaper. 

Or laisons , fet-iï^ ce ester , 

Jà ne me fera se bien son : 

Il m'amena en sa meson , 



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Np^UVEÀlTRECUEIL 
Si m ï a fet mou]/, bél sanblant 
Ne jà dès ici en avant , 
Quant il ma fet anor et bien 
No doteré de nule rien* 
De si que je sache et voie * 
*Por quel raison doter lou doie. 
Ele li disl^ 1ce n'a mestier , 
Li vilains dist en reprovier , * 
Si lou dient encor plusor, # 
Q'au vespre loe-l'en lo jor * 
Quant l'en voit que bele est la fin 
Si fet-l'en son oste au matin , 
Ét Diex , si com je lo désir , 
Vos en doint à joie partir 
De vostre oste, sanz mautalent. 
Quant parlé orent longuement, 
Et moult parlé de ce et del , 
Li ostes revint à l'ostel. 

Encontre lui sailli Gauvain 
Et la pucele main à main , 
Moult Vont doucement salué. . 
Il lor dist qu'il s'est moult hasté , 
Qu'il cremist, se il demorast, 
Que Gauvaiti ainz ne s'en alast ; 
Por ce ne vost plus demorer. 
Il commença à âvesprer , 
Et il ostes si demanda 
As serjans que il soupera. 
Sa fille li dist par déduit, 
Povez demander vin fruit, 
Et nule autre chose par droit , 
Qu'assez menjastes orendroit. 



# DE FABLIAUX ET CONTES. 

44<> Il a maintenant demandé , 
Il a premièrement lavé , 
Puis lor fu mis li fruis devant. 
Lbu vin aporterent li sërjant 
A plenté de mainte manière. 
Sire, car fêtes bele chiere, v 
Fét-il , à mon saignor # Gauvain ' 
D'une chose soiez certain*, 
Il me coste sovent et poise 
Quant jé oste qui ne s'en voise , 

45o Et qui ne dit sa voleirté*; D 
Sire, sachiez la vérité, 
Fet Gauvain^ que je sui haitiéf* 
Quant il orent lo fruit mengié , 
Lee liz conmanda l'oste à fere, 
Et dist , je jerré en ces^ aire , W' 
Et cist Chevaliers en mon lit : 
No faites mie trop petit , 9 
Car ma fille jerra*o li; 
A si bon Chevalier lo qui 

46o Qu'ele est en lui bien enploiée. 
Ele doit estre moult haitiie 
De ceu qu'en lor a 'créante. 
Amedui l'en ont mercié , 
Et fcmt sanblant que moult lor plese. 
Or est Gauvain moult à mal aise , 
Que il crient, s'il si va cochier, 
Qu'il lou face tôt detrenchier ; 
Et si set bien , sil' contredit # 
En son ostel, que il l'ocit. ' 

470 L'ostes de cochier se hasta , 
Par la main' la prist, si mena 



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.14* «OTJVEAU* RECUEIL 

Dedenz la chambre demanois. * 
La Damoiseleo lo vis frois 
I,est ensanfcfte o lui alée. 
La chambre ert bien encortinée ff 
Et douze eiergtoM ardoient * • 
Qui tQt entor lo lit estaient, 
Si gîtaieat moult çrant clarté» 
Et li liz ert bel atorné 
48o Défriches coûtes et de blans drasj « 
Mès je ne voîl demorer ^as 
En ,1a riçhece £e*iser 
D^dras de soie d'outremer, 
De Patâltie et de Romeni^ 
« Don la chambre ëstoit enbelie , 
De Sebelins , de vai^de ^is , 
?t fPba mot te. vos devis 
anque convient à Chevalier 
Et à*cors de Dame atilUer, 
490 Et en iver et en esté ,* 
* I avoit à moult grant plénté. 
Là ot maint riche garnement , 
Gauvain s'en^nervella forment 

» 

De la richece que il i vit, 
Et li Chevaliers li'* dit : u 
Sire , ceste chambre est moult beleï 
Entre vos et ceste pucefè * 
I girpis , jà ni aura plus , 
Damoisele , fermez les us , 
Soo Sigfaites son conmandement , 
Que je sai bien que itel gent 
N'ont* mie de presse mestier; 
Mès d'itant vos voil chastoier 



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DE FABLIAUX. BT CONTES. . i£3 
Que les cierges i*en estaigniez 
Que j'en seroie moult iriez. * 
Jo voil, por ce l'ai conmandé 
Qu'il voie vo£$r# grarit biauté 
Quant vos girpiz entre ses bras , 
Si en aura giyignop solas , r 
5io Et que vo^véoiz son.gent cors. 

Lors.se mist-Je la chambre fors , ♦ 
Et la pucelejl uis ferma. y 
Messire Ç au vain se toucha , 
Cele est o liferevenue, 1 
Si s'est lez lui çochiée q^ie : * 
Onques proiere jïi estut , * 
Et cele tote la nuit jut 
Entre ses brag, nioult docement. 
Moult la besejet acéie sovent , fc 
5 20 Et si est tant* ayant aie, 

Qu'il en féist sa volenté , t ;i ■ 

Qua^t ele dist : Sire, merci, 

Il ne puet pas aler issi, 

Je ne sui pas o vos sànz gaBjj fc r 

Gauvain de totes parz esgarde , 

Si ni vit nule rien vivant : 

Bele, fait-il, je vds demant ^ 

Que me dites qui me desfenjt 

A fere de vos mon talent. 
53ô Ele respont , jo *vos djrai 

Moult volentiers ce que j'en safe: 

Véez-vos cel branc qui là pent 

Qui a cel entrecor d'argent, 

Et lou pw et lou lieu d'or fin, 

Geste chose gas ne devin ... 



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144. /NOUVEAU RECUEIL « 

Que vos m'orroiz jà crconjer, 
Ainz l'ai véu bien esprover. 
M^s pères Tainme durèment , 
Que il li ocist bien sovent 
54o De moult bons chevaliers de pris* 

Sachiez bien qu'il en a pcis 
t Solement çaïens plus de vint, 

* Mès je ne sai don il li vint : 
Jà n'entrera en ce$te porte 
Chevaliers qui vis en estorde.» 
Mes pères biax sanblant lor fet , 
Mès jà à si petit forfet 
Ne lou prendra qu'il ne l'ocie : 
Garder l'estuet de vilenie. 
55o Moult lou convient charçoier droit. 
Maintenant as apris lo d^oit , 
S'il entreprent de nule rien, 
Et se cil se garde si bien 
Qu'il ne soit de rien entrepris , • 
La nuit à moi cochier est mis $ , 
Lors est-il venuz à sa mort; 
Savez por coi nus n'en estort. 
S'il fait sanblant en nule guise 
De volenté qui li soit prise 
56o De faire lo moi, maintenant 

Lou fiert par mi lou cors lo branc $ 
Et se il viaut vers lui rier 
Por prendre le et por oster, 
Tôt par lui sait do fuerre fors, 
Si li done parmi lou cors , 
Et sachiez de voir que l'espée 
Est en tel manière faée, 



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DE FABÉIÂUX ET ÇpNTES. 

Qu'ele me garde toz jors si, 

Jà par moi ne fussiez garni. 
5yo Mès tant iestes cortois et sages % 

Quft-ce seroit moult granz domages, 4 

Si m'en peserôit mais«toz. dis, 

Se par moi estiez eoif^, - é 
Or ne set GaUvain que il face, 

Onques mais de si gpant manace ? 

Noï parler jor de sa vie , * 

Et si dote qi*'ele lou die * 

Por soi mé$me garantir 

Que il n'en face son plaisir. 
58o D'autre part si s'est porpensçz 

Qu'il n'en*porroit éstre celez 

Que il «e4ust partot séu 

Que i^ auroit o li géu 

Tôt sol, nu à. nu , en son lit , 

Et si avoit por sol son dit 

Laissié à faire son pleisir , * 

Miax vient-il à anor morir 

Qu'à^ionte vivre longuement. 

Bele , fet-il ^$e est néient, 
5§© Puisque vônuz sui josque-ci, 

En fin voil estre vostre ami : 

Vos n'en poez par el passer. 4 

Vos ne m^en poez pas blasmer , * 

Fet-ele. Dès» or en avant • 

Il est de»li aprimiés tant 

Que ele en a gité un cri, 

Et li brans do fuèrre sailli , * 

Sili fiert rés à rés de costé, 

SI qu'il li a do cuir osté , * • ' 

TOBfK I. * IO 



i46 'NOUVEAU RBCÙffIL 

600 Mai^ne Ta paa granment blecié : 
Outre a lou cotivertor percié, 
Et \oz le* dras desci au-fuerre , 
Puis se fiert arriers en son ftierre. f 
Gauvain remest tôt esperdu, 
Si a son talant espferdu , * 
Lez li se jut tôt esbahi. 
Sire, fet-el, por Dieu merci ,* 
V6% quS^ez que jou déisse 
Por ce que de vous me voûsisse 
610 Desfendre por tel ackoison : 
Onquas certes, se à, vos non, 
A Chev^iiefp ne le conté , 
Et sachiez que grant mervelle é 
Que vo* n'iestesj sanz nul Vesori, 
Trestot au primerain cop mort. • 
Por Dieu , or vos gisiez en pès , 
Et si vos gardez desormès 
De tochier à moi en tel guise*: 
* Un sages hom a tost emprise 
£20 Tel chose qui à .mal li tome. 

Gauvain remest ^ensis et morne 
•# Qu'il ne set conmetit se contiegne 
Se Diex donç qu'il s en reviegne 
Jamès arriers en sa contrée, 
Jà ceste*cfeose n'iert celée 
Que il ne soit*par«ot séu * * 
Qu'il aura sol à sol jéu t * * 
Anwitiée o une pucéte ■ ■ 
Qui tant es\ avènanz et belé , 
63o Si que onqiîes rien nelr fisfcj • 
Ne 4é rien ne Ircontredist, 



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DE FABLIAUX »ET CONTErS. 147 
Fors* la manaçe 4 une espée -a 
Qui de nelui'n'ert adeeée, * 
Si seroit mes to^ jor^honè 
Se iili eschapoittssî : * * 

Et si li font môuh jramt aniti ^ ê 
Li cierge qu'if voi^ntorMgL^ 
Qui renvoient inoult gf ai* clarté , , 
Par qui il voit sabrant bùfuté. * 
64o # Lou chief£ot blàfet plain lo fronjt , * » 
Et ses sorcis qui dogié soj||, . ^4 
Les iauz vers 9 lo nés bien assis , 
Et frès et coloré lo vis* , % 
La boche petite et riant*,* 
Et son col l<5nc et*a venant, 
Les brassons et blanches les mains . 
, Et les costez soués et $|ain$ ; 

Soz lei dras la char blértc^e êfc tendre, 

Nus^n'i séus^ riens que reprendre, 
. 65o Tant ot lo cor* jont et bien fet. ^ + 

Il s'est vers li doucement tret 

Corne cil qui n'«ert pas vibtQ ; - 

Jà li féist lou jeu c*rtàin " ^ 

Quant l'espée do fu#re sait , * 

Lors \\ a fet uft autre asalt , 

Do plat lo fiert parmi lo^qpl, , 

A poi qu'il ne se tient por fol , 

Mès l'espée un poi cl^paela, # : " 

Sor la destre espaule torna ; . & 
660 Que du cuir li trencha tjpis doie , 

Et fiert en la coûte- de soie ' 

Que ûne pièce ep a trenehiée, 

Puis s'est en son guerre fichiée. 



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NOUVEAU RECUEIL 
Quant Gauvain se senti navré 
En l'espaule f *et où costé , • • * 
Et voit qu'il ne poat à chief tfaire 
Moult est dolanz , ne set que fere . 
Et anui a de son depoçt. 
Sire, fet-ele* iëstes-vouls mort? 
Damoisele , fet-il, je non , 
Mès anuit m#s vous doint un^don 
Que vpus avez rovés de moi. * 
Sine, fet-eie, par ma foi, 
Se eles fussent lors donées 
Quelles furent demandées, 
Il fust or plus l>el endroit vos. 
Moult par fu Gauvairi angdissos, 
Et la Damoisele autrési: 
Ne l'uns ne l'autres ne dormi , 
Ainz veillierent à tel dolor * 
Tote la nuit de si au jor. * 

Vistemènt et tost se* leva ■ 
Li ostes dès qu'il ajorna, 
Puis est en la chambre venuz : 
Ne fu mie taisanz ne muz , 
Ainz apela moult durement. 
Et la Damoisele erraumant 
Ovri luis et puis est venue , 
Si s'est lez lui couchiée nue , 
Et li Chevaliers vjint après. 
Andeu^les vit gésir en pès, 
Si lor demande que il font, 
fit messire Gauvain respont : 
Sire , bien jà , vostre merci. 
Quant li Chevaliers «ntendi 



DE FABLIAUX ET CONTES. i4 9 
Qu'il garla si hautement , 
Sachiez que il fu roouit dola*t , 
Que moult estoit fel et eschis.* 
Conmant, fet-il, iestes-volis vis? 
700 Par foi , fet messire Gàu*4tns, 
Je sui trlestoz délivre et sains ; * 
Sachiez que je n'ai chose Jet • » 
Par coi je doie e$tre à mort tref , ^ 
Et se vos, en yostre ineson, ♦ . 
Me féissiez sanz achoison 

♦ Mal et anui , ce aeroit tort. „ 1 -> 
Conman*, fet-il ^ si n'estes* mort 
Moult m'anuje quant vous vivrez. 
Puis est avant un poi alez^ , 

710 Si a à descovert véu 

La coûte quï»trehchiée fu $ , 

Et les linciax ensangle»tez. 

Vasax , fet-il , or me contez 

Delivrement dont cest sajnc vint. 

Et messire -Gauyain se tint, 

Qui pas mentir ne li voloit, £. 

* Que nule achtison ne savoit » 
Don il bel covrir se péust . 
Que cil ne s'en apercéust. ¥ 

72* L'osted de parler s$ hasta, * * 

Vassax, fait-il, entendez ça, 
Par droit noient lo me celez : 
Vos vousistes vos volentez 
4 De' cele Damoisele faire, 
Mès n'en péustes à «hief trere ^ 
Por lou branc qui le contredist. 
Et messire Gauvain li dist : *■ ' 



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!5ô JVGUVÉA.Ù RECUEIL 

Sire, vos dites vérité, % ^ , 

Li branz m'a en d&is»leu* navré , 
^3o Mçs ne ma pas biecié forment. * 
Et quant H Gfevaliers^, entent 
Que il n'est paJiiàvrez è 'mort , 
Biax sire , ^fait-il , à bon port 
lestes «renuz, mès orme dites, 
Se vos, votez eschaper quites, 
Vostre çaïs et vostre non : 
De tel jent et de tel retfcm 
Poez éfcffce, et de td àYére , ' 
Que toz vos bons m'éstouvra fafre , 
740 Mès j'en voi^estre bien certain. « 
Sire , fat-ii , j'ai non Gauvain , 
Et sui niés -au bon toi Ârûir; 
De ce soiez tôt* aséur 4 • * 
Que onques n^on^hon ne c^anjai. 
Par foi, fait J'ostes , bien lo sai 
Qu'en vos a moult bon chevalier; 
De nul mellor parler ne quier, f 
BPa vostre per jusc'à Maogre , 
N'en tôt lou roiaume dë fcogre 
75o JTe seroit-il mie trovez. ' 

Savez conment j'é esprovez* * 
Treltoz les CheValièrrdo mont 
Qui aventures querré vont, 
Péussent en eest lit gésir ; " 
Et toz lés convenist morir 
Un à un , tant qu'il avenist 
, 4 Que toz li fhiaudres i venist. 
Li brans \o me devoit e&irë, 
Car il no devoit pas ocirre 




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DE FABLIAUX ET COUTES. 
Lou miaudre quant il i viendroit : 
Et si est esprovez à droit, 
Qu'il vos a choisi au mellor. 
Et quaig Diez vos a f et anbr , 
Ne sai ne choisir , ne véoir 
Qui miax doie ma fille avoir : 
Je la vos otroi et créant;* 
Ne jà mal descien avant 
Auroiz nule garde de moi * 
Et si vos doinSjpar bone foi 
A toz le&jors de vostre vie 
De cest chastel la seigneurie, 
S'en faites vbstre volenté. 
Lors l'en a Gauvain mercié 
Qui moult en fu joiajiz et liez. , 
Sire, dit-il, bjen sui paiez 
De la pucéle seulement; 
De vogkre or ne de vostre argent , 
Ne de ce chastel n ai-je cure. 
Lors se levèrent à .droiture 
Entre Gauvaifîet Ja pucele. 
Par lou (Aïs v^it ]a novele * 
C uns Chevaliers verçuz éstoit 
Qui la pucele avoir voloit , 
Sor qui li branz sert deus fois fret, 
Que poirft de mal ne U ot frt, , 
Et qui ainz ainz i vienent twit. 
$f oult ot o chàgtel gvmt déduit 
De dames et de cbév^Uers^ ( 
Et fij moult riehes li mengîqj 
Que li pères fist atoroer, : . : ■ 
Mès je ne me voil deœorer < 



i5i NOUVEAU RECUEIL 

A aconter quel li mes furent, 
Mès assez mengierent et burent. 
Quant mengié orent à plenté 
Et li doblier furent osté, 
Cil lecheor dont moult i ot 
Mostra chascuns ce que il sot. 
Li uns atempre sa vi^le , 
Cil flaùste , cil chalemele , 

800 Et cil autres rechante et note 
Ou à la harpe, o à la rote : 
Cil list romanz et cist dist fables. 
Cil Chevalier jeuent as tables 
Et as esches de l'autre part , 
O à la mine, o à hasart. 
Issi faite vie ont menée • * 
Tôt lo jor jusq'à lavespréte , 
Puis souperent à grantâléduit. * 
Assez i ot oisiax et fruit 

810 Et de bon vin à grant plen^. 

Quant à graut joie orent soupe, 

Delivrement cochîer alerent : j 

La pucele et Gauvain menèrent 

En la chanbre de maintenant * 

Où il jurent lou soir devânt : 

Et li ostes o ax ala 4 

Qui de son gré les esposa , * ' ^ 

Puis mist entanble sanz dangier 

La pucele et lo Chevalier ^ « 

820 Si s'en issi etfernja Tus. 

Que vos en diroie-je pluâ? • 
La nuit a sa volonté 'fete, 
Onques espée ni ot trete. 



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> DE FABLIAUX ET CONTES. i53f 

SU* recovra , pas ne m'en poise , 

A la damoisele cortoise , 

A qui il ne greva noient^ 

Issi demora longuement 

A tel joie et à tel revel ' * 

Monseignor Gauyain ochastel; 
83o Puis si s'est *de ce porpensé 

Que lonc tens i ot demoré ; 

Que si parent et ses amis 

Quidoient bien qu'il fiist ocis. 

A Yo&e ala congié querre, 

Sire, dist-il , en cestê terre 

Ai demorë tant longuement 

Que mi ami et mi parent 4 

Quident que je soie péri, 

Si demain la vostre merci 
84o iou congié de l'aîer arrière , 

Et si fêtes en tel manière?- 

Cele Damoisele atorner 

Que j'aie anôr de H méner, 

Et vos qui la m avez donée, 

Quant je venré to ma contrée 

Qu'en die que j'ai bêle drue,. 

Et qu'ele est de bon leu venue. 

Li ostes li doue congié, * 

Et Gauvain s'en est repairié 
85o Et la Damoisele ensement. 

Ses palefrois fu richement , 

Atornez de frainc et de sele : 

Sus est montée la pucéle , 

Et Gauvain sor son cheval moqte. 

Que vos feroie plus lonc conte? 



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i54 NOUVEAU RECUEIL 

Ses armes prist qu'il avorta, 
Au congié de loste s'e,n va 
Liez et joian£ da s'aventure ; 

860 . Et quant fors de la porte vint, 
La Dsrmoisele son frainc tînt. 
ILli^demande ce que doit; * 
Sire, fet-ele , je ai droit , 
Que j'é fejt trop grant obliée : 
Sachiez que de ceste contrée \ 
Je m'en irai moult à envjz 
, . Sans mes lévrier* <jue i ai noriz , 
Qui mo*lt par s$nt et bons et biax; 
Ainz ne+véistes si istfiax^ 

870 Et sont plus blanc que nule flor. 

Lors s'est mis Gauvain el retor , q 

Si va por les lévriers joignant , 

Et loste li va au devant; 

Qui bien lo vit venir de loing. » 

Gauvain, dist>il y ^por quel besoing 

Estçs-vost si tost retornezPi, » 

Sire , dist-il r que oj>lioz > 

A vostre fille $e& lévriers , 

Si me dist qu el les a moult chiers , 

880 Et que. sans ax ne s'en ira*. 
Et li ostes les apela , • 
Si les bailla moult volentiers. ^ 
Et Gauvain a toz les lévriers 
S en revêt moult délivrèrent . 
A la pucele qui l atent. 
Lors se, resqnt acheminé, 

(*) Il manque un ?«n toi. 



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DE FACIAUX ET CONÎES. i55 
r Bt sont en h» for«# entné 
Par où il estbient ^enul 
Lor,s„ ont un chevajïer véu s * • 

890 * Qui lou cheinin Benoit contr eus : m 
Li Chevaliers Vfenotrôoz seus , ^ 
Mès iL ert armez* mouh. très î>i#n 
Qu'il ne li failloit nule runr e 
De quanqu estuet à Chevalier* ; ^ * * 
» Eît séoft sor.un bai deçtri^r 
Fort et'isnel et renfuant. 
Li Chevaliers venoit errant 
Tant que il vint H'ax auques près, 
Et Gauvain lou quida e* pès * v 

900 Saluer lui et puis enquerre + 
Qui il estoit et de quel terrtf. 
Mès cil qui ot autre pensé , 
A lou cheval e&perioné * ■ 

Si durement qtôilfcse lança ; 
Et onques un mot ne sona , 
Entre la pucele et Gauvain * * 
Si la prise parmi lo /rain , r ^ 
Puis si revêt moult tost arrière : * m 
Et cele, sanz autre proiene / f 

910 S en vet delivrement o lui. 

Se Gauvain ot ire fct anui' ; 

Quant i l'en voit issi mener*, 

H ne fet mie à demander, 

Car il not arme o lui portée * 

Fors escu et lance et espée p 

Et cil qui bien estoit armez., 

Et fçrz et granz pt sdrquk^z , % 

Si ot vers lui mal jeir paati,< * 7 



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NOUVEAU RECUEIL 
Et ne.porquant, conrae -battu ^ 
Point Gauvaki vers lui lo dôstrier 
Por la piicele chalongier. 
Vasax , fet-il , grant vilenie \ 
Avez fet cpi avez raamie 
Saisie si çstroiteraent ; * * * 

Mçs or fêtes un hardement • 
,Tel eorime*je deviserai. 
Vos véez moult bien que jfc n ai * 
Fof#sol ma lance ef mon escu, * 
Et lou branc au costé pendu ; 
Je vos conmant à desartner 
Tant que nos soions per à p^, 
Si ferez moult grant cortoisie:* 
Et se vos , par chevalerie, 
La poiez vers moi conquerre , * 
Si soit vostre sans autre guerre ; 
Et se vos ctf ne volez «feie , ■ 
Soiez cortois et debonaire, 
1 Si m'atendez desoz ces charmés , 
Cirai emprunter unes" armes 
Ça arrier à un mien ami , *■ 
Et quant gïei$ d'armes garni, 
Je revenrai de maintenant. 
Et se vos d'ilutec en aVant 
La poez conquerrè vers moi , 
Sanz mâutalent la vos otroi , 
Issi de voir lo vos créant. 
Et cil respônt de maintenant : 
Jà à vos n'en iert congié pris, 
Et se g>'i ai de rien*mespris , 
Jà ne vos en querrai pardon. 



DE FABLIAUX ET CONTES . * i5? 

Se vos dôu*mien me faites don , 

M#ult par avez grant poesté* 

Per ceqiïe iestes désarmé, * - 

Que vos no taigniez à forfet , 

Vos iert jà un jeu parti fet. * * 

Vos dites qu'de est vostre drue^ ' , 

Por ce qu'ele est o TOM#ue , 

Et je redique fele est moîè : ' . , 

Or là meton en cqk voie , , 
960 Si aille chgscunfr de sa j>q£t, ^ 

Puis soit do tôt en son esgart ^ 

lequel ele ainme plus de rios; jffc 

Et s'el »*en viÉt aler o vos , 9 

Je la vof crj^tit Sf^troi ; 

S' ele s'en vijjt venir o moi, 

Donc est- il ^roiz qu'eue spit moie. |^ 

Gauvain boiiement li otroie * 

Qui Jant la créoit j£ amoit , 

Qu a escient devoir qmidpit ^ ■ 
gyo Quel nou lajssast por tôt le mont. 

Afcuit la lessen^ si s'en vont l * 

Et se tiaient un poi en sus. 

Bele , fopt-il , A n 1 a plus , 

Do t^jest k ^mtre plaisir 

Auquè^vos vo* voutiroi^ tenir /*' ■ t 
. Car vos lavons acreanté. . ' , 

Ele a l'un et l'autre esgardt; ^. f 

Primes celui , et puis Gauvain • 

Qui bien quidoit estre certain ' ' ** 
980 D'avoir la tôt séurement, * * 

Et si se merveilloit forment 

Sol de ce qu'il se porpensoit ; 



9 

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x58 



.99° 



IOOO 



ÎOIO 



NOUVEAU RECUEIL 
Mes la pucele qui «bien sot ^ V 
Conment Gauvain se puet aidiez 
Reyialt savoir do Chevalier * .' 
Conment il e$t preu et vaillant. 
Sachiez treituit petit ettgranC,* 
Qui qu'en rie ne qui qu'en gronde, 

* N'a gairès nuie &me o monde , 
S'ele estoit dnye , et moîUver 
A tôt lo mellor Chev*)àer 
Qui soit jusqu'en Inde major ^ 
Jà por lui n'auroit tele amor 
Que s'il «'estoit preuz en l'ostel , 
Qu'el lou prisast un don fle sel, . 
Vos savez bien de <jurf proepe : 4 4 
Or oez de si grant lajdece 
Çue cele dampisele fist. 
En la garde celui se mj»t 
Qu'ele de rien ne co^noissoit. 
Quant messire Ga#vain ce ,voit, 
Sachiez (Ju il en fii moult marri * 
Qu'elé l'ot de son gré gu^rpi ; 
Mès tant estoit et preu et sage , - 
Et si cortois et si resnàble, 
Que onques m^t ne li soaa j 
Jà soit ce que moult li pesa. 
Et li Chevaliers li a dit> 
Sire , fet-il , sanz contredit 
Doit la* Damoisele estre naoie. 

. Jà Diex , fet Gauvain , ne me Voie , 
Quaftt je contredit i métrai 
Ne quant je jà m'en conbatrai 
De chpse qui de moi n'a cure. 



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DE FÀBÛÎU* ET fcONTES. «9 
Adonc s'en vont grant aléurè 
La pucele li Chetaliers ; ' 
Et Gauvain à t&& les lévriers 
S'en va en la soe contrée. 
La pucele s'est atestée >' 
1020 Tantost eux o chief de la lande; * v 
^Et li Chevaliers li demàtiàe 4 . 
Por qu'ele s «st aifesApiç. : x 1^ 
Sire # feUel , jà vosH^Qwie * 
Ne serai à j/jjfiàe ma vie 



De si que je soie saisie * 



De mes levriers^que ^là voi*, 
Qtfe cil vassax enmoinne o -soi : • 
Et il li dist, vos tes ^ffe; * ^ 
Puis s escrie : este^^èstez, # * ..... 

io3o Sire Vassax ;*je*vos conmant- * ^ 
Que vc* n'alliez plus en avant; * 
Puis vînt à lui toz abrivez. ' * V# 
Vassax , dist-il -, porcoi menez 
Les lévriers $ quant il vo nç^Qt? 1 
# Et.messire Gauvain respbnt : ^ /; 
. Sirç, faitfil, jes taing*à miens , * ^ 
Et sepmlui i claftfame riens , ^ $| 
Conme miens les^^estuet desfendte f 
Et se vos en voliezfprendre* 

io4o Lourçeu parti qpe mj^féistes , % 
Quaril en' mi lo chçinin méistftft 
La damoisele por ^loisir ' 
\ Auqu#l el sfe vou<Jiftit tenir, 
Volentièftf le vos soufeffroîe. f • 
Et U £hevajjprs, H|btFoie 
Que volentiers cel jeu prendra , -V ■ 



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1% NOUVEAU *RE?CTJEIL 

Car conme fol se porpensa i 
Se li lévrier o li vendront, 
Que sanz ester li remandront , 
io5o Et si pot estre bien cmain, 
SU s'en aloient à Gauvain^ 
^ Que delivrement l'escondroit 
* „ Ausi cpn il ore feroit. * 

Lors \ès ont o chemin lessiez» 
Quant il se furent esloigniez , 
* Si les a chascuns apelez , - v 

Et il sont droitqnient alez 
A >- Gauvain que il conoissoient 

* Por sol tant que véu l'avoient 
1060 Chfes lou pere à' la Dameisele. 

Gauvain les jpïst et àpele , 
Car moutt est liez que iLles a. 
Et la pucele araisona 
Le C^eyalier en eslou pas : 
Sire , fet-ele , ja plain pas 
N'irai o vo$, se Diex me voie, 
De si que je saisie soie 
De mes lévriers que je aim tant. 
Et il respont , sanz mon créant 
1070 Nez en puet-il/nie mener, 
Puis avoit dît, lessiez ester, 
Vasa&, que vos nenmenrez mie. 
Et Gauvain clist : c'est vilenie 
Se vos en desdites ensi $ 

# Mès je sui des lévriers saisi,* 
Si vindrent à moi de lor gré , * 
Jà li : sires de Maïsté * 

Ne m'ait quant je lor faudrai ! 



DE FABLIAUX ET CQr&FESl . 
La damoisele Vos lessai 

1080 Por sol tant^ que 4 vos»sj£ tint ,< * ^ 
Qui more estait et moi vint jr 
Dont me deVez-vos sanz dfcngïer^ * 
Pa#raison les lévriers laissier • 
Qtjaht il sonùmien e£ o moi vindfent , 
fît de lor gré à moi se tûidrent; J ■ > 
• Une chosç sachez de voir, 

Et s'el poez par moi jréoir»;' * • * 
Se vos volez tôt son plaisir v V 
A cele puc^e acompiir, . ;^ 

iqgo Vos auroiz de U cbrte joie» ^ * > ; 
Jb voil moult b^en quele m'o4e^ 
Que sachiez. ta«t coft»el fu moiey " 
Que ses bons Ji acpnplissoie ; : ' • w 
Or voiez con el m a s^ervi. * 
Il ne va pas de chien ksi j ^ . ' 
Con de feme, ce sachez bien/ ■ • 
Une cbose^sachiez detchien , 
Jàson mestre qui norrr Fa f ^ * V ♦ 
Por éstrange ne changera ; 

? 100 Feme a moult îpst g^e^fi lo suen * 
Si ne li cpmpn^st tôt son buen. * * 
Si est meryeille de te^ehange, *' 
Qui Jlou suen laisse por estrangô $ ^ 
I4 lévrier jpe m'ont pas gflerpi 0- ; *% 
Dont ptds-je bien prover issî^ ^ 
Jà n'en seré^fediz de. rien, 
Que nature et amorce chien, • ^ 
Valt miajiz qu^jKe^eme ne^faik. r 
. Vassax, fait-i^lv vostre plqjfc* * v 

11 10 Ne vos puet ici/ie|j|j|^ont^r 4 ^4^ - 

TOME I. ^ II 



*6a itforVEAURECTJ^JL 
S'orendroit nés lessiez ester : 
Garcfez-vos, quç je vas desfi. 
Lors a Garuvam l'escu saisi , 
Si Va devant Son pis sachié . 

* 9 

Puis s'est l'uns vers l'autre eslessié 
Tant con ehevâx Upot raodir, 
Silou feri par tel air 
Desus la bockr ou l'escu taint, 
Que pecoié Ira et frahït , 
i iâo Si qu'en volèrent li tronçon 

Loing et haut le gtet d'ufttwzon; 

* Et .Gayvain l'a après feru 

O premier quartier de l'escu 
Si durement , si corf moi senble , 
Que lui et lou cheval ensanfele 
Abati en une charriere. 

* Cil chaï en une toiere 

n 

Entre les qmsses son destrier, 
Et Gauvain trait son branc d'acier , 
i iSo Tôt maintenant sor lui guenchi : 
, Alainz que il pot descendi , 

Si Va contre terre as poinz pris , 
Grant cop km £ert ptg*iii lo vis 
Et o chief , si que tôt Testone» 
Tote sa force l'absndone; # 
£ar moult lqu Itet por lo metffet 
Et por l'ani^L qu'il li afet. 
* Moult lou laidist et moult*» grteve , 
Lqju pan do hauber$ Ji solieve 
îiio Si li a maintenant botée . 

Parmi les flancs sa bone espée. 
4 Lo^s lou let quant , vengiez se fu , 




j 



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4 DE FABLIAUX BT CONTÇS. 
Cheval, ne haubfrc , ne escu 
Ne voust-il onques esgarder , 
Ainz va- les lévriers ap^ler 
Que il a voit forment aroez, r > 
Que biea se sônt vera K provez ; 
Et puis cort penre % destrier * 
Qui par lou bois ve^estrajert *' # , 

r£o Vistement la atainl^et prtsV «** 
Onques far li^ne fu requis 
Estriers, ajnz saiUt en la sele. ' 
- Sire , ce-dist la (kmouele , 
Por Dieu et por anoç vos $rï 
Que vos fie me- leseiez*ic4 , 
Que ce seroit grant vilf nie : 
* Se je fui foie et esbahie/ * 
No me devez à mal torner., 
Que je n'osoie p vos aler { 

i6q Tel paor oi quant je 4|pus yi 
Si povffement dWmesjgârni/ 
Et çilvert afmez si très bkfn 
Qu'il ne li faUloit nule ri$n. 
Bele, fait-il, œ est nçiant, ' v 
Pou vos vaut vostiç coujfpement; 
Rien ne valt cesteertrerture : 
Tel foi , tel anor , tel nature * 
Puet-l'en soient troyer en feme: 
Qui autre bief que il n'j^seme, 

1 170 Voudroit recoillir en sa terre ^ 
-Ët cil qui en feme iptH queire^ 
Fors sa* nature , n'est pas sajge.^ 
Toz jors Font éu ^n usage 
Puis que Die* fiât la premeraine, 



V§i * # N.ouy^u RECUEIL »' 
*Qtti*de les seçvir plusse pain» 
Et plus k>r fait-tien ,et anor, , fc 
Pins s en jrepent au çhief/i.o tôr, ; 
^Et qui plus les anoçe et sert % 4 
Plus s'en çprrojjLcejet plus i pert* \ 
il 80 La pitié ne $9$ venoitjmie - t 
De garder «l'anor çt tna "vie ^ . 
Ainz vos venpittot d]autr^ chose* 
Li vilains dist^i la parclose 

# *\c\x, l'en o tote riens #e prueve : 

Cil qui fainte et fa use la truevé, . * 
Et la cliens* ajjime et^garde, " , 
Jà puis Diçx ne Toit en sa garder, 

* • Or gardez vostre^conpaignie.* ' 

^Atant pa sole deguerpiè j , % 
1 190 Si qu'il ne sot qu ele devint : 

A son droit ^cheiuin s'en revint. 
De s'aventure a moult pensé y* 
Tant a par la forçât erré , 
Qu'au vespre vint en son pais* ^ „ 
Grant joie en firent si aïiu\ * 
C'o quidierent avoir perdu. « - 
S'aventure, sj.cqn el fu, % 
Lor a de chief en çhief contéç f * » 
Moult volentiers f on^esooutée % 
1200 A premiers bele et perillos^, v A 
Et après laide et an iose, 
^or sa jnie que il perçli , *. 
Et puis con il se /jonbati 

les lévriers , à grant meschief. 
Ensi fina tôt à un cjiief. * 

Ct ©OU £HEVAU£R A. l/*SPEE. 



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DE FABLIAUX if CONÏ ES. ïè$ 




4^ • rf 4flT l - 



QUI FU^RE^US IVE&IÉftE îi^S«RIN, 



Vnks gêna sont (fui anchois WfentN 
Une truffe y et plus* le conjoient' * 
K'une bien grande auciorrté : ^ . 
Pour ce truffe de vérité."- * v ^ 
Vous rf vorrai ci r J arfentevdÉr v $ • 
Si c'om le me conta de voir.* & 
En Hayrçau ot une botirgoi^e * 
En une ville assez courtoise , 
Plaine de jeu<et de soulas 
K' Amours le tenoit «n ses las. 

10 Donl; ele fu etf de son^non 

Ne vous veul f^ire nul remon ^ p ' 
* C'on le porroit teil part ret^a^Të^ 
U il tournerait à contraire 
Et en seroit plus *^an* griéç. " * 
La bourgeoise estoit mariée^ * 
Si estoît belo et saverause * p , 
Gaie, enyoisie et amoureuse. ." * v 
Un jouf en sa -chambre aveue li 
Avoit un clerc cointe^et joli, m 

20 S'i'mangoient ét â'i buvbient^ 9 
Car viande wetf vi» tant avoient 



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NOUVEAU RECUEIL 
Com il lor vint à volenté. 
Maint mot ont dit d'amours enté, 
Et bien se.po&ient aaisier 
Et d'acoier et de baisier : 
Ne flfti 5 autre jeu y ot point. 
Si com il ierent en tel point 
En la' maison s'en vint atant 
Uns biaus vallés et vint hurtant 
A la chambre. Ii Clers l oy, 
Sachiés point ne s'en esjoî : r 
Dame, cKst*il, que devenrai ? . 
En queil guise me maintenrai ? 
Amis, dist-elfe,Tous ireis 
Deriere Vescrin , s'i gîreis 
Tous cois tant "que raleij s'en iert 
Je ne sai gu il veut ne k'il quiert. 
Derrière reserin chiens mucha , 
Çt li vallés moult fort hueha. 
* La dame ens le laist à ce mot. 
Li vallés aveuo la dame ot 
Souvent privéement esté ; * 
Quant il a véu apresté 
Ênsi à boivfe et à mengier, 
Il s l est assis sans nui dangier. 
La dame povrechiere fist* 
Car H jeus pas. ne li souffist, 
Car conpaignon .laieBS avoit 
Que li vallés pas ne savok. 
Dame , dist li vallés adonques >■ 
De vous tei\ chiére ne vi onques, 
Vous saveis tant de nostrt affaire 
Que boine chiere devea faire. 



DE FApHAUX ET CONTES. 167 ' 

La dame atairt se rapaisa, 

Chieus lacola et baisa, 

Conques cele ni mist défais. 

Teil vie ot menée autrefois 

Et plus avant un point loi». 

Assès ont but et dosnôié 
60 Tant qu'il lor agréa et plot* 

Mais au Clerc durement desplot , # 

Qui repus s'estoit et tapis, 

Et la chose qui li fait pis , 

Ce est* que le vallet véoît 

Qui deleis la dame séoit 

Et y mesnoit si grant dosnoi : 

Au cùer en avait grant anoL 

Tant à la que li viespres vint, 

Li maris la dame revint 
70 En sa maison , car il ert. nuis : 

Che fu au vallet grant aniûs 

Ki l'oi>, moult s'en effrço, % 

A la dame point n'agréa* 

Dame ; dist chieus, queii part iraif 

Dist la dame, jet* tous dirai, 

T$ 1 sai chose plus profitable. # 

Il a là drecié une table,. 

Teneis vous y celéement , 

Je menrai grant effiréement 
80 Et vorrai mon mari tenchier 
* Tant que je le ferai couchier; 

Et quant point et heure en vèég, 

D'en voie aler vous pourvéés. 

«Chieus se repust au miex qu'il set. 

Li maris à guiae cte sot " 



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/■ NOUVEAU HE CU El L 
Hurta à Fuis hastéement , 
La dame ouvri iréement 
Et laidement le recueilli • 
Et par paroles 1 acueilli. . ' 
Dont veneis, ehaitis dolereus* « 
Mescéans et maléureus ? + . 1 » • 
Vous n'iestes onques en maison , 
Siestes uns bons sans raison 
En ort usage maintenais , 
Car de la taverne veneis , * 
Si me laissiés toute jour seule * 4 
Honni soit vostre gloute geulef. 
Alons dormir, il en est tans. 
Bele suer , ne soués hastans, • 
II me contient ançoiâ mengîer. 
Cele le prent à laidengier, 
JEt chieus s'assist, si demanda 
A meitgier, et du vin manda 
Dont la bouçgoise se courouche, - 
Et sa mère forment en grouebe. 
Suer, dist-il, pour Dieu vous taisiqd 
Et par amours vous apaisiés ^ * 
Honnis soit qui s'esjnaiera, 
Car chieus là trestout paiera. * * - 
De nul hoste ne se gardoit, 
Son escrin eitséignoit au doie 
Qui adont estoit bien garnis. 
Li Clers cuida esfre «scBarjûs^ 
Bien cuidptque là le séust* 
Et qu'au venir véu 1 eust , 
Si douta* weià lui ne venist , 
Pour ce alns que baston tenist 




D.E ^IBLIAUX CONTER i6# 
« 

* Igsi fors et? si s'en ala 

Vers le hourgoîs et si parla : * . 
120 Sire , fait-il , par le mort beu . ,■ . . 
» * Mal A ^>6mtpartiries le jeu . 

Se chieus n'en gaioit autretant 

* Qui là derrière est en estant . * ^ 
Deleis cele table af 
Or fu li «bourgôis ay3 
Qui en son osteil otwHMidstes : 
Bien pooiçnt reire ses co§tea* 
Qui ensi du sien Vaaisdiént , 
Mais son ouvrage li feisoîerit. ^ 

«3q II fu debonaires et^raris; * 

Car il egtoit vihôs .sofftâns t ■ • 
Tousf cpis^fu, n r oi sokig- dé inesléey * 
Si a^e besojgne celêf^ * . * 

* * N'a à iaus mot dit lie parle , ■ ■ 

Et il s'eiKftqpt empais alé. 
Ne di plus qu'entre iaus lof aVlnt. 
Ne conment i%da^ne en couvint r ; 
Ne fu mie trop entreprise^ - : * ». 
Car dû mestier esfoit M aprfs£ # 
î4o Vrais wihas.estoit ses maris* ; 
Se ses cuers fii un*pou maris , 
Bien le*sot tout à.point remetre j - - 
Point ne m'en couviént entremette 
De dire quele redpondi f 
Ne coumçnt ele s'escQftdi : 
Ele en sot si-.bien à ch£e£ traire- 
Quçieatont.m'en-rorm^ < 
** " * 

' E X P L I C I T # 



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i 7 o . NOUVEAU RECUEIi. 



DO MAIGNIEN QUI F... LA PAME. 



Oa escoutez, laissiez moi dire, . 
Je vos dirai une matire 
Que ja ai volantiers aprise* 
Un Bachelers«ot famé prise 
Qui riches ert et aaisiez* 
Qant 11 ce fu a li cochiez f 
Ne sai par deus nùiz,p par trois, 
La Dame qui vost tenir frois 
Son cors, conmande à faire un bain. 
La chanberiere , sanz desdain , i 
Lo fist qant el Tôt conmandé; 
Et qant lo bain ot apresté , * 
Et la dame dedanz entrer 
Et donc ni yolt plus artstçr. 
La maison fu voide de gent , 
Qui n'avoit que aux deus loyânz> 
Por ce que il ni ot qu'eles deus. 
Une formete à trois* quepeus 
Avoit la bajasse aportée, 
. Et la Dame est desus monté* 
*a , Qui tote despoilliée fu. 

Li quepou erent vermolu # 
Et sor aux remest tôt lo fois.: 
Li quepou qui erent mauvais f 
Peçoient , et la dame chiet* 
Se sor une dove s'asiet 



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* DE FABLIAUX ET CONTES. nf 
Si que moult en faut grant achiée : 

Moult djurement se sent Mecïée. 
Sa meschinete i est alée 
Qant cele l'avoit apelée; ♦ 
3k> Et la dame li dist, amie, - y 

Moult sut bleciée v Dex maudie ' 
Celui que ceste sele fist. * 

* Et la pucèle après li di& : 
Dame, fait-ele, max feus 
Larde ! la damé li dist leus : 
Car garde s'il n'i pert point» * * 
ta dame par devant s'esjotnt, 
Si s'est as estopons tornée. 
Cele n'est mie acostumée 

4o Que par darriere veist>on. 
Dame , li foyes et li pormon 
Par lo mien ésciant lo chiet. 
Desor une dore s'asiet , . 
• Conment , faif>ele , pqjrt-il plaie ? 

Oïl, fait el; et moult s esmaie, 
Qui est fandue 4e un pié. 
Lasse , fait-ele , don sui gié, 
Se je n'en ai moult tost aïe ? 
Por amor Deu, ma doce amie, 
5o Alez , si me querrea un mire : 
Ja cele rien ne saura dire 
Que je ne li doigne del mien. 
Atant oïrent un mamgmen 
Qui son mestier alok criant. 
Et la pucele maintenait 
Vient à Fuis, lo meignien apele 
Qui portoit une viez paele. 



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Tantost en la maison qptra, ♦ 
Et la tiafre li demanda' 
Se il savoit point de medne. 
Dame , j'aig£ticor,iel racine * * 
Qui Wgarrpit, n en dotez rien. 
La Dame ïrdist /por combien ?" c ' 

<*Pôr vint? et sis sous deJVIansôis, J 
N'en prandroie riKe Estâmpôis*, . 
Et sachiez .que bien vos gaffak 
Mais vint sous prenez sanz délai , 
Et jeV voterai ja baillier. . 
Ainz ne se yosi cirtràveiliier*, 
Ne estre ciel' cfcnter en'poine. 
Maintenant par. la main l'anmoine 
£i Fa cochiée sor un litv ( 
Li pautoniera^qui ot grôs'v.l. 
La f..t moult viguerosemerit, *" 
Après li demande convient' *' 
Li estoit. Et cele dit, tien : 
Se vos ave? éuletel mïen 

. Je nel' tien mie or à, perdu. 
Li pautoniers qui aisiez fu j * 
Reconmance, totfanz demore , 
Et sachiez, que en petit d ore 
La f..ti trois foiz près à près. 
Dame, fait-il, desoremais ' 
M an porrai-jë or bien^aler? 
Je ne voil ci plus demorer, 
Car vos estés tote garie. 
Biaz amïs /dune Juitre foie*, 
Fait la Dame 7 me fust moult bien. 
Par mon chief je n'en ferai rienj 



. DE FABLIAUX Ï^T COVÏES. , 7 S 
*9û tait-il \ or auriez Vos tort. é 
— / *Meult- ^x^^ffta^ilibrt f 
Costume n*a pefk enfant. * 
JWën ^oprpifljgà/ai^f i* 
D&môn oignaient; por di^libvres. 
jti hon est^trfip mmsarz H*lqè& t 
Qui a fahie fait nul marchié. 
Je m an vois à* votre çongig. • 
La dame a poine li otroie^ ' 
Atknt c'est dPmîs à*ia Vole. 
ioo . Par cest Wrôpl^lbi d^Éfetitf " " 
Que se nufde voàfeftfé pwmty > 
Vos lo'devez moule bien- sf^ir ? 
Ne faite.pa&vostre pooir - 
D'à H gésir au pt^iérain , 
^ e Q^M^rw^arriçn^ * 
Por fol vos pôrriea tèhir ; * 
Si ne Ji porro&z fornir* 
Ce que auYéi/«L coriirtancié , * 



no Qui 



aifroit moult /dlf porelmcté 
li feroit/aùfcrtît o ^fusr ,^ V * 
Et por ce nel ^doU pafnsér nïks. 



ci" Fmr do maigSi£n. 



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i 7 4 * J*OUVE£U RECUEIL 

» 

LE REVENANT, f) 

PIERRE DiNfot. 



Sans plus longuement desiaier 
M'estuet conter d'un Chevalier 
Et d une Dame Favanture f 
Qui avint, ce dk l'escriture 9 
N'a pas lonc tans en Normandie. 
Cil Chevalier Toloit s'amie 
Faire d'une Dame , étirant poft^e 
Sofroit por lui quel fust certaine 
* Que il 1 amoit , car il faisoft 
Totes les choses qui» savoit . 
*o Q'à la Dame déussient plaire. 

Je ne voil pas lonc conte faire : * 

Cil Chevaliers tant la requist 

Que la Dame à raison ]fi mist 

Un jor, et li demande^ et quiert 

De quel aconte qu'il la requiert 

D'amor, qani il jor de sa Vie 

Ne fist por li chevalerie 

Ne proece qui lui, pléust , 

Par qnoi,s'amQr avoir déust. 

(*) Celte pièce est sans titre dans le manuscrit , et j'ai j cru pouvoir 
lui donner c#Lui sous lequel Le Grand l'a fait connoître, tome n , 
page 334 dt l'Idition in-ia. 



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t 



' D«E FABLIAUX ET CONTES» i 7 5 

*o Si li dist, en rjant , sanz ire, 
Que de s amor n'ert-il jà sire 
De si tjue sâche, san dotance 
Conmant il j>orte escu et. lance, . 
Et s'il en set venir à çhief. 
Madame , ne tos soit 4onc grief, fr 
ljait li Chevaliers , mais otroi • ' 
Jtfe donez de prandre un tOrribi # 
Contre vostre Seigyior*, $t sqjt ^ 
De*aBt s% porte en tèl endroit # 

Jo Que vos ve oftMy erteroent 

Par trestot la tornoietweirt ; * 

Lors si *erroiz*se il v<* siet é * 

Conme lance et escui me siet. ;" • 

La Dame , sans nui iletfpièr , * 

Lo congié done uu Chevalier 

De prandre k> tornoiement. 

Il 4 an mercie bonnement : 

De maintenant, sanz plus atandq^ 

En vait lo tornoiement prandre. 

4o Ez-vos que li tornoiz est pris , % 
Puis ont as Chevaliers de pris ^ 
, * Mandé e$ proié .qu'il  raient. 

Ensi pàT lo païs énvoiônt y * ^ 

Ne jusqu'au jermene pn«pe*t , 

Car moult edtalanté en erent , 

Et Men mandesent |p jor et 1 çr^ 

As Chevaliers, tôt sanz démode , 

Et vindrent granz^tropiax ensanble. * 

Ez vos que li tornois asanbie , ê 

5o Et grarfz et orgoiltex ét fiert : 

Car qui véigt ce» £hevaU*r& 9 '£ 



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f7p f - nouveau recueic , - • 

Qant ore de tornoier $ " » * 
Haubers vefftjLc v hiaûmes lacer , • - 
Tost fu chascuns prest endroit soi, 
Li duî 'qui pri^tÉbtflo^rtioi . 
* * En la place furent^remiers , 
Armé sor les coranz destriers f 

prest de lances depedier. * « 

Lors saillent «us sanz delaî&r , 
60 Les escjAjo^nz -, 1& lances baissent t 
Lachen^e^^egne*f*si s'eslaiss«pt ^ «•* 
%foblemant es estriers s'aâjjjjpsnt , *** 
Les lances bris^f^.et esclicçnt^ 
Onques de % rjen Jiè s'esp^rgnerent j 
. Deajespées 'ferefht a 

Ghpïcuns au t nii»^|ue il savoir , 
Li Chevalière qui*f*És avoit * 
Lo to^Bfci, et # juïé par-s'aroe 
Envers lo Seignor à la Dame ^ 
*yo Que i^voldraà lui joster 

Par tans , cu\ cpx*i doic coster 
Lors laisse ,cele part * r • s * -V 

Plustost que foille qui départ * 
D'arc, qant ele est Ijien entesée^ ». * « 
* Jus Tanporte lance levée, » -\ ^ 
NeV pot teniv poitrax jj^ cçngle r 
- Tôt chaï en un mont ensanble* 
Et qant la Dame a cm vén 
Q a son seignor est meschéu , * 
80 D'urte partie en fu dotante 

De l'autre moult li atatante , : 
^ue ses am^s lVst tien fait. 
. Que vos feroie plus loxif piait^ ^ 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 
Moult avoient biei^ conmancié 
A tornoier tuit, qant peehié v 
Lor corut sor, et enconbrier, 
Que mort i ot un chevalier, * 
Je ne sai pas dire raison 
Conmant fu morz , ne Fachoison } 
Mais tuit en furent mat êt morne > 
Lors l'anfoïrent soz un orme. 
Après por ce qu'il estoit tart, 
Li tornoiemanz se départ, 
Puis va chascuns son hostel prandre. 
Et la Dame, sanz plus atandre > 
Par deus gârz mande au Chevalier 
Que si con il vialt qu'el lait Chevalier, 
Ne jà por son ami lo. taigne • 
Qu'à li parler cele nuit veigne» 
Cil qui fu liez du mandemant, 
Dit qu'il ira moult boenemant $ 
Por trestot estre detranchiez 
Ne sera-il, ce dit, laissié ; 
Atant li gartz.de lui départ. 
Qant la nuit vinfr, moult li fu tart 
Qu'il fust là o aler devoit : 
Une pucele se prenoit 
Toz jors. garde de sa venue. 
Qant il vint là, si la^alue : 
A grant peor et à grant poine 
Dedanz une chanbre l'anmoine* 
Iluec li dit que il se taigne 
De si que sa Dame à lui veigne* 
Atant san torne la pucele i 
if sa Dame dit la novele 



ï. 7 $ NOUVEAU RECUEIL 

Del Chevalier, et qu'il e9toit 
En la chanbre o il atendoit. 
Diz-me tu voir ? Oïl , par m'aille. 
Et g irai jà , ce dit la Dame , 

120 Qant mes sires sera cochiez. 
Au Chevalier a ennoié 
De ce qu'el meÉ tant à venir, 
Si ne se puet plus à tenir 
Que endormiz ne soit cochiez, 
Car il estoit moult traveilliez 
Des armes c'ot porté lo jor. 
Et la Dame qui ot peor 
De ce que tardié avoit tant , 
En lui en vient toi maintenant. 

1 3o Lors esgaçde qu'il dort sans dote : 
Ele no hurte ne ne bote , 
Mais maintenant s'en va ariere. 
Si apela sa chamberiere : 
Va tost , fait-ele , sanz tardier i 
Si me dit à cel Chevalier 
Que il s'an aille vistemant. 
• La pucele fu en demant 
Porquoi c'estoit et la raison. 
Je t an dirai bien l'achoison, 

i4o Fait la Dame * por ce qu'il dort. 
Par lame Deu , vos ave» tort , 
Fait la meschine , ce me sanble. 
Tu manz , garce , trestot ensanble : 
Déust-il bien la nuit veillier 
Por solement un sol baisier 
D'une tel Dame con je sui ; 
Por ce si me tome à enui , 




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DE FABLIAUX ET CONTES. 
Car je sai bien , se il m 'amast, 
Por cent Kbvres qui lui douast 

1 5o N'en féist-il mie autretant : 
Va, sel' congée maintenait. 
Atant s'an tome la meschine, 
De si qu'au Chevalier ne fine 
Qui se dormoit desus son coude : 
Ele vait avant , si Je bote. 
Cil sailli maintenant en piez : 
Or ça, ma Dame, bien veigniezj 
Moult avez fait grant demorée. 
Por noiânt m'avez saluée , 

160 Danz Chevaliers, fait la pucele, 
Par tans oroiz autre novele : 
Ma Dame ma ci envoiée 
Qui lez son seignor s'est cochiée , 
Si vos mande que ne soiez 
Si hardiz , ne si envoisiez 
Que vos jamais en nul endroit 
Veiniez en leu o ele soit. 
Avoi ! damoisele , por qwi ? 
Dites lo moi. J£t je l'otroi : 

170 Por ce que pas ne déussiez 
Dormir en leu o vos fussiez 
Por si très noble Dame atandre, 
Si bele et si blanche et si tandre , 
Et si vaillant con est ma Dame. 
Damoisele , fait-il , par marne , 
J'an ai meffait, c'est vérité , ' 
Mais je vos pri en cherité , 
Que se de vos aie congié , 
D'aler là o il sont cochié 



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i8o NOUVEAU RECUEIL 

iSo Entre ma Dame et son seignor : 

Car sachiez brên c'onques graignor 
Talant n'oi mais de. faire rien. 
Tôt ice* vos otroi-jè bien 
En moie foi, fai Ia ^ucele. 
Cil qui fu liez de kr*no?ele , 
Sanz faire nule demorance , 
Tantost en la chanbrgrs'elance, 
11 n'ot pas des jarrez lo chancre. 
Un© lampe âvoit en la chanbre, 

190 Par costume ardoir i siaut. 

Li Chevaliers sa voie aquialt, 
L#t droit au lit en est venuz : 
Un poi en loki s'estoit tenuz, 
Et trat s'espée tote nue. 
Li sire, por la gràtit véue, 
Ovre les iauz, si l'aperçoit : * 
Li Chevaliers ne se movoit. - 
Qui estes-vos , fait se il là ? 
Li Chevaliers tantost parla 

200 Qui n'ot cure de là targier, 
Je sui, fait-il, lo Chevalier 
Qui je hui matin fu mort , 
Bien en poez avoir recort. 
Si sai-je bien? et qui vos moine ? 
Sire , je sui en moult grant poine , 
Ne jamais jor rrçg istra marne 
De si àjtant que cele Dame 
Qui, o vos gist, pardoné, m'ait, 
Se il li plaist , un sol mesfait 

210 Que je li fis con je vivoie. 

Que Dex. des ciax enor et joie , 



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DE FABLIAU^ ET CONTES. 181 

Et de ses biens assez vas daint , 

Proiez qu ele lo rae pardoint : 

Car je vos ai dit la raison , 

Por quoi vien ci et l'achoison. - 

Dame, Dame, fait se H sire, 

Se avez mautalant ne ire , 

Ne coroz vers pe Chevalier, 

Pardonez li, j'o vos requier. , 
220 N'en ferai rien , ce dit la Dame, 

En vain debatez yostre teste , 

Car s'est fantôme q> autre beste 

Qui nos afole tote nuit. 

Certes non est , si con je cuit. 

Non fait-je, sire, sanz dotance, 

Jai fait li Chevaliers eréance 

En Dame Deu et en sa Mere, 

Par la foi que devez Saint P$re. 

Dan Chevaliers, fait ce li Sire, 
23o Don vient cist coroz et cist ire 

Que vers vos a la Damé enprise? 

Sire, certes en nule guise, 

Fait li Chevaliers , neï diroie , 

Car se jai mal , et pis auroie 

Se j'an avoie mot soné. 

Certes or vos iert pardoné , * 

Fait la Dame, dan Chevalier, 

Ne vos voil or plus traveillier. 

Vostre merci , ma doce amie , 
240 Car*plus ne vos demant-je mie. 

Or s'an vait cil sanz arestée , 

Bien a sa bèsoigne atornée; 

Mais s'il* n aiist ensin ovré ' 



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NOUVEAU RECUEIL 

Il n'aûst jamais recovré 
L amor qu'il ot tôt de noTel. 
Pierres Danfol qui ce fablel 
Fist et trova premieremant , 
No fist fors por enseignemant 
A cez qui parler en feroient, 
Se tele avanture trovoient : 
Car nus ne Tôt qui n'an amant , 
Se mauyestiez trop ne sorprant. 



DE FABLIAUX ET CONÏES. i83 




DE LA VIELLE 

QUI OINT LA PALME AU CHEVALIER. 



JLJ'une vielle vos voil conter 

Une fable por déliter. 

Deus vaches ot, se truis o livre, 



Un jor furent ensanble alées, 
Si les a li prevos trové^s, 
Mener les fait en sa maison. 
Qant la famé sot la raisop, 
Alée i est sanz plus atarwjre t 
Proie li que4i face randre. 
io Assez proie, mais ne li vaut, 
Que au félon Prévost ne chaut 
De qanquele dit, ne li veille. 
Par ma foi , dist-il, hele vigile, 
Ainz auroiz paie cest e#cot 
Des granz deniers mumz «1 p<tf . 
La boene famé atant s'en Xarne 
Tristre et marrie à ehiere tarte 
Hersan encontre sa voisine , 
Si li a conté soi» convine 



Q'ele voist parler à aut home, 
Biau prevost si soit saje et cointe $ 

(*) Il manque un vers ici. 



Là o ele prenoit son vivre. 



(*> 




NOUVEAU RECUEIL 

Se la paume li avoit ointe , 
Ses vaches H feroit avoir 
Trestotes quites, sanz avoir, 
La bone famé a quîs del lart, 
Qui n'i an tant barat ne art. 
Au chevalier en vint tôt droit 
Qui devant sa maison estoit % 
Li Chevaliers ot mis ses mains 
Par avanture sor ses rains ; 
La famé par darriere vait , 
Lo lart par la paume li trait. 
Qant cil sant sa paume lardée, 
Si a la vielle Vesgardée : 
Bone famé , que fais-tu ci ? 
Sire, por amor Deu, merci, 
Si me fu dit c a vos venisse , 
Et que la paume vos oinsisse ; 
Et se je ce faire pooie , 
Mes vaches quites r'auroie. 
Cele c'o t'anseigna ci faire , 
Entandi tôt à autre afaire j 
Mais jà por ce rien ni perdras , 
Tes vaches quites r'averâs , 
Si t'abandon lo pré et Verbe. 
Lavanture de cest proverbe 
Retrai pôr riche home fauz , 
Qui plus sont loeiz et fax : 
Lor san et lor parole vandent , 
A nule droiture nentandent ; 
Chascuns à prandre s*abandone. 
Povres n'a droit se il ne done fc 



DE FABLIAUX ÏT CONTES. 189 



LI DIZ DE L'ERBERIE, 

P1R RUTEB E4U F. 

Seigneur , qui ci tfste venu , 
Petit et grant, jone et chenu , 
Il vos est trop bien avenu , 
u Sachiez de voir : 
Je ne vos voel pas desovoir , 
Bien le porreiz aparsouvoir 
Ainz que m r en voize ; 
Aséeiz-vos, ne faites noize, r 
Si escoûteiz , c'il ne^vos poize. 

Je sui uns mires , 
Si ai estei en mainz empires; 
Dou Caire ma tenu li sires 

Plus d'un esté : 
Lonc tanz ai avec li estei, 
Grant avoir i ai conquestei. 

♦Meir ai passée, 
* Si m'en rêving pailla Morée 
Où j'ai fait mout grant dèmorée , 

Et par Salerne, 
Par Burienne et par Byterne ; * 
En Puille , en Calabre , Palerme 

Ai herbes prises 
Qui de granz vertuz sunt emprises. 
Sus quelque mal quel soient mises, 



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HOUVEJLU RECUEIL 



Li maux c'en fuit 
Jusqu'à la rivière qui bruit. 
Dou flun des pierres jor et nuit 
Fui pierres querre : 



Prestres Iehans i a fait gjierre , 
Je n'ozai entrer en la terre, 

Je fui au port. 
Mont riches pierres en aport 
Qui font reswsciter le mort. 

Ce sunt ferrites , 
Et dyamans et crèsperite6, 
Rubis, jagonces , marguarites, 

Grenas, s&opaces, 
Et tellagons et galofaces : 
De mort ne doutent menaces 

' Cil qui les porte, 
Foux est ce U ce de#conforte , 
N'a garde que lièvre» l'en porte 

Cil se tient bien. 
Si n'a garde d'aba de chien , 
Ne de reching d'azne anciien 

Cil n'est coars 
Il n'a garde de toutes pars. 
Carbonculus et gartelars 

Qui sunt tuit Inde. 
Herbes aport des dezers d inde 
Et de la terre Lincorinde 

Qui siet seur Fonde 
Elz quatre parties dou monde f » 
Si com il tient à la raonde. 

Or m'en créeiz , 
Vos ne saveiz cui vos véeiz , 




DE FABLIAUX ET CONTES. 187 
Taisiez-vos , et si vos séeiz , 

Veiz m erberie. 
Je vos di par Sainte Marie 
Que ce n'est mie freperie , 
60 Mais granz noblesce. 

' J'ai Verbe qui les veiz redresce 
Et cel qui les c... estresee 

A pou de painne. 
De toute fièvre sanz quartainne 
Gariz «n mainz dune semainne , 

Ce n'est pas faute; 
Et si gariz de goûte fautre , 
Jà tant n'en iert basse ne haute, 

Toute l'abat. 
70 Ce la vainne don cul vos bat , 
Je vos en garraî sanz débat , 

Et de la dent 1 
Gariz-je trop apertement 
Par un petitet d'oignement 

Que vos dirai. 
Oeiz coument jou «onfifai , 
Dou confire ne mentirai, 

C'est eens riote. 
Prenez dou sayn de marmote , 
80 De la merde de la linote 
' Au mardi main , 
Et de la fueUe dou plantain, 
Et ée l'estront de la putain 

Qui soit biea viHe , 
Et de la pourre de l'estrille 
Et dou ruyl de la faucille 

Et de la lainne, 



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i88 NOUVEAU RECUEIL r 

Et de rescore de lVvainne * 
Pilez premier jor de semainne , 
90 Si en fereiz 

Un amplastrè ; dou jus laveiz 
La dent , l'amplàstre ï metereiz 

Desufc la joe. * 
Bormeiz un pou, je le vos loe , 
San leveir ni a merde ou boe, 

Diex vos destruie ! ^ 
Escouteiz , c'il ne vos, anuie , » 
Ce n'est pas jornée de truie 
# Cui poeiz faire , 
100 Et vos cni la pierre fait braire, 
Je vos^en garrai sanz contraire, 

Ce g'i met cure. 
.De foie eschauffei, de routure 
Gariz-je tout à démesure 

A quelque tort , 
Et ce vos saveiz home xort, 
Faites le venir à ma cort , 

Ja iert tous sainz. 
Onques mais nul jor n'oy mains, 
no Gp Diex me gari ces deux mains, 
Qu'il orra jà. 
Or oeiz ce que m'en çharja 
Ma dame qui m'enyoia sà : 

Bele gent , je ne sui pas de ces patfres preschejars, ne 
de ces povres herbiers qui vont par devant ces mos- 
tiers, à ces povres chapes mau cozues, qui portent 
boites et sachez , et si estendent un tapiz : car teiz 
vent poivre et coumin qui n'a pas autant de sachez com 
il ont. Sachiez que de ceulx ne sui-je pas, ainz sui à 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 189 
une darne qui a non ma Dame Trote de Salerne, qui 
fait cuevrechief de ces oreilles , et li sorciz li pendent à 
chaaines d'argent par desus les espaules ; et sachiez que 
c'est la plus sage dame qui soit enz quatre parties dou 
monde. Ma dame si nés envoie en diverses terres , et 
en divers pais, en Puille , en Calabre, en Tosquanne , 
en terre de Labour, en Àlemaigne, en Soissonhie, en 
Gascoingne , en Espaigne, en Brie , en Champaingne, en 
Bdrgoigne , en la forest cFArdanne por ocirre les bestes 
sauvages et por mire les oignemenz, por doneir méde- 
cines à ceux qui ont les maladies- es cors. Ma dame si 
me dist et me commande que en queil que leu que je 
■rçenisse , que je deisse aucune choze si que cil qui fus- 
sent entour moi i preissent boen essample , et por ce 
qu'ele me fist jureir seur srfinz , quant je me départi de 
li, je vos apànrai à gaVir du mal dat vers , se vos le xoleiz 
oïr. Voleiz oïr ? 

Aucune genz i a qui îfee demandent dont les vers 
viennent. Je vos fais à savoir qu'il viennent de diverses 
viandes reschauffées et de ces vins en futeiz et boteiz , 
si se congrient es cors*par chaleur fct par humeur : car 
si con dient li philosophe , toutes choses en sunt criées , 
et por ce si viennent li ver efc cors , qui montent jus- 
qu'au cuer et font morir d'une maladie c'on apele mort 
solitaire. Seigniez-vos , Diex vo» en gart tous et toutes. 

Por la maladie des vers garir , à vos iez la* véeiz à vos 
piez , la marchiez , la meilleure herbe qui soit elz quatre 
parties dou monde : ce est l'ermoize. Ces famés c'en 
ceignent le soir de la Saint Iehan et en font chapiaus 
seur les chiez , et dient quegoutë ne avertin ne les puet 
panre n'en chief , n'en bras, n'en pié, n'en main. Mais 
je me merveil quant les testes ne lor brisent et que 



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i<)0 IfOUYEAU RECUEIL 

H cor* Be rompent parmi , tant a l'erbe de Tertu en soi. 
En cele cha m peigne où je fui neiz l'apele hon marre- 
bore , qui vaut autant com la meire des herbes. 

De cele herbe panrroiz trois racines , cinq fuelles de 
sauge, neuf fuelles de planteing : Jtateiz ces choses en un 
mortier de cujrvre a un peteil de fer; desgeunez-vos dou 
jus par " trois matins , gariz serez de la maladie des vers, 

Osteiz voz chaperons, tendeiz les oreilles , regardeiz 
mes herbes que ma dame envoie en cest païs , et por ce 
qu ele wet que li povres i puist ausi bien avenir comme 
li riches , ele me dist que j'en feisse danrrée : car teiz a 
un denier en sa borce qui n'i a pas cinq sols ; et me dist 
et nie commande que je prisse un denier de la monoie 
qui couroit el pais et «h la contrée où je vanroie. À 
Paris un parisis; à Orliens nn orlenois; à Àumans un 
matisois ; à Chartres un ohartin ; à Londres en Aingle- 
terre un esterlin ; por dou .pain, por dou vin à moi; 
por don fain , por de l'avaiime à mon roucin : car cil 
qui auteil sert , d'auteil doit vivre. 

Et je di que cil estoit si povres, ou hom, ou famé , 
quil n'eust que douer , venisi avant , je IL presteroie 
luné de mes mains por Dieu , et Vautre por sa Meire , 
ne mais que d'ui en un an feist chanteir une messe de 
Saint Esperit , je di nouroéement por larme de ma dame 
qui cest mestier m'aprist. Que je ne fasse ja trois pez , 
que li quarz ne soit por larme de son pere et de sa mere 
en remission de leur péchiez. Ces herbes vos ne les man- 
gereiz pas , car il n'a si fort buef en cest païs , ne si fort 
destrier , que c'il en avoit ausi groz com un pois sor la 
langue , qu il ne morust de maie mort , tant sont fors et 
ameires , et ce qui est ameir à la bouche , si est boen au 
cuer. Vos les metreiz trois jors dormir en boen vin 



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DE FABlAATJX ET CONTES. 191 
blanc; se vos n'aveiz blanc, si preneiz vermeil; se vos 
n'aveiz vermeil, preneiz de la bele yane clere : car teiz 
a un puis devant son huix , qui n'a pas un tonel de vin 
en son celier. Si vos en desgeunereiz par treize matins ; 
ce vos failleiz à un, preneiz autre, car ce ne sont pas 
charaies. Et je vos di par la paission dont Diex raau- 
dist Gorbïtaz le Juif qui forja les trente pièces d'argent 
en la tour d'Abilent à trots Hues de Jherusalem , dont 
Diex fu venduz, que vos sereiz gariz de diverses mala- 
dies et de divers mahainz , de toutes fièvres sanz quar- 
taine , de toutes goûtes sanz palazine, de Tenfleure dou 
cors , de la vainne dôu cul , c'ele vous débat ; car ce mes 
pères et ma mere estoient où pçril de la mort et il me 
demandoi.ent la meilleure^herbe que je lor peusse do- 
neir , je lor donroie ceste. En teil meniere venz-je mes 
. herbes et mes oignemenz ; qui vodra si en preingne ; 
qui ne vodra si les laist. 



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1Q2 



NOUVEAU RE ORTEIL 



ROMAN DE TRUBERT, 



PAR DOUINS. 



En fabliaus doit fables avoir , v 

Si a il , ce sachiez de voir , 

Por ce est fabliaus apelez , 

Que de faubles esc auriez. 

Douins quicç fabliau rima, 

Tesmeigne que il avint jà 

En la, forest de Pont-Alie 

Ot une famé hebergie : 

Vueve famé fu sanz seigneur ; 
10 Mouk feisoit petit de labor. 

Une fille et uh fil avoit , 

En ce lieu norri les avoit^ 

S'estoient non-sachant et nice. 

Norri orent une geniqe , * 
Si l'avoient moult bien péue 

De foin , de Blé , d'erbe menue : 
Tant la norrirent que fu *granz. 
QuantVce vint au éhief*tie deus anz, 
Si s'est li valiez porpeqsez : 
20 Mei*e, fet-il, vous ne savez, 
Alons vendre nostre gen^ce, 
S aura ma suer une pelice , 
Que bien véez qu'elle est trop nue. 
Tant com sera si mal vestue 



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DE FABLIAUX ET CONTES. i 9 3 

Ne troverons qui la demant. 

Biax fiz , fet-elle , Dex t'ament 

Quant tu as tel chose pensé : 

Moult as bien dit et bien parlé j 

Tout jorz mès t'en ameré mex , 
3o Maine la vendre se tu veus. 

Cil un par matin sa voie aqueut-j 

Au chastel où le marchié queut 

En a sa genice menée. 

Un macecrier l'a achetée, 

Dis sols li fit sanz riens lessier. 

Cil li dona moult volentier, 

Encor valoit-ele vingt sox, 

Mès cil estoit nices et fox , 

N'onques mès en tout son aé 
4o N'avoit vendu ne. acheté. 

Des deniers ot-il vint , et cant 

Li valiez a son paiement , 

Einsi les avoit-il nombrez i 

En son giron les a noez. 

Li valiez regarde r si voit 

Une chievre cuns hom tenoit 

En un lien , et la velt vendre. 

Cil vint à lui , si li demande : 

Volez vendre la chievre , sire ? 
5o Oïl j et. si vos os bien dire 

N'a si bone jusqu'à Doai. 

Dites por combien je l'aurai. 

Dirai , vous l'aurez por cinc sox. 

Quanz vinz sont-ce, ce dit li fox? 

Ce sont troi vinz, fet li vilains, 

Dites-vos troi ne plus ne mains ? 
TOME i. 1 3 



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NOUVEAU RECUEIL 

Oïl voir , ce dit li prfeudon. 
Lors a desnoé son giron , 
Par troi foiz l'en a poié vint , 
Li vilains à poié se tint , 
Au bachelêr sa chievre livre r 
Et cil la prent toute délivre, 
Si l'en maine moult liéemant. 
H cuide et çroit veraiement 
Qu'il l'ait de deus para enginié*? 
Moult a redouté le pechié. 
Cil qui par aventure guile , 
S'en est entrez dedans la vile f 
Tout contremont s'en est aie» 
Tant qu'à un hais fesfarestez 
Où ot peint un viez croucefiz 
Et apareillié de verniz. 
Iluec s'est li bers arestuz, 
Il ne fu pas de parler mut, 
Ainz a le mestre salué , 
Et cil li a bon jor horé. 
Cil met son chiôf en la meson> 
Si a véu en un anglott 
Un croucefiz au mur drecié 
Qu'en la croiz est apareillié ; 
Bien cuide et croit veraiement 
Uns hom soit de char et de s&nc» 
Par foi, fet-il, ci a mal plait, 
Qu'avoit or cist preudon mefibt 
Qui en ce fust est enfichiez? 
Les eùlz éust-il or sachiez 
Cil qui einsi l'a conraé ? 
Lors l'en ont trestuit regardé i 



DE FABLIAUX ET CONÎES. 
Diva! font-il sez-tu ce qu'est? 

90 Oïl moult bien , dit le vallet , 

Bien voi que c'est un home mort, 

Je ne sai à droit ou à, tort y 

Que qu'il ait fet, or le lesson, 

Dame Dex li face pardon ! 

Et si feites marchié à moi. 

Dit li mestres , et je de quoi? 

Ceste chievre que ci véez , 

Pour combien vous la me peindrez ? 

Li maistres entre en la corgie , 

ïoo Bien entent don fol la sotie : 
Amis , trqi sols de tes deniers 
M'en donras , et je volentiers 
La te paindré et bien et bel* 
Sire , fait cil , par Saint Marcel 
Bien sai que trop m'en demandez 5 
Mais s'il vous plait vous en aurez 
Trois vinz, certes que plus n'en ai. 
Dit li mestres , et je ferai 
Ceste chievre qu'amené as 

110 Et en tes biens fez me metras. 
Sire, fait-il, moult volentiers, 
Voil que soiez trestoz entiers. 
Li maistres la chievre apareille 
Inde, jaune, vert et vermeille, 
Moult en a feite bele beste , 
Li soz en demaine grant feste. 

La main a mise à son argent, 
Au mestre a fet son paiement. 
Sa chievre prent, d'iluec s'en torne, 

120 Par devant le chastel s'erç torne 



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196 NOUVEAU RECUEIL 

Où li Dus dou pais menoit. 
Aus fenestres en haut estoit 
La dame , o lui une pucele. 
Véez-vos or ma demoisele , 
Cele beste que cil hons maine, 
Qui de tantes couleurs a laine ? 
Par ma foi j en ai grant merveille , 
Onques mès ne vi la pareille. 
Alez le moi tost amener, 

i3o Dites que viengne à moi parler. 
Damoisele Aude i est alée, 
Jusques au fol n'est arestée : 
Tôt meintenant qu'ele vint là, 
La pucele le salua. 
Amis , fet-ele, Dex vos gart ! 
La chievre amenez ceste part, 
Si venez parler à ma Dame 
La Duchesse, qu'ele vous mande. 
Mande ? fet cil ,^'que me velt-ele ? . 

i4o Sire, ce dit la damoisele , 

Moult en devez grant joie avoir 
Qant ma Dame vous velt véoir 
Tant li dit et tant li loa 
Que li valiez dit , g'irai là 
Por savoir mon qu'ele me velt. 
D'iluec s'em part , sa voie aquelt , 
Et la damoisele l'en maine 
Jusques devant la chastelaine. 
Sitost com la dame le vit , 

1 5o Se salua , puis si li dit : 

Amis*, la chievre nos vendez , 
S'il vous plet, et si en prenez 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 
De nos deniers ce quelle Vaut. 
Dame, fet-il , se Dex me saut , 
Je la vous vandrai volentiers 
Un f..... et cinc sols de deniers 
La faz , itant en avérai, 
Ou je des mois ne la vandrai. 
Amis, du croistre vous taisiez, 

160 Et gardez que plus n'en pleidiez. 
De nos deniers en prenez tant 
Que vous n'i perdez jà néant. 
Par foi, fet cil , et je m'en vois, 
Certes ne la vandrai des mois , 
Se un f..... ou cinc sols n'en ai, 
Jà de tant riens n'en lesserai. 

Ce dit Aude la damoisele , 
Dame, moult est la chievre bele, 
Por Dieu ne la lessiez aler , 

170 Va, sote, il ne la velt doner 

Por mains d'un croistre et cinc sos. 
Ne vous chaut, dame, c'est un fos, 
Meintenant que ^era montez , 
Descendra , et puis si aurez 
La chievre qui tant par est bele. 
Tant li a dit la damoisele , 
La dame dit qu'ele fera 
Quanque au bachelër pleira. # • 
Ce dit Aude , vos avez droit , 

180 Que ce ne fet ne chaut ne froit, 
Que jà pis ne vos en sera , 
Ne plus ne mains n'i aura jà. 
Le Bacheler en ont mené , 
En la chambre l'ont apelé 




198 



200 







2IO 



NOUVEAU RECUEIt 
Qui toute estoit encortinée : 
Aude i a sa dame enfermée 
Avec le vallet sol à sol. 
Cil li a mis le braz au col , 
Si la gita enmi un lit , 
Si en a feit tout son délit. 
Aude se siet à la fenestre 
Qui bien set de sa dame l'estre , 
Garde , si voit le Duc venant. 
En la chambre s'en va corant : 
Dame , fet-ele , que feisiez ? 
Par la mort Dieu trop demorez 
Messires est jà à la porte, 
Se il vient ci vous estes morte. 
Ce dit la dame , sus levez , 
Amis, et si vos en alez 
Savec moi estiez trovez , 
Mort seriez et afolez. 
Dame, fet-.il , or vous soufrez, 
Ainçois sera un mois passez 
Que de vos soie rasazee : 
En ce païs où je fui nez 
1 met en bien un mois entier. 
Dit la dame, ce n'a mestier. 
La dame a pris un cofinel 
A «on chevez où si joel 
Estaient, et si ert toz plains 
De Parisis et de Charteins : 
La dame en done au bacheler 
A ses jointiées sanz conter. 
Par troi foiz i bouta ses mains, 
Dis livres li dona aus meins ; 




DE FABLIAUX ET CONTES. 
Amis frère , or vos en alez , 
Et votre chievre remenez. 
A tant ala cil Fuis ovrir, 

3*20 Ne l'osèrent plus retenir. 

La dame à Dieu le con manda , 
Et la pucele puis s'en va. 

A l'issue de la chaucie 
A encontre la chevauchie 
Le Duc, o lui si chevalier 
Qui reperoient de chacier. 
Trestuit à la chievre entendirent , 
Et moult grant serement en firent 
Ainz mès ne virent la pareille , 

a3o Tuit s'en rient à grant merveille; 
Li Duc méimes s'i areste, 
Plus que H autre en maine feste. 
Au vallet vient , si li demande , 
Amis , volez la chievre vendre ? 
Oïl„ sire , se vos volez. 
Frère , dites que vos Faniez 
Et por combien je laverai. 
Volentiers, sire, le dirai : 
Pour quatre paus dou cul l'aurez 
>4<> Et cinq sols, itant m'en donrez 
Se ma chievre volez avoir. 
Amis , tu ne diz pas savoir , 
Fet li Sires , se Dex me saut, 
Que ta chievre plus d'argent vaut : 
Je ne t'en veil pas enginier. 
Tuit s'en rient li chevalier 
De ce que paus dou cul demande. 
Li dus bêlement li demande : 



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*oo NOUVEAU RECUEIL 

Amis , conment ayez vos non ? 

25o Trubert , sire, m'apele-l'on. 
Où fus-tu nez , ne celer mie. 
En la forest de Pont-Arlie. 
Trubert frère biax doz amis 
Quarante sols de parisis 
Vos ferai orendroït doner , 
Et si lessiez les peus ester * 
Qu'il ne vos vaudraient néant. 
Et dit Trubert , se Dex marnent , 
Quatre peus du cul en aurai 

260 Et cinc sols , ou point n'en vendrai 
Ainçoïs sera sept anz passez. 
Ce dit li Du^ , vos les aurez. 
Voire, dient li chevalier, 
Mès qu'il li convendra sachier, 
Que vos ni metrez jà la main. 
Non, fet li Dus, par Saint Germein, 
Trubert, il les vos convient prendre * 
Ne me puis pas du tôt deffendre. 
Dit Trubert, et je les panrai 

370 Touz quatre , jà plus n'en aurai. 
Mès prenez en à grant plenté. 
Li Dus li a le cul tourné , 
Apareillié et descouvert , 
Si que toz li fenduz apert. 
Trubert frère , or en prenez 
De cele part que vos volez $ 
Et Trubert a apareillié 
Un poinçonnet moult délié , 
En la nache li a féru ; 

280 Jusc'au manche Ta embatu„ 



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DE FABLIAUX ÈT CONTES. 
Si le r a moult tost à lui tret. 
A pou li Dus ne crie et bret ; 
Amis, dit-il, tenez-vos coiz, 
Mal m'avez fet à ceste foiz : 
N'i touchez plus , je m'en repent, 
Car trop i tienent durement 
Cil poil , il m'auroient jà mort. 
Sire , ne me faites pas tort, 
S'il vos plest, congié me donez 

tigo Einsi com il est devisez ; 
Jà aurons cestui eslochié 
Se je l'eusse adroit sachié : 
Bien sai de voir je l'eusse or , 
Lessiez le moi tenir" encor. 
Ce dit li Dus , ce n'a mestier , 
Nés en lairoie touz sachier 
Qui me donroit cent mars d'argent, 
En cor se je séusse tant 
Qu'il fussent si enraciné , 

3oo N'i eussiez ja cop tiré. 

Se la chievre me veùs lessier 

Je t'en ferai cent sols baillier , 

Si l'envoierai la Duchesse. 

Et dit Trubert qui de tout boise , 

Vos l'auroiz , ne l'os contredire. 

Cent sols li fit baillier li sire. 

Atant se meitent à la voie, 

Où chastel antrent à grant joie; 

Li Duz descendi au perron , 

3io Et avec lui tuit si baron , 
Et montèrent tuit où palès. 
Si grant joiç ne verrez mès 




NOUVEAU RECUEIL 
Com il demainent por la beste, 
Tuit et toutes en font grant feste. 
Là est la Duchesse venue 
De sa chambre toute espardue. 
Aude apele , si li conseille , 
Coiement li dit en l'oreille , 
Regarde, c est la chievre au fol , 
Dahaz aie parmi le col , 
Se je n'ai moult très grant paor 
Qu'il n'ait conté à mon Seignor. 
Certes conté li a, ce croi 
Einsi com il jut avec moi. 
Non a , dame , n'en doutez jà , 
Onques li valiez n'e'n parla; 
Il s'osast mex toz les denz traire ; 
Mais alons enquerre Tafeire , 
Où ele fu prise et trovée. 
Dit la Duchesse , ce m'agrée : 
Adès a la Dame pàor. 
Ele s'en va à son seignor : 
Sire , dit-elle , bien veigniez, 
Or estes-vous bien traveilliez. # 
Dame, dit-il, vos dites voir,- 
N'ai cure de ces gieus véoir, 
En une chambre sont entré , 
Et li Dus a l'uis refermé , 
Si sont asis en mi un lit. 
Li Dus i a pou de délit , 
Car H point dou poinçon l'angoisse 
Souvent soufasche de la cuisse. 
Sire, pour Dieu car me contez, 
Se il vos plest et vos volez, 



DE FABLIAUX ET CONTES. aoS 

Où cele chievre fu trovée. • 

Dame, mar fust-ele onques f née 

Et li soz qui ça l'amena, 

Penduz soit-il , que honi ma ! 

La dame ne fu mie aaise , 
35o Qu'ele n'ot chose qui li plaise; 

De paor li tramble li cors. 

Ha ! Dex , car féusse or là fors , 

Dit la dame , en tel leu iroie 

Que je jamès ne revenroie. 

Bien cuide et croit veraiement 

Que ses sires sache conment 

Trubert lavoit si escharnie. 

Mes de ce est bien engignie , 

Que li sires n'en savoit rien , 
36o Mès de la plaie set-il bien 

Que Trubert li fit en la nache, 

Tout en ist dou sens et enrage. 

Dieu et tôt son pooir en jure 

Que se jamès par aventure 

Puet trover Trubert ne avoiT , 

Il le fera pendre ou ardoir. 

Lors a plus grant paor la dame, 

Dedanz le cors li tramble Famé : 

Dex, dit-ele, com mar fui née ! 
370 Aus piez son seigneur chiet pasmée, 

Meins jointes li crie merci , 

Gentis hom , j'ai bien deservi 

Que tu m'ocies se toi plest. 

Cornent , dame , quavez-vos fet ? 

Dites le moi , ne me celez. 

Certes , sire , bien le savez ; 



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ao£ NOUVEAU RECUEIL 

Celer ne mi vâudroit néant, 
Et je vos conterai conment 
Cil à la chievre m'engigna. 
38o Tant me dit et tant m'enchanta , 
Je ne sai cornent ne à quoi , 
Qu'en un lit se coucha o moi , 
Et de moi fit ses volentez , 
Si me mena li deffaez. 
Bien sai que j'en perdrai la vie , 
Car j'ai bien la mort deservie. 
Ne vous chaut , dame , or vos levez 
Que j'à por moi mal n'i aurez. 
Bien puet Une famé engignier 
390 Cil qui déçoit un chevalier , 
Dame , voyant toute ma gent 
M'a si mené , ne sai cornent , 
Que ne puis sor mes piez ester. 
Or en lesson le plet ester , 
Se la gent la hors le sa voient ^ 
Tuit et toutes s'en gaberoient. 

Or a la Duchesse sa pès , 
De li ne conterai or mès , 
Ainz vos conterai de Trubert 
4oo Qui plus gaaigne qu'il ne pert. 
Assez en porte de deniers , 
Quinze livres trestouz entiers , 
Tant a-il sa chievre vendue. 
Si tost s'en va que toz tressue ; 
Plus tost o dis liues alées 
Qu'en n'éust trois oes plumées. 
Tant ala que vint en maison , 
Sa mere l'a mis à raison ; 



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DE FABLIAUX ET CONTES. ao5 

Biax fiz, fet-ele, dont viens-tu ? 
4io Je voi bien que tout as perdu ; 

Ta suer n'a mie peliçon. 

En non Dieu, mère, ce n'a mon, 

Mès se Dex plest, un en aurai 

Les quinze liures fi gita 

En son giron trestouz ensamble : 

Mere, dit-il, c[ue vos en samble ? 

Tant ai vendu nostre génice. 

La mere qui moujt iere nice , 

Li dit, bon marchié en as fet, 
.4^0 II i gaignera, se Dex plëst , 

Li prendons qui la achetée. 

Lors a la, paelle lavée , 

Sa suer si fit une boulie. 

Quant ele fu apareillie, 

Ainz n'i ot parlé d'escuele, 

Tuit mengierent en la paele. 

Quant ont mengié si vont gésir , 

Trubert se prent à endormir 

Qui estoit travèilliez et las : 
43o Le main ne s'en sentira pas. 

Moult tost se vest et apareille , 

Qu'il li est montez en l'oreille 

Qu'encore ira le Duc véoir 

Pour apenre et por savoir 

S'il auroit plus de son argent. 

De riens ne se va atargent , 

Prant doloere et besagne , 

Et coigniée et hache esmolue, 

Et s'atorne de quanqu'il puet 
44o De ce qu'à charpentier estuet. 



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»o6 



NOUVEAU RECUEIL 



Trubert s'est tost acheminez, 
Jusc'au chastel n'est arestez 
Où il ot sa chievre vendue. 
Entrez est en la mesure rue 
Et va criant tout contreval : 
Charpentier sui d'uevre roial. 
Au seigneur l'ala-en noncier 
Qu'en la vile a un charpentier 
Le meilleur qui onques fust nez. 
45o Alez à lui, si m'amenez, 

Fet li Dus, j'en ai grant mestier. 
Tantost s'en torne un escuier 
Por son seigneur servir en gré. 
Tant l'a quis que il l'a trouvé. 
Li escuiers le salua, 
De par le seigneur dit li a : 



Bon entrastes en ceste terre 

Se vos savez feire bone euvre. 
46o Oïl, dit-il, jusqu'à Aucerre 

N'a home si bien s'en entende. 

Dont venez au Duc, qu'il vos mande, 

G'i irai, fet-il, volentiers. 

Or l'emmaine li escuiers 

Aveiques lui grant aléure. 

Devant son seigneur à droiture 

Va Trubert, s'il est connéuz, , 

Tout meintenant sera penduz; 

Mès il est mpuh bien desguisez. 
4 70 Tout meintenant en est alez 

Hardiement teste levée, 

A la Duchesse saluée 



Mestre , je vous sui venuz querre, 




DE FABLIAUX ET CONTES, 
Par cortoisie touz premiers , 
Puis le Duc et ses chevaliers. 
Mestre, fet le Duc , bien veigniez, 
Séez vos ci, moi conseilliez 
D'une maison que je voil faire, 
Cornent j'en porrai chief treire. 
Bien vos en saurai conseillier ; 

48o N'a home jusqu'à Monpellier 
Qui tant en sache com je faz : 
Par Saint Tiebaut de Charpentaz, 
Tel la cuit feire et atorner 
Qu'en ce païs n'aura sa per. 
N'i aura chevron ne cheville , 
Toute tenra à tire lire. 
Dit li Dus , ce vpii-je moult bien, 
Et je vos donré tant du mien 
Einçois que de moi départez, 

490 Que jamès povre ne serez. 
Li Dus a fet doner tantost 
A Trubert quote et seurequot 
Et uns estivaus de ffeiis : 
Si fez n'a voit euz jamais. 
Or fu bien chauciez et vestuz, 
Doit tout en tout fu bien venuz* 
Que vos feroie-je lonc plet ? 
Il ne velt chose que il n'ait. 
Le mengier fu tost aprestez 

5oo Moult fu por le mestre amendez» 
Il i ot grues et roons^ 
Perdriz, ploviers, TmffgFi, plunsjons, 
Et autres mès i ot asez ; 
Ne vos auroie hui toz nomez. 



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NOUVEAU RECUEIL 
Il i ot assez à planté, 
Si com Dex l'eust* devisé. 
Âsis se sont et entablé , 
Li Dus a le mestre apelé , 4 
Encoste lui le fet séir. 

5io Qui véist escuiers vênir 
Aporter mès et entremès , 
L'un après l'autre , près à près , 
Bien puet dire par vérité , 
Ci a à mengier à plenté. 
Et por Trubert plus soulacier 
Avec Aude le font mengier, 
La damoisele la Duchaise. 
Il n a dame jusqu'à Pon taise 
Ne damoisele qui la vaille. 

520 Trubert menjue et ele taille ; 
Moult se paine de lui servir. 
Quant ont mengié à grant lesir, 
Et en dut les tables oster , 
Trubert lesse un grant pet aler, 
Tel que tuit et toutès l'oïrent. 
Li chevalier moult s ? en aïrent , 
Mès ne sevent qui ce a fet ; 
N'i a celui honte n'en ait. 
Nés li Dus an fu corociez , 

53o Estrubert a bouté des piez 
La damoisele , se li dit : 
Damoisele , se Dex'm'éit 7 
A toz nos avez fet grant honte. 
Et celle seur le pié li monte , 
Samblant li fet que il se teise. 
Damoisele , par Saint Gerveise , 



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DE FABLIAUX Et CONTES. 
Ce dit Trubert , ce h*a mestier, 
S*en m'en devoft' les prez trenchier , 
Si en dirai-je*t<*ut le voir, 

54o Amis, tu ne diz pas savoir, 
Dit cele qui côrpes $î a , 
Que par celui qui m'engendra 
Je ne fis hui ci vilenie. 
Je nel' créanteraie mie, 
Ce dit Trubert , je mentiroie. 
La damoisele simple et coie 
Lesse le plet ester atant , 
Et moult li poise durement 
De ce qu'ele la si servi. 

55o Je méisme tesmoin et di, 

Qui à vilain fet bien se pert : 
Ausi fit Aude à Estrubert. 
Tuit se sont des tables levé j 
Li Dus a le mestre apélé : 
Maistre , fet-il , se vos volez , 
S'il vos plet et vous le loez , 
Nos en irons demein chacief 
En ce bois pour esbanoier , 
Et si porveifons dù merrien. 

56o Dit Estrubert , ce lo-je bien ; 
Nos ieroiïs demain matin , 
S'il i a chesne ne sapin, 
Ne autre bois qui bon nos soit , 
Si le seignerons orendroit , 
Si que les puisson retrover 
Quant nos irons por l'amenefr , 
Einsi l'ont créante et dit. 
Li Dus conmande à faire un lit 

tOMR I* 



210 



58o 



590 



NOUVEAU RECUEIL 
Où li mestres ira couchier , 
Et en si fit sanz deloieiy 
En une chambre bele et cointe 
Li fet-en lit de éouche peinte 
Que uns rois i péuit gésir. 
Tuit et toutes se vont dormir. 
Trubert s'en est où lit entrez 
Dont li drap furent de deus lez ; 
Dormir cuida , mes il ne pot , 
Que li bons Hz li oste et tost. 
11 ne l'avoit pas après tel, 
Souvent se torna en costé 
Et de selonc et de travers 
Et à endroit et à envers. 
Plus de cent fois torne et retorne , 
Tant torna qu'à dormir s'atorne 
A grant paine et à» maie mort , 
Mès il se resveille moult tost : 
Hé Dex ! dit-il r cora maie couche ! 
Que chancre li arde la bouche 
Qui la fist feire et qui la fit , 
Et qui tant de phimette i mist ! 
Li Dus la fit feire sanz faille, 
Mès ne me pris une maaille. 
Se je ne m'en venge ainz le jor. 
Estrubert sanz point de sejor 
De la chambre où il jut issi 
Moult coiement et moult seri , 
Qu'il n'a cure de faire noise. 
Droit à la chambre la Duchoise 
En est alez la droite voie. 
Je ne cuit que boute-en corroie 




DE FABLIAUX ET CONTES. 
Ne lechierres, tant soit hardiz, 
bsast feire ce %|ue il fit , 
Il va à I4 chambre tout H^oit 
Au$i com li str||$)fesoit. 
Or oiez qu'il «i énperisé » 
Il ot le soir tout çs^arclé ^ 
Bien vit que Ifsire et la dame 
N alerent pas gésir ehsamble, 
Mès chascun par li *en sa chambra. 
Bien li souvient et bien li menbre 
De éêle chainbre où il fu ja 
Quant à la dame s'acointà. 
A celle en est venuz droit, 
Il n'i boqta mie détroit , 
Mès de son doi moult doucement 
I fiert troi foiz en un tenant , 
Si que la dame s'esveilla, 
Et Trubert encore i hurta 
Un moult petitet de son doi. 
Diva ! dont n'çz-tu ce que joi, 
Dit la dame à sa pucele ? 
En non Dieu, dit hfdamoiselle, 
Bien lai oï et entendu. 
Et sauroies-tu que ce fu ? 
Naie voir , se c'en est measires. 
Quant Trubert li oï ce dire , 
Moult doucement à luis bouta. 
Aude demande qui est là. 
Cil qui fu sages et recoiz , 
Li respondi à basse voiz : 
Ouvrez tost luis , je sui li Dus. 
Quant Aude l'oï, si saut sus, 



aia NOUVEAU tlECUEIL 

Isnelement a Fuis ouvert. 
Léanz nule clarté n'apert, 
Et cil se test et ne dit mot, 
Au lit la Dame en vint tantost i 
Les dras liéve , au lit entra , 
Ainz la dame ne refusa, 
Qu'ele croit que ce soit ses sires , 

64o Por ce ne l'ose contredire , 

Et Trubert la dame rembrace, 
Autre chose ne quiert ne trace : 
Touz ses bons et ses yolantez 
En fist , et puis est retornez. 
La dame dit en conseillant , 
Je m'en vois, à Dieu vos conmtat. 
Alez , sire , qui vos enchace ? 
Et la dame Trubert rembrace 
Qui son seigneur cuide tenir. 

65o Par Saint Lorenz le bon martir, 
Sire y moult ies anuit legiers 
Et à merveilles bons ouvriers ! 
Ne vos avint mès , grant tans a. 
Et Trubert si la rembraça , 
Si reconmence laverrie, 
Et la dame en est moult lie. 
Assez menèrent leur déduit , 
Tant que fu près de mienuit. 
Trubert ne si atarde plus , 

660 Dou lit se lieve et saut sus ; 

De la chambre ist , si s'en va , 
Tant cerche de ça et de là 
Qu'il est en sa chambre asenez> 
Son lit trueve, si est entrez, 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 
Endormiz s'est et acoisiez. 
A mienuit est esveilliez 
Li Dus, si prit à eschaujer, 
Talent li prist de famé aler. 
Du lit se lieve, si s'en va : , 
Jusqu'à la chambre n'aresta 
Où la Duchôise se gisoit. 
A Fuis bouta et Aude l'oit , • 
Enc£§#te dormet-ele mie ; 
Et qui est-ce là, Dex aïe ? 
Damoisele , je sui li Dus. 
Quant Aude loi' , si saut su? , 
Moult tost li ala ï'uis ovrir. 
Avec la Dairîe vet gésir 
Li Dus, si la beisè et acole. 
Cele qui fu de bone*escole , 
Simple , cortoise r et tleboneire , 
Li soufri ce que il volt feire, 
Ainz de riens ne li contredit, 
Et nequedant bien s'en^oufrist , 
Que Trubert l'avoit bien soignie. 
Ne set conment ele est guilie , 
A son seigneur dit en la fin , 
FoPque vos devez Saint Martin, 
Savez-vos or qtian tes foiz sont ? 
Oïl bien , li Dus li respont , 
Un muet les porroit conter ; 
Se Dex, me doint de ci lever, 
Il sont à ceste foix quatorze , 
Gardez la quinzième nestorde, 
Que nomper les devez lessier. 
Je ne sai que beùstes ier 



îi4 NOUVEAU RECUEIL 

Qui einsi vos fet roide et fort. 
Dame, fet-il , vos avez tort 
Quand vos de ce me menez plet , 

700 Ne ferai mès ce que j ai fet, 

Encorvossoitetbel'etchier, 
Se je vos en puis conseiilier , 
Une foiz ou deus la semaine. 
Vos m'en avez fet bone estraine , ; 
Dit la dame , à cestui lundi ; 




Se tant en faites le 
Et touz les autres jorz après , 
Vos tenroiz moult le mestier^ près. 
Adont se corroce li sires , 

710 Par mau talent li prist à dire : 

Dame, dame , or molt trop gros 
Bien savez geter vos seur os 
Por moi escharnir et gaber : 
Ne sui pas si preux ne si ber 
Com estoit li fox à la chievre. 
Lors vosit mex avoir la fièvre 
La dame , qu'ele éust dit mot , 
Quant ele oï parler du sot : 
Le cors li tramble de paor, 

720 Grant merveille a de son seignor 
Qu'en tel meniere li respont. 
Sire , par tous les sainz qui sont, 
Ne vos dis anuit chose à gas. 
Teiziez, je ne vos en croi pas, i 
Fait li Dus, qu'encor ne savoit ' 
Por coi la Dame le disoit. 
De la chambre ist , si s'est couchiez 
Dedenz son lit touz corociez, 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 
Et toz iriez et toz dolenz ; 
Il jure la langue et les denz 
Que por néant Fa eseharni , 
Et la dame tout autrési 
Est moult dolente et engignie : 
> Bien croi quelle soit corocie. 
Li jorz vint quant Dex l'amena, 
Li Dus par matin se leva , 
11 et li autre chevalier 
Qui dévoient aler chacier. 
Es chevax montent , si s'én vont. 
Estrubert fu où premier front; 
Moult ala le Duc costoiant 
Et ses afeires devisant. 
Il li devise une meson 
Tout sanz carrel et sanz moulon , 
Et li sires en a grant joie , 
Car il croit que faire li doie 
Toute tele com il devise. 
Mestre , fet-il , par Saint Denise 
Buer vos acointates à moi. 
Sire , dit li gloz, bîen le croî. 
Atant vienent en la forest, 
Et Trubert devant lui se met ; 
Li sires se muet avec lui , 
Par la forest s'en vont il dui. 
Li Dus à ses chevaliers dit , 
Ainçois que dans s'en partit , 
Que par la forest s'espandissent 
Dui et dui , et si i quéissent 
Des plus droiz fuz tout contreval, 
Et il dui entrent en un val. 



NOUVEAU RECUEIL 
Tout contreval en sont aie , 
Tant qu'il ont un chesne trové. 
Estrubert le seigneur apele* 
Sire , ci a bone norele : 
Vez ci un chesne grant et gros, 
En vérité dire vous os * 4 
Qu'il n'a si bon en <;e repaire 
Por tel euvre com je voil feûfle ; 
Moult nos an est bien avenu. 
Trubert est à pie descendu^ * 
Et cil qui mal porquiert et trace, 
Entre ses braz le chçsne embrace , 
Mais ne la pas tout embracié, 
Ainz s'en faut encor demi pié : 
Ce dit Trubert qui de tôt boise , 
Sire, vos avez plus grant toise 
Que je n'ai , car vos essaiez. 
Se embracier le porriez , 
S'en ferons planche de quartier , 
Car mex en sauriens le voir 
Combien de gros il puet avoir, 
Li Dus a le chesne embracié , 
Trubert si ot apareillié 
Le chevestre de son cheval : 
Or oiez que pense de mal. 

Le Duc et le chesne au poing ceint, 
Et li Dus de mal talent taint , 
Et dit, mestre,, lessiez ester, 
S'il vous plait , vostre mesurer, 
Vos mi porriez bien blecier. 
Et dit Trubert , ce n'a mestier , 
Encor ne m'eschapez vos mie, 



DE FABLIAUX ET CONTES. 
Avoi ! mestre , tel vilenie 
Ne feroiz-vos jà , se Dex plest , 
Que vos me faciez point de let, 
Ainsi m'auriez-vos traï , 
Ne vos ai mie deservi. 
N'ai cure de vostre bas ton , 
Ce dit Trubert , mèa^d'un baston 

800 Vos batrai-jô jà les costez. 

Cornent déable, estes-vos tes! 
Jà je ne vos ai-ge riens ferfeft. 
Trubert li lesse ester le plet, 
Un baston a pris à deus mains , 
•Le Duc en fiert parmi les rains, 
Empiez et en jambe et enf brazj 
Et cil qui estoit pris au laz , -* . 
Crie , mestre , por Dieu , merci , 
Lessiez moi eschaper de ci , 

81 q Je vos donrai dis mars d'argent. 
Je n'en penroie mie cent , . 
Dit Trubert, ice n'a mestier, 
Jà n'en aurai vostre deçîér. 
Contremont dreice le levier', 
Si li a tex sept cous paiez , 
Du meneur fut-il trop^revea 
Du tinet qui de chesne <u , 
L'a tant et ca et là feru , 
Que il la lessié par anui. 

820 Dit Trubert , savez qui je sui 5 
Et cil li respont, naie voir , 
Ne jà ne quéisse savpir : 
De pute eure vos acointai , 
Que jà garison n'en aurai. 



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♦ 



*i8 NOUVEAU RECUEIL 

Sire Dus , je ai non Trubert 
Bien vos pois tenir pôr fobert; 
Je sui cil qui vos acoupi 
Et qui la chîevre vos vendi. 
Par mon sens et par mon jbernage 

83o Vos fis-je un pertuis en là -nage** 
Quant je vos dui le poil sachier , 
Ersoir fis le petâu imengiér/ 
Et vostre famé la Duchois*e , 
Qui est debonmre et cortoise , 
Croissi-je anuit treize* foiz. * 
Ci remaindrez humais toz coiz 
S autre de moi ne vos en oste. 
C'est pour le senrquot et la quote 
Que me féistes ier doner. 

840 Qui donc véist le Duc pasmer 

De duel, d'angoisse et de dolor, 
Grant pitié éust dou seignor. 
Mestre, dit-il, Vos avez tort, 
Batu jn'avez jusqu'à la mort 
Laissiez me al^r , si ferez bien. 
Par mon chie^je n'en ferai rien , 
Dit Estrubert, v ainz m'en irai, 
Vostre palefroi enmenrai 
Maugré vos et vostre mesnie. 

85o Par foi ce sera vilenie 

Se vos ci iles me lessiez. 
Oïl , tout s^ptr en soiez , 
Jamès par moi n'eschaperez. 
A son cheval vint , s'est montez , 
Le palefroi en maine en destre , 
Tant erre à destre et à senestre , 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 
Que il est hors du bois issuz. 
A l'encontre H est venuz 
Un marchéant qui aloit querre 
Foires et marchez par la terre : 
Avec lui moine deus sergenz. 
Le cheval vit et bel et gent 
Seur quoi li menestrés séoit , 
Il demande s'il li vandroit. 
Et cil dit : oïl volentiers , 
Combien m'en donrez de deniers? 
Amis , dit cil , quarante livres. 
Par foi je cuit vos estes ivres, 
Ou vos mi tenez ou vos Testes ; 
• Jà ne sui-je ne clers ne prestes , 
Qui livres me volez doner. 
Amis, n'ai cure de gaber, 
Tant vos en donrai s'il vos plet. 
Sire , lessiez ester ce p\et 
De ces livres , de ces sautiers ; 
Par Dieu jes vandrai à deniers , 
Se puis , o il me remeindront. 
Et li sergent conseillié ont 
A leur seigneur que c'est un fox. 
Sire vos les aurez andeus 
Por meins assez que vos ne dites , 
Folie fu que tant offrites. 
N'en ai cure , dit li preudon, 
Je voil acheter à reson. 
4mis , ce dit li marçhéanz , 
Ces deus cheyaus car les me van$ t 
Dit Trubert , ,sire , volentiers^ ^ 
Quant vos me donrez les deniers. 



*2o NOUVEAU RECUEIL 

Li cheval vos seront li^ré. 

Sgo Lors a le geurle desnoé, 

Si li a montré la monoie , ¥ 
Et Trubert le giron desploie 
Et dit, sire* getez les ça. 
Amis, conter Jes convendra. 
Jà , dit-il , ne les conterez , 
En son giron les a noez. 
Trente livres de parisis , 
Et Trubert en a asez ris , 
Et a dit , aurai-je les touz? 

900 Oïl certes , biax amis doz , 
Encor plus se vos les volez. 
Lors li a les chevaus livrez, 
D'aus se parti à tout l'argent, 
Tant erre que vint à garant. 
Sa mere le vit volentiers. 
Et il li gita les deniers 
En son giron trestouz ensanble. 
Mere , fet-il , que vos en samble ? 
Tapt ai-ge gaaignie dès ier. 

910 Biax fiz, dit-ele, à quel mestier , 
Où prenz-tu ce que tu sez feire ? 
Mere, dit-il, par Saint Ilâire 
Je. n'ai cure de grant sarmon , 
Mes le mestier sai-ge moult bon 
«Pour gaaignier et tant et plus ; 
Alez mètre ces deniers jus, 
Et si me ferrez à n^engier. 
Elç ne Fose correcier, 
L'argent a mis à sauveté , 

920 Puis a son mengier atorné 



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DE FABLIAUX ET COUTES. aar 
Mex qu'elle pot et liéement 
Qu'elle ot grant joie de l'argent. ' 

Ci vos leiromes d'aus ester . 
Du Duc vos voil dire et conter , 
Qui au chesne remest liez , 
Dolanz et màz et côrrociez 
Sa mesniée le vont querant , 
Li uns à l'autre va disant : 
Nostre sires est esgarez , 
Non est , ja mar en douterez , 
Fet li autres , alez s'en est. 
Li seneschaus dît que non est , 
Jà ainsi n'en alast sanz nos , 
Mès de lui querre nos hastons 
Et .il si firent demenoïs. 
Espandu se sont par le bois , 
Qui erent et aval et amont. 
Tant quierent qu'enbatu se sont 
En un val où li Dus estoit. 
Li uns regarde , si le voit , 
En haut s escrie , trouvé Fay 
Li venéeur saillent au glai. 
Li uns a corné la trouvée , 
Ilec fut moult grant l'asamblée. 
Quant il virent le Duc lié , 
Trestuit sont descendu à pié 
Moult tost ont la corde coupée , 
N'i a celui n'ait tret l'espée , 
Et demandent qui ce a fet. 
Seigneur, ce dit li Dus , ce plet 
Lessiés ester , si m'enportez , 
Que durement sui adolez. 



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a*2 NQUVEAU KEC^ÙEIL 

Il sont bien cent tuit fér armé 
Cil qtfi ainsi m'ont conréé , 
Et si *ont loing, ne mie près ; 
NVant serait ^d'aler après. 
Que qu'entr'aus aloient pleidant , « 
Es-vos venjr 4e marchéant 
Qui les chevaus ot achetez. ' 

960 Ha ! Dex , coin, est mal arivez ! 
Quant li escuier l'ont véu, 
A Tencontre li soiit venu , 
Que bien ont les chevax connuz. 
Tez trente cous i ot ferùz " 
Qui dou meneur Vestuet gésir , 
Ne se puet à cheval tenir , , 
Chéoir Vestuet , vosist ou non , 
Merci leur cria à cler ton 
Dit, seigneur, lessiez moi a tant, 

970 Je ai assez or et argent , 

Prenez le tout , je le vos doins. 
iPar foi , dient-il, c'est dou moins, 
A nos vos convendra conter. 
Ce dit li Dus, lessiez aler. 
Où furent pris cil dui cheval ? 
Sire , por Dieu l'esperital , 
Ne par le martir Seint Denis , 
Trente livres de parisis tt - 
Me cousterent , tant en donai 
980 A un vallet que Rencontrai 
Droit à l'issue de ce bois. 
Marchéant sui et ainsi vois 
Par le païs et par la terre , 
Là où je puis mon gaaing querre : 



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DE FABLIAUX ET COMITES. aa3 

* * 

Venuz m'en est grant eiiçonbrier. , 

Certes, dient li chevalier, " * 

Vos les avez bien achetez * » .' 

Voire trop les ai comparez, 

Penduz soit qpi les me vendi. 

Ce dit li Dus les vos quit , 
990 Et si me poise dou forfet 

Que ma mesniée v^ps ont fet,^ 

Mès je sui prez de l'amender; 

Garir vos ferai et sener 

Se venir volez en maison , 

Un mois ou plus s'il vos est bon , 

Vos porrez lez. mo; aaisier 

Que jà n'i despendrez denier. 

Sire , dit-il , yostre merci , 
1000 II a un chastel près de ci 

Où je me voudrai sejorner. 

Tuit li aident à remonter , • 

D'eus se parti , sa voie aquelt , 

Et li Dus qui forment se deult, 

Ne puet soufrir le chevauchier , 

Si l'en portent li. chevalier 

En leur cous en une litière 

Tout autresi corn une bîere , 

Où chastel entrent tôt de nuit, 
1010 Ainz ni ot joie ne déduit : 

Tuit sont dou seigneur corocié. 

En une chambre l'ont couchié : 

Estez , ce dit li seneschaus , 

Sire , ce sera moult grant maus, 

Se nos ne savons qui ce a fet, 

Grant honte i aurons et grant let , 



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NOUVEAU RECUÈTL 
Se vos n'estes vengiez tantost j 
Il vos ont mis à grant escot , 
Batu vos ont vilainement , 

1020 Et le mestre qu'amiez tant 

En ont mené dont il vos poise. 
Biax sire , ce dit 1* DucHbîse j 
Car nos dites qui ce a fet , 
Car ici a trop vilain plet. 
Fet li Dus , si vos en teisiez , 
Car assez tost le sauriez : 
Vos le conneissiez mex de moi. 
Lors fu la dame en tel effroi 
Com s ele éust trois homes morz : 

io3o Dou duel qu'ele a ses poinz detorty 
Quel ne set pourquoi il le dit , 
Àinz mès dame tel duel ne fit 
Com la Duchoise fit la nuit , 
Et li chevaliér ausi tuit 
Furent en moult grant tenebror 
Jusqu'atant que virent le jor. 
Li Dus ne fu mie endormiz , 
Sitost com il fu esclariz, 
Mande devant lui son prevost i 

jo4o Envoiez me, fet-il ^ moult tost 
Querre mires à Monpellier ; 
Par tout feites querre et cerchier 
Où en set que bons mires ait. 
Et li prevolz tantost le fet , 
11 en envoie set mesages 
Les mex erranz et les plus sages * 
Qu'il péust trover en la cort. 
N'i a celui qui ne s'acort 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 
Por bien faire et por tost errer. 

o5o Ne vos sauroie raconter 
Leur Tenues et leur alées; 
Mès tant errent par leur jornées, 
Au chief de set jorz sont venu , 
Einsi com devisé leur fu : 
N'orent mie alé çnpardons , 
Mires amenèrent moult bons, 
Les meilleurs que porent trover. 
Trubert en a oï parler, m 
S'a certainement entendu 

060 Que tant de mestres sont verni 
Pour doner au Dus garison. 
Par foi ne me pris un bouton , 
Fet-il , se je n'i vois véoir 
Por enquerre et por savoir 
Comment et par quelle raison 
H donent aus genz garison. 
Il prent un sac lonc et estroit* 
Aucune foiz véu avoit 
Mires qui itez le portoient , 

070 Qui leur boites dedanz metoient» 
Boites i metra-il, s'il puet 
Com mires atorner se velt. 
D'une jaune herbe a teint son vis, 
Et sa gorge et ses meins ausi; 
Tant s'est deffiguré Trubert, 
Nus hom ne set dire en apert 
Que ce fust il quant ce ot fet. 
Que vos feroie-je lonc plet ? 
Merveilles s'est bien dësguisez, 

;o8o Puis s'est tantost acheminez 

TOME I. 



226 NOUVEAU RECUEIL 

Vers le chastel où li Du* fu. 
Hors du chastel s'est arestu , 
A lui méisme se conplaint 
De ce qu'il n ? a point d'oignement. 
Asis s'est delez un buisson , 
Une boiste ot prise en maison ; 
Or oez qu'il pense de bien. 
Lez lui .vit un estront de chien , 
A tout la mousse, et il le prent , 

1090 En un drâpelet bel et blanc 
L'envelope et puis si le met 
En la boiste et puis au sachet. 
D'iluec se lieve, si s'en va, 
Jusqu'à la vile n'aresta 
Où li mestre sont asamblé. 
Tout droit, à l'entrée a trouvé 
Un tornéeur qui boistes torne , 
Vint en achate, si s'en torne- 
Ha ! Dex, quex bom ! que set de guile ! 

1 100 Criant s'en vet aval la vile 

Que mires est de toz les. maus. * 
Dou chastel ist li senechaus , 
Bien a entendu ce qu'il crie ; 
Vers li s'en vet tout adreçiez : 
Mestre , fetil , et bien veigniez , 
Dites moi ce qu^vôs bûchiez , 
Ne l'ai mie bien entendu. 
Sire , je di conques ne fu 
Malades, tant fust près de mort, 

11 10 Se d'un oignement que je port 

Estoit bien oinz deus foiz ou trois, 
Ne fust toz sainz dedans deus mois. 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 
Dites-vos voir? oïl sanz faille; 

r Dont n 'est-il avoir qui le vaille , 
Fet li senechaus , par Saint Gile : 
Mès tant de gens servent de guile 
Con n'en puet nus loiaus trover. 
Je ne faz mie à redouter, 
Car je ne quier or ne argent 

1120 Tant que j'aie gari la gent. 

Mestre, dit-il , or me sivez , 
A bon port estes arivez ; 
Se mon seigneur savez garir , 
Bon entrâtes en cest pais. . 
Oïl,seilvoloitmorir, 
Se li donroie-je santé. 
Devant le Dus l'en a mené 
En la chambre où il se git , 
Il s'agenoille , si li dit 

n3o En l'oreille toz coiement : 
Sire , je eroi veraiement 
Que cist mestres vos garira, 
Car un trop bon oignement a. 
Et li Dus a le chief levé 
Quant oï parler de santé, 
Etdit,ceaimoultdesirré, 
Tuit cil autre m ont oriné 
Et portasté ma maladie, 
N'i a nul qui le voir en die , 

i i4o Et Estrubert se met avant, j 
Sire, fet-il privéement, 
Parleroie à vos volentiers. 
Lors conmanda a us chevaliers 
Qu'ils issent hors, et il si firent. 



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2*8 



NOUVEAU RECUEIL 



T restait et toutes s'en issirent' 
Fors Trubert et lui seulement. 
Devant le Duc fu en' estant, * 
Si H liéye la Couverture , * 
Moult le confopte et aseure, 

1 1 5o Et dit, ne vos esmaîez jnie , 
Jà n'iert si grant la maladie < 
Je ne laie tantogttcurée. 
Lors li a sa mein avalée 
Aval les espaules derrîer 
Où il Tôt féru dôii levier ; 
Bien l'en menbre et bien l'en sovient. 
Droit seur le cop sa mien U tient 
Et dit, ci fustes-vos ferra * 
Ou je sui du tout decéuz , 

1160 Et ceste coste avez quassée, 
Et contre val ceste escbinée , 
Ce me samble, moult vos dofez, 
Ou je sui de tout avuglez. 
Ce dit ,li Dus , n'en doute* rien. 
Vos i véez et cler et bien , 
Mex que mestre qui véu m ait. 
A non Dieu, mestre, s'il vos plest, 
Bien sai que fu fet de baston, 
Par mon chief , sire , ce f u mon , 

1 170 Fu-ce en niellée ou en tornoi? 

Nenil , mestres ,ibi que vos doi, 

Je ne fui à tornoi pieca, 

Mès un glouz ensi m'atorna 

Par son art et jjar son engien. 

Par foi à merveilles me tien , 

Fait Trubert, coiuuent ce puet e#re. 




DE FABLIAUX ET CONTES. ao^ 
tre, tout l'afere et tout l'estre 
Vos terai et ne mie ore, 
Et se Dex me donoit encore 
1180 Force et pooir de chavauchier, 
Jel' feroie querre et gaitier 
Tant que s'il iert en terre entrez, 
Seroit-il et pris et trouvez. 
Dit Trubert , sire, n'en doutez, 
Dedanz set jorz gariz serez , 
Si que bien porrez chevauchier 
Et le glouton querre et cerchier. 
Li Dus apele sa mesnie , 



Ceus qui plus ont léanz baillie . 



1190 La dame et le chapelain, 

Le senechal , le chambelain , 

Puis leur dit, vez-ci un preudome, 

N'a tel mire de ci à Rome , 

Tout me garira, je sai bien , 

Mès cil autre ne sevent rien ; * - 

Voisent s'en , je n'en ai que feire. 

Li senechaus à eus repeire , 

Si les en a toz envoiez. 

Or est bien Trubert avoiez, 

1200 Car li sires a conmandé 
Que l'en face sa volenté , 
Haut et bas ce que lui plera. 
La dame dit qu'elle fera 
Tout son bon et sa volenté. 
En la sale s'en sont entré 
Li chevaliers et la mesnie, 
Trestuit ont la chambre widie, 
Trubert méismes en issi; 



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aSo * NOUVEAU RECflEIL 

. * • ê 
La dame apele , si h dit : j * 

12 10 Dame , j'ai ci un oignement, 

N'a si bon jusqu'en oriant ; 

Je en oinderai sa dolor , 

Si li espandrai tout entor ; 

Moult iert engoisseus en premiers , 

Or deffendez aus chevaliers , 

Et à toute Vautre mesnie \ 

Que se li sires bret et crie , * 

Que ni viegnent ja por la noïse. 

N'en doutez ja , dit la duchoise , 
laao Ce deffen-je bien et conmant 

Que ja nus ne s'en traie avant, . 

Tant sache breire ne crier. 

Or me feites dont aporter 

Un van, que j'en aurai mestier. - 
En li aporte sanz dangier & < 

Tout son bon et sa volenté. 
En la sale s'en sont antre 
Li chevalier et la maisnie , 
Trestuit ont la place vuidie 
, 2 3o Sitost corn il le conmanda. 

, Trubert en la chambre en entra, 
Luis a refermé après lui , 
Léanz ne remestrent c'aus dui, 
Et Trubert s'en vient au seignor 
Sire , fet-il , vostre dolor 
Oinderoie s'il vos pleisoit ; 
Et cil qui el ne desirroit, 
Dit, j'en sui toz apareilliez. 
Sire, fet-il, dont vos dreciez. 
ia4o Li Dus se dreice mex qu'il pot , * 



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DE FABLIAUX ET COTSTES. 

Du lit issi quant il le vost, 

Conques autre' dangier rv'en fit. 

Tout nu dedanz le van s asit. 

Ainz mès n'oïstes tex merveille, 
r > Ses deus braz parmi les oreilles 

Dou van les fit outrepasser ; 

Ainz mès n'oïstes ce conter. . 

Einsi l'a bien pris et lié 

Com s'en un cep l'éust coignié. 
a5o Mestres, feites apertement, 

Car je sui ci en grant tonnent, 

Nel' puis longuement endurer. 

Sire , ne me puis plus haster , 

Je voudroie^à avoir fer* 

De son sachet la boiste tret , . 

De cè qu'il a dede&z trouvé 

Li a le cors oint et doré. 

Dex! dit li Dus , biax Rois puîssaftz, 

Com par put or cist oignemesiz ! 

Ausi put com mei*de de chien. 
260 Sire , vos devinez moult bien , 

Dit Trubert, par tans garirez. 

Por Dieu, mestres, or vos hastez 

Que je ne puis mie soufrir , 

Volentiess iroie jesir. 

Ne vos devez passitost plaindre, 

Il sanble vos vos veilliez feindre. 

Non faz voir , je n'en ai talent. 

Trubert tantost un baston prent 
270 Vert et gresle tel corne une aune. • 

Le Dus en fiert et bat et aune ; * 

Quarante cous qu'anqu'il puet letter 



23i 



TTOirVEAU RECUEIL 



Li a parmi le dos doné , 
Lors jure Dieu et sa. vertu 
Mar i aura plus cop fera : 
Cuidiez me vos einsi garir? 
Par Saint Estienne le martir 
Mex voudroie dis anz gésir, 
Voire vint et deus en langor , 
Que je soufrisse tel langor. 
Je cuit vos me tenez por fol : 
Dahaz aie parmi le col 
Se je vi ainz mes si fet mire. 
Sire, ce ne vaut riens à dire, 
Lessiez ester vostre pleidier , 
Gbéuz estes en mon dangie? : 



Lors li redone quatre cox. 
Pour le cuer bien estes vos fox?. 
Ce dit li Dus, tenez vos coiz, 

1390 S'encore i ferez autre foiz , 
Je ferai venir ma mesnie 
Qui vos feront grant vilenie. 
Je ne pris gueres voz menaces. 
Lors le refiert parmi les braces , 
Li sires bret , et cil le frape, 
Chéuz estes en maie trape , 
Tet Estrubert, par Saint Thomas : 
Encor ne nreschapez-vos pas. 
Cest oignement que ci véez , 

lîoo De quoi estes oinz et dorez , 

Convient en vostre jcors einbatre. 
Trubert le reconmence à batre , 
Quarante cox de livroison 
Li a p#iez enjan randou. 




DE FABLIAUX ET CONTES. 
Quap| Tôt tant batu com li sît ?» 
En coste le seigneur* ^asit, 
Si li a tout rèno^elé 
Emsi &** # l^emenêï 
Ne li cela^mie Son nôn , * ♦ 

3 1 o Trubei% dit cpte il avtoitfnW. 
Quant li Dus connut le glouton 
Au**uer en ot grant cuisgd^dl^: * 
Envers en eàt chéuz pwmm f<< % * 
A pou nîest mon, si esterez;* tfc < 
Et Trubert s'en est fo^ issuz * 
De Ja chambre tout pannfcl'uis; 
Puis f a après Fuis refermé^ * , , 
O lui en a la cléf porté. 
La Duchoise li vint devant \ 

3ao Et li chevalier ensemant' 

Qui demandent de leur tfeigmeur 

Conment li est de sa doteur. 

Bign , ce dit Tru^eit, se Dex plgftt, 

Dont n'avez-vos oï le plelT 

Et la noise qu'il a meiâ&f 

Sa coste li ai repellée 

A un baston mex que je pos. 

Nos avons bien oï les cox 

Dès oi, dient li chevalier 

Moult vos a mené grant Afttgier , 

33o Et juré Dieu et son*pooir?^ 
Est ore endormiz? oïl voir , 
Endormiz s'est et acoisiez, * ^ 
Mès n'est mie encore eschapez : 
Tantost com il s'engoissera , 
Li oignemenz l'esveillera, 



ft «NOUVEAU RECUEIL 
Si criera et fera noi^e. t * 
Me puet chaloir , dit la Duchoise 
Qui nule guile n'i entent, 
34o Contre fort roal fort oigàeiqçnt : 
Mex li vient-il ajnâi soufrir* ¥ 
Que adès en tel point languir. . 
Or li ajiçge sa dolor , * - 
Endormiz s'est pour la douçor ; 
PorT)ien n^ li facfe nus noise. 
Nonfera-l'^n*, dit là Duchoise,' 
Ce deffen-je moult bien à toz y 
Que li dormirs li est moult douz; 
ne, dormi niés huit jorz a. 
35o La dame Tmiberi embraca , 
«Et plus de. cent foiz la merciè , 
Ht toute la chevalerie 
Le mercient por lor seignor : 
Moult li portent tuifc grant honor. 
Et dit Trujt>cftît , je voi^aler 
Là fors aus chans por déporter 
M'entres que messires se dort. 
J£n li a amené tantost 
Un palefroi tout enseié 
36o Dont li estrier ierent doré ; 
A ses piez se met uns garçons 
Qui li chauçà ses espérons; 
Trubert seur le cheval monta, 
Et la dame li demanda : 
Mestre, vôlez-vos conpaignie ? t 
Et dit Trubert, je «'en voil mie; 
Je serai moult tost revenuz. 
Atant est de la^cort issuz, 



DE FABLIAUX ET CONTES. 
Tou : sonef chevauche par guile , 

13^0 Tant que il vint hors de la vile; 
Et quant il fu en son chemin , 
Ne samble mie pèlerin, 
Ainz chevauche grant aléure JjU* 
Et Trubert point ne s'aséure. 
Trubert fuit et nus ne le chace, 
De foïr à moult grant espace : 
De ce li est bien avenu. 
Moult Font au chas tel atendu 
Li chevalier , s ont fet folie ; 

i38o S'il puet il ne revenra mie. 

Li Dus qui est où van toz nuz , 
Est de pasm oison revenuz , 
Si s'escrie , Dex ! que ferai ? 
Secourez moi ou je morrai. 
Dame , dient li chevalier , 
Asez tost a li Dus mestier 
D'aucune chose, que ferons? 
Dit la dame, nos ieron^ 
Cil mestres a trop demblré. 

i3go Vers la chambre s'en sont aie, 
Luis ont trové clos et serré, 
Trubert l'avoit moult bien fermé 
Sire , dient-il , ouvre Tuis : 
Par foi , dit-il , et je ne puis ; 
Li glouz en a la clef portée , 
Honiz de Dieu et de sa mere 
Soit-il , qu'il m'a batu à mort 
Se ne me secourez tantost, 
Je sui alez sanz délai er, 

i4oo Et il tantost sanz recovrier 



*35 



. - 




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7.16 * NOUVEAU RECUEIL 

Ont Fais brisé et desconfit. 
Le Duc truevent où vent confit , 
Les deus braz parmi les oreilles. 
Tuit i acorent à merveilles , 
D où ven l'ostent isnellement, 
Agrantpaine et à grant f 
Pueent-il soufrir la puor. 
Moult a li Dus soufert dolor ; 
Tôt meintenant laver se fet , 
i4io C'est la chose pis li a fet : .| 
De la pueur a tant béu 
Tout en a le cuer esperdu. 
Le Dus ont en son lit couchié 
Si batuet si traveillié, 
Que jamès jor ne s'aidera. 
Ha! Dex corn mal mire ci a ! , 
Fet li Dus , qu'est-il devenuz ? * 
Gardez orendroit soit panduz 
Et traînez aval la vile , 
iifao S'aura comparée sa guile : 
Ce est Trubert li desloiaus , 
Li glouz qui tant m'a fet de maus, 
Par foi , sire , il s'en est alez. 
Non est , fet-il , vos le celez. 
Dit la Dame, si est par foi, 
S'en maine vostre palefroi. 
Des lors que de laienz issi , 
Un palefroi enseller fit , 
Dit qu'il iroit a us chans joer : 
t43o Encore est-il à retorner. 

i , fet-il , il est desvez , 
i foiz m'est-il eschapez; 




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r Dï FABLIAUX ET C ONTE S. 
Jà fussent tiât après aie, 
Mes li sires a conmandé 
Que bus ni voist juseau matin , 
Lors se metrqnt tjiit au chemin , 
Si le querront tant que il l'aient. 
Atam li chevalier le laissent 
Tant que ce vint à landemain*: 

1 44<> Chascun s%n esveille moult main , 
Moult seront matin esveillié , 
Atorné et apafeillié 
Pour après Estrubert aler : 
Il n-'i a mais que du monter. 
Atant es-vos un chevalier 
Qui vient poignant seur un destrier, 
Droit au perron est descenduz. 
il ne fu pas de parler mua, 
Ainz demande hardiement: • 

*45o Seigneur, enseigniez ntoi conment 
Porrai parler au Duc Garnier. 
Amis dient li chevalier, 
Se ce ifest moult eelée chose, 
Dites le nos , qu'il se repose. 
Li Dus est traveilliez et las 
De ce qu'il joa aus eschas. 
Alez li dont dire erraument 
Que saparaut isnellement , 
Que li Dus Goulias li mande 

1460 Et les trives li contremande , 
Et se dit encore autre chose , 
Que se li Dus combatre s ose 
En ce pré seul à seul à lui, 
Ou li ou chevalier por lui , 



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a38 NOUVEAU Rï^UEIL 

Autrement ne se quiert coift>atre, 
Se dou cheval le puet abàtre, 
Meintenant istra de sa terré , 
Ne jamès ne li fera guerre. 
Amis , tout ainsi li dirons , - 

1470 Et à redire vos saurons w 
Ce que messires respondra. 
Quatre, chevaliers en vorit I࣠
Tout droit là où li sires git , * 
Au Seigneur ont conté et dit : 
Sire, vos estes asigiez, 
Li rois Gouiîas est logiez 
Tout prés de ci à quatre lives , 
Et vos contremande les trives. 
Dites-vos voir ? oïl sanz faille , 9 

i48o A demein requiert la bataille ; * 
Encor dit-il se vos avez 
Chevalier qui soit si osez 
Que à lui se veille combatre , 
Se dou cheval le puet abatre, 
Atant iert la^guerre finée , 
Si s'en ira en sa contrée. 
Sire mareschauz, dit li sires, 
Mauvès sui , ne puis estre pires; 
Metez conseil en cest afeire 

1490 Du mex que vos le saurez feire : 
Seur vos en met toute la cure. 
Li seneschauS ne s'aséure t 
Isnellement s'en va arien 
Amis , dit-il au mesagier , 
Quant tu voudras si t'en repaire , 
Nos verrons que nos porrons feire; 



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DEFABLIAUX ET CONTES. a3*) 
. Se li rois vient, nos te Verrons , * 
Jà por lui ne nos eh fuiroas. \ 
Atant § en est li mès tornez , 
i5oo Tout sanz congié s'en est alez. 
Or a li Dûs moult à penser - 
De Trubert lessent tout ester, 
11 ne pueent àler après., i 
Moult fu li senescbaus engrès 
Et porvoianz de la besoigne : 4 * 
Il mande par toute Borgpigne 
Et chastelains et vavasors 
Que à lui vienent au secors , 
Et mai^de par tout soudoiers , 
i5io Turpins , archiers , arbalestiers. 

Moult en a fet grant asamblée, 

Par tout en va la. renoméfc : 

Trubert en a oï parler , 

Il dit <Jue il i velt aler; 

Fiz, fet la mere, non feras, 

Jà se tu m'en croiz ni iras. 

Si feite gent n'i ont megtier, 

3?u ne sez riens de^erroier. 

Mere , jà por ce ne lerai , . 
i5ao Se je n'en sai, s'en apenrai. 

Sa bonarobe a endossée 

Qui au cbastel li fu donée , 

Et monte seur le palefroi 

Dont la seurcengle fu d'orfrot 

Que la damë li fit bailliet. 

Trubert se met où droit sentier , 

Bien samble que de lui n'a cure 

Quant se met en tele armure 



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a/ 4 o NOUVEAU RECUEIL 

Paç la robe et pçf te cheval, 

i53o Se plus que*fuw*ne sét de mal , 
*Sera penduz et traînez, 
(^ù droit chemin s en est entres : 
Trubert trqeve un chevalier 
De la *eror au Duc Gamier 
Qui revient de tprnoiement , 
Sanz escuier et sanz sergent, 
Et fu vestuz de povres dras. 
Ses chevax fu meigres et las, 
Au tomoi le prist uns vasaus 

1 54o Qui li toli quatre chevaus 
Et le mena en sa prison , 
Si en a pris grant>raençon : 
Ne" li a lessié c un roncin 
Qui cloche et si a le fresin. 
Moult fu de povres dras vestuz , 
Car les siens avoit despenduz. 
Trubert s'aconpaigna à lui, 
Vers le cnastel s'en vont anduî ; 
Trubert si li a demandé , 
Biax sire, où avez-vos esté? 
i55o Moult estes à povre conroi. 
Amis , je fui à un tornoi 
Où j'ai peçdu quanque jarvoie-; • 
Mès se je au chastel estoie, 
Moult tost seroie recouvrez , 
Que je surde cest païs nez 
De la sereur au Duc Garnier, 
Sires est de ce païs ci : 
Un mois a que je m'en parti. 
Sire, ce dit Truheçt, montez 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 
Seur cest palefroi et Testez 



24 1 



Ceste robe que j'ai vestue, 

Car ce serait desconvenue, 

S einsi entriez où chastel. 

11 i doit ayoir un cembel, 

Assez i a de chevaliers, 

Et je sui ci uns escuiers ; 

De ce pais ne sui pas nez. 

Se Déx plest bien le me rendrez, 
i5yo Ce dit Trubert au chevalier, 

C'ausi vien-ge pour guerroier. 

Dit li sires , ja ni perdras , 

En ce marchié gaaigneras 

Qui vaudra^quatre mars d'argent, 

Car tu nie fez" bonté moult grant, 

Et je le te puis bien merir. 

Atarit se prent à desvestir j 

La robe Trubert a vestue, 

Et Trubert la soe remue. 
i58o Li sires monte où palefroi 

Dont la couverture est d'brfroi j 

Et Trubert deseur le roncin 

Qui touz estoit plains de farcin. 

Vers le chastel s'en vont errant , 

Li sires chevauche devant, 

Car ses chevaus soef l'enporte : 

Tant erre que vint à la porte. 

Quant il fu où chastel entrez, 

Moult cuijlè bien esïre arivez ; 
1 590 Mès la Duchoise l'a véu , 

Por Trubert l'a reconnéu*, 

Tantost a 'dit au seneschàl, 

TOME T. l6 




i6oo 



1610 



1620 



NOUVEAU RECUEIL 
Vez là celui qui tast de mal 
Nos a fet et tant de tristor , 
Ce est Trubert qui mon seignor 
A batu jusques à la mort. 
Se nel' pendez vos avez tort^ 
C'est li chevaus qu'ier emnèna 
Et la robe que vestuë a , 
Vos li donastes l'autre soir. 
Par foi , dame > vos dites voir , 
Voirement e$t~it ce sans faille; 
Je ne me pris une maaille * 
Se je traîner ne le faz; 
Ce est li hons que je plus haz. 
Dit la dame , bien vos gardez, 
Que de nul* riens uel' créez; 
Il set plus de mal <jue Judas. 
Dame , dit-il , n'en doutez pas , k •:.-,» 
Je le randrai, se il m'escbapk 
Lors a deffublée sa chape 
Et apelé quatre escuiers , * 
En sa maju tient chaseun leviers ; 
Celui pranent par de derrier , 
Ainz ne lessiereht desresnier 
Tantost l'ont à terre abatu y 
Chascun s'i a son cop ferù ; 
Trestuit i ont féru erïsamble. 
Tant l'ont batu borne ne samb*le : * « 
Trestout le vis li pnt deffet. 
Seigneur , fet-tt i fci « a mal plét ^ ^ ' 
De ce n'éusse-je mestier ; 
Je me cuidai fehre aaisier 
Si corne autre cKevalier font ' 




DE FABLIAUX ET CONTES. *i3 
. Quant de tornoi revenu sont. - 

Batu m avez, ee poise moi, * 

Li Dus ne set pas ce desroi , 

Mes oncles jà vos feroit pendre, 

Nus ne vos en porroit deffendre. 
i63o Ha ! glouz , ce dit li senechaus, 

Monseigneur affet toz les maus , * 

Assez sauras de falourder , 

Se de ci te puez eschaper , 

Orendroit te covient morir. 

Bien cuidierent Trubert tenir. 

Aus justices Font délivré , ! 

Li senechaus a conmandé 

Que traînez soit et penduz, 

Si îi ert son loier renduz 
1640 De ce qu'il a monseigneur fet. 

Les joutices l'ont einsi fet , - { 

A grant tort 1 ont à mort livré , 

Bien cuident estre délivré 

De Trubert qui le Duc bati. 

Au seigneur l'ont conté et dit : 

Sire, Trubert avon trové, 

Le palefroi a amené. 

Qu en avez-fet ? pendu lavons. 

Non avez : certes si avons. 
i65o Dites-vos que pendu lavez. 

Oïl , jà mar en douterez. 

Dame Dex en soit graciez , 

Dit li sires , moult en sui liez y 

C'est la riens plus que desirroiè^ 

Dix anz a notfnes si grant joie. 

Sire, ce dit li chambellairis , * . 



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44 NOUVEAU RECUEIL 

Iceste choiê est do mains, 
Il a tout fet , lessiez ester, 
De lui ne fet mes- à parler; 

660 Mes mestier est que vos soiez 
Encore encu^bien conseilliez, 
Que demain serez asailliz. 
Einsi en qpt li plez hastiz : 
Sire, ce dit li senesckaus, 
Cist conseuls est et hens et biax 
Que vos done li cbamberlains, 
Bien a en ceste vile au meins 
Cent chevaliers de vostre gént, 
Et des autres i a bien tant 

670 Que toute la vile est peuplée. 
Mont vos ai fet bele asamblée , 
Mandez les, si vos conseilliez. 
Je cornant que vos i ailliez , 
Fait li sires , ses amenez. 
Li senechauz s'en est tornez, 
Un chevalier eniname o lui, 
Parmi la vile en.vont andui 
Semonant que nus n'i remaâgne 
Qui a la cort au Duc ne viegne, 

680 Et il i vont sanz deloier , 

Haut home, Duc et chevalier, 
Moult i a grant chevaterie , 
Toute la cort en-est emplie. 
Li seneschaus au Duc le conte, 
Sire , céanz a Duc et conte , 
Chevalier, serjant, escuier, 
. Qui sont venuz jpor vote aidier* 
. Dit li Dus, je me Veil lever 



DJB FABLIAUX £T CONTES. 
Tant que je puisse à aus parler. 

1690 Or s'est fez iàsfres vestir, " 
Agrantpâinele puet soufrir; 
Mès besoing fet virile 4roter. 
En la sale se. fet porter, 
Seûr un fans d'estueil l'ont asïs. * 
Li Dus parole à ses amis , 
Silor a conseil demandé : 
De ce que H Dus a mandé : 
Seigneur, je Vos ai ci mandez, * - 
Mi ami estes, si tenez 

17^0 De moi terres dex ex i a, 

Cist rois me gerroîe piëça * - 

Et m'£ essillié mu terre : - 
Or à commenciée la guerre, 
Par un mesage hui me manda 
Se à ma cort chevalier a 
Qui à lui se veille combatre, • 
Se du cheval le puet abatre , 
Atant iert la guerre finée, 
Si s'en ira en sa contrée , 

17 10 Et de ce conseil vos demant 
N'i a nul qui s'en traie avdnt, 
Chascuns a la teste bessie , 
N'i a celui qui mot en die, <* 
Et Trubert qui léanz estoit r 
Ses paroles entént et oit ; 
Il se pense qu'avant ira 
Et ceste besoigne fera. 
Trubert de la presse issi , : 

x Devant le Du» vient si li dit r 

1720 Sire se chevalier estoie , 



NOUVEAU RECUEIL 

Le roi Golias vos rendroie 
Ou mort , ou abatu , ou pris. 
Dont estes-vos nez , biax amis ? 
Sire, je sui de Brebant nez, 
Si sai de guerroier asez , 
Onques encor ne fui«anz guerre , 
Je ne sai chevalier en terre 
Qui à moi se tenist au cors. 
Estrubert fu et granz et fors, 
Ne fist pas chiere de chapon , 



Du regart resamble lion , 

Il ne fet mie chiere morne , 

Mès au plus bel que puet s'atorne ; 

Moult se contint hardiement. 

Li seneschaus ala devant , 

Si conseilla à son Seigneur : 

Cist hons est plains de grant valeur ; 

Moult a les poinz gros et quarrez , 

Par mon conseil l'adouberez. 

Fet li Dus, moult en ai grant joie, : 

Je cuit que Dex le nos envoie 

Et por ceste guerre fenir : 

Àlez, sel' faites revestir 

Si conme noviau chevalier. 

Li senechaus lui a bailli er 

Quote et seurquot et vair mantel , 

Tout li fet vestir de novel : 

Quant il l'ot du tout atorné , 

Devant le Duc la amené. 

Li Dus li a ceinte l'espée 

Et puis li done l'acolée : 

Amis, dit-il , chevalier soies > 



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DEJFABLIÀUX ET CONTES. a*7 

Et preudons seur touz autres soies , 

Preuz et hardiz et cor^geus. 

Sire , ce dit Trubert .li fox, 

N'a si bon eu tout**iion pavage , 

Demain verra-len mon bernàge, 

Se je truis le roi Gobas, t 

Il a bien geté ambesas. 

Li dus lui demanda son nom. 
1760 Sire , haut de cuer m'apele-on ; 

Onques Rollant certes ne fu 

Si forz ne de si graiit vertu 

Com je sui , la merci Ihesu , 

Meint chevalier ai abatu : 

Moult a le Duc aséuré. 

Tant ont le plet einsi mené 

Que il fu ore de souper. 

Ne voz sauroie deviser 
1770 Les mès que il orent la nuit : 

Moult i ot Trubert de déduit , 

Tuit se painent de lui servir. 

Qu*ant ont mengié , si vont gésir, 

Et quant ce vint à landemain 

Par leanz se lièrent à plein. 

Li Dus se lieve et sa mesnie , 

Trubert- ne si atarja mie , 

Apareilliez s'est et levez, 

En la chapele en est alez 
1780 Où li Dus est et sa mesnie : 

Dou Saint Espir ont messe oie. 

Trubert a feite sa proiere : 

Sainte Marie , mère cfoiere , $. 

*Tu me dones si esploitier 



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*4* 



NOUVEAU RECUEIL 



Que en maison revoise arier 
Sainz et hakiez , riches d avoir , 
Et que nus ne puisse savoir 



Qui je sui , ne qpnment j'ai non. 
Quant ot finée s oroison 

1790 Et quant la messe fu chantée,. 
En une chambre encoitinée < 
Là ont-il Trubert amené , 
De toutes armes Font armé, 
Moult resamble bien chevalier. 
On li ameine le destrier 
Qui plustost cort c'oisiaz ne vole : 
Li Dus vient à lui , si lacole^ 
Biax sire , pensez de bien faire , 
Ma fille vos doing en doaire 

1800 Et la moitié de quanque j'ai. 
Sire , dit-il , bien le ferai. 
La fille le Due li chauça 
Uns espérons , puis l'acôla 
Et dit , de m'amors vos soviegne , 
Portez en ma guimple à enseigne^ 
La Duchoise la acolé, 
Un annel d'or li a donné 
Qui bien valoit cent mars d'argent, 
Puis li a proié doucement 9 

1810 Sire, dou bien faire pensez. 

Puis est seur le cheval montez ; 
Deus espiez rouve et en li tent , 
A chacun bras un escu j>ent, 
Toutes ses armes sont vermeilles , 
Trestufc se seignent à. merveilles 
De ce que deus escuz enporte. 




DE FABLIAUX ÉT COUTES. 
Trubert s'en ist parmi là porte * 
De la vile, et vint an, sentier, 
Grânt p^pr a de trebuchier, 

820 Car ses chevaus est abrivez 
Et gras et gros et sejornez , 
Et Trubert l^ambes estraint, 
Des espérons le cheval point. 
Tantost com les espérons 
Trente piqz li sailli avant , , 
De pou que Trubert rfest chéuz - r 
Mès à l'arçon s'est bien tenuz. * * 
Sès lances li vont baloiant 
Et ces escuz aus eulz feranfc 

83o Li chevax de papr s'esfroie , 

Droit en l'angarde aqueît sa voie, 
C'autre foiz i awit esté , * 
Dez ne fist heure sejorné, * 
Sitost alast com i^Tenporte , % 
Et Trubert moult se desconforte, 
Que grant paor a de mort* : 
A riens n'entend qu'à lui tenir. 
MauveisemenÇ li fu fermez 
Ses hiaumes qui li ert tornez ; 

84o Par derrier en sontli oillier, 

Les eulz samble qu'il ait derrier. 
En l'angarde un espie a voit, 
De si loing com venir le vpit, 
Grant aléure en fuie torne , 
Nule part ne ganchit ne torne ; . 
An roi le conte toz marriz : 
Sire , ci vient uns anemis , 
Plus tost cort qu'aronde ne vole. 



2$o NOUVjEÀU ftfeCUEJL 

1SS0 Garde ne i^jfoU>*iier 

Seigneur ^ or £p soie* tuit Ji , A 4 
Que c'est un 4«*We enparçèV ; 
Il Vient ci , fmdfegt* Je yer*ez. 
ïe le vi do^i <^^#«ir , 
Ainz puis ne %a*4e tfourjr , 
Car c'est <i^le + , bi*a le sai , 
N'i a celui n'en e*ïuai. 
Que qu'enfr aus le plait devisoïent, 
Trubert abçiy^, voient , 

1 860 En l'ost se fierfc f Wtce a ea va , 
Onques nus ne Ej^frest^u 
N i a celui p'en ^oit troublez , 
Bien croient ce soit un malfex ; 
N'i a si hardi chevajier, 
Serjatit , archier , . n'arbaletier 
Ne vossist eatre à sauveté. 
Quant li destriera ot l'ost passé , 
Un pou se ganch\t à senestre , 
L'ost le roi a ljes$i a destre , 

1870 Son tor a pris vers le chaste} , 
Si s'est feruz en un boschel, 
A une espine est are&tez , 
Et Trubert est outre passez , 
Et le hiaume dou chiefli vole, 
bien li va quant il ne s'afole ; 
Seur un biusson d'espines chiet 
Ainz dou cheoir ne se sentie, 
En son vis est esgratinez , 
Si en est touz ensanglantez. 

1880 Mais ne li chaut , il n'a nul mal , 



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DE FABLIAUX &T COUTES. *5i 

Buis que il est jus du cheval , 

N'oit 4 mes tel joie ^eti sou vivant , 

Son cheval par resne prant , 

Seur l'erbe ilec se reposa. 

Li Dus après lui envoia , * 

Des lors que du chastel issi , 
^Uns escuiers tant le sui 

Que il le vit «ntrer en Tost. ' 

Arier -s'en retorae tantost , 
1890 Au seigneur la novele conte y 

Par Dieu «ire qui fist le monde, 

Onques mes tex hotri ne fu nez. * v 

Golias iere ja montez , 

En Uangarde q**&t il le vit , 

Por nulè riens ne l'atendit , 
f Ainz s'én foi plus tost qu'il pot , 

Onques cil lessier ne le vost, 

Tant qu'il Tôt enbatu en l'ost, 

Et je m en retornai tantost;. 
1900 Bien sai jel' yi e$ Tost' entrer, 

Ne sai qu'il içrt du retorner. 

Dame Dex de mal le desfende, 

Fet li Dus , et si le nos rande : 

Or je n'aurai mès sn^èûer joie 

Tant que noveles de lui oie.' / 

Et Trubert seur l'erbe sé gist, ■ 

Moult fu lie* quant à pié se vit: 

Jatnès descendre ne cuida. 

Or se porpense qu'il fera , 
191 o S'il ira au chastél ou non 1 ; 

Nenil,$et-il, par Saint Simon . * 

En tel manière neïx irai 



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5* NOTTVtfAU RECUEIL 

Tuit Auront là obé irai. *, 
Que qu'il estoît en telle errôtf, 
Une famé à &on seignor * 
Portoit à mangier *en l'essart. - 
Dame , fet-il , se Dex vos gairt , 
Vene2, si m'aidiez à monter. 
Cele ne li ose véer, 

920 Et à lui s'en vient, et il la prent 
A terre la giéte et estent , 
Le eul et le c.. li coupa , 
Eh sauloiere le bouta , 
Au Dus en velt.feire présent. 
Où chevaJ monte iftiellement; 
Il s an va sanz les confanons, 
Sanz hiaume et sanz espérons 7 
Et si a tessié un eseu , 
A son col a 1 autre pendu : 

g*5o Celui a-il tout debrisié , 

Et en plus de cent lett* plaie , 
Et si 4£%nporte c'une espée-, 
A un gfeSfea toute esd^rïtée. \ 
Vers ïé cfeastel s'en va errant 
Ou ^JjBjà^îrre et atent. 
Sitost qSœe en là cort entra , 
lâ^fcl^rfcontre lui ala 
Et tôttpe la chevalerie. 
Ne vos- sauroie dire mie 

940 Le jprant soufaz ^fee la fff^t joie . 
Qu'il^ firent4 cfille yoiéi 
Et^nibert fû ensanglantez ^ * 
De*cfe* qu'il fu e$gratinez # 
A la ronce quant il chai. 



DE FABLIAUX ET CQNTES af>3 

Et li Dus K demande et dit : 
Sire, estes vos auques navréz? 

Dites, por Dieu ne le celez. 

Je cuit, fet-il, bien en garraij 

En grant aventure esté ai. 
1960 Knmi la eortest descendez, 

Par pièces li çhiez ses escuz. 

Li Dus le voit, de joie ettcrit , 

Aus chevaliers le montre et dit ; 

Vez, voi ci te plus hardi home 

Qui soit d'Illande jusqu'à Rome ; 

Il a plus cuer que Un lion. 

Cil respondent que ce à mon. 

Trubert a tret de sa loiere 

te cul et le ç*. qui i ère , 
1960 Au Dus en a fet un présent, 

Li Dus entre ses mains le prent, 

Puis li demande que ce est. 

Sire , dit-il, la bouche i est 

De GouJias et les narilles. 

Par foi je croi bien , dit li sires' 

Einsi Êiite bouche avoit-il: 

Et qu est-ce ci , est-fce sorcil ? 

Ce sont les narilles par foi : 

Onques tnès ne vi si fet roi. 
1970 Quant la teste li oi coupée , 

Volentiers l'éusse aportée , 

Mès onques ne la poi lever , 

N'oi . pas loisir de sejorner , 

Erraument en tranchai ce jus. 

Vos avez bien fet. dit li Dus. 

Li sires les fé% estuier 



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a54 NOUVEAU RECUEIL 

Dedanz son càtre bien fermer, 
Et puis prent par la raein Trubfert , 
Sire , fet-il , par Saint Lambert, 

1980 11 n'a heme jusque* è v*)s 

Cui j'aing autant cOtirje ht vos , 
Car en grant r<pdfr M^éz mur; 
Je doi bien'estre *c*tr*'A£gis, * 
Si sui-je et serai to« jfri. ^ $ -> 
Et Truberfrqw sk tofc les «or» , v 
Entre ses d*n*"dit, *os njnftn, 
Encore enét&nio«$t ner'h&rréz. ^ 
Sire, dient le chevalier, r i ■ 
Cist sires fet meult à prjlier, 

1 990 Sachiez de voir ifcàsf fefcitz hatto. 
Certes, fet li sires, c'est mon, 
S'il velt ma fille, li don rai, 
Que des ier main li présentai , 
Encor ne m'en repentie miè , 
Et Trubert le Dus en meroie : 
Sire , dit-il , biax est li dons, 
Mes pères est des Brebeirçons ; 
Site, s'en voit à lui parler, 
Je ne me doi pas marier 

2000 Si feitement que il non sache 
Et Trubert à la voie sache, 
Jusqu'à quinzaine revenrai . . 
Et de mes amis amenrai 
Ceenz moult bele conpaignie, 
Puis si espouserai m'amie. ' 
Fait li sires , moult me grevez # 
Quant einsi,tost vos çn alez , 
Car demorez encore un mèk. 



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DE FABLIAUX Et CONTf S. 
ïfon ferai, fet-il, je m'en vois, 
20 10 Haster me voil de retenir , 
Car ce mariage désir, 
y„ Dus Je fet avant mengier , 
Puis li fet un cheval baillier 
Qui soef porte lambléure; 
Et Trubert point ne s'aséure, 
Isnellement i est montez. 
Fet li sires, moult vo* hastes, 
N'en irez pas seul , se Dex plest, 
Que de ma gent avec vos nak 
2020 Qui vos conduiront a Taler, 
Dix chevax li fet amener 
ïoz ensellez en mi la place. 
Dit Estruhert, jà Dex ne plade 
Je voie jor se cestui non, 
Se je enmain jà conpaignoB. 
Li Dus ne l'en ose proier , 
H demande se un somier 
En voudroit châtier devant lui , 
Dit Trubert, assez riches sùi, 
*o3o Quant je vendrai en morî pais 
Tant aurai de ver et de gris 
Que j'en serai toz anuiez. 
Quant il se fu asez proisiez , 
Congié demande, si s'en va. 
Li Dus à enviz li dona , 
Mes il ne le pot détenir : « 
Assez plorâ au départir, 
Estrubert an chemin se met, 
Moult fu liez quant départi s est 
>4o Du seigneur et de sa mesni*;, * 



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a56 



NOUYEXU RECUEIL 



2t>5o 



Il leur a fet grant vilenie, 
Hosiez les a et decéijz. . 
Li # niés au seigneur est penduz 
De quoi il est duel et demage. 
En la cort entra un mesage 
Que ti rois Golias envoie ; 
Devant le Duc va droite voie, > 
I$e parler a langue molue : 
Sire , Goulias vos salue, 
Li rois qui tant fet à douter, * 



♦ 



Il se velt à vos acorder. 
Amis, dit-il, tu me falordes, 
De parler me sambles trop lordes ; 
Golias est morz , bien le sai , m 
La narille et la Bouche en ai 
Céanz en un cofre enfermé. 
Sire , sachiez de vérité , 
Car il est toz sainz et frétiez; 
De par lui sui ci envoiez , 

2060 Meintes fpiz a seur vos praé , 
Or l'en ont si baron praé 
Et loé que à vosVacort, 
De quanque vos a fet de tort 
Or vos en velt feire l'amende. 
Vostre fille à famé demande , 
Puis si serjfc moult vostre amis , 
Diz me tu voir? est-il ainsis? 
Oïl , sire , j>ar Saint Thomas , 
Je ne vos gaberoie pas. 

2070 Li Dus eu est toz tresmuez. 
Estrubert*s'en va bien loez , 
Vaillant vint mars d'argent enportp- 




DE FABLIAUX ET CONTES. 
Li palefroiz soef l'emporte ; 
Jà estoit cinc lives ayant. 
Estes- vos à pié un sergent 
Qui au neveu le Duc estoit, 
Après lui dou tornoi venoit : 
Son sire est au chastel penduz. 
A l'ancontre li est venuz 

2080 Trubert et si le salua , 

Puis li enquist et demanda : 
Mesagier frère, qui es tu? 
Quel part iras et dont viens-tu ? 
Je sui , sire , à un chevalier 
De la sereur au Duc Garnier ; 
A un tornoi avons esté, 
Tuit i somes desbareté ; 
Messires i a tout perdu, 
N'en aporte lance n'escu , 

2090 Haubert ne hiaume ne cuirie» 
Moult est plains de chevalerie, 
Li Dus l'aime seur toute rien. 
Amis, certes , je le cuit bien, 
Que je rencontrai ier matin 
Chevauchant un povre roncin , 
Meigre et las et tout farcineus ; 
Vers le chastel alloit toz seus. 
Asez chevauchasmes ensamble, 
Tant que me conta , ce me samble , 

2100 Que de la sereur au Duc iere, * 
Toute me conta la manière , 
Et je por l'amor du seigiror 
Le Duc que j'aim de grant amor, 
Un biau palefroi que j a voie 



a58 .NOUVEAU RECUEIL 

Dont la seurcengle iere de soie , 
Li eschangai à son roncin 
Qui toz estoit plains de farcin. 
Sa robe chanjai à la moie , 
Puis nos méismes à la voie , 

21 10 Où chastel entra devant moi , 
Onques puis nel' vi ne il moi. , 
Or te voil proier por l'amor 
Que fis si grant à ton seignor, 
Au Duc di de la moie part 
Que le cul et le c bien gart 
Qu'il a en son cofre enfermé ; 
Di li que tu m'as encontre. 
Sire , conment avez-vos non ? 
Amis , Trubert m'apele-l'oh ; 

ai 20 Par ce non bien me connoistra. 
Sire , dit-il , n'en dontez jà 
Que ce li dirai-je moult bien , 
Se plus li volez mander rien , 
Dites le moi , je li dirai. 
Qïl, pieça je li lessai 
Une moult bele chievre à let, 
Demandez lui qu'il en a fet, 
Et si li di que li sûviëgne 
De ce q'au cul li fis l'enseigne 

2i3o Quant je li dui du cul sachier, 
Et de la dame au coït legier 
Cui rafetai trois foiz où Ut , 
Et li soviegne dou délit 
Qu'il ot où bois quant li lessai , 
Et de ce c'oan le couchai 
Et L'oing d'un moult cbier oignement. 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 
Siire , je vos di loialment 
Que tout ainsi corn dit lavez, 
Dirai que moult vos sai bon grez 

ai4o De la bonté et de Vamor 

Que vos féistes mon seignor : 
Y m le méistes à chevaL 
li mes n'i entent point de mal^ 
D'iluec s'empartent a itant. 
Vers le cbastel s'en va «rraitt 
Li valiez qui vient dou tornoi, 
Mès ne set mie le dèsroi 
Que Trubert a par leanz fet. 
Que vos feroie-je loric plet ? 

ai5o Jtisque devant le Duc n'areste , 
lï li cuide faire grant feste j 
Au Duc a hautement parlé. 
Sire , dit-il , j'ai encontre 
Estrubert qui si grant honor 
Fist hui matin à mon seignor. 
„ Sa robe à la soe chanja, 
Et son palefroi li donaf 
Moult J'en devez savoir hàû gré : 
ffiva, vallet tu ies desvé, 

a 160 Bten en savons la vérité. * 
Trubert si fu ier tramé 
Aval ceste vile et penduz, 
Et tes sires n'est pas venuz. 
Par foi , si est des ier matin , 
Li Dus en tient le' cfoièf enclin, 
Quant il'ot parler de Trubert , 
A pou de diiel le sens ne pert. 
Vallet, tu mie contes mêrveilles, 



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a6o NOUVEAU RECtEÏL 

Onques mès n 'oï les pareilles , 
2170 Je cuit et croi tu as béu , 

Qui diz que Trubert as véu. 

Voirement le di-je par foi, 

Et encor vos manda par moi 

Le cul et le c li gardez 

Que en vos cofres mis avez, 

Et de la chievre vos soviegne. 

Quant li Dus lot, cent foiz se seigne. 

Sire, encor vos mande-il plus. 

Tès-toi , amis , ce dit li Dus, 
2180 Je sai bien que c'est il sanz faille , 

Or primes m a-il fet grant taille ; 

C'est mes niés qui fu hui panduz. 

Pasmez est à tèrre chéuz. 

Li chevalier l'en vont lever , 

Tuit le pranent à conforter ; 

Mais onques pour ce ne laissa , 

Onques hom tel duel ne mena. 

Le chevalier alerent querre , 

Despenduz fu et mis en terre , 
2 1 90 En estré benéoit Font mis , 

Dex meite lame en paradis \ 

Moult est li sires adolez, 

Jamès si grant duel ne verrez 

Com li Dus fet por son cosin ; 

Il jure que jamès de vin 

Nè bevra jusqu'à tant qu'il ait 

te glouton qui ce li a fet. 

Li Dus le mesagier apele 

Qui du roi li dit la novele , 
2200 Or me di, fait-il, biax. amis, 



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DE FABIIAUX ET CONTES. 
Tu me diz Golias «st vis 
Et à moi se >velt,aeorder . 
Et ma fille velt e«pou$er ? 
Voire, sire, ainsi le vos mande, 
Se n'est voir* j'otroi qu'en me pende* 
Amis , jà penduz n'en seras, 
A ton seigneur , ariere iras . 
Et si li diras de par moi 
Ma fille à famé li otroi, 

22 io Volontiers et améement 
Li envoiasse mein tenant, 
Mès il me convint chevauchiez 
Je ne porroie soulacier h 
Jusqu'à quinze jorz la vien querre ; 
Je voil aler véoir ma terre 
Si l'en portera k à grant joie. 
Li mesagiers aqueut sa voie , 
Jusques en l'ost ne s'aresta, 
A Golias tantost conta 

2220 Ce que li Dus li a mandé, 
Et Golias en fu moult lié. 

Du Duc vos voil dire et retraire , 
Il fet atorner son afeire, 
Car après Trubert velt aler. 
Landemain sanz plus demorer 
Monte li Dus et sa mesnie, 
Trente sont en sa compaignie : 
Dou chastel issent si s'en vont. 
Quierent et aval et amont 

223o Par le païs et par la terre 

En trqi$.jorz ne finent de querre» 
Tant quierent amont et aval 



a6a NOUVEAU RECUEIL 

Qu'il sont lassé et li cheval; 
Ne sevent mes quel part aler , 
Jà s'en voloient retorner * 
Quant li sires s est porpensez. 
Seigneur , fet-il , vos ne savez 
Des lors que premiers le connui, 
Que la chievre achetai de lui , 

224° Li demandai dont il estoit, 
Et il me dit qu'il repairoit 
En la forest de Pontellie. 
Là ont droit leur voie acueillie, 
Dedenz la forest sont entré. 
Tan/ ont aval le bois aie 
Qu'il ont véu une meison. 
Li Dus les a mis à reison , 
Seigneur, or pensez de bien feire, 
Je croi que vez ci son repeire , 

aa5o Gardez-vos bien que il n eschape , 
Il est chéoiz en maie trape 
Se nos le poons atraper ; 
Mès il nos covient bien garder. 
Sire, dient li chevalier , 
Nos irons devant et derrier, 
Sachiez que moult le tanrons cort. 
Et Trubert fu en mi la cort, 
De moult loin les aparcéuz. 
Tantost s est en maison feruz, 

2260 N est pas merveille s'a paor : 
Tantost a dit à sa seror, 
Desvest toute ta robe tost , 
Si mest ma quote et mon seurquot, 
Si muce tost desoz cest lit. 



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DE FABLIAUX ET CONTES. a6S 

£1 ne set porçoi il le dit. 

Desoz le lit muçe sanz plaît , 

Ainsi com il le dit la fet, 

Et Trubert ne s'atarge mie, 

Une coife à famé a lacie, 
2270 Moult en a fe$ riche boban, 

Onques hom ne pensa tel sen. 

Moult par a bien Trubert pensé, 

Un peliçon a endossé 

Qui est touz blans a tout la croie, 

Sa mere un paletel li loie , 

Puis li a ceint une ceinture ; 

Moult a bien de famé future : . 

Seur le sueil s'en ala ester. 

Atant es-vos sans demorer 
2280 Le Duc et toz ses chevaliers, 

Et par devant et par deniers 

Ont la maison environée» 

N'i a celui n'ait tret l'espée, 

Se léanz puet estre trouvez, 

Ocis sera et decoupçz. 

Li Dus est à pié descendra, 

Dedenz la meson s est feruz. 

Seur le soil a lessié Trubert, 

Paor a , la color empert , 
2290 Et li Dus l'en a regardé, 

Bêlement l'a reconforté : 

Daraoiselle , n'en doutez mie , 

Ja ne vos ferons vilenie 

Mès que Trubert nos enseigniez , 

S'il vos plait et se vos daigniez, 

Car tant lavçn qui» à cheval 



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26b NOUVEAU RECUEIL 

Par ce bois amont et aval , 
Moi et cist autre compaignon , 
Chaut en ai souz mon gambaison : 

a3oo S'il vos plait, si le m'enseigniez, 
Par si que vos bon le faciez. 
Estrubert respont meintenant 
A basse voiz tout simplement : 
Par foi, sire, il s'en est alez, 
Bien croï por vos est destornez 
De si loin g com venir le vit , 
Je ne sai por coi il le fit , 
Se feri en cest bois léanz. 
Par mon chief c'est un droit sarpenz, 

a3 10 Fet li Dus, ne sai ou chacier. 
Sire , dient li chevalier , 
N'i a tel , mès nos en alons ; 
Ceste damoisele en menons, 
Qu'en ce bois ne troveroit nus. 
Ce poise moi , ce dit H Dus , 
Foi que je doi Dieu nostre sire , 
Moult en ai à mon cuer grànt ire , 
Mès je nel' puis ore amender , 
Si m'en convient à conforter ; 

2 3 20 Mès tant com le sache vivant , 
N'aurai joie entérinement , 
Tout jorz m'iert mès cit deus noviax. 
Atant remontent es chevai , 
Trubert ne laissierent-ils mie , 
Portent l'en à grant seignorie. 
Un des chevaliers devant lui. 
Lasse! dit com mar onques fui, 
Où m'enporte-on? que de\fcnrai? ' 



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DE FABLIAUX ET CONTES. a65 

Damoisele , n'aiez esinai , 
a33o Fet li Dus, jà mal n'i aurez, < 

Avec mes puceles serez , 

Garde vos penroiz de ma fille. 

Et Trubert qui moult set de guile, 

Li a respondu simplement , 

Je ferai tout vostre commant. 

Or avez-vos dit que senée , 

Autrement n'auriez durée, 

Vostre frère m'a mal bailli, ^ . * 

Il a bien où cors Faaemi 
234o Que je ne li ai riens forfet 

Et dou pis que il puet me «fet. 

Par lui ai mon neveu pandu, 

Et moi a-il souvent batu, 

Tant qu'encor m'en doil durement 

Plus que je ne faz le samblant. 

Tant ont einsi le plet mené, 

De jorz sont où chastel entré, 

Enmi la cort sont descendu ? 

Moult furent volentiers véu. 
a35o La dame grant joie leur fet, 

Puis leur demande, qu'avez fet? 

Por coi avez tant démoré ? 

Avez-vos dont Trubert trové ? 

Nenil , dame , c'est por néant , 

Il ne doute ne Dieu ne gent. 

Ce n'est pas hom, ainz est malfez 

Qui ainsi nos a enchantez : „ 

Dit la dame , mès n'oï tel ; 

Et fustes-vôs en son bostel ? 
a36o Oïl , dame, par Saint Tomas, 



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266 - NOUVEAU RECUEIL 

Mèsilnenosatendipas; 

De si loing com venir nos vit, 

Dedanz la broce se feri 

Où nus hom ne péust trover. 

Un mois, certes, voires un an, * 
Que ne le préissons oan. 
Assez avons de mal éu , 
Ainz puis ne fusmes desvestu. 

2370 Dit la dame , or vos reposez , 
Il fera encor mal assez , 
Que trop aaise se revelle ; 
Et qui est ceste damoiselle ? 
Ce est la suer au desloial, 
Ele ne set ne bien ne mal , * 
Onques mes ne fu entre gent. 
La dame par la mein la prent ; 
A ses puceles l'en mena, 
La mestresse la commanda, 

a38o Erraument s en revint arier. 
Les chevaliers fet aaiser. 
Et le mengier fist aprester , 
Car il ert ore de souper. 
Les tables mettent li sergent , 
Au mengier sasiéent errant, 
Bien furent servi cele nuit , 
Moult i ot Trubert de déduit ; 
Avec la pucele menja, 
Damoisele Aude li tailla 

33§q Et si menja en s'escuellç. 

Moult fu vaillanz ta damoisele , 
Souvent de boivre le semont. 



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DE *AB1ÏÀUX ET COtfTES. 

Quant à grant loisir mengié ont , 
Si se sont des tables levées, 
Moult sont bêles et bien parées. 
Aude qui a le cors apert , 
Le non demande a Trubert. 

Dame , en m'apele Coille baude. 
a4oo Quant Aude Tôt , si en a ris 
Et toutes les autres ausis. 
Comment 

Par foi je neF dirai plus or ; 
Je voi bien que vos me gabez. 
Dit la mestresse , si ferez , 
Je le voil et si vos en proi. 
J'ai non Coille baude par foi, 
Einsi m'apele-l'en d'enfance. 
Ce dit la mestresse Coutance , 
*4io C'est assez biau non par raisoi 
Assez i a de mesprison 
Dou pendant qui i est nomez 
Entre vos ainsi lapelez 



267 





ML 



Si ait à non dame Florie. 
Dame, einsi lapelerons : 
Devisez comment nos gierrons , 
Car il est bien tans de couchier 
Ceste pucele en a mestier, 
24^0 Dou cbevauchier est traveillie. 
Ce dit damoiselle Florie, 
S'il li plestavec moi gierra, 
Au souper avec moi menja , 
S est bien raison qu'avec moi gise. 



if 



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268 



*aU VEAU RECUEIL 

Ce dit damoisele Felise ^ 
Lessiez la gésir arec moi , 



Moult m'iert bel et moult vo§ en proi. 
Ce dit Belisent la cortoiie, 
Fille la sereur la Duchoise, 



Qui fille le seigneur eWoit, 
Boseite a non la damoisele , 
C'est la plus droite «t la plus bele $ 
Si oil resamblent de faucon ; 
Manche à la gouge et le menton , . 
La bouche petite et riant, 
Il ne covient plus bel enfant. 

â44° Aus autres dit, car vos teisiez , , 
Ne vos ne vos ne l'averez : 
Ânuit me fera compaignie , 
Et la mestresse li otrie , 
Ele ne l'ose corocier. 
Les damoiseles vont couchier, 
Devant leur lit sont desvestues , 
Et Trubert les vit toutes nues; < 
Voit les connez busis sans barbe , 
En son corage moult li tarde - 

a45o Qu'avec Roseite sdàt-couchiez. 
Moult est dolanz et-corociez 
Quant il rie s'ose devestir. 
Damoisele , venez gésir , 
Fet Rôseite qui est couchie. 
Damoisele, n'i irai mie 
Tant corn la chandoile ardera^ 



s43o 



Avec moi giërra enquenuitr, 
Soulaz me fera et dédit. 
Une petite eh i avoit 




DE FABLIAUX ET CONTES. a6 9 

Roseite tantost la soufla 

Qu'à s'esponde estoit atachie , 

Pour le feu ne lera-il mie ! 
2460 Quant la chandoile fu soudée, 

Trubert si a sa. robe ostée , 

Avec Roseite se coucha. 

La damoisele lacola , 

Et dit, compaigne, bien veigniez, 

Gardez tout aake soiez, 

Si ne vos soit de rien grevain , 

Certes quant ce vendra demain 

Richement vçstir vos ferai 

De tele robe come j'ai, 
2470 Seurcpt. et quote de samiz. 

Dit Coiljebaude grant merciz. 

Roseite la tient embracie , 

N'i entent point de vilenie , 

Ainçois le fet par grant chierté 

Et par sa deboneireté. 

Quanqu'ele puet li feit solaz, 

Et Trubert gtst. entre , ses bras , 

N'en puet mès se.le.v.. li tent. 

Roseite à. sa cuisse le sent : 
2480 Qu'est or ceci, dites le moi? 

Volentiers le dirai par foi ; 

Ce est un petit connetiax, 

Il est petiz, mès moult est biax. 

Qu'en feitesrvos? Par foi je mes 

Gésir en mon c tel foiz est, 

Grant aise me fet et grant bien. 

Et voudroit-il entrer où mien ? 

Oïl , se il vos connessoit , 



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a 7 o NOUVEAU RECUEIL 

Moult volentiers i eirterroit , 
2490 Mès il le covient acointier. 

Celle le prant à aplaignier , 

Roseite entre ses mains le prent, 

Nule mauvestié ni entent; 

Bêlement le tient et manoie , 

Et li v.. en sa main coloie. 

Certes moult l avez or bien duit. 

Fet Roseite jà me commit, 

Il ne me mort ne esgratine. 

Ele le tient parmi l eschine , 
a5oo La teste lieve et ele en rit. 

A l'entrée doue, li mit, 

Plus droit qu elle puet li apointe, 

Et Trubert ne fet pas le cointe , 

Tout li a dedenz embatu. 

Onques mès tel beste ne fu , 

Dit Roseite , se Dex me gart, 

Dex le vos sauve et le vos gart ; 

Certes se un tel en a voie, 

Por nul avoir ne le donroie : 
25 10 Pour Dieu, bele douce compaigne, 

Proiez lui c'un po avant viegne , 

Car moult m'est bon. et moult me plest. 

Au noB Dieu , dame , s'il vos plest , 

Jà porroit si avant aler 

Jamès ne porroit retorner v 

Ne porroit retrover la voie. 

Dit Roseite, je le voudroie 

Mès qu'il vos venist à plesir , 

Jamès n'en querroie partir. 
2 5 20 Quanque il me fet tôt m'est bel , 



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DE FABLIAUX BT CONTES. 

Onques mès n'oi «i bon joel. **V 

Dame , jà le veiroiz jeer, 

Par leanz saillir et trjper. ; 

Por Dieu , compaigtmy^Nle biea>feire . 

Que ses jeux ne me puet desplaire. 

Et Trubert la commence à croisse 

Si que tout le lit en fet cr*>istre% 

Compaigne , or feites-vos moult bien , 

Hui mès ne senti- je si bifcn; 
a53o Feites adès que moult aie pfeit, 

Plus vos hastez et mex me fet. 

Et Trubert si se referme 

Si que trestoz li paus lï sue : 

Andui ont bien fet leur afeive , 

Dit Roseite la deboneire, 

Encore ne la quit-je mie^ 

Foi que je doi Sainte Marie, 

Encor li convendra entrer. 

Dame , lessiez le reposer 
2.54o Que traveilliez est de joer, 

Ne Tan doit-en pas si haster. 

Dit Roseite n'a mie mal ; 

Sa main a mise contre val, 

Le v.. a sesi par la teste, 

Il ne li joe ne fet feste. 

Dit Roseite ci a mal plet, 

Je cuit nos li avons mal fet ; 

Asez estoit ore plus forz , 

Certes je dout qu'il ne soit morz, 
255o Moult mal auriens esploitié. 

Tant la tenu et manoié 

Que pooir li est revenuz , • 



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i-p. NOUVEAU RECUEIL 

Un pou s'est en sa main méuz : 
Coillebaude, vos ne savez, 
Certes il a esté pasmez; 
Revenus est de pasmoison, 
Je croi qu'il n'aura se bien non. 
Moult ot chascun de son déduit, 
Onques ne dormirent la nuit, 

a56o Dit Roseite, moult m esta bien, 
Gardez que n'en parlez à rien , 
Chascune le vodroit avoir. 
Ne vodroie por nul avoir, 
Feit Roseite, qu'en le séust, 
Ne que autres de moi l'eust. 
Quinzaine menèrent tel vie, 
Roseite a la couleur changie, 
Toute pâle en son vis devint; 
La Duchoise garde s'en prinjt, 

2570 Un jor Trubert eu apela 
A conseil si li demanda : 
Damoisele, dit la Duchoise , 
D'une chose forment me pobe. 
Dequoi, dame, dit Coillebaude 
Qui de parler est adès baude. 
De ma fille , ce dit la dame 
Qui ne samble avoir cors ne ame. 
Toute sa couleur a changiée , 
Moujt est durement empiriée, 

258o Je ne sai dont ce li avient, 

Par foi , dame, toute nuit vient 
A nostre lit un$ colons blans , 
11 m'est avis , et bien le pans , 
Que ce soit un angre enpanez. 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 
Damoisele , vos me gabez. 
Dame , dit vos ai verîté , 
Encore anuit i a esté. 
Damoisele , dit la Duchoise , 
Vos n'estes mie bien cortoise 

2590 Qui me gabez, votayez tort. 

Coillebaude jure la mort , 9 

Et quanque de Dieu puet jurer 

Quelle n'a cure de gaber; 

Mès sachiez bien , n'en , doutez mie , 

Dou Saint Espir est ra emplie, 

Trestoute est plaine d'angeloz. 

Tant li dit et jura li soz 

Que la Duchoise bien l'en croit. 

Or oiez com il la decoit : 

2600 Dit la dame, moult fui bon née 
Quant tel créature ai portée 
Qui angeléz conceit et porte , 
Je voudroie m ex . est re morte 
Jamès Golias en fut sires : 
A monseigneur le voudrai dire. 
Au duc s en va grant aléure, 
Si li a conté l'aventure 
f Tout ainsi com cil li a dit , 
Et li sires grant joie en fit : 

2610 Dame Dex en soit graciez, 

Dit li sires, moult en sui liez, 
SU est einsi com dit m'avez. 
Oïl, jà mar en douterez, 
Einsi est-il com dit vos ai , 
Tant lai enquis que bien le sai, 
Que toute est plaine d'angeloz. 
tome 1. 18 



a 7 4 NOUVEAU RECUEIL 

Or seroie sote et vos soz 
Se Golias l'avoit à famé. 
Certes nenil, ma douce dame, 

2620 Jamès Golias ne l'aura, 
Ne à son costé ne gerra. 
Roseite feites bien garder 
Tant que viengne à l'enfanter. 
Que Dex nos porra bien doner 
Les angeloz ferons norrir, 
Granz biens nos empuet avenir. 
Par foi, sire , vos dites voir, 
Mès or nos covient-il savoir 
Que nos ferons vers Golias. 

26 3o II ne le tenra mie à gas, 

Nostre fille voudra à famé , 
Metez i conseil , bele dame , 
Que de cestui n'aura- il mie , 
Par foi toute en sui conseillie, 
La suer Estrubert lui donrons , 
Que ceenz pucele n'avons 
Si bele ne si debonaire. 
Dit li Dus ce est bien à faire j 
Bien me plest et bien m'i acort. 

2640 Entr'aus deus n'a point de descort % 
Bien se sont ainsi acordé. 
Et quant ce vint au jor nomé, 
Golias vint querre sa famé. 
Entre la mestresse et sa famé 
Ont Goillebaude apareillie, 
La dame et li Dus l'ont baillie 
Au roi Golias par la mein , 
Li rois a fet son chapelain 



"V. 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 
En la chapelle revestir , 

s65o Et il i vont por messe oïr. 

Sa famé a prise et espousée, 
Et quant la messe fu chantée, 
Golias le roi mercia , 
Congié demande si s'en va. 
Atant se meitent à la voie , 
Li Dus grand pièce le convoie, 
Puis les a à Dieu commandez. 
James tel joie ne verrez 1 
Com li rois fet etsa mesiiie, 

2660 Bien sont mil en sa conapaignie; 
N'i a celui qui n'ait chapel 
De rose et lorain novel. 
Du chastel issent, si s'en vont, 
Li menestrés grant joie font : 
Cornent, buisinent par déduit, 
De trois liues ot en le bruit, 
Et Trubert sit où palefroi 
Dont la sambue fu d'orfroi, 
De toutes parz à terre pent. 

2670 Li lorains fu riches d'argent , 

De clocheites est trestoz plains. 
Lez lui se mist li chapelains. 
Dame, moult vos poez amer, 
Moult la commence à conforter 
Et mercier nostre seignor 
Qui vos a fet si grant honor 
Que demain serez mariée. 
De moult bone eure fustes née, 
Et vos de bien faire pansez , 

2686 Si e au seigneur que vos avez 



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a 7 6 NOUVEAU RECUEIL " 

Faciez tôt son commandement. 
Et Trubert par la mem la prent, 
Si l'en mena à une part : 
Sire, dit-il, se Dex me gart, 
Moult m'avez or bien conseillie, 
Tout jors serez de ma mesnie ; 
Trubert si a fors .trait le v.. 
Si que le chapelains le vit : 
Sire prestes , ce dit Trubert , 
2690 Vos oes ont-eles tex bés ? V 
Quant li prestre vit le v.. grànt 
Cent foiz se seigne en un tenant, 
Enfin retorne vers le roi « 
Et va criant à grant desroi : 
* Seigneur, fet-il, vos ne savez > 

Li Dus nos a toz enchantez. 

Et quant Trubert oï le prestre > 

Jusques devant le roi n areste ; a 

Devant le chapelain s'avance > 
a 7 00 11 a parlé en audience : 

Seigneur, fet-il, vos ne savez, 

Gist prestes est touz forsenez , 

Ainz mès ne vi tel chapelain , 

Jusqu'à mon c'a mis la main, 

Bien se va ne m'a efforcie. 

Et li prestes en haut escrie : 

Por Dieu, seigneur, lessiez moi dire* 

Et li roiz qui est toz plains d'ire, * 

Jure , certes riens ne direz, 
2710 Vostre folie comparrez. 

Li rois méismes de sa main 

A si fera le chapelain n 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 2^7 

Quà la terre la abatu* 

Li escuier i sont coru, 
J Se l'ont hatu jusqu'à la mort. * 

Onques mès hom à si grant tort 

Ne fu si malement menez. 

Atant s'en est li rois tornez. 

Douins de Lavesne tesmoigae 
2720 Qu'il est moult fox qui de tout soingne. 

Si li prestres se fut téuz, 

Il n'éust mie esté batuz : 

Bon taisir tant, trop parler nuit. 

A grant joie et à grant déduit 

S'en va li rois à tôt sa famé ; 
'** A non Dieu fet-il, bele dame, 

Or vos aing plus c'ainz mès ne fis , 

De tout le cuer sui vostre amis , 

N'avez cure de rn^ivès plat# ^ 
27)6 Me dex sire non , se Dex plest, 

Dit Estrubert qui de tôt boise, 

Onques ma mere la Duchoise 

Ne fist de son corr mauvestié , 

Et se Dex plest non ferai-gii. 

Li roi* l acole et si li dit 

Coiement que nus ne F6ï r 

Dame, ensamble gerrons anuît, 

Grant joie aurons et grant déduit, 

Çar mouK désir vostre soukz; 
2740 Qùan* vos tenrai entre mes braz , 

Por nule riens ne vos 4onroie , 

C'est feriens cpiè plus desirroiev 

Sire, ce dit Trub«rt, merci f 

Por Dieu et par amors f|s pri. 



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2 7 8 NOUVEAU RECUEIL 

Dame, par Dieu en qui je croi, 
Por vint marz d or, si corn je croi, 
Ne gierroie sanz vos anuit : 
Or ne vos empoit ne anuit. 
Tant ont einsi le plet mené 

2^50 Qu'il entrèrent en la cité 
De quoi li sûres iere nez : 
Jamais plus riche ne verrez. 
Sa gent li sont encontre alez , 
Jamais tel joie ne verrez 
Com il mainent aval la vile ; 
Et Trubert qui moult set de guile , 
Ot avec lui une pucele, 
D une part la tret et apelle, 
A conseil li dit bêlement, 

2760 Va, si m'achate isnellement 

Une borse grant et parfonde , 
Si la meterai à l'esponde 
Dou lit où je devrai gésir. ifc . 

Dame , tout à vostre pleisir 
Meintenant la borse avérez 
Tex com vos la deviserez. 
Or chevauchent tôt contre val 
Tant qu'il vienent à cort roial ; 
Descendu sont et sa mesnie , 

2770 Moult i a bele compaignie. 

Grant joie moinent et grant bruit 
Toute la vile est en déduit : 
Moult i est Trubert bien venuz 
Et à grant joie recéuz. 
Toute la cort à lui encline , 
Tuit lapelent dame reine. 




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DE FABLIAUX ET CONTES. 379 

Li rois en est forment jalous , 

Dou prestre li so vient tout-jorz 

Qui aus chans la vost effbrcier. 
2780 Onque's puis ne la vost lessier ; 

Tout jorz la fet lez lui seoir, 

Il ne cuida jà tant véoir 

Que il soit avec lui couchiez. 

Il est bien du tout enginiez , 

Ne set mie la traïson 

De sa famé qui n'a pas c. 

Quant il fu heure de souper, 

L'iaue demandent por laver, 

En leur a tantost aportée. 
2790 Un queus la Estrubert donée , 

Asis se sont et entablé , 

En leur a le mengier porté 

Largement et à grant foison , 

Premiers grues après roons 

Et puis malarz et puis chapons, 

Perdriz , ploviers et esturjons , 

Et puis leur aporte pastez , 

Jamès itant de mès ne verrez 

Com il orent icele nuit. 
2800 Moult i ot Trubert de déduit, 

Et à boivre orent-il assez , 

Si com bons vins et bons clarez , 

More ferré et bon rosé, 

Et piment et citouaudé , 

Et il moult très bien se garda , 

Petit but et petit menja. 

Atant sont des tables, levé , 

En une chambre sont entré 



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2#0 



NOUVEAU RECUEIL 



Le roi , la pucele et Trubert. 

9810 Le chambellan qui le roi sert 
Les a fet ensamble couchier , 
De la chambre îst sanz deloier , 
Si a luis clos et refermé. 
Li roi a celui acolé, 
Et dit, dame, ça vos tréez. 
Por Dieu, sire, car vos soufrez, 
Fet Estrubert , se il vos plest. 
Dame, ne feites mie plet , 
Ce dit li rois, jà vos harroie. 

282a Et Trubert adreice sa voie 
À l'esponde , la borse a prise 
Où sa pucele l'avoit mise ; 
Entre ses jambes la boutée : 
Sire, fefril, quant vos agrée 
Feites de moi voz volentez. 
Seur le ventre H est montez 
Li rois, c autre chose ne quiert* 
Son v.. en la borse li fiert 
Si que tôt li embat dedanz. 

a83o Trubert a tiré les pendanz, 
Et li rois tire et cil restreint , 
Quanque il puet viens ne s'en faint, 
Et li rois sache de rechief , 
Mès de 1 avoir ne vient à chief ; 
Et Trubert durement le tient, 
Desouz le roi s 'affiche et gient 
Ausi com famé c'on efforce. 
Sire, vos m'ociez à force , 
Dit «Trubert, et car vos soufrez. 

2840 De destreice est H rois pasmez. 




DE FABLIAUX ET CONTES. 
Quant il rev'mtW*p***&Êùu, * 
Par foi aint mè§4i^*vi>t*kte, , 
Fait li rois, ne Wl*k*r devient; 
Et Trubert qtôtttottlt Biéli lét&nt, 
Sire, c'est un de*l%is, 
Si fet con ne verroiz jamais 
Au premier vos est 'ore ^troiz , 
Mez en istroiz à l'autre fok ; ■* 
Traiez le hors , vôV m'ociez. 

*85o Lor est li rois e#vertuez , 
De roit tire parlant air, 
Le v.. fet de h borse issir. 
Moult a esté en gram derftroit, 
Et encor cuide bien et croit 
Que sa famé ait êa trop pis. 
Dame, fet-il, il m'est avis 
Que cassée estes et blecie. 
Sîre, fet-il, ne mentez mie, 
Trop m'avez maternent menée, 

2860 Efcdesachiée et tribouiée , 

Et Trubert n'a point de déBt, 
11 s'est dreciez enmi le lit. 
Xi rois le prist à apeler , 
Qu'est-ce, dame, ou* volez aler? 
Qu'est-ce, dame, que pense^-vos? 
Fait li rois qui tant est jalotif, 
Où volez à ceste heure aler ? 
Sire, je me vueil relfever 
Por pissier, que mestier en ai. 

2870 Dit li rois , avec vos irai. 
Sire, ce seroit vilenie, 
Se m'en créez, n'i venroiz mie. s 



*8* NOUVEAU RECUEIL 

Li rois une cordelle prent, 
Au pié li lie estroitement : 
Dame , dit li rois , or alez , 
Quant je trairai si revenez. 
Et Trubert est dou lit issuz , 
Tant est alez qu'il est venuz 
, Au Kt où la pucele git ^ 

2880 Où pié la cordelle li mit. 
La pucele s'est esveillie , 
Qu'est-ce , fet-ele , Dex aïe ! 
Qui estes-vos , et que querez ? 
A ceste heure que demandez ? 
Je sui li rois, n'en doutez mie. 
Qu'est-ce , fet-ele > Dex aïe ! 
Biax sire , qu alez- vos querant ? 
Par foi je te di loialmsnt 
Que je t'ain de si grant amor , 

2*890 Je ne cuit ja véoir le jor, : 
Avec toi me covient gésir. 
9 Ainsi li covient à soufrir 
Que ne li ose contredire. 
Et Trubert trestout sanz plus dire 
En fit toutes ses volentez ; 
Et quant de joer fu lassez , 
Ainçok que dou lit se partist , 
Son afeire li conte et diu 
Tout son afeire li conta, 

2900 Ainsi com le Duc engigna , 
Einsi com il croissi sa fille , 
Et si li a conté la guile 
Cornent le prestre batre fit , 
De^la borse li conte et dit. 



DE FABLIAUX ET CONTES. 
Quant trestoutJi a raconté , 
De chief en chief la vérité, 
La pucele moult se merveille , 
Dex, fet-elle , car me conseille : 
Ausi sui com toute enchantée. 

2910 Et Trubert la reconfortée , 
Damoisele , n'aiez esmai , 
Faites ce que je vos dirai , 
Si seroiz moult bien conseillie. 
Cornent, fet-ele, Dex aïe, 
Tolu m'avez mon pucelage. 
Ne vos en chaut, or soiez sage, . 
Par Dieu se croire me volez , 
En cest marchié gaaignercz , 
Qui vaudra çiâc cent mài^z d'argétetl 

2620 Hé ! Dex jaïde^ et je cornant ? * 

Dit Trub^, et je le dirai : : 
Or gardez, que naiez esalai, 
Demain serez dame et reine. ^ 
Dex aide ! dit la meschiÂe , v * 
Cornent poijroitvce avenir ? 
Jà ne vos faifct-ii qt*£ taisir, 
Feites ce que je ,vos-d*rai. 
Et je, fet-elè* le ferai ... 
Dit Trub#rt > <*t je démarrai 

2930 Demain ci tant que ^s^furai f 
Cornent vo&poriéz esptoitiô»; 
Mes or vos veil*jei.e»seigmer • , 
Cornent vos iie^a o|jl il'gist. ♦ * 
Une cordeHe où pi&iqeHftit 
Orainz quant d'aited luijevài^ 
Et je où vostre la. liai • 



a $4 NOUVEAU RECUEIL 

Tout meintenant que je vin ci , 
Or gardez que ne dormex si 
Tout meintenant que il tirra 
ag4° cordelle , si alez là. 

Quant li rois la cordele tret, 
Cele se lieve entreset, 
Tout meintenant au lit ala, 
Sans noise arec lui se coucha. 
Dame, fet-il, pou m'avez chier, 
; * Volez me-vos mener dangier? 
Por coi avez tant demoré, 
Qu'avez fet, où avez esté? 
Vos n'amez guère» mon solaz, 
2$5o Dit la damoiséle, si fez 

Plus que je ne fez le samblant. 
Je vos conterai bien comment 
, J'ai fet si longue demorée ; 
Puis ai esté trois froiz pasmée, 
Dame ^ ppr coi pasmates-vos ? 
En nonDieu , sire, tôt por vos , 
Porce qu'orainz fustes pasmez t 
Je croi vous fustes avenez, 
Si en sui trestoute esmarrie. 
ag6o Dame, or ne vos esmaiez mie ; 
% Sachiez que je vos ai moult cMere , 
Moult estes de bone manière, 
Et en vos sont toutes boutez; 
Iftès ersoir fui si enchantez, 
Quant ensamble fumes couchié y 
Tantost com j'*i à vos touchié , 
C'a poi que %ie ûii afotez. 
Sire , ce me fit li râpez 



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>E Tfr* tàkj}& ,E£*|||T £ S'. «485 
juoi b^usiïvw^ant «rsoir. 
3970 Cïfrtfts, A*Me, vJI dites voir ; * 
N'a tel clafce -fr*y$fr& im *" 
Demain 

De mon réaume seKjp^ âame : 

Onques me fu si riche fomç. 

Sire, dh-eteygrajam&xiz. 

Aunt est li'^ou^jadomiu . 4 ; * 

Et la dament aveçj^, & ^ t 4 

Braz à bras sf,4or^pt ^idui, 

Muta. Ce roman ne pwol^il tfcdtt^pg* le W^wrrft^ln 
citent pas davantage. r * ^ ^ ^ -^#ft> ^ 



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1 % 

NOUVEAU RECUEIL 



DE PORCELET. 



Or oiez un flabel cortois 
D'un vallet fil à un borjois, 
Qui prit famé cortoise et sage 
Par 16 conseil de son lignage , 

- Si lama engoiseussemant. 
N'ot pas o li esté grantmant 
Qui Tama tant que lo féist 
Tunber, se talant l'an préist. 
*■ De li fist s'amie et sa dame, 

19 Sovant li recordoit sa grame. 
< Un jor estoient en lor lit 
O il faisoient lor délit , 
La dame à cui li jeus fu boens, 
Dist au valet que tôt est suens. 
Biax amis, car metomes non 
A vostre rien et à mon c... 
Dame , fait-il , ice est droiz 
"Que les nons amedeus metoiz. 
Tex don vostre plaisir sera. 

20, Sire, fet*el , si me plaira 

Que mes es ait non porcelez , 
Por ce qu'il ne puet estre nés ; 
Et vostre rien , lie sai conmant. 
Je c#it qu'il aura non fromant, 
Car c'est 4>iax nons. Et j'otroi bien, 
Fait li vallet ^ce non au mien , 



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DE FABLIAU JC. ET CONTES. 
Dès qu'il vos plaist et il vos siet. 
Sire, fait-ele, or ne vos griet 
Que porcelez voldra mangier, 

3o Ne li élites mie dongier . f - 

De vostre froment qui est boens. 
Dame, fait-il, il est tôt suens. 
Ensi furent moult longuemant , 
Tant qu'il avint, ne sai conmant, 
Que trestoz li fromans failli , 
Et la dame Ta asailli 
Por viande à son porcelet. 
Li valiez lait aler un pet 
El giron à la damoisele. 

4o Que est-ce or , sire , fait- ele ? 

Qu'avez-vos fait en mon devant? 
Dame, ce est brans qui espant 
Por doner à vostre porcel , 
Que, foi que je doi saint Marcel, 
Do fromant qui est en despas 
Nï est remès fors que li brans. 
Conmant , sire , est donques failliz 
Li fromanz? Donc est mal bailliz * 
Porcelez , se Dex me doint sen , 

5o Qu'il n'a cure de vostre bran. 

Dame , fait li valiez, par m'a me, 
Fox est qui por les bons sa famé 
Se grieve tant con je sui faiz : 
Vostre merci, laissiez m'an paiz, 
Que tant ai fait voz volentez , 
Que toz me sui desfromantez. 
Trop est vostre porc engoissex , 
Car récovrez vostre pertex 



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NOUVEAU HE CUEJi. 

Et vostre c. gui est punais , 
Jà par moi ne mànjera mais : 
Quant plus manjue, plus fain a , 
Fox ffc qui primes les trova. 



CI FENIT DE FOR CE LE T. 



DE FABLIAUX ET CONTES, 



«VVWiVtVk^, 



DO PRÉ TONDU- 



Ce fu la voille d un Noël , 
Q'an tient en maint leu riche ostel, 
A l'ôté fu d'un haut baron 
•Qu'il ot à bon fèu de charbon : 
E milieu un grant en ayoit 
Qui toz les autres destraingnoit ; 
Dist as autres , laissiez m'aler , 
Car je voldrai ardoir la mer ; 
Par ma force et par mon pooir 
Vodrai aler la mer ardoir. 
Jamais ne portera haranc , 
Ploiiz, ne poison ne melan; 
Ensi con il Ta dit, si fist, 
Ains ne fina , à la mer vint. 
Quant il lo vit , si s'escria ; 
Mer, car par envie d'ardre la , 
Fait-il, o puis haut de savoir, 
Garde toi , je te vois ardoir. 
Li charbons vient, en la mer saut, 
Tost s'estoiz, puis ne fist chaut. 

Je vo^ ai conté ce fablel 
Por ce qu'il fu d'un damoisel 
Tant con il fu à marier 
A toz jorz mené bone vie, 
Et qant il famé esposée, 



NOUVEAU RECUEIL 
Si a la teste plus mellée 
Assez que ne soit chiens de Flandres. 
Sales et ordes, plain de cendres, 
Mau vestujz et un grau* solers, 
De tôt est à si mal alez 
Cassez samble eharbonier 
Que il ne fait chevalier. 
Cil fu estainz «on li charbons 
Qui Mloit ardoir les poisons. 
Un prodom une famé prisf , 
A moult grant nobiece la mût": 
Lo premier an ti fist enor, 
Onques ne la desdist nul jor, 
Et cele aoottli Mi baudet , 
Par jeu li dona maint bufet. 
Quant li ékiés de tan fu passez, 
Les paranz la dame a mandez ; 
Qant béu orent et «angié , 
Li bachelers «'estoit drecié , 
Lo pere et la mère apela , 
Sire , fait-il, entendez ca. 
Vos me priestas antan 
Vostre fille, bien a un an , 
Ne lai férue ne toehiée , 
Me de son cors point enpiriée : 
Demandez li se je di voir, 
Par li le peez bien «avoir,. 
Non , fait-ele, vostre merci, 
Si Feusse biem deservi ; 
Or estoroit-il bien raison 
Que vos me otroiez un don , 
Que cist premier anz Cust passez 




DE FABLIAUX ET CONTES. »gi 

Que ne fusse desdis assez. . 

Otroié li ai boenament , 
60 Mais ne fu a longuement : 

Car à poine part son hus , 

Ele soloit estre au desus. 

Geli qui point set de raison 

Devez tenir pop fol bricon , 

Qui sa faîne laisse puiier 

No premier an à so haueier , 

Que solement d'un êok regâtt 

Là o ele l'orra parler^ 

La face-il tote tranbler. 
70 Et cil qui autre chose an fait 

Li porchace son mauvais plaît. 

Si vos reconst d'un païsant : 

Famé prist bele et avenant , 

Riches estoit , de grant lignaje , • 

Mais moult estoit de fel coraje , 

Car si très felonesse estoit 

Que nus vaincre ne la pooit. 

Un jor salèrent déporter 

Par une preé por joer ; 
80 Li prodom a parlé premiers : 

Voir moult est cist prez bien fauché ! 

Et la famé a respondu , 

N'est pas fauchié , ainz est tonduz. 

Et cil en jure Saint Jehan 

Ne fu pas tondu en un an. 

Ele en jure Saint Orner 

Qu'il fu tonduz et bertodez» 

Qant li preudom s'oï desdire , 

Sachiez que moult en a grant ire ; 



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*9* 

9° 



ioo 



/NOUVEAU RECUEIL 
Soixante cox de fivreison 
Li a donez en un randon. 
A la terre est chéue pâmée, 
Et ne dit mot d'une loée, ♦ 
La ne pot-ele mot soner, *" 
Convint c'à ses doîz motrer 
Qu'il est bertodez et tonduz. 
Moult ru li preudom espftrduz, 
Sa main lieye, si s'est seigniez, 
Moult s'est durement merveilliez ; 
Bien voit que ja ne la vaincra , 
A deiables la conmanda. 



CI UNIT 90 PAB TONDO, 




DE FABLIAUX ET COïfTfES. a 9 £ 



LI SOHÀIZ DESVBZ, 

PA1 JEBAH 0B BOVKà. 



XJ une avanture que je sai , 
Que j'oï conter à Douai , 
Vos conterai briémant la some 
Q'avint d'une famé et d'un home, 
.Ne sai pas de chascun lo non , 
Preude famé ert, et il prodon * y 
Mais tant vos os bien afichier 
Que li uns ot li autre moult chier* 
Un jor ot li prodom afai?e 
io Fors do païs : en son afaire 

Fu bien trois mois fors de la terre 

Sa besoigne si bien li vint 
Que liez et joianz s an revint 
A Douai un joudi à nuit. 
Ne cuidiez pas que il anuit 
Sa famé , qant ele lo voit 
Tel joie con ele devoit 
En a fait con de son seignor, 
20 Ainz mais ne n'ot joie graignor. 
Qant Tôt acolé et baisié, 
Un siège bas et aaisié 
Por lui aaisier li apreste i * 



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NOUVEAU RECUEIL 
Et la viande refu preste, 
Si mangèrent, qant bonsr lor ftt , 
Sot un coisin delez lo fu 
Qui ardoit cler et sans foncière* 
Moult i ot clarté et lumière 
Deus mès orent, ehar et poisons 
Et vins d'Aucerre et de Soissons , 
Blanche nape , saine viande. 
De servir fu la dame engrande, 
Son seignor donoit <km phi& bd i 
Et lo vin à chascùn môiieij 
Por çe que plus li atalant. 
Moult àt la dame bon triant 
De lui faire auques de ses b&ens , 
Car ele i r'atttbdoit left suens - 
Et sa bien vend* à avtair ç 
Mais de usé né fi* pas bavoir, 
Que del vin l a <w empressé , 
Que li vins li a confessé 2 
Et qant vint au cochîerel lit , 
Qu'il oblia Taratre deli*. 
Mais sa famé biën «*rso/*tht . 
Qui delez lui cochier se vint : < 
N'atandi pas qu i la serrioigne , 
Tote iert preste tle la besoigae. 
Cil n'ot cure de «a moiltier r 
Qui lo joer et lo vêillier 
Soufrist bien encor une pièce. 
Ne cuidiex pas latlame sîece 
Qant son seignor encfeorflti trove. 
Ha ! fet-ele , con or se pydve ' 
Au fuer de vilain puant ort ! 



DE FABLIAUX ET CONTES. 
Qu'il déust veilke* et il dort : 
Moult me tome ot à grant anui. 
Deus mois a que je *v<ws lui 
Ne jjuiy ne il a-roupies rai 

60 Or l'ont deiafeles* endormi r 

A cui je l'otroi sanz desfcince. 

Ne dit mie qanqa'ele pans* 

La dame, ains se revéise et repdnt, 

Car sa pansée la semont > 

Mais ne i'esv.oilte ne m bote , 

Qui la tenist sanprea à gkrtev 

Par cele jraiaon s'est ostée 

Del voloir et; die la pâmée 

Que la dame aroit envers lui , 

70 Sandort par ire et pe* «mi. 

El dormir vos di sans roançonge 
Que la dame sonja m songe £ 
Q'ele ert à vm marchié annei , 
Ainz n'oïstes paaàev d« tel 
Ainz ni ot estai ne bojon y 
Ne ni ot loge île ftimo» , 
Changes, ne table, ne repair , 
Tan vandist ne gris ne vak*, 
Toile de lin , ne drax de laitie, 

80 Ne alun, ne bresil , ne graine, . 
Ne autre avoir , ce H ert vis, 
Fors solement elles et v.. ; 
Mais de cez i ot sans raisons* 
Plaines estaient les maison* 
Et les chanbres» et M setter, 
Et tôt jorz venoient coler 
Chargiez de v.. de totes para 




*9* NOUVEAU RECUEIL 

Et à charretes et à ciun. 
Jà soit ce cassez en i Tient, 

90 N'estoient mie por notant i 

Ainz vandoit bien cbascuns lo suen, 
Por trente sax lavoit-en boen , 
Et por Tint sax et bel et gent ; 
Et si ot ▼.. à poTre gent. 
Un petit ayoit en de déduit 
De dis sax et de neuf et d'nit 
A détail vendent et en gros* 
Li meillor erent li plus gros , 
Li pins chier et li mianz gardét 

100 La dame a par tôt resgardé, 
Tant s'est traveilliée et penée 
C'a un estai est asenée, 
Qu'ele en vit un gros et lonc, 
Si s'est apoiée selonc. 
Gros fii darriere et gros par tôt, 
Lo musel ot gros et estot. 
Se lo voir dire k» en voil , 
L'an li poïst giter en l'oft 
Une cerise de plain vol 

xio N'arestast, si venist au fol 
De la elle que il ot tele 
Con la paleron d'une pele, 
Conques nus nom tele ne vit. 
La dame bargigna lo v. M 
A celui demanda lo fuer. 
Se vos estoiez or ma suer , 
NI donroie mains de deus mars $ 
Li v.z n'est povres ne eschars, 
Ainz est li mîaudres de Laraine, 



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DE FABLIAtJX ET CONTES. 

•iao Et si a elle Lor éame 

Qui bien feit à vandre au raaje : 
Prenez lou, si ferow que saje, 
Fait-cil 9 demantres qu'an vos proie. 
Amis , que vaudrait longue broie ? 
Se vos i cukliez e#tre sax , 
Vos en auroiz chiquante sax : 
Jamais n'en auroiz tant nu tat, 
Et si donrai io dernier Deu , 
Que Dex m'an doim joie certaine. 

i3o Vosl auroiï , fint^H , por Festraine, 
Que vers vos ne me voil tenir, 
Et tôt ce m'an puist avenir, 
Qu'à l'essaier m'an orerez: 
Je cuit q'ancor por moi direz 
Mainte oreison et mainte salme. I 
Et la dame bauce la- paume , 
Si la si durement esmée , 
Qant cuide ferir la paumée , 
Son seignor fert, raotflt bien l'arène 

i4o De la paume delez la caraa, 
Que li cinc doiz i sont escrit. 
La paume li fremie et frit 
Del manton de ci tj'an l'oroille : 
Et cil s'esbaïst, si s'^svoitte, 
Et en son esveiller tressant. 
Et la dame s'esvoille et saut 
Qui encor se dormist son voil , 
Car la joie li torne à duel. 
La joie en veillant li esloigne 

i5o Dou ele estait dame par congé, 
Por ce dormist son voil encor. 



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S£8 Jf CHJVBAJJ RECUEIL 

Suer , fait-il , car m» dit» or 
Que vos awyeg à etl eop 
Que vos me dwwstes tel cop r 
Dormiez o TeiUifT do myes ? 
' Sire,je*»e vos fèn orques, 
Fait cele , nel' dite» jamais f 
Tôt par amor et tôt en pais. 
Par la foi fiie devez mon eovs , 

160 Me dites que vo$ satebla lors ,. • 
Ne lo laissai par n«le rie». 
Tôt maintenant , ee sachiez bien, 
Gonmança la dame soft conte, 
Et moult volaa tiers li récente , 
O volantiers , : o à enviz, 
Gonmant ele sonj& les v.. , 
Conmant ereot mauvais et bons , 
Gonmant ele acheta lo suea 
Lo plus gros et lo plus pleniec 

170 Cinquante sa* et u» denier. 
Sire , foh-ele > enfin avint , 
Lo marchié pckhaoier cdvint ; 
Qant cuidai feri* en la nÛA, 
Vostre joe feri de plata, 
Si fis conme famé endormie : 
Por Deu ne vos coreeièz mie 
Que se je ai fol» faite,. 
Et je m an raiit vers vos mesfaite, 
Si vos en pvi merci de cuer. 

180 Par ma foi , fait-il 1 , bele swer, 
Je vos pardora r et Dtex si fece ! 
Puis l'acole estroit et enbrace,. 
Et li baise la boche taodre, 



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DE FABLIAtJX ET tONTES. 299 

Et li y.z li c*niflané« à tandre 

Que cele resch**fc et ctakft&nte. 

Et cil en la plume li ptttnte 

Lo v... Qant un ft* irtea, 

Suer, fait-il, foi que me devez, 

Ne se Dex d'anor vos reveste , 
190 Que vausist cestui à la feste , 

Que vos tenez en vostre main ? 

Sire, se je voie demain , 

Qui de tex éift âust jrfain côfre , 

N'i trovast qui i méist ofre 

Ne qui donast gote d'argent : 

Nés li v.. à la povre gent 

Estoient tel que uns toz seus ■ 

En vaudroit largement ces deus 

Tex con il" est , or eswardez 
200 Que là ne fust jà regardez 

De demande , près ne de loin. 

Suer, fait-il . de ce n'ai-je soin ; 

Mais pran cestui et lai toz cax , 

Tant que tu puisse feirè miax : 

Et ele si fist, ce me sanble. » 
La nuit furent moult bien ensanble, 
Mais de ce lo tieng à estot , 
Que lajidémain lo dist par tôt , 
Tant que lo sot Johans Bediax, (*) 
210 Uns rimoieres de flabliax; 

• • 

(*) Ce nom Johans Bediax seroit-il le même que Jehan de Bores ? 
Dans le prologue de la fable des Deux Chevaux , que Barbazan a fait 
imprimer, celui-ci y est si bien désigné, qu'il n'est pas possible de 
s'y méprendre : alors il faudroit supposer que, dans ce conte-ci, il 
n'a mis Bediax que pour la rime. 



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NOUVEAU RECUEIL 
Et por ce qu'il li sanWa boett*, 
Si l'asenbla avoc les suons, 
Por ce que plus ni fist alange , 
Fenist la dame ci son conte* 



<?I FBRIftT LI 60HAIZ» 



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- * ■ * 



LA*^ DEVISE W$ LECHÉORS. 



Qaîct li douz tans se rem**, 
Que je vovk ifenu* > * ^ 
D'iyer qui si m'argue , ^ * 
Lors ains bûche fendue, 
Charbon elica&t , ■ - /- * ^ 
Tison flanbant , * 
Feu décoche «Bospue : 
De joie en chant* 
Dex ! je Tain tan*, " * 
10 Guer et cors m'esvertife. 
Qant yient au cochier, 
Certes moult m'agrée 
Fornille en fagot, 
Soiche san fum^e , 
Qui tost jn'esprant 
Etbreserant, 
Et je rai de grant moult sovant 
Lo piz et l'eschinée, 
Cailla char bien paùe 
ao Et de dras mal yestue 

Né quiert autre jornée , 
Et por la çhalor sue 
Tant que hors est issue ; 
La froidure est alée. 



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NOUVEAU RECUEIL 
C'est deliz de boens liz , 

De dras blanchis 
Qui sevent la buée. 
Tajnte xoverture 
C'est desconfiture. 
Lange sanz foréure, 
De celui n'ai-je cure , 

Car il n'est preii. 

Tant àttt lou feu . 
Que je voi la fuithire, 

A lui me vçm. 

Miauz a in i© feu 
Que deus dez de termine 
Qant je lief à pissier, 

A la matinée, * 
Certes moult m'est grief, 
Qant voi la fuftréé ; 

Au verreglaz 

Atorner faz 
Haste menu au 'broatt 
Del porcel mallotée 
Prise en une pasture, 
La longe sans ansure , 
Tote ai ma tenéure* 
Por botuRorsel douée , 

Por boen more 

Por fort raspez 
Que je ain miauz «*sc» 
Que cervoise ««famée. 
Qant il pluet et il towne, 
Et je sui lezla tone 
Qui totjorz me foison* , 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 

Lieute aucune 
Vin de haute personc 

C on me larde 
Fox est qui lo secoue, 

Fromaiche ros , 
Qant rosti lai, 
Et je li fai corone. 
Je ain poi grosillier, 
Nuilles et oublées , 
Roisoles, gaufres dorées , 

Perdriz, ploviers, 

Colons , ramiers , 
Fasans , vitecos. 

Boen mangîer* 
En endoilles salées» 
Je tien à fol qui doue - 
Son gaje et enprisone , 
Por tripes enfumées ; 
Et qant ce Tient 4 nom 
Mes ostes m araisone : 

Encontre mut 

Tôt par dédui* 

Lo chaudun cuit 
En chastaignes parée*. 
Taverne ai moult aînée, 
N'est pas droit que k hée, 
Tote ai m'amor douée 
A savor destranpae 

De garingal , 

De citoal. 
Et en chaude pevré* 

Ne fait pas mal 



3o< » 
9° 



100 



IlO 



120 



Entor Noal , 
Mostarde o char salée» 
- Anes, malarz, 

Phmous et blaie*. 
Chapons, chenevas, 
Gelines rosties, 

Grues, hairons, 

Cisnes, poons 

Et gçùte et raille 

Et morillons > 
Etporcel enfarcie. 
La langue ai moult amée 
De cerf entrfelaiidée ; 
Veneison ne iiaz mie , 
Chevroil nfe dain, ne lée 
Ne bon ansor botée 
En fort poivre flatée : 

Et lo jambon 
De fresehe salaison 
M'a randue la vie. 
En caresme à l'antrée 
Ain moult perche parée , 
Truite et tanche enversée 

En souchie gitée, 

Fresehe plaïz 

Et poison ftiz 
Et enguille salée. 

Gastiax rastiz , 

Menuz braïz 
Et flamiche salée : 
Bar ne hé pas 

Fandu à congnie, 



r 




DE FABLIAUX ET CONTES. lo5 
Ne anguile de gort 
De sa piau voidie. 

Luz ne saumon , 
Congre nesturjon , 
Alose, braine ne gardon, 
Vandoise letansée , 
Escrevice parée , 
Bon foie sor tostée , v 
De roie refroidée 
23o Et masquerel 

Près et novel , 
Et li autre bon morsel 
M'ont la borse voidée. 
Qant Pasques repaire 
Joie ne me lait taire ; 
Flaons , pastez voil faire , 
Por la costume atraire , 
Manju moston 
Au gras rongnon : 
240 L'angnel faz fors traire 
De son pelicon. 
L'antancion m'est au poivre 

Deffaire. v 
Droit est que Tan aint 
Gras bués en porée 
Et tendre poucin , 
Oe en ranc gardée, 
Au tans novel 
La teste en rost après l'oel , 
a5o Et la paste salée. 

Joie ne me lait taire 
Por la costume atraire 

TOME T. 20 



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NOUVEAU RECUEIL 
Pié de porc ensdcié 
En froit solier, 
. Que d'erbe fais jonchier, 
Menuement podrée. 



CI FBWIT LA DEVISÉ AU LBGHHOR. 




DE FABLIAUX ET CONTES. J07 




DE CELUI QUI BOTA LA PIERRE. 



Vus Prestres bons fisicien 
Vint chiés un suen parrochien. 
La dame ert grasse et tendre et bele 
Qui lou provoire moult apele 
Et H dist que bien soit venu. 
Et li Prestres a respondu : 
• Dame , Jhesu vous benéie ! 
O est li sire ? Il ni est mie , 
Il est acheter une chose , 
10 Et il ne venra pas de pose : 
Sire , car vos venez seoir. 
Dame , je nel vos doi néoir, 

A vos sui venuz en destlui , t 
Mais ne voil pas qu'il vos anuit. 
Non , fait-el, sire, ainz m'est moult bd. 
En mi Taire avoit un carrel 
Dont l'en devoit un mortier fere. 
La franche dame debonaire 
A tôt son pié bote la pire. 
20 Li Prestres li commence à dire, 
Dame , laissez la pierre ester ; 
Ne la vost cele avant boter : 
Se la botez ne ça , ne là , 
Je cuit que je vos f..tré jà. 



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3o8 NOUVEAU RECUÇIL 

La dame oï ce qui li plot , 
Ainz onques mendre peor n'ot, 
La pierre r'a avant botée. 
Et li Prestres la acolée , 
Si Va priie tôt maintenant , 
3o En un lit vindrent'behordant 
Qui estoit fet en un recoi, 
La gitoit li Prestres soz soi 
Lou jeu li a fait au droit neu. 
Un enfançon séoit au feu 
Qui bien les vit es lit chaoir , 
Et au Prestre les rains movoir. 
En rooie foi , dist Tenfançon , 
Je cuit bien que issi f... l'on. 
L'enfés se tôt et ne dist plus, 
4o Et li Prestres resailli sus , 
Si s en ala de maintenant. 
Puis n'ala guaires deroorant 
Que li preudon vint de labor 
Où il ot esté tote jor. 
La pierre vost oster de Taire. 
L'enfés li dist : Sire , ne faire , 
Se la boutex ne çà , ne là, 
Nostre Prestres vos f..tra jà 
Si com il fist ore ma mere : 
5o Je lou vi bien de là o g'iere. 

Li preudon si estoit moult sage, 
Ne vost pas croire son domage , 
Mais il s'en venja bien après. 
De cest exanple n'i a mès , 
Me mais itant dire vos yoil 
Que Ven se gart do petit oil 



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6o 



DE FABLIAUX ET CONTES. 
Et de larron (jui est prové , 
Car ainz^aura assez embié 
Que l'en s'en soit ajjercéu. 
Se l'enfançon neust.véu 
Lo Prestre joer à sa mere>, 
Il neV déist pas à son père* 



3o« 



4V, 



CI FP.NIT SE CELUI QUI BOT A LA PIEBRE. 





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3io 



HOUVEAU RECUEIL 



DE LA SORISETE DES ESTOPES. 



Armés vos cont d'un vilain sot 
Qui famé prist , et rien ne sot 
De nul déduit q'apartenist 
A famé , se il la tenist , 
Conques entremis ne s'en fii ; 
Mais sa famé avoit jà séu 
Tôt ce que home sevent faire , 
Que à la vérité retraire 
Li Prestes son boen en faisoit 

10 Qant il voloit et li plaisoit : 
Et que tant vint à icel jor 
Qu'ele asenbla à son seignor, 
Lui dist li Prestes, doce amie* 
Je voil à vos , ne vos poist mie , 
Avoir à faire, s'il vos loist, 
Ainz que li vilajns vos adoist. 
Et cele dit , volantiers , sire , 
Que je ne vos os escondire ; 
Mais venez tost et sanz demore, 

20 Qant vos sauroiz qu'il sera ôre , 
Ainz que mes sires Tome face , 
Que perdre ne voil vostre grâce : 
Ensi fu enpris li afaire. 
Après ice ne tarda gaire 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 3tt 
Que li vilains sala cochier, 
Mais ele ne l ot gaires chier , 
Ne son déduit , ne son solaz , 
Et il la prant entre êes braz , 
Si l'anbraça moult duremant , 
3o Que il n'en sot foire autrement , 
Et lu moult sor lui estandue. 
Et cele s'est moult desfondue , 
Et dist, qu'est-ce que volez foire? 
Je voil, fait-il , v.. avant traire , 
Si vos f...ai se ionques puis, . ^ 
Se vostre c. délivre truis. 
Mon c. fait^ele enneslo pas , 
Mon c. ne troverez-vos pas. 
O est-il donc ? Bel' me celez. 
4o Sire , quant savoir lo volez 3 

Jel' vos dirai o est , par marne, 
Muciez as piez do li ma dame 
O je hui matin lo laissai. 
Par saint Martin , je irai , 
Fait-il, ançois que je ne laie. 
De l'aler plus në se délaie , 
Ainz va querre lo c. lo cors; 
Mais la vile o estoît li bors 

O sa famé avoit esté née , 
5o Loin d'iluec ert plus d'une lée , 

Endemantre que li vilains 

Fu por lo c. , li chapelains 

S'ala couchiér dedanz son lit 

A grant joie et à grant délit , 

Et fist qanque li plot à faire : 

Mais ne fait pas tôt à retraire * 



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3ia NOUVEAU RECUEIL 

Cou H vilains fu dec^uz , 
Onques plus fox ne fu véuz. 
Qant vint chiez la mère sa famé , 
60 Si li a dit, ma chiere dame, 

Vostre fille m anvoie cà 

» - 

Por son c. que ele muça , 

Ce dit , as piez de vostre Ut. 

La dame pansa un petit , 

Et en pensant s'aparcevoit 

Que sa fille lo decevoit 

Por faire aucune chose maie. 

A cest mot en la chanbre avale, 

Et trove un penier plain d'estopes , 

70 Qui q'an ai fait . ele les copes : 
Cest panier li bailleroiz ci. 
Lors a cil lo panier saisi ; 
Mais es estopes ot tornée , 
Et bien s'i fu enveloppée 
. Une soriz sans nule dote. 
* Cele li baille, et il la bote 
Tôt maintenant desoz sa chape , 
Et au plustost qu'il puet s'eschape 
De li por revenir arrière. 

80 Et qant il vint en la bruiere , 

Et dist une moult grant merveille : 
** Ne sai, fait-il , se dort o veille 
Li es ma famé par saint Po , 
Mais moult volantiers par saint Vol , 
Lo f..sse ainz que je venisse 
A 1 ostel , se je ne cremisse 
Qu i m'esebapast à mi ces voies , 
Et s el f...ai-je totes voies , 



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DE FABLIAUX ET COUTES. 3iî 

Pôr savoir se s'est voirs ou non 
90 Que Tan dit que u a en c:. * \.v 

Moult ddce et moujt tc0^ê^. 

Maintenant de son v.» îa testft A 

Le liéve , et fiï droiz cônnîL 

Et enz es estopes s'eîancè^ 

Si conmanoe à*parpiller^ *^ 
* Et la soriz saut dçl j&nier,^*» ** * 

Si s'ân tome parmi Jies J>^^ 

Après est li vilains, alez * ^ 

Grant aléure , et grant V**^ ' 
100 Si cuide qu ele face éîygas, : » 

Et; si dit, De* ! si ïtele>b^te, 

Je cuit certes* que ç|e la t£^*& ' 

Soit-ele pas encor iree , 

Si n'a gaires qu ele fi r$e , 

Je voi bien que moult est petite. 

A Deu et à Saint^Es^rite 

La conmant et au&açrôor : 
* Je cuit certes qu'ele ait péor 

De mon v.. ; si ot êl por c voir , 
no Par les iauz Deu , qu ele jrit noir 

Et roge lo musel devant. ^ 

Las ! or me vois, agarceyant 

Que ele en ot peor acertes. 

Lasse ! con recevré granz pertes 

Se ele muert ! Sainte Marie! 

EJe iert jà noiée et perie 

En la fosse , se ele* i antre : 

Ele çn^unoillié tôt le vantre 

Et tôt et les eostez. 

x 10 Ostez , bia tic^ire Dex , osiez V 



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NOUVEAU RECUEIL 

Que ferai-je , se ele muert ? 
Li vilains ses deus poïnz detuert 
Por la soriz qui braint et pipe; 
Qui U véist faire la lipe 
Au vilain, et tordre la joe, 
Manbrer li poïst de la moe 
Que li singes fait qant il rist, 
Li vilains tôt bêlement dit : 
Biaux es ! doz es, tost revenez , 
Tote ma fiance tenez 
Que mais ne vos adeserai 
Devant que à l'ostel serai 9 
Et tant que vos aurai livré 
A ma famé , si délivré 
Vos puis avoir de la rosée. 
Faite en sera mouk grant risée , 
S'an set qtfeschapez me soiez : 
Ahi ! vos seroiz ja noiez , 
Biax es, en la rosée grarit. 
Venez , si entrez en mon gant , 
Je vos métrai dedanz mon sain. 
Tôt ensi se travaille en vain , 
Que il ne sot tant apeler 
Que ele voille retorner, 
Ainz se pert en Verbe menue. 
Qant il voit que il la perdue, 
Si devient mornes et pansis. 
Atant s'est à la voie mis , 
N aresta jusqu'en sa maison. 
Tpt sanz parole et sanz raison 
S'estoit sor un banc deschauciez , 
Sachiez qu'il n'estoit mie liez ; 



DE FABLIAUX ET CONTES. 3i5 

Et sa famé li dist, biau sire, 

Qu'est-ce ? je ne yos oi ifcot dire*} 

Don n'ester vos battiez et sains? * 

Je non , dame, fait li vilains, 

Qui tote voies se deschausse 

Et despoille, et aie li hauce 

La coverture et liéve en ha»t. 
160 Et li vilains joste li saut 

Et se coche trestoz envers , 

Ne ne dist ne que uns convers 

Qiie li parlers est deffanduz , 

Ençois se gïst toa estanduz. 

Cele le? vit mu et taisant , • 

Sï li a dit de maintenant :. 

Sire^ donc n'avez-vos mon c. ? .. 

ie non % dame, jeaon', je non,* 

Mar Talasse-je onques querré, 
170 Qui m'est la hors chçoiz à tewre , 

Si est jà noiez en ces prez. 

Ha ! fait-ele 9 vos me gabez. 

Certes , dame , faitril , non faz. 

Ele lo prant éntre ses l*?az : 

Sire , fait-ele ne vos chaièle , 

Il ot de vp$ péor sanz faille , 

Por ce qu'il ne vos connoissoit , 

Et chose qui li desplaisoit, 

Au mien cuider, li faisiez, ^ 
180 Et se vos or le tenoiez, 

Q an. feroiez ? dites lo, moi. 

Je le f...oie par ma foi, 

Et néis en l'oil li boteroie 

Ensi que je lo creveroie 



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5i6 * NOUVEAU fe'ïXUEIL 

Por le coroz que &ptf$ jâh~ * ; ' - 
Et elegâfe^p^i:^ .. . 
Sirë, il est ^OTtr^Js^$ jai»|jAt> 
Mais ne vosiâaip por tÉtampétV " 
Que il fust'^i'ritel f^fe|pez^ o v 
190 Con il est en voz mains; fhfegg » 
Tôt soavet «t Wemant. : V ,* 
Et li vilains sa main i tant," 
Sel prant et dit, gel' tien tj^mainsv. 
Or l'aplaigniez daR'tot3$ft ^fiÊSÈfk^y ' 
Fait-ele, qu'il ne vos esto-rde , y* ^ v i 
Et n'aiez péor, qu'il vos cpordjl!' 
Tenez lo qu'il rie vo5 es&ia^' r 
Voire, fait-il, por nostre chat, 
Fait li, vilains, s'il l'ancontroit, 
200 Jà Dex % merci nel' metroit 1 
Qu'il nel' manjast , au mien cuidier. 
Lors lo conmance à aplaignier, 
Si sant moult ^ien^p . il esj; moiliiez* " 
Ha , las ! encor est-rîs&àt*^ 
De la rosée^l^chaï.ç t r\f > 
Li vilains dit, afci/'ahiT** 4 • -^0» > & 
Con vos m'ave^ hi% coreoîé ! 
Mais jà par moi n'en iert grdjptyp 
De ce que il est.avosez* ;v 
a 10 Or vos dormez et reposez, 

Que ne vos voil hui tnais grever r 
Las estes de core et d'aler. v 
Enseigner voil par ceste fable 
Que famé set plus que deiable : 
Et certain emànt lo sachiez , 
Les iauz enbedeus li sachiez , 



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220 



DE f AfitrlAUX ET CONTES. 3i7 
Se ]{L à^scîant dit voir , 
Qant aie viâjp^Di^ décevoir , * 
Plus Tan deçcyt flMp^us l'afole 
T#t solemant pjfi^ parole , 
Que om ne fe^ît»d|r angirv 
De^ma/aWe •bfrî&fa , 
Qu% çhascuh sè jpj^àe la soe, 
fi fa|e la coe. 



CI FENIT DE LA SORISETE DES ESTOFE5. 



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NOUVEAU RECUEIL- 



LIJDIZ DOU SOUCRETAIN, 

r 

PAH. HHiJf LI CHAPELAINS. , 



^sâges est en Normendie 
Que qui herbergiez est qu'il die 
Fable ou chançon die à l'oste : 
Ceste costume pas n'en oste 
Sire Jehans li Chapelain* ; 
Voura conter dou Soucretain 
Une avanture sans essoigne. 
11 avint jadis en Bergoigne 
À Cligni la maistre alpaie 
Qui est de si grant seignorie 
Que la contrée est toute lor 
Sept lieues plaines , tôt entor; 
Mesmes le bourc de Challemaigne 
Ont-il tôt mis en lor demaine , 
Que il.nï a meson ne rue 
Qui tôt ne soit de lor tenue. 
En celi bourc, ce est la somme, 
A voit jadis à un riche home 
Qui de nouvel ot famé prise , 
Sage , cortoise et bien aprise , 
Bien ansaigniée , preuz et sage. 
Çhaucun jour avoit un usage 



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DE FABLIAUX J£T CONTES. 
Daler prier à sainte église , 
Et d'escouter tôt le servise 
Que li couvens si biau fasoit. 
Un matin si comme soloit 
Se leva et vint au mostier 
Pour orer et pour prier. 
Ez-vous le moine qui gardoit 
Le moustier, et si esgardoit 
Que riens , se bien non , n'i éust 
Qu'il au moustier nuire déust, 
Car il en estoit soucretain ; 
La dame a prise par lo main 
Qui delez un piler estut: 
Dame, dist~il, Dex vous salut, 
Et il me doinst la vostre amour , 
Car il a ja passé maint jour 
Que vous amai chiez voçtre pere , 
Petiz clerçons et emfés ère 
Et molt avoie petiz sans ; 
Mais or en est venus li tans 
Que je puis bien parier de salis : 
Se vous volez faire mes bons, 
Je sui touz sires du trésfor, 
Vous auriiez argent et or , 
De grant planté joiaus et roubes. 
Da Soucretain, ce sont bien lobes, 
Fait la dame , que vous contés 
Pour vostre avoir que vous avez , 
Né que vous poivriez avoir , 
Pour nul sens ne pour nul avoir, 
Ne pour toute vostre abaie 
Ne feroie-je tel folie ; * 



3io ^ NOUVEAU RECUEIL 

À mil autre qua mon seignor. 
Se vous en parliez mais jour, 
Je lë diroie dant abbé. 
Dame, doi/t sui-je dant gabé, 
Fet li moines sans rebout 

60 Quant vous m'escondisiez dou tôt : 
Morir vouroie si m'est tart. 
A itant cele d iluée se part 
A cui il ne tient pas au cuer , 
Et li moines revint au cuer , 
Puis remeit jusqu'à lonc tans 
Que li bourjois par son fou sans 
Vandi trestot son erité , 
Et si chaï en tel vite , 
Que il n'avoit mes que despendre. 

70 Meson , vigne ne terre à vandre , 
Dras, ne cheval, ne nul chatel 
En tôt le monde fors l'ostel 
Où manoient près de la porte. 
La povretez la desconforte, 
Ne set que dire ne que faire, 
Car s'il vandoit son repaire 
Il n'auroit leu où il gesist 
Ne où sa povreté fenit. 
Si bien, ne si bel retenir, 

80 Et il ne se puet mès tenir 
Qu'il ne le die à sa famé. 
Pour Dieu car me conciliiez , dame 
Ensamble avons eu maint bien 
Et mainte joie , or n'avons rien ; 
Dras ne chevax ne nulles* bestes, 
Fors la meson dçsor nos testes. 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 3at 

Que dites-vous ? sera vendue ? 

Merci, dit>ele,«irQ Hue, 

Ja Dieu ne plasce ce soit voir 
90 Que vous vandiez nostre manoir ; 

Ansois nous en irons an France , 

Et j'ai en Dame-Dieu fiance 

Mieus nous i chevirons que ci. 

Dame, dit Hue, je l'otri : 
. Le matin sans plus de demeure 
* Nous lèverons à icele eure 

Que nous orrons soner matines, 

Si que jà voisin ne voisine 

Biens ne sauront de nostre afaire , 
100 Puis que ainsi le convient faire. 

Au matinet sanz nul séjour 

Se levèrent quant il tu jor, 

Qu'il oïrent les sains sonner.. 

Au moustier vindrent por brer- 

Por Dieu prier et pour requerre 

Qui les consaus hors de lor terre. 

A une part vers un piler 

Vat la dame qui pour prier 

En peine et en dolor se tient, 
iro Ez-vous le Soucretain qui tient 

Entre sa main, une chandeille; 

La dame vit qui molt fu bêle. 

Et il molt tost vers li se tret : 

Dame , dit-il, mal dehaz ait 

Qui chaut se vous avez m Aise 

Qui bien puissiez avoir aise , 

Si- créussiez nostre consoil. 

Sire , certes molt me roervoft 

ÏOMB 1, * 21 



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3aa NOUVEAU RECUEIL 

De quoi ce e$t qye vo#s me ctites 

120 Il a passé dix ans tous jouîtes 
Que ne parlâmes pas à mo^ 
Ne je à voi*s, si cojn je eroi, 
Puis le premier au que je. ierte 
Départie d'en cbie% mon père : 
Lors parlâtes de droerie. 
Vous dites voir, ma douce amie, 
S'ancore tous vient à plaisir 
Que d'amour uje voilliez saisir 
Par un besiei? tant seulement. 

ï3o ... . . . ;.. . . r< . . • .-.(*) 

Cent sols que j'ai ou mol Hfy 
Et ainz qu'il soit demain midi 
Je vous ddnrai "argent et or 
Plus qu'il n ? aura ens^el trésor C 
Au plus riche honte de Gligni. 
Sire, vous me donroiz cçngié 
Quel tenue nous porrons avoir. 
Lors li lait la *laj«e asavoir 
Que dans Hues soit à la foire. 

i4o Dame, dit li souéretains, voire 
Vous me trouveroiz ci méimes 
M oit volontiers fiç ci a primes, 
Et me diroiz vostre "plaisir. 
De baisier ne ne. puis tenir , 
Et de cent sols que j'ai prenais. 
Bailliés ça dont, biaus -doa amis, 
Fist la dame%ii n'est pas foie. 
Le soucretain besô et acote, 

(*) U manque un ver* ici. 



DE FABLIAUX ET CONTES. ^ 

Et les cent sols met en sa bouxç$ , 
i5o Si s'en acort toute la corce 

Son seignour qui se mervoille , ,/ 

À cui cè est qu'ele conseille. 

Les deniers prent et si li baille : 

A ! suer, fait-il, se Dieus te vaille, 

Où*&s-ju pris tôt cest avoir ? 

Sire , volez-vous tôt savoir ? 

Li soucretains de ceste église 
, Les m'a bailliez par tel devise 

Que je ferai sa volonté , 
160 Si aurai avoir à planté, 

Dras et joiaus, argent et or, 

Il effondera le trésor, 

Il me donra par tel couvent 

Plus qu<? n'aura tôt le couvent : 

Porparlé est por tel reson 

Quant vous serez hors demeson, 

Ou aus foires ou au marcfiiez , 

Çaians vanra trestous chaxgiés 

D'or et d'argent en son çotel. 
170 Se aviez le cuer itel 

Et le courage si hardi, . 

Je li diroie que mardi 

Iert la grignor foire d'esté 

Dont vanra tôt abrivé ; A 

Par hardiment porrez avoir, 

Gardez mon or , gardez l'avoir 
. Que vous aportera li moines. 

Dame, dist-il, ceste hesoingnç 

Sera faite si com vous, dites, 
180 Il ne s'en ira pas tou$ qnites. 



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3*4 NOUVEAU RECUEIL 

Car de l'avoir avons mestier. 
Tantost sanz plus de delaier 
A lor ostel vkidrent arrière 
Chantant et faisant bele chiere 
De ci atant que prime sonne. 
Congre demande et on li donne 
D'aler parler au secretain ' • * 
Pour mètre le terme certain. 
Dedans le cuer le moine trueve, 

190 Dame , dist-il , molt bien se prueve 
La loiautez qui en vous est. 
Sire, fet-ele, or-soiez prest 
Mardi au soir à la nuit noire , 
Que mes sires iert à la foire , 
Et je cerai en maison seule ; 1 
Mais gardez bien que n'i ait boule 
Que n'aie toute ma promesse. 
Dame, dist-il, par cele messe 
Que j'ai chantée, vous aurez 

200 Plus que demander ne saurez. 
Atant cele d'iluec parti 
Et soffrirent jusqu'au mardi 
Que sires Hues fist acroire 
A ces voisins que à la foire 
Estoit alez dès le matin ; 
Mès il parla molt faus latin, 
Et les servi molt bien de gangles , 
Car il entra* en une chanbre "4 
Où se muça mès sires Hues, 

210 De joste li une maçue , 

Et fu illuec jusques au soir. 
Li soucretains, pour dire voir, 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 



3a5 



"Et que voloit tenir convent ., 
Qant fu couchiez tout le couvent 
Et endormiz tous bien se sont , 
Au trésor vint où assez ont 
Bons calices d'argent et d'or, 
Tôt pris, mais il n'ot pas ancor 
Son fais , ce li est bien avis , 

220 Ainz en a pris où crucefiz , 

Haus fu lités, malt li cousta, ' 
Trois des cornières en brisa 
De la corone de son chief , 
Puis s'an retorne droit arier , 
Si qu'il emplit bien son sachet 
D'or et d'argent jusqu'au golet. 
£1 col le lieve tôt ainsi 
Par la poterre s'en issi 
Dou jardin qu'il ne fust véuz. 

s3o II en estait bién pourveruz ; 
Dou fossé de la betresche 
Venuz c'en est plus droit que flesche 
A l'uis d'arrière de la bourjoise 
Qui là l'estandoit «comme cortoise. 
Ele euvré l'uis , et il s'i boute 
Comme celui qui riens ne dejate , 
Et qui ne crient ne Dieu ne home. 
Il se descharge de la somme 
Si la présente à la bourjoise , 

?4<> Et cele à cui gaires n'en poise, 
L'acole et baise molt estroit , 
Et dans Hues qui tôt ce voit , ^ 
Ne pot sof&ir plus longuement , 
Ainz se leva tôt maintenant. 





3*6 



a5o 



260 



NOUVEAU AfcCUEÏL 

Tel li donna de sa maçue 

Où haterei que il le tue , 

Et à ces piés Vabati jus. 

Dame , fait-il, or ni à plus 

Fors de véoir que nous ferons , 

De veoir comment nous porrons 

Délivrer de cest vif déaMe , 

Si que sor nous n'en soit le blasttte. 

Haro, dant Hue, dit la dame , 

Mors ou escorchie* ou ars en fiame 

Serons ou au forches levé i 

Murtres ne puet estre celé , 

Geste chetive que fera ? 

Dame , ne vous estimiez jà , 

Ne dou moine né parle* mais , 

Je vous en ferai bonne pais, 

N'aiez ja doute? de sa mort. 

Le preudome qui moh fu fort , 

Leva le moine sor son col , 

Mè* ùt le tigne bien à fol 

Qu'il lanporte vers Vabaïe , 

En avanture met sa vie , 

Par celi méismes sentier 

Par le jardin , par le ehaHier , 

Par la poterne dont îssi , 

Le moine raporte.tot issi , 

Si conque» point n'i reposa , 

Devant lettre que le posa 

Sor le pertruis (Tune privée. 

La test^li a ancfinée i 

Et trait avant son chapftott , 

Et met en sa màht tm torenorf 





DE FABLIAUX ËT* ÇOWf Ef5> 
Si cora affiert à tel mestier, 
Puis s'an rétonîe drôît àrrif h 
Revenus e$t à son ostel. *■ 

280 Dame , dist-il , or n'i à tél ; 

Que de bel et dè bien tïeScîàîrè ^ 
De nostre moine ëatefc dëtîtrè 5 
Vous n'en orroft jamais nôuvëllë. k 
Mès alumez unë çhàndelë , 
Car il est bieirtem été c^ihfèr 
Car de porter cet àvèrfciér 
Sui touz travillie^ et laissez. 
Quant de ht nuit fil tant passez 
Que de mâtinés pàêfta 1 eùre 

#a 9° ... (*) 

Le comjtaignon au Soucrëtàiri , 

Chandoile ardahs tint ën sa njain , 

A son lit vint , quartt il hou fruëvë * 

Mauvaisement l'irevré reprùéve. 

Cil chetis la qui si à enivré , 

U ne porroft pas lôngue ViVré. 

A la privée droit ett Vint , 

Et vit le Soucretairi qui tint 

Un grant torchon dedans sa main. 

3oo Par Dieu , dit-il*, dan Soucre&in , 
Vous bevez tant chaùcune nuit , 
Petit vous est cui il anuit , 
Qui tant demorez à sonner. 
Mais il ne li pot mot sonner , 
Et tant qiiè lï moine saïre, 
Il passe avant et si le tire 



(*) H manque un ver» ici. 



328 NOUVEAU RECUEIL 

Le chaperon mok rendement ; 
Et cil qui tient mauvaisement , 
Chéi avant sot le viaire : 

3lo Or a H moines plus à Cadre, 

Car il voit bien que il est mort. 
. Compains , fait-il , à molt grant tort 
Et à molt grant desraison 
Vous ai ocis sanz mesprison : 
Dieus, je me cuidoie joer, 
Or n'i a fors que dou voer 
De moi foïr hors de son règne. 
Dame-Dieus qui par tôt règne , 
Ne me donne secors par tens , 

3ao Car je ne sai veoir le tens 

Gomment je m en puisse escondire ; 
Et non pourquant j'ai oï dire 
Que il amoit la famé Hue , 
Un marcheant de la grant rue. 
JeV yoel porter à sa meson , 
Si samblera molt miex reson 
Que Hues Tait tué que moi : 
Je sui plus fors que palefroi. 
À son col le prent , si s'en tome 

33o Par le jardin pensas et mourne, 
Par la brèche , pat le fossé , 
Le Soucretain a endossé 
Tôt en estant à Fuis derierè % 
Puis s'an retorne droit ariere , 
Onques de riens ne fist samblant. 
Et la dame tôt en tremblant 
Se fu levée pour pissier , 
A Fuis vint droit où lavercier 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 329 

Fu apuiez , si l'uevre ariere , / 
34o Ennri le front la fiert arrière 

Si que l'abat tote estandue. 

Merci , fet-ele , sire Hue, 

Revenus est li Soucreta^n, 

Or n'i a fors que demain 

Serons pendu , destruit ou aip f 

Petit prise ore ces deus cent mars 

Que nous «ayons pour tel afaire. 

Mès dans Hues la refait taire , 

Que des voisins avoit paour. 
35o Dame, dist-il, n'aiez fréour, 

Mès gardez bien vostre meson , 

Que il est bien droiz et reson * 

Que qui le brasse si le boive : 

Il est bien droiz que je reçoive 

De cest afaire tôt le mal. 

Le moine prent comme vassal , * ■ [ ' 

Desor son col la mis dans Hues, 

Si s'an torne toute la rue 

Tôt droit le grant chemin ferré, ; , 
36o Mais il n'ot pas granment erré , . 
Que noise oï , mès n'en vit riens : 

Hélas ! fait-il , or sar-je bien 

Que je sui pris et retenus, 

Et à mon jugement venus. 

De l'autre part garde , si voit 

Une ruelle qui estoit i * 

Grans et parfonde , si i antre, „ * v 

Mès sachiez li cuers dou vendre 
De grant çaour el cors li tramblç. * 
370 Estés-vous dui larron ensainfcle 



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33o .NOUVEAU RECUEIL 

Qui portaient dni bacons gras 
Qu'ourent alnHé chefc dan Thouinàs , 
Un boulangier d'aval la vile. 
L'uns cTaus qui tnolt savoit de guile 
À dit à Fautre , que ferons f 
Ja ce bacon n'entpofterdtts 
Par mon consftil avant de ci 
Devant que nous aiens le cri 
Oï et yeu don tavertiier : 

38o Metoris le ci en ce feinter 

Dedans ce sac que il ne pue. 
Et tôt ce ot mes sirè Hue 
Qu'an la ruelle c'estoit mis. 
L? larron si ont le sac pris, 
Si i boutèrent le bàôôn 
Où fumier où ot tnaint bâton 
Et mainte escroue à sauveté, 
Puis c'en retornerit dtfoit arrier 
Si s an revinent à lot* dste. 

390 Et dans Hues son ntoing osté 
De la ruele Vistefflént , ' 
Si met au col tôt é&raunient, 
Grant aléiire au fumier Tint, 
Le sac deslie , si retint 
Le bacon et met le moine* 
Molt bien a faite sa bëàoigne, 
Le bacon prent, si èett rétorne, 
Et la, dame pensive ét iftorne 
Dé la grant doldr qu'ele ot , 

4oo En son ottA dufer ne pot. 
*ïi sire est en mi là rue , 
Qant ele Voit «venir dain Hue 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 53i 

Et ele vit qui! fuchargièz, , 

Lasse, fet-ele, est enragiez * •* 

Cil traites qui lé raporte. 

Or sai-je bien que je sui morte 

Et qu'or est péchiez qui me nuit. 

Dame, fet-il , encor annuit 

Pourroiz dormir tôt aséttr, 
4«o Car cil croissant vient nostre ëur. 

Le Sôucretain ai-je charigié 

A un bacon- qui n'iert imtngié 

Par nous dWà la Saint Denis. 

En estui ont lé bacon* mis , 

Lors se couchèrent se il voudf ent. 

Lies larrons qui le baoon ouf eut 

Dedans le sac où fumier mis , 

Ce sont dedans la taverne assis , 

Dou vin font largement frère : 
420 Ostes, fbnt-il, largement fêtes, 

Nous voulons aler et venir , 

Chanter céans tôt à loisir ; 

A vous ferons un tel marchié 

Où assez plus de la moitié 

Gaignerez ce il vous plet. 

Seignour, dist-4!, mal dehas ait 

Qui le gaaignier refuse mie, 

C'est nostre rente, c'est nostre vie : 

Qu'est-ce donc que volez vendre ? 
43o Sire , à vostrè oés le poez pendre , 

yn cras bacon à desmesure. 

Seignour , dist Toste, j'en ai cttre , 

Que pour musart ienùz soie 

D'acheter chose que ne vôie, 

et ♦ 



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33* NOUVEAU RECUEIL 

^ Alez le querre sou verrons , 
• # Tin fet marchiez tantost ferons, 
Se cè est voir que il soit gras. 
Et il s en tornent plus que lou pas 
Là où certainement savoient 

44<> Que lou bacon laissée ayoient. 

Lou sac prirent , si le troussèrent , 
Si que à l'ostel FenooTterent , * 
Si en boutèrent hors le moine. ** 
Qant li ostes vit cestè besoigne , 
Si c'escrie , larrons , larrons \- 
Mal dehais ai or fcelz bacons ! 
Ci feroie-je mauvais^gaaing 
Cist sires est de laiafis 
Li Soucretains qu'avez ocis. * 

45o Puis commande quç.fces amis 

Soient tuit quis , cousin et frère. 
Pour Dieu merci distl uns dps lerre , 
Pour l'amour Dieu comment qu'il voise, 
Jà en la vile ir*en soit noise 
Ne ja sergent ne s'en remust , 
Plus muet-on le fiens , plûs pust. 
Nous savons bien ou le préimes , 
Se il vous plait , illec méimes 
Delivrement l'enporterons , 

46o Vostre ostel en délivrerons , 

Si que jamais n'en orroiz blâme. 
Alez , dist-il , au vif déable 
Hors de céans et vostre moine. 
Et cil s an vont grant aléure. 
Helas ! dist quelle -avanture , 
Que meséur, quel mescheance L 

• -> 




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DE FABLIAtfx ET COltécS. 333 

Or estoie bien en fiance 

D'avoir deniers* et Vins assez. 

Or sommes-nous Bien gabez. 
470 Onques navint çe à chetis. 

Compains , que te fii-il avis , 

Se c'eàtoit bacons ou moines \ 

Tais toi, fait-il, et si ne hoignes 
i Il'n a home dec'à Maçon 

Qui nç cuidast avoir bacon ; 

Ja ne véist-il que lpu gras. 

Adonc vindrent chifo dam Thoumas , 

Sï montèrent par le pignon 

A cel méimes chaatgnoft 
48o Dont li bacons fu despendus , 

Ont le moine pendu^assus. 

Qifant ce avint que il fu jjùt , j- 

Au matin sanz plus de séjour 

Dai? Thoumas apëla Hbbin # 

Un sien garçon qui au .molin 

Devait aler 'ptortér blé , * * 

Mais a Robin en a^p|b]^ 

Molt grant escfcaçs si ejen rendort. 

Par Dieu, Robm, tu^as grsmt tort, 
490 Fait dans Thoumas 4 de dormir iant. 

Et cil ifespont tôt en $ku*a&$$ ' 

Sire , mal dehas ait Rooin 5# t+ 

Se it i va âSi malin ^ * /v ; V * 

Devant qu'arai mbn r EJ^!tt^ 

Par Dieu , Robin , molt m'éiHst hel ,5 

Dit la dame , dont levez sus*? ' 

Dou pain prenez encoVg plus 

Que ne féistes'mab avan. 



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*34 * Jf^lUVEAU «ECUEIL 

Dame, dist-il, par Saint Jehan 

Ja de pain sec ne mangerai 

5oo Ne de céans ne mouverai , 

Jusqu'à tant que m'arez donnée 
Du bacon une charbonnée. 
Tu l'eusses molt volantiers , 
Mais tu sès bien qu'il est entiers , 
Fai-ce la dame, si auroit 
Vante perdue c il estoit 
Entamez de çà ne de la. 
Dame , ne vous esmaiez ja , 
J'en prendrai entor si très bel , 

5io Que ja n'i parra que coustel 

I est touchié ne tant ne quant. 
Et quant ele ne puet en avant , 
Si li donne congié dou penre , * 
Ves-toi et chauce , si va panre. 
Une eschiele a mise amont, } } - 
Au moine vint qui pesa mout 
Et qui tenoit mauvaisement. 
A une main le grant sac prent, s 
> Le coutel à l'autre main prist , 

5ao Taillier en voult, mais qant il fist. 
% Sachiez de voir petit li vaut, 
Li chaaignons dou col li faut 
Qui de la gueule li deserre, 
Tôt ensamble chient à terr^fe f' 
Si qu'il donnèrent molt grant cas. 
Qu'est-ce , Robin , fait dan Thoumas , 
Pour les sains Dieu es-tu chéoiz? 
Oïl , sire , mal dehas ait ^ 
Qui dut mètre le chaaignon ! 



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DE FABLIAUX ET €0NTE5. 335 
53o Car entre moi et le bacon 

Sommes à la terre rul. 4 

Par un petit ne m'a tué. 

Ne mais que je clw desij& 

Dans Thoumas atandra plu* 

Il et sa famé $e lqp ejrçiprt*, 

Au feu vinrent s'alunirent ; 

Le moine virent en mi ïairç. 

Hareu ! lasse , que pprrai faiçe , 

Fait ce la famé daji Thoninas ? 
54o Mès que fera cia^ c^etift la^ , 

Qu'il ne puet traire ne pie vmixk , 

Et si cera ge^du^ d^Wnn. 

Lors ce&cxient à fautes yois 

Et en firent plus de cent croiz, 

Et si distrent m oit hautement , 

Or nous convint veoir comment , 

Fet dans Thoumas, que, nous puisaons 

Délivrer nous que ne scions 

Par cest afaire ars pendus. 
5"5o II a céans un poulain dru 

Qui molt destruit avoine ej^ feiup , ' 

Ne onques n<H>eJe ne frainc, ^ 

Et si ne fu point d'eiperonr, ., 

Si me créez nous H metron* 

Et frainç et sele san» essoine, 

Et si metron* jjesus le moine; . 

Et le lierons àJa sele, . 

Et une lance sonz L'aisselé, . * 

Puis le lairona , si ne nous chaut ? 
56o Ou çà, où là quel part il aju*, + 

Fors tant que nftH& en, avions quitus ? . 



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Nouveau recueil 

Ausi soit comme tous dites , 

Ce dit Robins delivrement. - 

Le poulain prennent erramment, 

Le moine ont sus la sele mis 9 

Puis le lièrent tôt ainsis , 

Par luis c'en vat émmi la rue , 

Li poulains souz lui âe remue , 

Des espérons senti la pointe , 

Si s'en torna parmi importe 

De l'abaïe qu'ert overte, 

Et li. moine por lor grant perte 

Ce jour matin levés furent, 

Parmi la cort leans esturent, 

Ça un, ça deus, ça trois, ça quatre. 

Le Soucretain virent embatre 

Dedans la cort à tôt sa lance i 

Or furent-il bien en fiance 

Que ceistoit mauvais esperiz* 

Li moines sa lance feri 

Encontre un mur si quele froisse , 

Adont véissiez faire angoisse 

Et anfermer par ces maisons 

SergenS et moines et garçons, 

Que chaucuns de papur trambloit. 

En la cort une fosse avoit 

Qui ot cousté' cent mars d'argent, 

Grant et parfont molt durement 

Où il cuidoient faire un puis ; 

Mais n'i pooient trouver conduiz , 

Ne nulle sourdance par nature, 

Et U poulains par avanture 

Cele part vint à grant eslais, 



• 



DE FABLIAUX jsf CONjfcS. . 33 7 
Dedans chai> tous à un jj{is. v 
Trestuit li moine* bien le courent, 
De la çrant joie qu'il ovra^f 
Firent trfcstouâ'Hfc sainz CmnW, " 
Et par 1« bou/c firent crier . 
600 Que nul home «fe ren^ijisist 

Qu a la f^e* ne xM*%^V * 
En la chapefc^Stepoait. 1 * 
En molt j$u d euré en^^fcen* ** 
Qui ont k fos^ê%)sÇ^m*be^ 9. • 
' Dont vépsiqfepar . . é<i m 

% Fere gran^aj^J^^nte.t - * . 
De lor pr^t?^tîrtot ' ^ 



Et lor e dom»S&n obYtmSK * * 




32 



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'BTOUTÎlÀU RECUEIL 



LÀ thA^VEZ/ 



Aïde Dex qui tôt governe , 
Il avint en une taverne 
L'autre an, si con Acre fu prise , 
Bien en ai la matire aprise , 
C'uns Bachelers de Normandie , ' 
Don maint Gentilome mandie , 
Se voloit disner par matin ; * 
Mais n'ot geline ne pocin , 
N'à mangier qui gaires vaille , 
Fors un sol panet de maaille. 
En sa main tenoit un denier , 
Si conmanda au tavernier 
Que danrée de vin li traie. 
Et cil de noiant ne délaie , 
Qui moult est fiers, et orgoiiiox, 
Ceintes vasax*et otragos , 
• Au ttmel vint grajitraléure', \ 
Trçstot plaiYie la mesure ;* 
fcrant un henap trettot'de plain , 
Au Normant lo mist en la main : 
ïien, Va, faît-il, isnelement.. 
•tors li versa si roidement 
El hanap que cil li.tançli / 
Que demiio tin e^pandL 
Bar son opgôil et par s'otrage. 



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DE FABLIAUX ET COMTES. 33 9 

Qant li Normant vit son dpniage, 
■* Lors not en lui que aïrier 

Qu'il ne li reraejîoit c 'un denier. 

A tavesnier escrie haut , 
3o Sire vasax , se Dex me saut » 

De top orgoil mestier n'avoir. 

Et , cil respont, va ta voie , 

Fox musarz, espoir se Dé vient f 

Ce est gaaigne qui te vient , 

Car à celui qui vin espant 

Vient, ce djt l'an , gaaigne grant : 

Cist domages te dok moult plaire $ 

Li vins est près , si an foi traire, . 

Ne ne parler de tel lastel : 
4o - Maint hanap en ai or gasté , 

Ainz ne fis chiere ne sanblant, 

D'im mui n'en parleroie tant 

Con tu feroies de demie; 

Li Normanz l'ot, ne li sist mie 

Que li tavernier lo ranpone , 

Ains voldroft mielz estre à Espoae 

Qu'il nel' corost, conmant qu'il aille* 

De sa borse oste.une maailk > 

Si li dit que li aut , boen erre , 
, So Demie de frdraache querre. 

Bau ça, fait-il ; lors s'an torna , 

Les degrez do celier monta, 

Si en va moult tost et isnel. 

Et li Normanz vint au tonel , 

Conmant qu'il praigne ne chiée, 

Si a la broche hors sachiée , 

Si fait lo vin aler par terre. 



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NOUVEAU RECUEIL 

Cil qui lo fro»ache ala querre, 
N'a mie grantmant atendu : 
Qant il voit son vin espandu, 
Moult ot au cuer et duel et irè ; 
Ainçois que.il volsist mot dire 
Au Normant , ne à lui tochièr i * 
Ala lo tonel estanchier. * 
Qant il ot la bfoche remise , 
Au Normant vient , si li devise 
Que vilainement a mespris : 
Par lo pan do sercot l'a prU, 
Tôt li covienVlo vin à randre, 
maintenant lo fera pandre. 
Li Normanz dit, laissiez m an pais, 
Ains plus fol de toi ne vi mais ; 
Ne sez-tu que tu me déis , 
D'un po de vin que m'espandis , 
Je gaaigneroie à planté ? 
Or saches bien de vérité , 
Que cens dobles doiz gaaignier , 
Que en ton vin te puez baîgnier 
Qui par ce celier cort à ruit , 
Par tans porras mener grant bruit 
Del gaaing qui te pant as iauz , 
Laisse, mestre, et si di miauz, 
Que moult te vient bien ta besoigne 
Si con ta parole tesmoigne , 
Icest san m'as-tu or^apris. 
Adonc la li tavemiers pris, 
Si lo saisist par grant efforz ; 
Mais li Normanz fu granz et forz , 
Contre un tonel l a Si hurté , 



DE FABLI4XIX ET CONTES. 341 
90 A pou ne Ta escervelé. 

Li chantés torne , c'est péchiez , 

Et li toniax s'est eslochiea , 

Que trois des cercles en^ronpirent, 

Et les mesures jus chaïrent, 

Tuit sont brisié li mazerin. 

Baignier vq^ poissiez en vin 

Par lo cetier en plusor leus : 

Or ont fait d'un doraage deus. 

Cil s'entretienent duremant , 
100 Mai* li Normanz moult justemant 

L'a entre deus fonz aenglé , 

Jà l'aûst m*rt et estranglé , 

Qant li voisin i sont venu , 

Lo tavernier ont secoru, 

Et lo Normant botent en sus , 

Mais onques ne lo tocha nus ; 

Mais tant li ont fait de desroi 

Qui Vont mené devant lo Roi. 

Qui que s'an lot, ne qui s'an plaigne, 
110 C'est li Cuens Hanris de Chanpaigne , 

Qui tenoit la terre et l'anor. 

Qant devant li vint la clamor, 

Lrtaverniers tôt li reconte 

Con li Normant li ot fait honte , 

Tote sa perde li demande. 

Et li Rois au Normant conmande 

Et conjure que voirai die. 

Je n'an mantirai , fait-il , mie ; 

Lors li a conté maintenant , 
1 20 Si con oï avez devant , 

Conques mot n'en daigna noi«r. 



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NOUVEAU RÏCUEït 
Li Rois demande au tavemîer 
Si c'est voira que il a dit : 
Oïl , sire , sanz contredit , 
Conques nï a taanti de mot. 
Et qant la gent Io Roi ce ot , 
Si bâtent lor paumes et dient 
Au Roi Hanri. trcstuit , et dient 
Que mais si haute lecherie 
Ne fu devant haut orne oie ; 
Por ce que il en ristrent tant , 
Se tindrent devers lo Normant ; 
Et li Rois si a respondu , 
Qui ait perdu, si ait perdu. * 



CI FBNIST LA PLANTEZ. 



DE FABLIAUX E^céWES. 



LI FABLIAUX tM& TBBÇfiS.O 



ms que je lai si gatw^ris,, /* » 

N'esjt droiz que je çpi$t repris * 

Rer angoisse n&|>or clestreces, 

A rimer le fableï 4es Treces . ^ 

Ai mis.de mon tens un petit , * ■ 

Or cgez*que ii faMiaus dit. 4 , 

Que unjxorjois preu.z et hardiz, 

Sages et èn faiz et en diz, * 

De bon es taches entadtuez « 
10 Lez^sa famé sç fu couchiez \ 

Un mardi à soif enlson lit, * 

Que moult estok à grant delk , *. 
, Que bele estoit aérant merveille. * 

Cil s'andormi et cele vgijle 

Qui atendoit auQgè aventure. 

Ez-vos atant grant aléure, 

Ou fttst à tort ou à raison , 

Son ami anmi la maison 

Qui entroit par une fenestre, 
20 Gomme cil gui biefi savoit Testre. 

Il vint au lit, si se déschauce, 

Qu'il ni laissa soller ne çhauce^, 

(*) Ce conte est une imitation d'un épisode -de celui du Derviche et 
du Voleur A tome I er des Contes et Fables indiennes de Bidpaie et 
Lockman. 



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344 itetJVSAURECUÇIL 
Cote ne braies ne chemise , 
Et la dame — a à devise. 
Quant le sent vers li s'est tornée, ' 
' Son mari fist la bestomée 
Qui delez son costel gisoit , 
Et cil de li fist son esploit 
Qu estoit venuz noveletnent. 
3o Après se li fabliaus n'an niant, 

Fu tant la dame o son ami , - 
Qu'andui où lit sont endormi. 
Tuit troi dorment en une tire , 
Que nus nés sache ne ne tire. * 
Li borjois ses veilla premiers * 
Com cil qu'en iere costumiers , 
Devers sa famé se torna , 
Son bras par desouz li gita , 
*Si sent la teste d'autre part k 
4o De celui qui ot el lit part : 
• Bien sot que ce fu ùpe ou, uns, 
* Qu'ainsis îi fust li Hz communs; 
Lors saillteus^pftr son effort 
Com cil qui fu en grant (effort. 
Celui qui lez sa famé jut , 
Print que eschaper ne li put. 
Cil se sent prjs , forment li grieve, 
Li i>6rjois à son col le lieve , * 
Qu'il n'iere de rien ses amis , 
5o En une grant cuve l'a mis 

En qui n'aura point de déduit 

• ,.o 

(*) Il manque un vers ici. 



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D£ FABLIAUX ET CONTER. 
S'il ne^set por quoi.il i vint. 
Lrborjois à son Jit revint, 
Sa famé apele, si li dist; 
Or tost, feh-it, sanz Contredit. 
Prenez-le , si le saisissiez 
Par les chëvçs, si nou laissiez 
Por. riens qui vos doie grever, « 
G'irai la cbandoile alumer 
Si quenoistroi ce menigaut. 4 
A ice n\ot là damç salit, , 
Son ami par les chfcvos prist , 
Ce pesa li com tan^ mesprist ; 
Mais el le fist contre son cuef n 
Et li borjois dist, bele suer , 
Gardez que il ne vos eschap , 
Vos n'i porriez avoir rachap 
Que vos n'i morissiez à honte. 
A ice mot n'i fist lonc conte , 
Lors va alumer la chanôVnle. 
La dame son. ami apele , > 
Or tost , fait-ele , vestez-vos , 
Ne soiez lans ne pereçous, 
Recréuz ne de çuer failliz. 
Cil est de la cuve saliz , 
Tantost se vest et aparôille. 
Or orrez jà fiere mervoille, 
Gommant famé set décevoir, 
Et mançonge dire por voir. * 
Un véel ot en la maison 
Qui fu liez à un baston 
Et atachiez d'une cprdele : 
Une genice estoit moult bele* 



*346 NOUVEAU RECUEIL fl 

-» . La dame s an ala la- voie, m 
La génice tantost desloie , 
Si la print par devers la teste , 
Dans la cuve* a mise la béste : 
Sef amis, vint à garisorç, . 

• 90 Tout sans ennui , sanz mesprison 
Conques la nuit il ne revint. 
Li borjois sofla le feu bien , 
* Tafht le sofla qu'à cuer qu'à paine 
Qu'à po que ne li faut Valaihe. , 
Quant la chandôille fu alumée , 
Plore des iex por la fumée. 
Lors sesf, tant hasté car il vient 
A la» cuve où la dame tient 
Le véel , se li print à dire : 
100 Tien le tu bjen? oïl voir, sire, 
Et je aport, dit-il , m'espée , 
Si aura la teste copée. 
Quant vient à la cuve , si esgarde 
Le véel que la dame garde. 
Ahi ! dit li borjois, ahi ! 

••••(*) 

Famé tant sez maie aventure 
" Souz ciel n'a nule créature 
Ni decéusses par verté. 
110 Moult avez or tost tresgité 
Vostre lechéor par ma teste , 
Je ne mis pas ci ceste beste. 
Sire , fait ele , si féistes , 
Ainz autre chose n'i méistes. 

(*) Il manque un vers ici. 



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DE FABLIAUX ÉT CONTES. * ^ 347 
Nel' dites pas, ce seroitfaus, 
Vos i mettez coin deeloiaùs^ * * % 
Dit li borjois, mais vos", puste. ofde. 
A ce mot la dame «an*torne , 
Si va o son ami gésir v • * * 
120 Tout bêlement et par loisir, % * 

Qu'ele amoit moult et tenoitchier, 
Et li borjois s'ala couchier 
Qui iere las et travailliez 

.....o 

Si s'andormi, ne set que face, 

Et la dame bel se porchace 

Commant le puisse décevoir, 

Et la grâce de lui avoir . 

Lors apele une soe amie : 
i3o Ma douce suer, ne vos pôist mie, 

Ainz en alez de ci au jor 

Dormir avecques mon seignor, 

Et je vos paierai demain 

Cinc sous touz ses en vostre main*: 

Car se delez lui vos sentoit , 

Jà de moi ne li sovanroit , 

Ainz cuideroit que je se fusse 

Qui delez son costé géusse , 

Moult dout le blasnle de la gent. * 
i4o CeTe qui convoita l'argent, 

Li dîst tantost que ele iroit , 

Mais ne vorroit por nul androit 

Qu'il la ferist ne féist honte. 

Or tenez d'autre chose conte*, 

(*) Il manque un yers ici. 



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3*8 ♦ NOUVEAU RECUEIL 

Dh la berjoise, ce ne puet estre. 
* Atant ode qui bien sot lestre , 
San est eft lestel embatne, 
Si s'est despoilliée tote nue, 
Se s'est fez le borjois conciliée 7 

1 5o .Mais je* dont qu'il ne l'an mescbiëe t 
Car li borjois fu esveilliéz, 
Qui n'iere las ne trayeilliez 
Fors que de corronz et danui , 
Et quant il sent celi lez lui, 
Sa famé cmde avoir trovée. 
Ahi ! dit-il, foie provée, 
Estes vos revenue ci ? 
Se jamais ai de vos merci 
Dont soie-je honiz en terre, 

160 Nala'pas loigmn baston querre , 
Qu'à son chevet en avoit deus. 
Lors le saisi par les cheveus , 
Que ele avoit luisanz et sors 
Tout autresi comme fins ors , 
Le chief sa famé resambloit. 
Cele qui de paor trembloit, 
N'ose crier , mais moult s'esmaie , 
Et li borjois tel cop la paie 
D'une part et d'autre por voir, 

170 Tant que morte la cuide avoir ; 
Et quant dou hatre fu lassez , 
Ne li fu mie encor assez , 
Puis a juré son sairement 

o 

(*) Il manque un vers ici. * 

p 



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DE 1ABLIATJX ET COtfTESk 349 
Qui il la honniroit dou cors* * 
Lors livesrache les treçes fors 
Au plus près qu'il pot dé la tes^. 
Cele s'an fuit, plus n'y^arcste, ' * % 
Fuiant san va caflfcme dhaitivfe,^ 
180 A la borjoke naouk aitrive. . * 

Lors li conte la covenue 

Que li borjois li avoit faite , 

Toute l'eschine li a fraite. * * 

Ne gaagnera jamais son pain^ ^ 

Car sor li n'a ne pie ne main 

Ne soit brisiez, ce li est vis : 

Les larmes li chiéent dou vis , 

Et de ses treces ot tel duel > 4 
190 Morte vossist estre à son vueil, 
: Quant la borjoise ot escouté 

Ce que cele li ot conté , 

Si la conforte à son pooir , 

Et dit que ele ira por voir P w 

Querre la cote et la chemise. 

Tantost s est à la voie mise, 

Si s'est en l'ostel ambatue. *" 

Cil qui la cuide avoir batue , 

S'est recouchiez et puis s'andort. 
200 La dame quiert et serche fort 

Tant qu'ele a les treces trovées 



Qu'il ot souz le cossin boutées , 
Puis quiert la cote et la chemise 
Que cil ne s'an est garde prinse. 

(*) 11 manque un vers ici. 



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• ^NOUVEAU RECUEIL 

Tout prent et*estuie jmoult bien, 
Puisse porpense^ d'une jien & 
D'un ba/at moule en recjuoi. 
Latanz*àvoit un palefroi , t 
La (famé a'an vâ cele^açt 
Qui moult savoitf^'e^j^ et «l'art, 
Ai* cheval a la coe copée. 
Et desouz le chevet boutée , 
Puis si despoille sa chemise , 
Tout bêlement et par devise 
Lez son mari se traite et couche 
Qui se gisoit anmi la couche, 
Et quant li jors fu esclairiez , 
Que li borjois fu esveilliez f 
Sa famé sant , si la regarde : 
Par foi , dit-il, tu ies musarde 
Quant ies à lostel revenue , 
Car tu fus arsoir si batue , 
Que je cuidai, se Diex me voie , 
Que jamais n'alasses par voie. 
Or me gehissiez ne porquant , 
Quant je vos bati arsoir tant , 
Gommant avez nul recovrier , 
Certes moult me puis mervillier 
Se trop ne vos douiez des rains 
Et se vos avez les os sains : 4b ^ 
Vérité savoir en vorroie. 
Sire , por quoi me desdiroie , 
Dit la dame , que mal ai-je , 
Vous avez a nuit moult songie 
Que vos me cuidastes ce faire. 
Li borjois ot honte et contraire , 



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DE FABLIAUX ET COUTES. « 3S* 

A tateste li va«iastajit, * -, ^ 

Les treces H trwéve teïiajit * 

Et des chevos a gvant pîan^*. 
240 Lors cuide bien ëfctre enchanté 

Et angignez et entrepris ; 

Par le chièf a cossiiv|Mris , 

Si le soulieVfe iSnelement ; 

La coé dou palefroi sent : 

Com la coe dou palefroi ot , * 

Por cent livres ne déist mot , 

Une grant pièce eû ru touz muz. 

Si durement fu esperduz*, 

Qu'il cuida par anchatitement , 
a5o Je le vos di apertetnent, * 

Li fust atfcnu ceste chose. 

La dame si le blasme et chose , 

Et dit se jà Diex la sequeure , # 

Que grant honte li a mis seure , 

Et sU li dit mais tel outrage , 

Tost i porra avoir domage. 

Li borjois li prie que li pardoint, 

Merci li crie et ses mains joint ; 

Damé, fah>il, se diex me voie > 
260 Je vous cuidai bien toute voie 

Avoir honie à touz jors mais , 

Et les trecea^copées près ; 

Mais je vol bien que c'est mançongç , 

Ainz ne sonjai mais si mal songe 

Com } ai^mon cheval escoé , 

Dont j'ai forment mon cuer iré. 
Par cest fabliau poez, savoir 

Que cil ne*fait^mie savojr, 



\ 

\ 



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Ma N0UVEAU RECUEIL 

Qui cfoû famé de riens <pa ayaigne : 
Mais de ce à vo$ tcmz sovaigne 
De celi qui %n tel manière 
Torna tout ce devant darriëre. 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 353 



DE HUELINE ET D'AIGLANTINE. 



Lœ fu en mai , et tans d'esté . 

Que la vert herbe croist o pré > 

Deus puceles en un vergier 

Entrèrent por esben&ier : 

Lune des deus fu Eglantine > 

Et l'autre avoit non Hueline, 

Amont vindrent par lo jardin 

A la fontaine sor le pin : 

Lor mains lavèrent au ruisel , 
10 Et puis lor cors , ce lor fu bel , 

Don conmancerent à plorer, 

Et lor amor à desmostrer. 

Eglantine s an fu hastée 

Qui a Clerc ot s'amqr dpnée ; 

Hueline li respondi 

D'un Chevalier a fait ami. 

Eglantine, dès qu'ele antant, 

Si li respont isnelemant : 

Damoisele , fait avez mal , 
20 Dès or estes tornée à val : 

Car là avez amor bâtie 

Où il n'a point de cortoisie ; 

Jà en amor de Chevalier 

Ne troveroiz que cortoisier. 
xomk i. a 3 



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3S4 XOUFEAU RECUEIL 

y*M qui à Clerc lirre samor, 
De cortoîsie sant l'odor : 
Car plus set Qers de cortoiâe 
Que Chevaliers qui a amie. 
Hueline ne fa pas mue , 

3o . Ainz dist, tel chose avez mène 
Don vos seroiz encor o moi, 
Mi esciant, si con je croi : 
Car il n a home en ceste vie 
Qui tant sache de cortoîsie 
Con Chevalier, se sachoiz bien ; 
Jamais en doteroiz de rien , 
Et ce vos ce volez noier : 
Je sui preste del renoier 
Que mains set Clers de cortoisie y 

4o Que Chevaliers qui a amie. 
Eglantine respont riant : 
Dame , a bon conmancemant , 
Puisque avez mené tançon ; 
Soiez tenue par raison. 
Vez mon gaje , et lo main gant, 
De bien tenir mon convenant : 
Dites première , le lorrai , 
Et en après je respondrai. 
' Fait Hueline , je lotroi , 

5o Dame Eglantine , à moie foi , 
Jà vos dirai mien esciant , 
De vostre ami ce que j'antant. 
Vostre ami sel bien corecier , 
Si set chanter en cel mostier , 
Mais il n'ira jà en besoin 
Que son sautier n'aut en son poin. 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 355 
Qant mes amis va tornoier, 
Et cil vait lire son sautier : 
Et qant cil fiert son compaignon , 
Et cil fait ensolucion. 
Jà n'auroiz jor de lui barnaje 
Don vos puissiez estre plus large ; 
Mais mes amis porte cenbel, 
Et si asaut sovent chastel , 
Et moult se {ait hardiz por moi, 
Qant il cuide que je lo voi , 
Ne dote pas chevalerie 
Por moi à faire ne folie , 
Qant est armez de son conroi, 
Et il set bien que je Io voL 
Se Chevalier puet encontrer 
Qui li voille encontre ester, 
Va lo ferir de tel aïr 
Quescuz n'auberz nel pot garir 
Qu'il ne mete lo confenon 
Par mi lo cors tôt à bandon. 
Par les resgnes lo tient formant , 
Lors si satorne galopant, 
Et apele son escuier 
Que il plus aime et plus a chier : 
Amis , fait-il , pran cest destrier 
Isnelement , sans atardier , 
Et si lo presante à m' amie : 
Conquis l'ai par chevalerie. 
Dame Eglantine , par ma foi , 
Tôt cest desroi , fait-il , por moi ; 
Mais vostre amis n'ert jà véuz 
Que il ne soit rés ou tooduz ; 



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35C NOUVEAU RECUEIL 

Ne jà por home n'istra hors , 

go Se il ne cuide encontrer cors. 
Qant une bière voit porter , 
Lors est séurs de son soper ; 
Miauz aime un mort que quatre ris , 
Toz nos voldroit avoir ocis : 
Ne ne fait rien por vostre amor 
Qui point vos tort à desenor , 
Fors solement lire et chanter 
Por la vostre amor recovrer. 
Bien set les ames conmander, 

100 Et après tôt ce enterrer. 
Si gaaigne par covetise y 
Messes , matines , grant service : 
De cez deniers que il reçoit , 
Por les deniers que en li doit^ 
Vos conroie , dame Eglantine 
Con Fan doit faire tel meschine. 
Or redites ce que volez 
De mon ami voz volantez. 
Eglantine fu coreciée , 

1 10 Qant ot que si fu laidangiée , 
Si li respont par mautalant : 
Dame , an si bon conmancemant 
Se ne me se ore desfandre , 
Par le col m'an estovra pandre. 
Moult avez foie contenance , 
Jà en sera prise vanjance : 
Se ore m'avez fait tançon , 
Or entandez bien ma raison. 
Ci vos vantez de tel amor 

120 Qui vos menra à desenor j 



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DE FABLIAUX ET CONTES. $87 

Mais mes amis est bien cortois , 

Aprjs d'amors en totes lois ; • 

Et li vostre est plains de pauverte , 

Et met ses gages en taverne , 

Et qant il vait à cez tornoiz , 

Don li estuet par fin destrois 

Deniers querre à emprunter 

Don il se puisse conréer. 

Tant con li durent cil denier , 
1 3o A-il à boivre et à mangier : 

Jà por sa foi n aura garant $ 

Lo gaje estuet venir avant $ 

Qant il n'a mais que engager , 

Dou va à vos por enprunter 

Sercot , o mantel , o pelice $ 
\ Vos li prestez , 11'an poez mais , 

Très bien savez nel' verroiz mais, 

Adonc s'an va à un tornoi , 

Les deniers porte ensanble soi ; 
i4o Qant li faillent , don n'a que prandrô f 

Don il estuet son cheval vandre. 

Des deniers que il en aura , 

Bichemant s'an conroiera , 

Mais ja la foiz n'ert regardée 1 

Que en gabois est obliée , 

Ne voz gajes qu'il a laissiez, 

Se vos volez, sés desgagiez ; 

Ou ce ce non , si atandez 

Qu'il vos die , dame, tenez, 
1 5o Ce atandez que il vos die , 

Mais ce nert jà en vostre vie. 

Qant li chevax sera mangiez, 



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35S NOUVEAU RECUEIL 

Et li hanberz ert engagiez , 
Ci hiannies ira an marchié , 
En po dore l'aura mangié; 
En lo prandra por un denier. 
On à enviz, on rolantiers 
Ira chiés lo bochier Fespée 
Por demie truie salée : 

160 Or n'aura-il poincet de Tin 
Ne d'avoine , nés plain bacin. 
Don oovient-il , ma damoisele , 
Lo frain vendre , et puis la sele ; 
Les heuses vont à la provande , 
Car autre chose n'a que prandre. 
Or sont li gages engaigié , 
Ainz demi jor seront mangié ; 
A l'autre jor iert esgarez 
Don à la tierce soit disnez. 

170 Se donc avez , si li aidiez , 

N'est pas droiz que vos li failliez. 
Icel besoinz li vient sovant , 
En Fan cinquante foiz ou cent. 
Mais tôt ice ne sai-je mie , 
Por itant sui au Clerc amie , 
Ainz me serré en ma cheere , 
De devant moi ma chanberiere 
Qui me dira que mes amis 
Viaut acheter peliçon gris, 

180 Ou tel mantel , o tel bliaut 

Qui cent libres d'esteiiins vaut , 
Et si sachiez chascune nuit 
.Terra o moi dedanz mon lit. 
Ce m'est avis 5 c'est cortoisie 



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DE FABLIAUX ET COUTES. ' 3f>9 

Daséurer de vilenie: 

Se or volez de moi parler , 

Il ne me doit pas trop peser. 

Hueline respont riant 

Qu'i li Tait auques anuiant, 
190 Qar nos somes tant enviées 

Que amedeus somes iriées , • * 

Encor n avons-nus à fin trait 

Lo conmancemant de nos plait ; 

Alon encor querre seignor 

Qui nos jugent à grant enor. 

Li Clers set plus de ctfrtoisie 

Que Chevaliers qui n'a amie , 

En moie foi, fait Eglantirte; 

Jel' otroi , fait Hueline , 
200 De ceste mise que ci rais 

Voil que li termes en soit mis : 

En cest vergier asanblerons , 

Ce vos plevis , puis entrerons. 

A icest mot sont départies , 

Qant les fiances furent prises : 

Ne demora pas longuement , 

Li termes vint del jugemant. 

Il chevauchèrent à bandon , 

Sanz mautalant et sanz tançon. 
210 Enz en un bois espès ramu 

Sont entrées, moult bien foillu : 

Li chauz les vait moult aprimant , 

Joste lo bois vont chevauchant. 

Dame Eglantine ot une mule, 

Miaudre de li ne fu ainz nule , 

Tote blanche con un cristax , 



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NOUVEAU RECtJElL 
Qui s or li siet ne saut irai max ; 
Soef la porte i'ânbléure 
Qu'il ne sett imle autre aléure , 
Mais tant par vet sinplemant 
Que rosée ne sant noiant. 
Erain a où chief de grant para je, 
Qui moult fu fait de -grant barnaje ; 
La chevece fu tote d'or ^ 
En Esgipte la firent Mor : 
Les règnes sont à or hatues 
De fil de soie bien tissue?^ 
Sele ot bete , et Ifien ovrée , 
De tote part bibn ajorfiée , 
Et moult i ot assisses pierres 
Esmeraudes qui furent èhieres. 
'De paile fu la coyerture, 
Qui cele a , d'autra n'a cure , 
Car tant p^r est dé grant bealté , 
Que jà sa per ne t*ovep#z. 
Li enel sont de blanc argent y 
Sororé sont et avenant. 
Li estrier sont d or noielé 4 
Bien forbi et bién ajtorné : 
Uns espérons ot la pucele 
Dont ne vos os dire novele , 
Car plus sont chier si esperon 
Que li roiaumes Sale mon. 
Ele ot vestu un mantel gris , 
Afublée d'un propre bis. 
Por la chaleur dame Eglantine 
Destreciée ot sa bele crine 
Sor ses espaules contreval. 



DE FABLIAU X-ÏT CONTES. 36r 

D'or resanblent espfrécial. 
a5o Hueline ot un palefroi, 

Miaudres ne fu à cort (le Roi. 

Ele ot vestu un blanc chànsil , 

Et afublé noir osterin. 

Ele fu tant bien atornée , 

Jà par nul home n'ert blasmée. 

Ensi chevauchent les puceles 

Qui tant sont avenanz et bêles. , 

El bois deus bacheless troverent : 

Eglantine parla première , 
260 Car Hueline fu darriere. 

Cil Dame Dex qui maint en haut , 

Il vos garisse et il vos saut ! 

Li bacheler furent cortois 

Et bien apris de totes lois , 

Et responent as deus puceles : 

Dex vos garisse , Dajnoiseles ! 

Se descendre ci voliez , 

Do reçoivre somes toz prez , 

Et se de nos avez mestier, 
zjo Vos lo porroiz bien essaier. 

Eglantine lor respondi , 

Seignor Donzel , vostre merci ^ 

Mais dites nos , par vostre enor , 

Où troverons lo Deu damor. 

Li uns li respont , par ma foi , 

Je vos dirai > si con je croi ; 

S'ansanble o nos volez aler, 

Nos vos ferons à lui parler , 

Si vos manrôns à son ostel , 
280 Ainz mais n'en véistes nul tel. 



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290 



3oo 



3 10 



NOUVEAU RECUEIL 
Fait Hueline , si ferons, 
Alez avant , nos tos snirons. 
Atant s'an tornent moult joianz , 
Ne ne sont mie fnedîsam» 
Ne chevauchent pas un arpant 
Q'eles voient lo pavemafit , 
Et après ont choisi lo mur 
Qui tant par est et fors et dur , 
Que feu ne noif n'i puet passer , 
Pluie ne eve n'i puet entrer. 
Ensorquetot home coart. 
Dedanz ce mur n'i aura part. 
Et après voient lo palais , 
Ainz tel ne fu , në nfert jamais. 
La closture est dé flor de li£ , 
Soef en flaire. li pals ; 
Et tuit li tré sont de cristal , 
Li paleron de garmgal ; 
De ginbregien sont li chevron , 
Et de ciprès lo freste en son. 
De canele est l'antravéure , 
Et de basme la coverture ; 
Moult par est biax sanz nul redout. 
Li conpas est de requelice , 
Qui aportez fu d'outre Grice : 
Li pavemant sont tuir de Sors , 
Mil libres valent li péors ; 
Et moult est granz la doçors. 
Qui loianz est sanz nul redot 
Bien puet estre sires de tôt , 
Car moult i a boenes espices, 
Et moult i a de grant devices. 




DE FABLIAUX ET CONTES. 363 
Je ne voil mie tôt nomer , 
Que grant chose est à raconter. 
Li soz fu faiz de flor de rose . 
Que ni fjast nule maie chose. 
Aprandre poez , ce m est vis , 
Se Dex i fiist de Paradis. 
Un bel aubre i ot enpris , 
$20 Si est tôt droit con un bozons. 
En toz tans est chargiez de flors ; 
Les branches sont espés ramu > 
De totes foilles bien vestu. 
Ilueques chantent li oisel 
Qui d'amors movent lo cenbel. 
Hoc descendent les puceles 
Qui à cort vienent por noveles , 
Et li baron tuit ensemant 
Qui vienent querre jugemant. 

Nota. Ce fabliau , qui , pour le fond , est le même que Flore et 
Blanche/leur, et le Jugement d'amour , renferme cependaut des diffé- 
rences considérables , quoiqu'il soit terminé ici dans le manuscrit de 
Berne ; mais on pourrait lui donner une fin , en reprenant le Juge- 
ment d'amour, tome iv de la nouvelle édition de Barbazan, page 36 1 , 
au yers ao5, jusqu'à la fin. 



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364 NOUVEAU RECUEIL 



LE LUNAIRE QUE SALERONS FIST. 



Salemons qui la seignorie 
Ot de science et de clergie , 
De granz honors et de hautesce , 
Ot un enfant en sa joenece 
D'une dame qu'il moult ama, 
Qu'à bien po ne s'en renoia. 
L'anfés fu moult amé dou pere 
Pour amor qu'il ot à la mère : 
Roboam estoit apelez, 
10 Moult fu l'anfés de grant biautez. 
Li pères qui moult estoit sages , 
Ainz que l'anfés éust aage 
De mal faire, ne le porpens, 
Li volt apenre tant de sens. 
Livres fist por lui mostrer 
Qu'il devoit tenir et ovrer , 
Et que haïr et que amer 

o 

Sor touz les biens quiji mostra. 
20 • Dieu à amer li enseigna , 

Par tout bones genz honorer, 
Sa famé servir et amer ; 
Ne que jà félon ne créist , 
Ne son conseil ne li déist ; 

(*) Il manque un vers ici. 

s 



J 




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DE FABLIAU& ET CONTES. 365 

Que par mal serf est malbailliz 

Bons sires et sovent traïz. 

Moult li dist de choses loigtaines , 

Puis li aprist des soveraines «■ 

Des arz moult bien Je doctrina 
3o Et de la lune li mostra 

Toute la force e^touz les tovirz , • 

Et les croissanz-,et lgs dèscours. 

De la lune fist une* table , 

NeF devez pas tenir à fable « > 

Qui moult est c^ier* et honorée : » 

Table Salemon est nomée. 

A son fils enseignier vouloit 

Tout, si corn la lune naissoit ; (a) 

Le jor que prime estoit nomée , 
4o Et des sages ainsins clamée, * t. 

Des autres jorz tout à délivre f* 

Si comme il est trovez en livre 

Est bon à faire et à laissier, 

A guerpir et à commencier. 

Salemons dist , qui pas ne ment 4 

Que la lune au commencement 

Qui primeraine est apelée , 

Est de touz biens enlumine 

Cel jour bon commencier f 
5o Arer qui gaaigner voudroit , 

Et bon vendre et bon acheter, 

Et tout faire fors que ambler : 

Icil qui la nuit amblera 

Longuement sires n'en 

(a) Far. En quel force la lune estoit, 





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366 NOUVEAU RECUEIL 

Li enfés qui la nuit nestra, 
En paroles sages sera , 
Bons clers sera et bien letrez 
Et de plusors genz ert amez. 
Son saing delez sa bouche aura 
60 Ou près de Teuil , jà n'i faudra. 
Paor de mort en eve aura , 
Mais du péril eschapera 
Se de set anz puet eschaper 
Bien porroit pub longues durer. 
La famé qui cet jor itestra 
En grant bien sa vie usera ; 
Chaste sera et franche et bele , 
Son saing aura souz la mamele, 
Ou en la bouche, ou près de lueil : 
70 Ele n aura jà point d'orgueil. 

Se douze ans puet avoir durée , 
A seignor sera mariée. 
Qui en enfermeté charra * 
A tel jour , lo*c tens i sera. 
L'avision que l'en vterra 
Cele nuit , à grant bien venra ; 
Et cil qui saigtiier se fera, 
Devant tierce' bien li fera. 
Et cil qui famé esposera 
80 Sanz doutance ainz de lui morra , 
Et qui istra de son pais « 
Bien le reverront ses amis. 

La seconde lune nos dist 
Si com nous trovons en e&crist, 
Qu'à cel jor fet bon acheter, 
Et vendre et monter et semer 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 367 
Et en son nuef ostel entrer, 
Et en pèlerinage aleiv , 

A cel jor premier vestiras # 
90 Tes novias dras se tu les as , 

Et qui marier se voura 

Cel jour, bon faire le fera- 
Bon fet commencier à arer , ^ 

Et planter arbres et semer. 

L avoir qui la nuit iert érables 

Prochainement iert retrovex. # 

Li enfés qui la nuit iert nez, » 

Biches ert et bien héritez, 

Et frans et cortois et senez 
100 Si saura des letres asez ; 

S'il naist de serf franchiz sera 

Et son saing sor le fronit aura. 

Se le novieme an puet passer, 

Bien porra puis longues durer. 

La famé qui la nuit nestra 

Assez debonere sera , 

Ne mès cun po estre orguilleuse 

Envers home et contralieuse : 

A poines sera vergondée , 
1 1 o Mès d'un seignor ert esposée. 

Son saing aura souz la mamele , 

Moult iert ceste aventure bele , 

Où el pié joste le talon, 

Et or créez sanz mesprisoa , 

Et s'ele puet passer quinze anz 

De son signor aura enfanz , 

Et s aucuns chiet en maladie 

Cel jor, de mal ne garra mie. 



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368 



NOUVEAU RECUEIL 



En la vision que verra 
120 Ne bien ne mal ne conoistra ; 



La tierce lune n'a mestier 
A nule chose commencier, 
Ne doit vendre ne acheter, 
Ne riens faire fors esarter 
' Mauveses herbes et racines 
Qui au bon es seront voisines , 
La rien» qui cel jor ert emblé, 
i3o Longuement ne sera celé; 
Qui en enfernieté charra, 
Ainz quint jor de mal resordra, 
Et se à cel jor n'est levez , 
Longue sera s'enfermetez. 
Li enfez qui la nuit nestra, 
Pereceus et malvis sera , 
Povres, trichierres, covoiteus 
Et de lautrui trop envieus. 
Jà jor n aura bien ne confort , 
i4o Et si morra de maie mort. 

La famé qui cel jour ert née 
Touz jorz ert povre et esgarée ; 
Jà n'iert de folie honteuse, 
Et de lavoir ert covoiteuse. 
Touz jors sera en lecherie 
De son cors et de sa folie 
Tant com de son tans i aura ; 
Mès en sa jonesce morra. 
Entre li et Tome devant 
i5o Auront lor saing où front devant. 



Ainz midi se face saigmer 
Icil qui en aura mestier. 




DE FABLIAUX ET CONTES. 36g 

En s'avision de la nuit 

Ne verras ne bien, ni profit : 

N est pas li jorz bons d'antamer 

Son cors por faire sanc ôster, 
La quarte lune tenez chier, 

Car il i fait bon commencier 

Ce que voudras edefier, 

Et qui voura par mer aler 

A cel jor en nef enterra ; 
160 Ne mal ne péris n'i aura : 

Et s'aucuns a son enfant chier 

Cel jor le doit mètre à mestier ; 

Et qui voura chastel fermer, 

Molins faire en eve torner 

A cel jor le commencera, 

Ce sachiez, bien les afinera. 

La famé qui enfant aura 

A cel jor grant joie en aura. 

Moult aura paine en sa jonesce 
170 Ainz qu'il ait gaire de richesce ; 

Fox et luxurieus sera 

Et moult grant paine sofferra ; 

Mais puis sera prodons et sages, 

Si amendera ses aages ; 

De granz honors sires sera , 

Et son saing sor son chief aura 

La famé qui la nuit ert née, 

Toz jorz ert povre et esgarée, 

En poine et en travail vivra 
180 En autrui servise sera, 

Et de mauvese mort morra , 
Le jor que à la fin vendra , 

TOME X. 24 



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5 7 o NOUVEAU RECUEIL 

Et en tel leu son saing aura 
Où jà home ne le verra, 
Jà le larron joie n'aura 
De ce que la nuit emblera. 
Qui en enfermeté charra 
A cel jor lonc tans i sera. 
A grant joie tenir porras 
190 Ce qu'en avision verras, 

Et se tu en as grant mestier , 
Devant tierce te faz saignier. 

La lune qui quinte est nomée 
Jà de nus ne doit estre anrée , (b) 
N'est pas profitable ce jor 
En bataille au defendéor. 
A cel jor ne te chaut prier 
Ton ami , se tu as mestier ; 
Cel jor à poine troveras 
aoo Qui taïst se mestier en as. 

Li enfés qui la nuit ert nez , 
De ses amis ert déboutez , 
Jà n'ert longuement en santé , 
Jà jor ne sera séné ; 
En grant poine ert et en torment , 
Mes ne vivra pas longuement. 
Icil qui garde s'en prendra , 
Sus son costé son saing aura. — ■ 
Jà n'aura ne bien ne honor — 
210 La famé qui nestra cel jor , 
Toz tens sera de mate vie 
Et moult saura de sorcerie, 

{b) Var. Doit estre haïe et blasmée. 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 
Sa vie en poverte usera 
Et de malvese mort morra : 
Cil qui an lit acouchera 
Par mal , à paines resordra. 
Ce que par songe aura véu 
La nuit , briefment ert connéu ; 
Et se ton avoir ert amblez , 

220 A poines sera retrovez. 

Qui matin saignier se fera 
Sachiez jà bien ne li fera, (c) 
La siste lune on doit amer, 
Quar ele fet moult à loer. 
Cel jor se fait bon marier , 
Et aler chacier et vener ; 
Et qui sera apeléor 
En bataille , en aura l'onor : 
Et se aucuns a son forment 

23o Que garder veille longuement 
Et degaster et d'empirier, 
Cel jor le mete en son grenier. 
Et se tu d'aide as mestier, 
Ce jor va ton ami proier* 
Li enfés qui nestra cel jor 
Adez aura joie et honor, 
Et si se fera moult amer 
S'il puet vint et quatre anz passer. 
Seur sa destre main puet trover (d) 

240 Son saing qui i voura garder. 
La famé qui la nuit ert née , 



(c) Far. La sainie bone sera. 

(d) Sot le destre œil porra trover. 



3 7 * NOUVEAU RECUEIL 

De deus mariz ert esposée ; 
Assez aura joie et honors , 
Mès n'iert pas chaste o ses seignors. 
Plentéive d'enfanz sera 
Et par bel aage vivra. 
Son saing li sera demostrez 
Souz Faissele où destre costez ; 
Et ce qui ert la nuit amblé 

a5o A poines sera retrové. 

Qui cherra en enfermeté 
Garra et venra à santé. 
Ce qu'en songe la nuit verras 
A nului nel descouverras 
^ Fors que à Dieu tant seulement, 
Si le verras prochainement. 
Ne te chaut sanc amenuisier 
Le jor que tu n'en as mestier. 
La septième lune nous dit , 

260 Si com nos trovons en escrit , 

Qu'à ce jor fet bon commencier 
Plusors choses qui ont mestier. 
Ce jor bon conbatre i fera 
. Celui qui son droit i aura, 
Et se ce est plaiz de folie , 
Ce jor ne se conbate mie. 
Qui ses bestçs voudroit chastrer, 
Mètre en charrue ne danter, 
Du fere ne soit pereceus 

270 Cel jor, si en sera joieus : 
Et- se aucuns a marrement 
Vers son ami , ne mautalent , 
. Qui ce jor en vorroit parler , 



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DE FABLIAUX ET CONTES- 3 7 3 

Bien les porroit-on acorder. 

Bon aler fet à son mestier 

Marchéant qui veut gaaignier. * 

Buer fu li enfez engendrez 

Qui à celui jor sera nez* 

Seur toz ert larges et senez A 
280 Et de plusors genz ert amez. 

Son saing li aparra où front 

Si que plusors genz le verront, 

La famé qui la nuit nestra 

 plusors genz lor bons fera ; 

De mains homes sera amée , 

Mès de sa parole ert blasmée. » 

Sa folie déguerpira , 

Et en esposailles morra , 

Et qui voura son saing trover 
290 Sor le destre œil porra garder , 

On entoure la destre mamele , 

Entre le costé et l'aissele. 

Qui la nuit amblera avoir 

Longuement nel porra avoir. 

Se aucuns chiet en maladie, 

Il en garra s'il a aïe , 

Et qui verra avision 

La nuit , n'i verra se bien non. 

Tout le jor fera bon sainier 
3oo A celui qu'en aura mestier. 

L'uitime lune doit estre amée 

Des uns, et des autres blasmée 

Bon est cel jor ses cham semer 

Et ses herbes à remuer. 

Li anfez qui la nuit ert nez , 



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3 7 4 NOUVEAU RECUEIL 

Jà jor ne sera bien senez : 
De mout de genz ert connéufc 
Et de toz ert por fol tenuz. 
Son sain g où costé destre aura , 

3io Et par eve mort recevra. 
La damoisele qui nestra 
Par sa biauté moult trovera 
De qui ele sera amée ; 
Mès d'un, seignor ert espousée. 
Moult d'ornes la covoiteront 
Por la biauté qu'en li verront , 
Et seur l'oreille aura son saing 
Ou près du poucier en la main. 
Jà li lerres joie n'aura 

320 De ce que la nuit amblera. 
Cil qui par mal acouehera, 
Jà par santé n'en resordra, 
Et prochainement connistras 
Ce qu'en a vision verras : 
Se mestier en a ton ami 
Fai le seignier devant midi. 

La noviesme lune redit , 
Si com nos trovons en escrit , 
Bon fait en sa maison entrer 

33o Et ses cortius fere semer, (e) 
Li enfés qui la nuit nestra 
En sa jonesce amans sera , 
Preuz sera et cortois et sage 
Tant com il ert en son aage , 
Et se huitime an puet passer 

(c) Far. Et ses vessiax fere porter. 




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DE FABLIAUX #T CONTES. 3 7 5 

Jusqu'à trénte anz porra durer. 

Ja de l'autrui besoing n'aura 

Tant comme en sa vie sera. 

En sa destre oreille verra 
34o Son saing qui garde i prendera. 

Ja mal testemoine n'aura 

La famé qui la nuit nestra ; 

Bone messàgiere sera , 

Et son seignor moult amera : 

Dieu criendra en toute manière , 

Et sera chaste et aumosniere , 

Et son saing li ert demoustré 

Où lieu où à Tomme est nommé. 

Qui de mal sera agroté 
35o Bien en revendra à santé. 

Lavoir qui la nuit ert amfelé 

A poines sera retrovez* 

L'avision de celui soir 

Porras apertement véoir : 

Ce jor ne te chaut d'entamer 

Ton cors por malvès sanc ostér. 
La disime lune est créable 

Si com nos trovons en sa table ; 

Salemons qui fist l'escripture 
36o Nos en demostre l'avanture. 

Si ton anemi vels grever , 

Ce jor te va de li clamer, 

Et se bataille veus fornir 

De ton droit n'i porras faillir 

Que tu n'en aies le meillor 

Comment qu'il voit au chief dou tor. 

Bon fera vendre et acheter 



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NOUVEAU RECUEIL 
A ce jor et terres semer , 
Jardins Étire et vignes planter 
Et en son nuef ostel entrer , 
Famé prendre et son enfant mètre 
A escole por savoir lettre. 
Li anfès qui la nuit nestra 
Escharnissant de genz sera , 
Mainz règnes avironera , 
Ne jà granz richesces n'aura. 
Sachiez que par eve morra , 
Ou par glaive , jà ni faudra. 
Son saing en l'oreille senestre 
Aura , nel' quier pas à la destre. 
La famé qui la nuit nestra , 
En jonesce povre sera» 
Quant en aage montera 
Toz jorz en bien amendera. 
Environ sa bouche ert véuz 
Son saing et bien apercéuz. 
Ce qu'ert emblé ert connéuz 
Et li 1 erres sera penduz. 
Et qui par mal acouchera 
Cel jor , prochainement garra. 
Jà bien ne mal n'ert connéu 
Ce qu'en songe sera véu. 
Bon fet de son cors sanc oster 
Par jarser ou par ventoser. 

De l'onsime lune dirai 
Ce qu'en lescripture trovai. 
Bon fet sa vingne vendengier, 
Arbres planter et blez soier , 
Et si fet bon puier sur mer 



DE FABLIAUX ET CONTES. 377 
4oo Et en pèlerinage aler. (f) 

Li enfez qui la nuit ert nez 

Sera moult sages et seriez ; (^) 

Mès en folie ert chaleureus, 

Quar trop sera luxurieus. 

Des ars du siècle moult saura 

De marchandise vivra , 

Et en sa fin s'amendera 

Des folies que il fera. 

Son saing ert en lueil ou el front 
4io Devers senestre bien amont ; 

Et cele qui sa fille aura , 

S el vit , de li grant joie aura ; 

De grant biauté ert renommée , 

Chaste sera et bien senée. 

Lonc tens o son seignor sera 

Sanz enfanz et puis en aura. 
« Où front ou entre la mamele 

Aura son saing la damoisele. 

Cil qui de mal sera grevez 
4ao Garra bien de s'enfermetez ; 

Ainz tiers jor conoistre porras 

Ce qu'en avision verras. 

Bon fet ce jor ferfc seignier 

A celui qui en a mestier. 
La dousime lune nos dit 

Si com nos trovons en escrit, 

Moult fet cel' jor bon espouser , 
* Famé noçoier et mener ; 

(/) ^ ar * Ez asséoir et remuer. 

(tf) Sera moult preuz et moult osez* 



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3 7 8 



NOUVEAU RECUEIL 



Et fet bon semer son froment , 
43o Des autres blez ne di noient. 



' Son saing sor la mamele aura , 
Et de son cors foie sera. 
L'avoir qui la nuit ert amblez 
Ert renduz , mès moult ert celez, 
Cil qui de mal acouchera , 
Morra tost , ou moult languira. 
Ce qui ert en songe véu 
Ert en grant joie connéu. 
De son cors fet bon sanc oster 

45o Ou par jarse ou par ventoser. 
La lune tresime nomée 
Ne sera jà de bien loée. 
Ne fet cel jor bon commenciçr 
Nule chose qui ait mestier , * 
À poines nus gaaingnera 
Cel jor en marchié qu'il fera. 
Jà la mère joie n'aura 
De l'anfant qui la nuit nestra. 
Il sera fox et orgueillex , 

46o Et mesdisanz et covoitex , 



440 



Li anfez qui la nuit ert nez 
De granz biens sera esprovez : 
Il sera sages et piteus, 
Et moult sçra rehgieus. 
Moult aura travail en sa vie 
De granz richesces n'aura mie. 
Sor le genou aura son sain , 
Ce dit , ou en la destre main. 
De la famé qui sera née 
Ne sera pas grant renomée. 




DE FABLIAUX ET CONTES. $79 

N'ert pas amez de toute gent 
Et ne vivra pas longuement ; 
Et la damoiselé ensement 
Sera moult foie en son jovent. 
Povre sera et orguilleuse 
Et de son cors luxurieuse. 
A mainz homes lor bon fera , 
Mais en sa joenesce morra :. 
Et entre li et l'orne auront 
Lor saing sus les cheveus amont , 
Et cil qui par mal ert grevez , 
Longue sera s'enfermetez. 
Et ce que la nuit songeras, 
Soit 1 biens ou max tu le verras , 
A poines sera retrové 
Ce qui sera la nuit amble. 
Ne fai ton sanc amenuisier 
Si comme tu as ton cors chier. 

La lune quatorsime el copte 
Si com Salemons nous raconte , 
Doit l'en moult amer et proisier , 
Quar il i fet bon commencier 
Toutes choses qui ont mestier. 
Fet bon cel jor à commencier 
Famé requerre et espouser , 
En sa nueve meson entrer , 
Et en pèlerinage aler , 
Et se marchéant veut aler 
Par terre ou par mer gaaignier , 
Cel jor i fet bon commencier. 
Li enfès qui la nuit nestra , 
Hardiz et corageus sera : 



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38o NOUVEAU RECUEIL 

De plusors genz ert redoutez 
Par son orgueil , par sa fierté. 
Son saing aura joste les iax , 
Et tant vivra que touz ert viax. 
La famé qui la nuit nestra , 
Pain et viande assez aura , 
Et si perdra son pucelage 
Soo Ainz quele vieigne à mariage ; 
Et itiez hom l'espousera 
Qui jà de li honor n'aura. 
Joste le front ou el costé , 
Li sera ses sainz demostré. 
Se aucuns chiet en maladie , 
Gel jor, de mal ne morra mie. 
À grant joie véoir porras 
Ce qu'en avision verras. 
Bien te porras le jor seignier 
5 10 Se tu voiz qu'il t'en soit mestier 
Si com nos trovons en escriz 
Que Salemons fist à son filz. 

La lune quinsime nomée , 
N'est pas moult bone ne loée, 
A mile chose commencier , 
Ne à faire , mès à laissier. 
Et se aucuns voloit avoir 
Son héritage ou son avoir 
Ne face pas le jor clamor 
5 20 Quar il n 'i auroit jà honor. 

Ne te chaut prendre ne doner, 
Famé prendre ne esposer. 
La famé qui seignor prendra 
Cel jor, de lui joie n'aura, 



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7 DE FABLIAUX ET CONTES. 

Ne celui de li ensement. 
Toz jors tençon et maltalent , 
Aura entre aus et jalousie 
Et si menront moult maie vie. 
Li enfés qui la nuit ert nez, 

53o Larges , Gortois sera asez 

Mais longuement pas ne vivra , 
Par eve ou par glaive morra. 
Salemons dit que bien puet estre 
Son saing sor l'espaule senestre. 
La damoisele qui ert née 
Cele nuit sera moult amée , 
De moult d ornes , mais pou voudra 
Qu'en son pucelage morra. 
De son saing porra véôir l'estre 

54o Jouste son espaule senestre; 
Et cil .qui de mal ert grevez 
Se ainz quinze jorz n'est levez , 
Longuement l'estovra languir, 
Et paor aura de morir. 
Et ce qu'ert en songe véu 
En joie sera connéu : 
Et se tu voiz fere tens cler, 
Bien porras de toi sajdc oster. 
Oiez de la sesime lune , 

55o En tout le cors na pieur c'une. 
Cel jor ne te chaut commencier 
Nule chose qui ait mestièr , 
Ne riens vendre ne achater, 
Ne fors de ton pais aler, 
Famé esposer ne noçoier 
Ne ton enfant mètre à mestier. 



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582 NOUVEAU RECUEIL 

Li enfés qui la nuit nestra 
De marchéandise vivra. 
N'ert pas trop en autrui dangier, 

5 60 Si aura asez à mangier. 
Où destre costé ers véuz 
Son saing, et bientaipercéuz. 
La fille qui ce jor nestra , 
Franche et cortoise asez sera : 
Honteuse ert et moult soufferra 
Mesaîse , quar el né voudra 
Fere hontage ne folie 
Et si sera de bone vie , 
Ce sachiez , tant comme el vivra. 

5yo Toz jors en bien amendera. 
Son saing li sera demoustré 
En tel leu où Tomme est nommé. 
A grant poine cil resordra 
Qui en enfermeté charra. 
L'avision qui ert véue 
La nuit sera bien conëue. 
Se malvès sa ne as en ton cors 
Bien le puez fere giter fors. 
La lune qui est apelee 

5 80 Diseseptimè est moult loëe , 
Si com Salemons l'enseigna 
A son filz que il moult a ma. 
Moult fet le jor bon commencier 
Toutes choses qui ont nlestier. 
Bon fet cel jor ses chans semer, 
Vignes , arbres et bois planter , 
Famé espouser et noçoier, 
Et son enfant mètre à mestier. 




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DE FABLIAUX ET CONTES. 383 

Vallet qui veut avoir honor 
590 De chevalerie à cel jor, 

Praingne armes , il fera que sage , 

Mieudres en ert tout son aagé. 

Batailles seront apaisies 

Qui à cel jor seront gagies. 

Buer fu li anfés engendrez 

De pere qui ce jor ert nez ; 

Sages, cortois êt preuz sera , 

Jà en lui malvestié n'aura ; 

De largesce sera toé 
600 Et si sera Ions ses aez. 

Où front ou el destre eosfé 

Li sera son saing demostré. 

La mere moult grant joie aura 

De la fille qu'enfantera : 

De maintes gerii sera aînée , 

Et si ert de grant renomée ; 

Asez aura joie et hônor , 

Et sera chaste o son seignor. 

Dieu et sainte Yglise améra , 
610 Et aus povres gênz bien fera ; 

Enfanz aura de son seignor 

Et si morra à grant honor : 

Jà jor blasmée ne sera 

Et son saing où cliief portera. 

Et qui ce jor acouchera 

De celui mal briément garra. 

Li avoirs qui sera emblez 

Ne sera pas longues celez : 

Et ce que songeras le soir 
620 Verras, soit ou mensonge où voir, 



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384 NOUVEAU RECUEIL 

Bon sainier fera à cel jor 
A celui qui a grant chalor. 

La lune qui cort par dishuit , 
Moult est bone et de grant profist. 
A toutes choses est vaillant 
Si corne est cele de devant , 
Si comme Salemons le mestre 
Le nous dit qui bien connoist lettre , 
Por ce que tout autrement vaut. 

63o De li parler plus ne m'en chaut. 
Moult vousisse nestre à cel jor 
Se Dieu pléust nostre signor. 

La diseneuvieme lune nos dit , 
Si comme Tescripture dit, 
Bon fet famé prendre et doner, 
Et chevax vendre et acheter, 
Et son enfant mestre à mestier, 
Prendre poisons et soi baignier. 
Li enfez qui la nuit nestra , 

64o Sages, cortois et preuz sera , 
Et de tant com plus il croistra 
En bonté plus amendera. 
Sor le destre œil sera véu 
Son saing et bien apercéu. 
La damoisele qui nestra , 
Franche et bele et sage sera : 
En sa jonesce ert moult amée, 
Et de deus seignors espousée ; 
O le premier petit sera , ' 

65o Mès du secont enfanz aura , 
Et son saing li sera moustré 
El lieu où à Tomme est nommé. 



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DE FABLIAUX ET CONTES, 
Cil qui par mal acouchera, 
Par médecine bien garra. 
Ce qu'en avision verras 
Ainz quart jor bien le connoistras. 
Ne te chaut cel jor entamer 
Ton cors por mauves sanc oster. 
La lune vintisme est mauvese, 

660 Jà n'i ferez riens qui vos plese , 
Fors à son seignor fere hommage 
Et aler en pèlerinage. 
Li enfés qui la nuit nestra 
Orguellex et povres sera, 
Et covoiteus d autrui avoir, 
Et si n'ert pas de grant savoir. 
Ja mestier ne voudra aprendre , 
N'a nul bien ne voudra entendre» 
Jà son saing ne sera véuz , 

670 Ne par nul homme connéuz. 
La pucele qui lors ert née , 
Si sera asez esgarée : 
Jà sanz aide ne vivra , 
Et te noauz qu'en li aura 
Ert qu ele sera orguilleuse 
Et de son cors trop folieuse. 
Jà ne sera cel homme né 
> De son saing sache vérité. 
Li lerres à honte rendra 

680 Lavoir que la nuit emblera. 
Cil qui de mal sera grevé 
Ainz le quint jor aura santé , 
Et s'il ne relieve à cel jor 
Longuement sera en langor 

TOME I. 



WOUVEÀU recueil 
A nului ne desoouverras 
Le songe que la nuit verras. 



Le jor qui vient après premier 
Est bon son plet à porloingnier . 
A celui qui voudroit conquerre 
Vers son voisin avoir ou terre ; 
Et se aucuns a son forment , 
.Ou son avoir ou son argent , 
Et l'en vueille à lui emprunter , 
Ne li chaille à «el jor Uvrfer, 
Quar jamès n'en serait sesis 
Qu'il n'en fust iriez et marris. 
Mar fu li enfés engendrez 
Qui en cele nuit sera nez ; 
Jà jor ne sera sanz envie 
Et si sera de maie vie : 
Quar jà ne se porra garder 
De l'autrui prendre ne d'embler^ 
De sa folie ert connéuz , 
Deffez sera , ars ou penduz. # 
En la cuisse senestre aura 
Son saing et bien aparistya* 
La famé qui la nuit nestra , 
Franche et debonere sera ; 
Chaste sera et moult amée 
Et à seignor ert mariée. 
Dras et viande assez aura 
O son seignor tant com vivra : 
Joie aura de sa portéure , 



Tant vivra qu'ele ert vielle et dure. 



Jà saignie bien ne fera 
A celui qui se saignera. 




DE FABLIAUX ET CONTES. 387 
Son saing aura sous la mamele , 
Ou el chief , ou desouz l'aisseleç 
Et qui de son païs istra 
Sain et sauf i repairera. 
Ce que en songe auras véu 
Ert à joie reconnéu. 
De son cors face sanc oster 
Qui de mal se voura garder. 

La lune vintime et seconde 
En toutes choses est faconde. 
Se aucuns est en mautalent 
Vers son seignor ou autre gent, 
S'en cel jor en fesoit parler 

Bien se porroient acorder ; 
Et se aucuns veut acheter 
Chevax et bestes por garder , 

Et il i vousist gaaignier , 

Gel jor i fet bon comraencier. 

Li enfés qui la nuit nestra , 

Pàine et travail asez aura. 

Jà d avoir ne sera mananz 

Et si aura famé et enfanz : 

Par sa povreté ert tout foi 

Et si aura son -saing où col. 

Tout d'autretel vie sera 

La famé qui la nuit nestra 5 

Et qui par mal acouchera, 

De sa maladie garra. 

En joie et en bien connoistras 

Ce qu'en avision verras ; 

Et se sanc te fait mal où cors , 

Par saignie l'en giete fors. 



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388 NOUVEAU RECUEIL 

De plusors genz ert renommée 

^5o La lune Vint troisième nommée, 
Moult i ert le jor vrai et chier 
A toutes choses commencier , 
Quant de toz biens Y-o si loer 
Je nel' vueil mie dessèvrer. 
Li enf és qui la nuit nestra , 
En bataille se combatra, • 
Mès ne sai com li estera, 
S'il ert vaincuz ou s'il vaincra , 
Et sera plains de grant folie , 

760 Et vivra de malvese vie. 
Sus le talon tout en apert 
Aura son saing à descouvert. 
La damoisele qui nestra 
En autrui servise morra. 
Qui d'enferté acouchera 
Ainz le quart jor de ce morra ; 
Et se le quart jor puet passer , 
A lonc tens porra retorner. 
En l'avision que verras 

770 Jà bien ne mal ni entendras 2 
De son cors face sanc t oster 
Qui de chalor se veut garder. 

La lune qui est apelée 
Vint quatrième doit estre amée 
De toz ceux qui véulent aler 
Por marchéandise achater, 
Ne riens où vueil lent gaaignier 
Cel jor lor est bon commencier. 
Cel jor ne marieras pas 

780 Ton filz ou ta fille se l'as ; 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 389 

Se meson nueve as aprestée ; 

Cel jor n'est pas bone l'entrée. 

Li enfés qui la nuit ert nez 

Moult sera cremu et doutez : 

Jà ne sera d'avoir mananz , 

Et morra ainz vint et cinc anz. 

Son saing li sera demoustrez 

Seur le nombril ou el costez. 

La famé qui la nuit nestra 9 
790 Poine et travail asez aura ; 

Et cil qui la nuit emblera, 

A grant honte lavoir rendra. 

Prochainement de mal garra 

Qui en enfermeté charra : 

S ainz le quint jor n'ert relevez 

Longue sera s'enfermetez, 

L'avision que tu verras 

La nuit en joie connistras , 

Ainz tierce se face saignier 
800 Icil qui en aura mestier ; 

La lune vint cinquième el conte , 

Si com Salemons nos raconte , 

Est la pior au commencier 

Toutes choses , qui ont mestier ; 

Nus n'i doit vendre n'achater , 

Ne famé prendre ne doner. 

Jà lavoir trové ne sera 

Que lerres la nuit emblera. 

Covoiteus et povres sera 
8x0 Li enfés qui la nuit nestra ; 
Sa vie usera povrement , 

Et la damoisele ensement 



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390 NOUVEAU RECUEIL 

Qui en celé nuit sera née , 
Toz jors ert povre et esgarée. 
Enmi le dos près de l'eschine 
Sera le saing à la meschitie ; 
Et le saing au Tallet sera 
En tel leu où nus nel* verra. 
A paine cil de mal garra 
820 Qui en enfermeté charra. 
Ce qu'en avision verras 
A dolor conoistre porras. 
Garde se tu as ton cors chier 
Ce jor ne te faces saignier. 

La lune qu'est vkit et sisime , 
Autretant vaut 00m la cinquime , 
Quant je sai qu'à plus n'a mestier 
Je ne m'en vueil plus traveiliier. 
La lune vint et sept el conte, 
83o Si com li livres dit et conte , 
En toz biens est dite et loée 
Si com la disime est nomée. 
Li enfts qui la nuit tiestra 
Riches , sages , cortois sera , 
Et la pucelé <pii ert née 
Sera chaste , franche et aînée 
De maintes gem et si prendra 
Seignor o qui grant joie aura. 
Au col desus l'oreilie amont 
84o Ert véu son saing ou ei front» 
Cil qui par mal acouchera 
Cel jor, doit mal grevez sera* 
Jà bien ne mal we «onnoistras 
En l'avision que verras ; 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 391 
Et li avoirs qui ert emblez 
Ne sera longuement celez. 
Moult fait bon sainier à cel jor 
Qui de la fièvre auroit paor. 
La lune qui est apelée 
85o Neuf et vintime est moul* loée , 
En toz biens est autretant dite 
Com la dis et septime escrite 
Fors seul de l'enfant qui nestra , 
Granz paines et travaus aura. 
Jà famé espousée n'aura , 
Et fors de son païs morra : 
Et cele qui nestra cel jor 
Espousée ert , s'aura seignor 
O qui eîe ert plus de trente anz , 
860 Et si aura assez enfanz. 

Piteuse ert et moult araera 
Povres genz à qui bien fera. 
En sa vie ert moult honorée 
Et en sa fin benéurée. 
Seur le col du poing à senestre 
Ert son saing ou desoz le destre. 
Paor de mort avoir porra 
Cil qui par mal acouchera. 

En joie sera conéu 
870 Ce qu'en songe sera véw» 

Garde se tu as ton cors duer 

Cel jor ne te faces saignter. 
La lune vint et nueme dit 

Qu ele est bone et à gTant profit, 

Et qu'il i fet bon eommen^ier 



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3yi NOUVEAU RECUEIL 

Toutes choses qui ont mestier. 
En sa vie floris sera , 
En grant bien l'enfés qui nestra. 
Cele qui fille enfantera 

880 Preude famé ert , jà n i faudra ; 
Et celui vendra en santé 
Qui par maladie ert grevé. 
Bon ert le songe de la nuit , 
Quar véu sera à proufit. 
Au matin au soleil levant 
Te fai sainier ou au roisant» 

Les fez de la lune trentime 
Sont tez trovez en la vintime , 
En toutes choses est ygaus 

890 En biens , en fez , en dis , en màus : 
Des songes et des enfanz nez , 
Et des avoirs qui ert emblez. 
Quant de plus dire n'est mestier 
Je ne m'i quier plus traveillier. 

Or est fenie la leçon , 
Que fist le bon roi Salemon 
A cui Diex donna en sa vie 
Richece et honor et clergie 
Plus qu'à nul qui onques fust nez 

900 Ne en famé d omine engendrez. 
Cest escrit fist por fere entendre 
A cels qui sens vuelent aprendre 
Qu'est bon à fere et que lessier , 
Que fenir et que commencier. 
Or prions Dieu le créator 
Qu'il otroit grant bien et honor 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 393 
A celui qui en romanz mist 
Cest escrit que Salemons fist , 
Et qu'il le mete en paradis 
910 Ensanble avoeques ses amis. 
Amen. 



EXPLICIT LE LUNAIRE QUE SALEMONS BIST. 



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3^4 



NOUVEAU RECUEIL 



LE TOURNOIEMENT AUS DAMES. 



A cel tens que chevalerie 
Est par tout le monde perie , 
Que nus n'ose mès tornoier 
Tant sont couart li chevalier , 
Que les dames en sont hardies, 
Durement en sont esbaudies , 
Dient lor seignor sont provoire , 
Il tienent lor sene à Montoire , 
A Orliens et à Baugenssis , 

xo A Compiengne, à Miaus , à Senlis , 
S'en vont por despendre le lor , 
Ne jà ni auront autre honor. 
Bien ont aie par le païs 
Un an si com lor est avis : 
Onques un jor ne tornoierent , 
Ne desus hiaume ne se fièrent. 
Grant despit en ont entr'aus pris 
Les dames qui sont de grant pris. 
Primes manda tornoiement 

20 La bone dame de Braibant 
Et la contesse de Grantpré 
Qui bien sert amors à son gré. 

Et la contesse de Forois 
I vint à moult riche conrois : 
Cele de Bar et de Roussi , 
La contesse d'Artois ausi. 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 



3 9 * 



Trestoz li mons les regardent , 
Et chascuns moult se merveilloit 
Où eles voloient errer , 

3o Qui véist les destriers aler 
Après eles enz el chemin , 
Il ne cuidast en nule fin 
Que tant en péussent avoir. ' 
Et quant ce vint à l'esmovoir 
Des autres dames du païs 
Qui moult estoient de grant pris, 
C'estoit merveilles à bon voir, 
Toz li mons les aloit véoir. 
Quant trestoutes furent ensanble , 

4o Ce fu merveilles , ce me sanble , 
Comment Soissons le pot souffrir , 
Qu'il nés en covint départir. 

Celés de Braibant i revienent 
Qui bones et bêles cors tienent : 
Quant un jor furent en la vile , 
Ne voudrent pas servir de guile , 
Ainz s'en issirent fors aus chans 
Les plus sages de grant porpans 
Por miex atorner lor afere , 

5o Quar ainsi le covint à fere 
Selonc coustume de tornoi. 
Sachiez que là ot grant desroi 
Là où tantes granz dames furent ; 
Et quant toutes aus chans s'esmurent, 
Si se virent moult poi de gent. 
Moult se contindrent bel et gent 
Du tournoiement efforcier. 
Primes parla au commencier 




NOUVEAU RECUEIL 
La contesse d'Anjou sachanz , 
Et dist, ci a moult de vailknz 
Dames qui sont d'estrange terre , 
Qui por pris et por los conquerre 
Vindrent à cest tornoiement , 
Et je ne voi mie comment 
Nous puissons avoir le tornoi , 
Si vous dirai reson por qoi. 
Poi i a de ceus de Braibant, 
Mès fesons crier, nostre bant 
Qu a grant joie et à grant déduit 
S'en revoisent toutes et tuit 
A Miaus à quinze jors tout droit 
Et por ce que teus i vendroit 
Qui n'est pas ore ci venue , 
Dont ert la chose miex tenue 
A grant aferé et aus Norois ; 
Et si l'orront dire François , 
Si leront les dames venir 
Por nostre afere miex tenir 
Et por loer miex nostre fet, 
Dont dient toutes c'est bien fet. t 

Atant s'en vont à lor osteus , 
Et s'en i ot assez de teus • 
Qui pesa de la départie 
Que si demoroit l'aatie : 
Toutes voies l'estut souffrir 
Et aus plus granz dames tenir 
De qoi movoir toz li renons. 
Lendemain partent de Soissons , 
Si s'en alerent droit au jor 
Qui mis i estoit sanz sejor. 



DE FABLIAUX ET CONTES. 397 
Tels chose qui n'est pas celée 

Fu tost sëu par la contrée 

Des contesses et des roïnes. 

Les merveilles , les aatines 

Que les dames fet s'entr'avoient , 

Por un petit que ne dervoient 

De ce que n'i orent estées ; 

Mès moult se sont reconfortées 

Du tornoiement qui doit estre 
100 Si que moult bien i pueent estre. 
Adonc s'atorna de premiers 

La bone dame de Poitiers 

Et la dame de Maubuisson , 

Et des autres moult grant fuison 

Que nous ne savons pas nommer. 

Cele qui moult fet à amer 

Et qui moult est cortoise et sage , 

Bien le doit estre par lingnage , 

C'est la contesse de Bretaingne 
110 Qui bien atorna son ouvraingne. 

Sa fille la dame de Blois 
' ' Si s'en revint à grant noblois, 

De Dreues , s'est bien atôrnée 

La contesse , et si a mandée 

Toutes ses dames sanz eschars 

Qu eles vienent dedenz les chars , 

Qu'ainsi, ce dist, le voudra fere 

Por plus le beuban contrefere. 

Ainsi le firent quant le vost , 
120 A*li s'en sont venues tost, 
Adônt i vint que oublions 
La visdame de Charlions 



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398 NOUVEAU RECUEIL 

Et la dame de Marcilli , 
Li et la dame de Foisi , 
S'i vint la dame de Seilli 
Et la dame de Limeilli , 
La viscontesse de Linieres f 
Et si amena deus banieres , 
Dont vint la dame d'Andresel 

î3o Appareillie bien et bel. 

Quant furent en la vile toutes , 
Merveilles i avoit de routes. 
Le jor méisme s'en issirent 
Que le droit tornoiement firent. 
Lors dist la roïne de France 
Qui devant les autres se lance , 
Que bien seroit droiz et resons 
Que nous deus discors fesons 
Qui la chose deviseront , 

1 4o Ne nul mal n'i regarderont , 
Ainz en diront la vérité 
Si que jà n'en seront rété : 
Dont respondent toutes ensanble , 
Vous dites moult bien , ce nous sanble. 

Adonques s atornerent toutes 
Et devisèrent bien lor routes, 
Adonques n'i ot qu'à jouter. 
Première se vont assanbler 
La chevalereuse de France 

i5o Qui en ses poins tint une lance 
Où il avoit un pingnoncel 
Des armes de France moult bel. 
Le champ des armes ert d'azur 
Semez de flors por plus séur 




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DE FABLIAUX ET CONTES. 3 9 ç> 

Estre connue la roïne. 

L'autre qui nert pas orfeline , 

Qui roïne de Navarre ert , 

S'en ist sor un cheval couvert 

De couverture mi partie : 
160 De Navarre ert l'une partie, 

Et de Champaigne reru lautre. 

Adonc s'en vint lance sor foutre 
^Contre cele de l'autre part ; 

Et cele des rans se départ , 

Moult durement s'en vint encontre , . 

Entr'eles font si dur encontre , 

Que les lances sont pecoiées. 

Adonc desrengent l'or mesnies 

De la partie d'ambedeus, 
170 Toutes s'arestent sor eus deus. 

Moult très durement se travaillent , 

De desus ces deus dames maillent. 
Quant les autres routes revienent , 

Deus dames qui moult grant leutienent, 

L'une contre l'autre desrangent 

Des deus dames qui pas ne changent , 

Ainz s'entrevienent durement - 

L'Englesche et cele de Braibant 

Qui tant par sont chevalereuses , 
180 Et d aquerre honor desirreuses* 

Moult très cruelroent se hurterent , 

Si qu'andeus à terre volèrent 

Si cruelment que c'est merveille. 

Ne véistes onques pareille 
Meslée qu'à ceste aferist ; 
A grant merveille la tenist. 



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4oo WOUVEAU RECUEIL 

Les antres s'entrevienent tost , 

Vous déissiez ce fust un oft. 
• La roïne dTscose i vint 
190 Qui en sa route ot quatre Tins 

De dames moult cheralerenses ; 

Celés vienent, ne sont douteuses 

Assanbler à eus liemant. 

C'est la dnchoise la Taillant 

Que tient la terre et le pais, > 

Dont assanblent , ce m'est avis , 
% Entr'eles deus moult fièrement , 

Si se fièrent communément , 

Ne s'entrepargnierent de rien. 
200 Veraiement tous di-je bien 

Que s'entr'abatènt des chevaus. 

Eles cbéirent en un vaus 

Ambes dens , mes pas n'aresta 

La duchoise quel ne monta 

Et cort à la roïne sus , 

Grant cop li done de desus 

Le hiaume qu'ele ot en sa teste, 

Tant que par force et sanz arreste 

Li a fet fiancer prison , 
210 Se cele mut en sa meson 

Sa raençon ne li envoie. 

Cele sor sa foi li otroie , 

Adonc se départirent lors , 

Et la roïne traisent hors 

Sa gent por reprendre s'alaine. 

Au tornoi sa route ramaine , 

D'Anjou la nobile contesse 

Qui lor a fet bele promesse 



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220 



â3o 



240 



DE FABLIAUX ET CONTES. 
De doner lor maint riche don. 
Adonc s'en vienent a bandon 
Celés de Gueille contre ces , 
Mès moult i orent maus retrès, 
Que cele d'Anjou prist lor dame 
Qui moult estoit cortoise famé : 
Malement furent recueillies , 
Ceus d'Anjou les ont assaillies, 
Ses pristrent moult mal à mener. 
Celés de Gueille qui mener 
S'i vit issi vilainement , 
Dont s'esforça moult malement 
Tant que sa route retorna 
Et que ceus delà dessevra , 
Moult vilainement les menèrent. 
Ceus d'Anjou se desconforterent 
Comme se virent réuser , 
Et toute lor prouece user. 
Adonques misent tout pour tout , 
Eles misent ensanble tout 
Le pooir que porent avoir , 
Ici poez-vous bien savoir 
Que ceus de Gueille ont mal menées 
Et vilainement démenées ; 
Que cele d'Anjou prist lor dame 
Qui moult estoit cortoise famé , 
Se li a fet lors fiancer 

Prison , et por plus essaucier, 
Se feri es greignor* meslées. 
Adonc se sont entremeslées 
Deus dames qui moult sont proisies, 
Et qui de cuer sont envoisies : 

' 1. ^6 




/,oa NOUVEAU RECUEIL 

Blanche de Bretaigne fu l'une, 
L*autre qui de bien ert commune, 
Estoit de Cleves dame riche. 
Durement es estriers s a fiche , 
Tout maintenant se desrengierent , 
Et au venir si fort se fièrent 
Que li cheval sont descenglé, 
Que par pou se sont estranglé. 
Granz cops se vont entredoner, 

260 Bien se vuelent abandoner 
Et souffrir dolor et martire 
Por avoir l'onor, la matire , 
Si font les autres volentiers. 
Dont vint la dame de Poitiers , 
Contre li vint cele de Blois , 
Quar ele tint aus Champenois. 

La meslée fu fort et dure , 
Et li tornois longuement dure. 
Plus longue riote n'i fais , 

270 Toutes assanblent à un fais , 
Et chascune ala à son droit 
Si comme il est reSons et droit. 
Quant "furent en une pelote , 
Qui là fust si oïst tel note 
Qu'eles fesoient desus hiaumes , 
Miex vaut à oïr que set siaumés. 
Moult durement se ddmagierent 
Et moult fofftiëht se ledengierent ; 
C'estoit merveilles à v%ir , 

280 Qui véist les unes fuir, 

Les autres durement chaciçr , 
Et teles i ot manecier. 




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DE FABLIAUX ET CONTES. 4o3 

Au pardestroit au départir 

Covint ceus de France partir 

De la place tout maugré aus. 

La place si fit communaus 

De ceus de Champaigne la fine. 

La coritesse cortoise et fine 

Demonstre sa proecé noble ; 
290 L'espée que tint fu moult noble. 

Ele s'embat parmi les lices , 

De quatre lances fist esclices. 

Que vous diroie ? plus ni a, 

C'est cele qui le pris en a. % 

Vraiement a trestout vaincu , 

Bien i parut à son escu 

Et au cisne que li donerent 

Li hiraut qui s'aban donerent 

A ce qu'il l'en donent l'onor , 
3oo Et ele fist moult grant honor 

A toutes celés qui esturent. 

Por li toutes semonsses furent , 

Lendemain matin au mengier, 

Eles n'en firent nul dangier, 

Ainz s'en vindrent à son ostel 

Où ele dona mengier tel 

Que teus ne fu , ce m'est avis. 

Lendemain vont en lou païs, 

Quar trop sont iluec sejornées. 
3 10 Or vous ai les resons contées 

Par qoi fu le tornoiement. 

Ici faut le definement. 

EXPLICIT LE TORNOIEMENT AUS DAMB$. 



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404 NOUVEAU RECUEIL 



LE DEPARTEMENT DES LIVRES. 



Chascuns enquiert et veut savoir 
Que je ai fet de mon avoir , 
Et comment je sùi si despris 
Que n ai chape ne mantiau gris r 
Cote , ne sorcot, ne tabart , 
Tout est aie à maie part. 
Li tremeriaus m'a abatu , 
Par ma folie ai tout perdu , 
Tout mon avoir et toz mes livres 

10 Grant pieça que j'en sui délivres. 
En duel ai torné mon revel, 
Quar je cuit que il n ait chastel 
En France que je n'i alaisse , 
Et de mes livres ni lessaisse. 
A Gandelus lez La Ferté 
La lessai-je mon A. B. C. , * 
Et ma patrenostre à Soisson , 
Et mon credo à Monléon , 
Et mes set siaumes à Tornai, 

20 Mes quinze siaumes à Cambrai , 
Et mon sautier à Besençon , 
Et mon kalendier à Dijon. 
Puis m'en reving par Pontarlie , 
lluec vendi ma letanie , 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 4o5 

Et si bui au vin mon messel , 

A la vile où l'en fet le sel, 

Aus espices à Montpellier 

Lessai-je mon antefinier ; 

Mes légendes et mon gréel 
3o Lessai-je à Dun le chastel. 

Mes livres de Divinité 

Perdi à Paris la cité , 

Et cels d'art et cels de fisique , 

Et mes conduis et ma musique , 

Grant partie de mes auctors . 

Lessai à Saint Martin à Tors ; 

Et mes doves est à Orliens , 

Et mes chàcones à Amiens : 

A Chartres mes Théodelés , 
4o A Roen mes Avionés. 

Mes Ovides est à Namur, 

Ma philosophie à Saumur, 

A Bouvines delez Dinant 

La perdi-je Ovide le grant. 

Mi régiment sont à Bruieres , 

Et mes gloses sont à Maisieres. 

Mon Lucan et mon Juvenal 

Oubliairjfe à Bonival. 

Estace le grant et Vigile 
5o Perdi aus dez à Abevile. 

Mes Al&andres est à Goivre , 

Et mon grecime est à Auçoirre , 

Et mon Thobie est à Compiengne , 

Ne cuit que je jamès le tiengne , 
' Et mon doctrinal est à Sens , 

La perdi-je trestout mon sens. 



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NOUVEAU RECUEIL 

Ainsi com je vous ai conté , 
lamés ne seront rachaté 
Mi livre en trestoute ma vie. 
Toute ai perdue ma clergie. 
Se je ne truis aucune gent 
Qui me doingnent de lor argent , 
Autrement ne les puis ravoir. 
Or li doinst Diex sens et savoir , 
Qui m'en donra par tel çonvent , 
Se je revieng en mon couvent, 
Je ferai proier en chapitre 
Que Diex ses péchiez li acquite. 



bxplicit. 



DE FABLIAUX ET CONTES. 4<>7 



CE SONT LES DIVISIONS 

DES SOIXANTE ET DOUZE BIAUTÉS QUI SONT EN 
DAMES. 



Lan de grâce mile trois cens 
Et trente deus fui-je tracens 
A Encerre compaignons querre 
Por eulz compaignier et enquerre 
Des déduis , car iete à cel jour , 
En cel temps fu et à cel jour 
Que Chevaliers fu Jehan de France. 
Lors me sovint estre en souffrance 
D'une execusacion à faire 
. 10 Qui trop me fu de mal afaire , 
Pour ce assez tost la laissai , 
Et fis ces vers dont m'eslaissai 
En les faisant pour la matière * 
Qui nouvelle est dont la manière 
Mon cuer est du recort plaîsans , 
Où y ot mout de biax plaisans. 
Et s'aucuns ni avoit plaisance , 
Je me terrai car plesence. 
Ne doit-on en ce point plaidier , 
20 Car des plés d'ui ne des plés d'ier 
Pas ne me porroient t^nt plaire. 
Mès aucuns plais me doit desplaire 



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4o8 NOUVEAU RECUEIL 

Des vers dont en voist li esplais 
Si me plest du reçoit li plais 
Qu a fait Bertax en esploitant 
De Chasteillon me desploiz tant 
A fait sera qu'aura argent , 
Non contretant ce qu'il art gent. 
Gracieuse Dame entérine , 

3o Digne pour estre une Roïne 
Entre les Dames de Paris 
Vous n'eussiez que je détermine 
Dame , Damoiselle ou meschine 
Très bele et propre à mon avis 
Diex sons detroys vous y devis. 
Du bien avez les deus foys sis 
Qu'en voit bien et quant adevine 
Ci après tous les vous descris. 
Bien soit seur vous , Dame , l'escris 

4o Es sains privez souz la cortine. 

De vos biax semblans sanz retraire > 
Gente Dame , voudré retraire 
Ce que de si qu'en soit retrait. 
Car fine amour m'a fait retraire 
A vous «ervir , car tant à traire 
I a de biens , pour ce atrait 
Les retrairai car nul mal trait 
Ne sai por dire du contraire. 
Ne croy de nul soit ja pourtrait 

5o Vo gentil façon ni estrait 

S'amors de lui nel' fait estraire , 
N'ai en ce faisant , ne mal trait. 

Tant avëz parfaite -figure 
Que nature qui tout figure , 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 409 

Tele ne sauroit figurer : 

De biax membres sanz affaiture 

Et d'autres biax biens de faiture . 

Sur vaus sunt sanz affaiturer. 

Bien se sot nature enfourmer 
60 De vous quant si vous vout former , 

N'i oublia droite mesure , 

Si bel vous sot amesurer 

Qui vous soit se veut mesurer 

A vous amer sanz desmesure. 
Poissance douse biens a mis , 

Nature en vous por fins amis 

Conforter de désir d'amie 

Tous contraires ci les devis , 

De tel corps croy pou soit devis , 
70 A Dieu pri jà jour ne demie 

Troys d'un , troys d'el par la mestrie 

De nature qui vous mestrie > 

Formé vous a mout estris. 

Dire le veul que que detfie 

S'amors par grâce le m'otrie , 

Coument qu'en lace lonc destris. 

Trois Ions , trois cours. 

Lonc nez , Ions bras et lonc corsage 
A moult bien mesurez cest sage , 
Et qui la voit le doit savoir : 
80 Courtes tettes a d'eritage 

Courtes fesses , ce dist le sage, 
Selonc le corps com poet véoir , 
Cours talons a au dire voir 



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NOUVEAU RECUEIL 
Au marchier et à l'asseoir 
Les voit ou il pert qu'ele nage , 
Quant levere va main et soir , 
N'est hom qui ne devroit voloir 
A li amer de vrai corage. 

Trois blancs, trois noirs. 

Blanche plus que noif et charneure y 
Blanc le blanc des iex sanz parsure , 
Le contraire, nulz n'i verroit , 
En bouche à blanche dentéure : 
Noirs sourcis, noire paupiéure 
Aussi noirs poinis avoir doit ; 
Et quant toutes ces choses doit 
Nature pas en vain n'ouvroit 
Quant fourmoit tele créature , 
N'est cuers si tristes si la voit 
Qu'en joie tost mué ne soit 
Diex li doint très bonne avanture. 

Trois gros, trois gresles. 

Gros entr'eul a. en son devis , 
Grosses quisses à mon avis , 
Grosse coume emprez qui bierv l'avise y 
Grelle corps bien a fait bien apris ; 
Grelletes deuz assez petites , 
Vermeilles a droite devise 
Grelles doir , mainz de bon assise 
Reploiant quant li plaist la guise , 
Aussi sont les dois drois traitis . 
C'est la façons c aucuns moult prise , 



4 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 4n 
Se telle Dame est d'amours prise 
Miex en devroit valoir ses pris. 

Trois gras , trois traitis. 

Gras corsage a ma Dame à point. 
Grasse corge qui moult m'espoint , 
Quant plus la voy plus m'en 'despointe , 
Gras membres , tiex ne voit-on point , 
Traitis iex qui sovent m'ont point, 
Au cuer dedenz einsi Fapointe , 
Traitice descendue a jointe 
120 Du col sus l'espaule l'enpointe 
De parfaite façon Diex doint 
Que soie à celle Dame acointe , 
Traitices mains tant sage et cointe 
Qu'à nul ne seroit mescoint. 

Trois molz et tfois durs. 

Moles mains plus que d'alun gant , 
Ne plus mob genous dusqu'à gant 
Je croy ne porroit-on trouver : 
Mol ventre et apoint reboutant , 
Durs chevex blons, col reploiant, 
i3o Dures fesses sanz mal amer , 
Dures testes com un piler : 
Hé ! tel cors doit-on bien amer 
Quant un pou la vois remirant , 
Joie en mon cuer fait demdurer , 
Tout mon corps fait énamourer ,* 
Tous sa merci désirant. 



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NOUVEAU RECUEIL 



Trois larges , trois jointis. 

Large entrucal et large poitrine r 
Larges hanches près de l'eschine , 
Et sa gointise dentéure , 
Jointis guichet , blanche boutine , 
Jointis arceus riens n'i devine ; 
Qui voit le pié je di droiture , 
Tant par est de douce aléure : 
Il pert quelle voit s'ambléure 
Et tant par douce definine , 
Qu'en tous ses fais si s amesure 
Et son parler si bel mesure 
Quiconques Tôt bien li destine. 

Trois votis , trois fosseleus. 

Votis col bel et votis rains, 
Votis piez a et néentmains j 
Elle au l'aisseles foisselues , 
Fonceleus menton , crespés crains , 
Vis coulouré ne trop hautains , 
Tous jours les verroit-on itex , 
Focelex jointes les parex , 
Onques ne vi si desireùs : 
Ainsi c'est drois quant voy ses mains 
S'en pitié d'umble cuer pitex 
Regardoit ce poivre hontez 
Pas ne craindroit faye frans de vilains. 

Trois haus , trois bas. 

Haut front moien , haute foncelle 



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DE FABLIAUX ET CONTES- 
Onques ne vi telle fors celle , 
Et ensivant haute boudiné , 
Basse en jointée Damoiselle 
En. tout le mont n'est mie telle 
Ne de si parfaite doctrine : 
Basse risée à tous encline , 
De tous vices très pure et fine , 
Bas escarnus trop ne revelle 
Son parler en maie couvine , 
En li auroit bonne voisine 
De qui elle auroit sa querelle. 

Trois gratis , trois petits. 

Grande verche et avec grant front > 
Grans iex et gros à loer front , 
Petites oreilles c'est drois > 
Petite bouche , neu lonc , 
Plusor qui tesmoingnié le m'ont, 
Et quant belle est en tous endrois , 
Et son corsage est à point drois , 
Petiz piez rons comme une nois, 
La pieare au passer pas ne font ; 
Einsi va elle toute foys , 
Se pas n'est contesse de Foys , 
Si n'a il si belle en cest mont. 

Trois simples , trois dangereuse 

Simple regars , très douce chiere , 
Simple en parler et non pas fiere , 
Onques ne vi en li fierté , 
Seur toutes a simple manière ; 



NOUVEAU RECUEIL 
Elle est de toute honnour mainiere : 
Ceste grâce a elle aquesté , 
Dangereusement regardé , 
A dangereusement donné 
Response qui qui le requiert 
Dangereusement otroié , 
De ce la où pou mestroié , 
Tant est en tous ses fois entière. 

Trois sanguins , trois poursuimns. 

Sanguin par mesure yiaire , 
Sangins lèvres de bon affaire , 
Sangins ongles tiex nesgardai , 
« 200 Poursuivans membres sans refaire , 
De ce doit-on avoir affaire ? 
Poursivant corps defui le say , 
En meintes dont veoir joie ay , 
Poursivant contenance et gay , 
Viaire pour amant atraire , 
Bien se par moy ne retreray 
Ses honnours que qui metray 
En dire ce qui me poet plaire. 

# * 

Trois avant et trois arrier. 

Avant paz et au droit port porte, 
210 Avant pas qui miex se déporte , 
Nule n'est de si bïau déport , 
Arrière haut front de tel sôrte , 
Onques ne vi et ce m'en orte * 
De lui loer a grant effort , 
Arrière chief trousse dacort 

9 



A 14 
190 



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DE FAfrLIAUX ET CONTES. 4i5 
Dénature a laz ce m'amort , 
Diex me consente ja soit morte ; 
Arrière espaules outre bort 
N'a arrivé est à bon port 
220 Cil qui la seue amor emporte. 

Michiau del Evesque portier 
D'Aucerre tant de biau portier , 
Vous vi moy priant que portasse 
Vos mos esquiez me déportasse 
A les rimer moy déportant ; 
Rimez les ay dont déportant , 
Onques n'oy si les vous aport , 
Si seroie arrivé à port. 
Bon , se bien fait le vous portoie , 
23o Afin qu'aucuns en déport oye : 
Se cil en bien fais se déporte 
Qui ces vers vous fist raporte 
De par Bertaut de Chatéillon , 
Sergant le Roy et compaignon , 
A tous bons fendus compaignofts 
Qui ensamble vous compaignons. 



EXPLOIT LES DIVISIONS DE 72 BIAU TES QUI SONT EN DAMES. 



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416 NOUVEAU KECUfilL 



DE MARCO ET DE SALEMONS. 



JVÏoRTÂLitEz et guerre 
Est escil de terre 
Et cjestruiemenz , 
Ce dist Salemons. 

De putain sourt max 
Et ires mortax , 
Et péril de gent , 
Marcoul li respont. 

Tençons et envie 
Départ conpaignie 
De feax amis , 
Ce flist Salemons. 

Engens di putain 
Font parens prochains 
Mortiex anemis , 
Marcoul li respont. 

Jà tant n'en iert vins , 
Que jà li molins 
Mialx en tort ne muelle : 
Ce dist Salemons. 

Jà tant ne seroiz 
Por putain destroiz , 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 
Que miax vos en vuelle ; 
Marcoul li respont. 

7 La pute et li sers 
Font tôt en travers 
En dit et en oevre ; 

Ce dist Salemons. 

8 Or font bele chiere , 
Traïssent derrière , 
Lor corage cuevre , 

Marcoul li respont. 

9 Sers de pute orine , . 
Goistrons de cuisine 
Font moult à doter, 

Ce dist Salemons. 

10 Pute en cort norie 
N'est en abaïe 
Legiere à entrer , 

Marcoul li respont. 

11 Moult fait foie chace (i) 
Cil qui porsuit trace 
De cointe gorpille , 

Ce dist Salemons. 

i a Maint pas fait en vain 

Qui trace putain , 
Tant ele gandille , 
Marcoul li respont. 

(i) AL Sovent se trestorne 
Et fet petit orne 
Qui porsuit gorpille , 
Ce dist Salemons. 

tome r. 



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418 NOUVEAU RECUEIL 

13 Perier mal gardez 
Est sovent crollez 
Gon il a que prendre , 

Ce dist Salemons. 

14 Tant vous prisera 
Pute que saura 

Que aurez que tendre , 
Marcoul li respont. 

1 5 Cheval sejornez 

A poinne est ferrez 
Qui mort et recane , 
Ce dist Salemons, 

16 Moult a bone main 
Qui porroit putain 
Fere preude feme , 

Marcoul li respont. 

17 Ce sachiez vos bien, 
Coustume est à chien 
De mengier charoigne , 

Ce dist Salemons. 

18 Je pig bien en main 
Qui maintient putain , 
Jà n'iert sanz vergoigne , 

Marcoul li respont. 

1 g Maigre char prenez , 

Jà n'i troverez 
Graisse ne saïn. 
Ce dist Salemons. 



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DE FABLIAUX ET CONTES 419 
Putain blandissiez 
Et la chierrissiez, 
Jà n i métré fin , 
Marcoul li respont. 

Gitiez au plunjon 
O pierre, o baston , 
Et il plus se moille , 
Ce dist Salemons. 

Donez à putain 
Et hui et demain, 
Tant plus vos despoille 
Marcoul li respont. 

Bues mal ivernez 
En mars est lassez , 
Si chiet en la roie , 
Ce dist Salemons. 

Pute bien vestue 
Se demostre en me 
Por ce qu en la voie, 
Marcoul li respont. 

Là tent-en la glu 
Ol en a veu 
Repaire d'oisiax , 
Ce dist Salemons. 

Pute cerche foire 
Quant ele i espoire 
Planté de bordiax , 
Marcoul li respont. 



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NOUVEAU RECUEIL 

Qui voit le solel 
Au matin vermel , 
Si atende pluie, 
Ce dist Salemons. 

Pute à bele chiere 
Es taverne est chiere, 
Puis après anuie , 
Marcoul li respont. 

Jà nus useriers 
N'aura tant deniers 
Con ses cuers voldroit , 
Ce dist Salemons. 

La pute en sa vie 
N'iert tant replenie 
Que plus ne covoit , 
Marcoul li respont. 

Jà par sairement 
Con ni pert noient 
Mar querrez vilain , 
Ce dist Salemons. 

Bien let sa nature 
Con ele plus jure 
Qui mains croit putain , - 
Marcoul li respont. 

Chargiez à jument 
Ou plunc , o argent , 
Hei ne chault loquel , 
Ce dist Salemons. 



DE FABLIAUX ET CONTES. 4*i 
Pute ne tient conte 
Qui sor son cul monte, 
Tuit li sont igné) , 
Marcoul li respont. 

Ne vos chault semer 
Au sablon de mer , 
Jà n'i croistra grain , 
Ce dist Salemons. 

Bien pert la raison 
Qui vialt par sermon 
Chastoier putain , 
Marcoul li respont. 

Loez lo poon , 
Si fait à bandon 
Sa queue parroir, 
Ce dist Salemons. 

Pute se demonstre 
En rue et se monstre 
Por loenge avoir , 
Marcoul li respont. 

Li Ostors muiers 
Est plus soveniers 
Que n'est li sors , 
Ce dist Salemons. 

Con plus est en voie 
Plus sovent prent proie 
Pute o lou gent cors , 
Marcoul li respont* 



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NOUVEAU RECUEIL 
Li faucons sorsis 



Au premerain jor, 
Ce dist Salemons. 

Moult est déferrée 
Pute mal gardée 
Quant ele a loisor , 
Marcoul li respont. 

Gerfaulx n'espervier 
N'est mie legier 
A faire privé, 
Ce dist Salemons. 

Pute de mal aire 
Ne se set atrere 
A nule bonté, 

Marcoul li respont. 

Norrissiez Tostor, 
Si l'auroiz mellor 
Por bien rivoier , 
Ce dist Salemons. 

Putain destraingniez 
Et soz piez tenez 
Si vos aura chier, 
Marcoul li respont. 

De loing cort au vent 
Li chiens quant il sent 
O perdriz ou caille , 
Ce dist Salemons. 



Est auques ordis 




DE FABLIAUX ET CONTES: 4a3 

48 De loing aperçoit 
Pute de cui doit 
Traire la maaille , 

Marcoul li respont. 

49 Li cras porcelet 

Ne quiert pas lou net , 
Ainz quiert la palu , 
Ce dist Salemons. 

50 A putain ne chaut 
Qui argent li baut 
Mès tost ait f..tu. 

Marcoul li respont. 

51 Li petiz pouparz 
Fet moult large para 
De son pain au chien , 

Ce dist Salemons* 

52 Bien vos entendra 
Pute, quant orra 
Que vos diroiz tien , 

Marcoul li respont. 

53 Fol est , ce m'est vis , 
Qui les charbons vis 
Respont en son seing , 

Ce dist Salemons. 

54 A droit gist en paille 
Qui son avoir baille 
En main de putain , 

Marcoul li respont. 



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NOUVEAU RECUEIL 
Chevax enselez 
Est bien aprestez 
De faire son oirre , 
Ce dist Saleraons. 

Pute bien corbée 
Est bien aprestée 
De f..tre et de poirre , 
Marcoul li respont. 

A droit pert s'onor 
Qui a trahitor 
Otroie baillie , 
Ce dist Salemons. 

Qui met à putain 
Ses biens entre main 
. A bon droit mendie , 
Marcoul li respont. 

Qui en sa meson 
Atret lou larron , 
Domage i reçoit , 
Ce dist Salemons. 

Qui putain anore 
En la fin en plore 
Quant il s aperçoit , 
Marcoul li respont. 

Quant lo chat est bel 
Et luisant la pel , 
Lors asauvagist , 
Ce dist Salemons. 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 
Chérissiez putain , 
Donc soiez certain 
Qu eie vos guerpist , 
Marcoul li respont. 

Moult sot de la muse 

Qui vout fere escluse 

Por retenir Loire , 

Ce dist Salemons. 
• 

Pute commuhaus 
Et fols naturaus 
Ne font pas à croire , 
Marcoul li respont. 

Et la chenillete 
Menjue l'erbete , 
La fueille du chol , 
Ce dist Salemons. 

La pute se Test 
Et conroie et pest 
De lavoir au fol , 
Marcoul li respont. 

Quant chevrel est nez , 
De voir le savez , 
Il a le col blanc , 
Ce dist Salemons. 

Quant gars dist, tenez , 
Pute dist , venez 
Seoir en cest banc , 
Marcoul li respont. 



NOUVEAU RECUEIL 
Qui langor aura , 
Moult liez en sera 
Se vis en eschape , 
Ce dist Salemons. 

Qui putain croira , 

Ne li remainra 

Ne cote ne chape , 

Marcoul li respont. 

• 

Li petit poucin 
Sont bon en sain 
Atorné au poivre , 
Ce dist Salemons. 

Quant pute n'a vin , 
Art quiert et engin 
Comment ait à boivre , 
Marcoul li respont. 

Li singes est lais 
Et moult contrefais , 
Sa le cul pelé , 
Ce dist Salemons. 

Diex ne fist contrait 
Qui por argent n'ait 
De putain son gré , 
Marcoul li respont. 

Bien set li putois 
Son recet où bois 
Où il doit garir , 
Ce dist Salemons. 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 
Pute a les dois crois , 
Tout veut prendre à chois 
Quanques voit tenir , 
Marcoul li respont. 

Tels chace le dain 
Par bois et par plain 
Qui puis le pert tout , 
Ce dist Salemons. 

Tels-vest la putain 
Et pest de son pain 
C'uns autres la f... 
Marcoul li respont. 

La poire meure, 
Vaut miex que la dure , 
Cé savez vos bien , 
Ce dist Salemons. 

Pute a tel nature, 
De garçon n'a cure 
Puis que il n'a rien , 
Marcoul li respont. 

Roinsce acroche gent 
Et poile souvent 
Brebis et mouton , 
Ce dist Salemons. 

Pute proie et prent 
Tant comme ele sent 
Riens en son garçon, 
Marcoul H respont. 



NOUVEAU RECUEIL 
Le'coc où fumier 
Grate le paillier 
Por trover le grain, 
Ce dist Salemons. 

Pute a bon mestier 
De borse vuidier 
A cul de vilain , 
Marcoul li respont. 

Se n'estoit li chas 
Moult iroit li ras 
Souvent au bacon , 
Ce dist Salemons. 

Pute o ses blans bras 
De son c. fet las 
Por prendre bricon , 
Marcoul li respont. 

Li buès au vilain 
Gaaingne le pain 
Dont li siècles vit , 
Ce dist Salemons. 

Bien se lasse en vain 
Qui cuide putain 
Tuer à son v.. 

Marcoul li respont. 

Biens ne vaut aillée , 
S'ele n'est broiée 
Et fort pestelée, 
Ce dist Salemons. 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 429 
La pute est perdue 
S'el n'est bien batue 
Et souvent foulée, 
Marcoul li respont. 

Meson esventée 
Est tost alumée 
Quant li feus i prent , 
Ce dist Salemons. 

La pute tifée 
Est tost enversée 
Quant el voit l'argent , 
Marcoul li respont. 

Conins se repont 
En terre parfont 
Que il ne soit pris , 
Ce dist Salemons. 

Pute poile tant 
Garçon en riant 
Que il est chelis , 
Marcoul li respont. 

Anguille peschie 
N'ert jà empoignie , 
Tant fort se demaine , 
Ce dist Salemons. 

Pute vezie 
Pîert jà engingnie, 
Fols est qui s'en paine, 
Marcoul li respont. 



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43o 
97 



98 



99 



100 



101 



102 



NOUVEAU RECUEIL 

A molt grans tropiaus 
Vont les estorniaus 



Ce dist Salemons. 

Pute tient convent 
A vint ou à cent , 
Encore en aquiet , 
Marcoul li respont. 

Li liepars est fiers , 
A prendre maniers 
Et li lyons plus , 
Ce dist Salemons. 

Putain embraciez 
Ele dist , fuiez , 
Ainsi l'ont en us , 
Marcoul li respont. 

Asne avez véu 
Lessier fain menu 
Por rungier chardon , - 
Ce dist Salemons. 

Pute avez véu 
Lessier son bon dru 
Por mauvais garçon , 
Marcoul li respont. 

Moult est biaus estez 
Et la flor es prez 
Dont il i a tant , 
Ce dist Salemons. 





DE FABLIAUX ET CONTES. 
Se putain créez , 
Quanques vous avez 
Prendra en riant, 
Marcoul li respont. 

Jà ne parra trace 
Que culuevre face 
Desus pierre bise , 
Ce dist Salemons. 

La pute privée 
N'est prise provée 
S'en f..tant nest prise r 
Marcoul li respont. 

A bouche de four 
A si grant chalour 
Ja n'i croistra herbe , 
Ce dist Salemons. 

Ja cul de putain 
Au soir ne au main 
Ne sera sans merde , 
Marcoul li respont. 

Qui vilain blandist 
Et souef norrist, 
Adonc la pior , 
Ce dist Salemons. 

Qui putain honist 
, Et bat et laidist , 
Adonc l'a meillor, 
Marcoul li respont. 



NOUVEAU REÇUËIL 

Gars taste à sa borse 
Se trueve piau «Torse , 
N a mès que doner , 
Ce dist Salemons. 

Quant la pute Tôt 
Son c. li reclot , 
V.. n'i puet entrer, 
Marcoul li respont: 

Qui prise les dez , 
Fols est et dervez , 
Qar tost en est nus , 
Ce dist Salemons. 

Qui putain maintient, 
Toz maus l'en avient , 
Tost est confondus, 
Marcoul li respont. 

Li mules où pré 
À mavais soustré , 
Et sont de porri fain , 
Ce dist Salemons. 

Souz bel vestement 
Ort cul et puant 
De bele putain , 
Marcoul li respont. 

Feus en brueroy 
Art environ soy 
Quanques il ataint, 
Ce dist Salemons. 



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DE FÀBUÀtfX ET CONTES. 433 

118 Pute ment sa foy, 

PÏe li chaut por coy ; 
Mais qu ele gaaint , 
Marcoul li respont. 

i ig Fox est qui c on mande 
Au lous en la lande 
Garder ses agniax , 
Ce dist Salemons. 

1 20 Pute si demande 
Au musart viande 
Sovent et drapiax 

Marcoul li respont. 

121 Cerf va cele part 
Où il set Tessart , 
Si paist volentiers f 

Ce dist Salemons. 

y 

12a Pute de maie art 

Set bien de musart 
Traire les deniers , 
Marcoul li respont. 

12 3 Dex ne fist poisson 

Qui sont de Tiave loin g 
Qu'à longues puist vivre , 
Ce dist Salemons. 

124 Putain et garçon 
Boivent à tencon 
Tant que il sont yvré , 
Marcoul li respont. 
TOME 1. 28 



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/*3^ NOUVEAU RECUEIL 

12 5 Moult a li faisans 
Les plumes luisans 
Et les iex bien fais , 

Ce dist Salemons. 

12 6 Pute a bele guimple 
Et la chiere simple , 
Mais li eus est lais , 

Marcoul li respont. 

12 y Grenoulle en marais 
Est en son defois 
Tant con levé est bone, 
Ce dist Salemons. 

128 Pute prend manois 
De tant est sordois 
Qi\z qui plus li done , 
Marcoul li respont. 

12g Qui veut mesurer 
Les goûtes de mer, 
' Molt est plain de rage*, 
Ce dist Salemons. 

i3o Qui tient en sa main 
La foy de putain , 
Molt a malvais gage , 
Marcoul li respont. 

i5i Qui se sent forfait 
Fol est s'il en plait 
Entre sans aïe, 
Ce dist Salemons. 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 435 

i3a Qui va vuide mains 
Deprier putains , 
il fet grant folie , 
Marco ul li respont. 



133 Li chien aime bien 
Cil qui li dist , tien , 
Et non autrement , 

Ce dist Saleraons. 

134 Quant on dit, tenez, 
Putain dit, venez, 
Tout à voz commant , 

Marcoul li respont. 

135 La truie enserrée 
Est tantost levée 

Si lui vient pasture , 
Ce dist Salemons. 

136 La putain qu'on f... 
I prent autre gout 
Se l'argent ne dure , 

Marcoul li respont. 

De blanche levriere 
Grant saut en bruyère , 
Ce dist Salemons. 

De grosse lodiere 
Grant vesse pleniere , 
Respont lui Marcon. 



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NOUVEAU RECUEIL 

Delez grant val grant mont , 
Ce dist Salemons. 

Delez grant cul grant c, 
Marcoul li respont. 



EXPLICIT MARCOUL ET SALOMON 
QUI NE VAUT PAS UN GRANT ETRON. 



DE FABLIAUX ET CONTES. «3 7 



VOIÀGE D'OULTRE MER 

DU COMTE DE PONTIEU. 



El tans passé ot un Conte en Pontiu moult amant le 
siècle. En ce mëisme tans enclina le Conte dp Saint 
Pol : navoit nul oir de se car , mais il avoit une sereur 
qui Dame fu. de Doumart en Pontiu. Cele Dame si avoit 
un fil , Tiebaus avoit à non ; oirs fu de le Conté de Saint 
Pol , mais povres bacelers estoit tant con ses oncles 
vesqui. Li Quens de Pontiu avoit feme moult boine 
dame, en cele dame eut une fille. Cele fille cruit et 
monteplia en moult grant bien et eut bien xvi. ans 
d'âgtf, mais dedens le tierc en q'ele fii née, se mere 
morut , et li Quens se remaria tant tost , en pau de ter* 
mine s'eut un fil, et il cruit et monteplia en bien. Li 
Quens dit monsengneur Tiebaut et si lapela de se mais- 
nie , et quant il Tôt de sa maisnie , si monteplia li Quens 
de Pontiu en moult grant bien. Au repair d'un tour- 
noiement apiela li Quens monsengneur Tiebaut si li 
demanda : Tiebaut , qel joel de ma tere ameriés-vous 
le mex ? Sire , fait Tiebaut , je sui uns povres bacelers , 
mais de tous les joiaus de vostre terre je n ameroie tant 
nul con damoiselle vostre fille. Li Quens fu liés et dist : 
Tiebaut, je le vous donrai s'ele vous veut. Li Quens 
vint là où li damoiselle estoit , et dist : Fille} vous estes 
mariée s'en vous ne remaint. Sire, fait -elle, à cui? 



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438 



NOUVEAU RECUEIL 



Fille, fait-il, en men bon chevalier Tiebaut de Domart. 
À ! sire, fait-elle , se vostre Contes estoit Roiaumes et à 
moi denst rois venir, si me tenroie-jo à moult bien 
mariée en lui. Fille, fait-il, benois soit vostre cuers. 
Li mariages fu fais. Li Quens de Pontiu et cil de Saint 
Pol i furent , et maint autre preudome. A grant joie 
furent asamblé et à grant déduit vesquirent bien cinc 
ans ensamble , mais ne plut à Diu qu'il eusent nul oir , 
dont moult pesa à cascun. Une nuit jut me sire Tiebaut 
en sen lit , et pensa , Diu ! dont vient ço que j'aim tant 
ceste dame et ele mi , et ne poons avoir oir dont Dix 
soit servis et au siècle bien fais ? Il pensa de monsen- 
gneur Saint Jake qu'il dona as vrais requerans ço qu'il li 
demandoient et promist sa voie. La dame se dormoit : 
quant ele fu esvellie , il le tint entre ses bras et re- 
quist un don. Sîre , fait-elle , qel ? Dame , fait-il , est-ce 
seurtés que jo Tarai ? Sire , faites Voir qes qu'il soit , se 
je doner le puis , je le vous donrai. Dame , fait-il , congié 
d'aler à monsengneur Saint Jake^ et prierai mon'boin 
sengneur qu'il nos doinst oir dont Dix soit servis et 
sainte Eglise onerée. Sire , fait-ele , cis dons est moult 
courtois , et je le vous otroi. Moult furent en grant 
joie. Trespasa un jour et autre et tierc et jurent ensi 
en leur lit. Une nuit la dame li dist : Sire , je vous Fe- 
quier que vous me donés. Dame , fait-il , demandés , je 
vous donrai se je doner vous puis. Sire, fait-elle , congié 
d'aler avoec vous en ce voieage. Quant mesires Tiebaut 
Toi , si fu moult dolans et dist : Griés cose seroit à vostre 
oeus ; et elle li dist : Sire , n'en doutés mie que dou 
meneur Esquier que vous avés serés vous plus enblaés 
que de moi. Dame , fait-il , jel* vous otroi. Jors vint et 
noviele corut , et tant que li Qens de Pontiu le seut et 




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DE FABLIAUX ET CONTES. tf 9 

manda monsengneur Tiebaut et li dist : Tiebaut , vous 
estes li pèlerins voés*, ce me dist-on , et me fille. Sire , 
fait-il , c'est voirs. Tiebaut , fait-il , de vous m'est bel 
et de li me poise. Sire , fait-il , je ne li peut escondire. 
Tiebaut, fait-il, movès quant vous volés et hastés vous : 
palefrois et roncis et somiers je vous liverrai asés et 
autre avoir. Sire , fait-il , grant merçis. Il s'aparelle et 
muet à moult grant joie , et va tant qu'il aproce mon- 
sengneur Saint Jake à mains de deus jornées. Une nuit 
jut en une boine ville. Au soir apella l'oste et demanda 
li de la voie dou demain quele elle seroit, et il li dist : 
Sire, près de ceste ville avérés un peu de forest à 
paser, après toute jour bele voie. Atant se teurent. Li 
lit furent aparellié , si vont jesir. El demain fist moult 
bel. Pèlerin se levèrent ains qu'il fust jors et fisent noise, 
et mesires Tiebaut s'esvella et se trova un peu pesant 
sen sanc, et dist à sen Ganbrelenc , lieve te et fai nostre 
maisnie lever* et tourser et aler leur voie, et tu reman- 
ras et torseras nostre lit , que je sui un peu pesans et 
mehaitiés. Cille conmanda et il s'en alerent. Petit de- 
moura après mesire Tiebaut se leva, li valés torsa, et 
li palefroi furent aparellié, si montèrent et n'estoit 
encore mie jors \ mais moult faisoit bel. Il isirent de la 
v;lle il troi sains plus de conpagnie fors que de Diu et 
aprocierent de la forest, et quant il i virent , si troverent 
deus voies, l'une bone et l'autre mauvaise, et dist au 
a Ganbrelenc : Fier des espérons, atàing nostre gent et 
di qu'il nos atengent : laide cose est à dame de chevau- 
cier par mi forest à pau de conpagnie. Cil s'en va grant 
aleure , et mesire Tiebaut vint à la forest et trova les 
deus voies, et ne seut lequel aler, et demanda le, 
dame, laquele irons- nous? et elle dist : Sire, se Diu 



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440 NOUVEAU RECUEIL 

plaist, la bone. En là forest avoit larons qui la miba- 
toient la fause v<Sie pour foire Its pèlerins desvoier. 
Mesire Tiebaut descendi et esgarda la voie , et trova la. 
fause voie plusantée et plus large que la boine , et dist : 
Dame , alonsdepar Diu cesti. Il entrèrent ens et alèrent 
bien le quart d'une liuè. La voie conmença à estrecier 
et raim furent bas, et il dist : Dame, moi samble que 
nous n'alons mie bien. Quant il eut ce dit, iFvit devant 
lui quatre hommes armés comme larons sur grans che- 
vaus et cascuns lance en sa main ; et quant il les ot veus, 
il resgarda ariere et en vit autres quatre en autel ma- 
nière atornés , et dist : Dame , ne vous effréés de cose 
que voies. Il salua les premiers et il se teurent à son 
salu. Après il leur demanda qu'il pensoient envers lui , 
et li uns U dist , ce sarés vous jà , et il muet à lui le 
glaive et le.quide ferir parmi le cors, et mesire Tiebaut 
vit le cop venir, si douta et baisa le cors, et cil fali à 
lui , mais au trespaser jeta mesire Tiebaut le main de* 
seure le glaive , si le toli au laron , et mut as trois dont 
cil estoit mus, et en fiert un parmi le cors si Vocit et il 
recuevre et muet ariere et fiert celui qui primes estoit 
mus à lui parmi le cors et l'ocit. Ensi pleut à Diu que 
des huit ocit les trois , et li cinc lavironnerent et li oci- 
sent sen palefroi et il caï sans avoir bleceure qui li gre- 
vast. Il navoit espée ne autre armeure dont il se def- 
fendist. Il li tôlirent sa reube dus c a se cemise et espé- 
rons et hoeuses , et prisent le coroie d'une espée et li 
loierent les mains et les piés , si le geterent en un bui- 
son de ronses ; et quant il eurent cou fait, il vinrent à 
la dame , si li tolirent son palefroi et sa rebe dus ça la 
cemise , et elle estoit moult bele , et ne pourquant si 
plouroit-elle moult durement. Luns des larons les~ 




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DE FABLIAUX ET CONTES. 44i 
garda et dist : Segneur, j'ai men frère perdu, si voel 
avoir ceste dame ea restor. L autres dist, ausi ai-jo 
men cousin germain , autant i clain-jou comme vous et 
autel dist li tiers et li quars et quins leur dist, segnor, 
en li retenir n'arons nous mie graht preu , mais menon 
le en ceste forest et faisons de li nos voîentés , puis le 
remetons à voie et le lasons aler. Ensi le fisentet le re- 
menerent à le voie , et mesire Tiebaufc le vist et dist li 
dame, pour. Diu, desliés me, car ces ronses me grievent 
moult. La dame vit une espée gésir qui fu à un des 
larons qui ocis fu , si le prist et vint vers monsegneur 
Tiebaut , si dist : Sire , je vous deliverai. Elle le cuida 
ferir parmi le cors, êt il vit le cop venir, si le duta, et 
si durement tresali que les mains et li dos li furent 
desevré , et elle le fiert si q'elle le bleça es bras et copa 
les coroies, et il senti les mains laskier, et saca à lui 
et rompi les loiens et sali sus en pies et dist : Dame, se 
Diu plaist , vous ne me ocirés huimais. Et elle li dist : 
Certes , sire , ce poise moi. Il li toli lespée et li mist le 
main sur l'espaule et l'en remena le voie qu'il estoient 
venu ; et quant il vint à l'entrée , si trova de sa conpa- * 
gnie partie ù il estoient venu , et quant il le virent nu , 
se li demandèrent , sire , qui vous a ensi atorné ? Et il 
leur dist que larons avoient encontrés ki ensi les avoient 
atornés , et il en firent grant doel, mais tost furent 
ratorné , si montèrent et alerent leur voie. Cel jor che- 
vaucerent, n'onques à la dame piaour samblant mesire 
Tiebaut n'en fist. Le nuit il jurent en une boine ville. 
Mesire Tiebaut demanda à l'oste s'il i avoit maison de 
relegion ù en peust une dame laissier , et li ostes li dist : 
Sire , bien vous en est avenu ; ci dehors en a une moult 
religieuse. Cele nuit pasa , lendemain mesire Tiebaut i 



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4',2 NOUVEAU RECUEIL 

ala et s i oï messe. Après il pria à l'Abeesse que cele 
dame li gardast. Elle li otria. Mesire Tiebaut i laisa de 
sa maisnie pour li servir, et s'en ala et fist son pèleri- 
nage et revint par la dame. Bien fist en la maison et 
reprist la dame et le ramena en ù pais et à si grant 
honeur et à si grant joie com il li avoit menée , fors ke 
de gésir en son lit. U revenir en la tere moult fist-on 
grant joie de lui. Illi fu li Qens de Pontiu et ses oncles 
li Quens de Saint Pol , et li dame fu moult honerée de 
dames et de demisseles. Ce jor li Qens de Pontiu menga 
avoec monsegneur Tiebaut à s'escuelle. Après le raen- 
gier il li dist : Tiebaut biaus fix , ki lonc va il voit ; or 
me contés aucune aventure que vous avés veue u oï 
dire. Et mesire Tiebaut li respondi qu'il n'en savoit 
nule aventure conter ; et li Qens autre fois l'en pria , et 
il dist : Sire , puis c'au dire vient , je nel' vous dirai mie 
en l'oie de tant de gent. Li Qens se leva et le prist par 
le main, et le mena à une part, et mesire Tiebaut li 
conta q'ensi estoit avenu un Chevalier et une Dame y 
mais il ne noma mie lui. Et li Qens li demanda que li. 
Chevalier avoit fait de la Dame, et il li dist qu'il l 'avoit 
remenée , et autel joie et autel honneur con il l'en avoit 
menée fors ke de jesir en son lit. Tiebaut autre sens 
eut li Chevalier ke jou n'euse , que par le foi que je doi 
vous que je l'euse là pendue à le brance d'un arbre par 
les treces d'une ronse u de le coroie meisme. Sire, fait 
mesire Tiebaut , se ne fust mie la cose si bien creue 
comme elle sera quant la Dame meismes le temongnera. 
Tiebaut , fait-il , savés qui le Chevalier fu ? Sire , oie 
bien. Ki fu-il, fait li Qens? Sire, fait-il, ce fui-je. 
Dont fu-ce ma fille cui ensi avint. Sire, fait-il , voire. 
Tiebaut , fait- il , bien en estes vengiés qui ramenée le 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 44* 
m'avés. À le grant ire qu'il avoit il apiela la Dame et li 
demanda se voirs éstoit que mesire Tiebaut aVoit dit , 
et elle demanda coi ? Q'ensi le vousistes ocire. Sire , 
fait-elle , oïl. Pour que le vousistes-vous faire ? Sire ; 
fait-elle , pour cou q'encore me poise ke je ne le fis. Li 
Qens laisa ce ester , et la cort de partir ; mais dedens le 
secont jor vint li Qens a Tue sur le mer et mesire 
Tiebaut et ses fix , et fist la Dame amener . Li Qens fist 
un batel aparellier fort et bien portant , se fist la Dame 
mètre ens et s'i fist mètre un tonel et fu et poi , et il 
entrèrent tous trois avoec, sans conpaignie d'autre 
gent, fors des màronniers qui les menèrent, et fist li 
Qens nagier bien deus liues en mer ; et quant il vinrent 
là , il fist d'un tonel l'un des fons ferir hors , et prist 
la Dame ki moult ert bele et bien acesmée , si le fist 
mètre où tonel , et fist le fons referir après li et bien 
repoier , et le bondenel si ratirer ke aue n'i peust entrer, 
et fist le tonel mètre sur le bort de le nef , si le bouta 
de sen pié en le mer, puis le conmanda au vent et as 
ondes. Moult en fu mesire Tiebaut dolans et ses frère. 
Il 1i kérrent as piés et li prièrent pour Diu ke de ce for- 
ment *le peusent oster. Il ne leur vaut otroier, mais 
ançois ke*li Qens fust à tere repairiés, vint une nés 
marcéajide devers Flandres qui s'en aloit en tere de 
Sarrasins pour gaangnier, et vinrent le tonel floter, 
et dist li uns , vés là un tonel vrit , se nous l'aviens 
çaiens , aidier nos poroit. Il lenvoierent pourouec , et 
mis fu en le nef. Il le resgarderent et vinrent le fons novel 
repoiet. H les fonserent et troverent la Dame ens gisant 
tele corne sor l'estaindre , car airs li estoit falis : col 
gros et vaire enflé et les.iex lais. Et quant elle réut l'air, 
si respira et sospira. Li marcéant furent entor li et 



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444 NOUVEAU RECUEIL 

Tapelerent; mais ele n'eut pooir de parler. Li airs H 
revint et eut pooir de parler et parla à aus , et il li de- 
mandèrent ki elle estoit et ele leur cela vérité et dist 
que par cruel aventure estoit là venue et par grant for- 
fait. Ele manga et but , et desenfla et devint moult 
bele , s'ele eust tant joie comme ele avoit duel. Tant 
cru la nés ke ele vint devant Aumarie , et quant il eurent 
havene pris , galies vinrent encontre aus qui leur de- 
mandèrent que gens erent , et disent. Marceant somes , 
il avoient leur conduis des haus homes qu'ils pooient 
aler en totes parties sauvement. Il misent la Dame sor 
tere, et furent avoec li, et demanda li un à Vautre 
qu'il en feraient, et li uns dist qui le venderoient , et 
li autres dist : Se j'en fuise creus , nos en ferons présent 
au Soudant d' Aumarie, s'en amendera nos afaires. Il 
s i asentirenttout et prisent la Dame et l'enmenerent au 
Soudant ki jouenes hom estoit , . et l'en fisent présent , 
et il le reçut moult volentiers, q'ele ert moult bele 
Dame. Li Soudant demanda qui ele estoit, et il disent: 
Sire, nos ne savons, mais par tele aventure fù trovée. 
Moult leur fist de bien , et la Dame cuelli en moult 
grant amour. Ele fu sur ferme tere , si li revint cou- 
lours, et le conmença à convoitier et à amet, et li fist 
reqere par latiniers q'ele li desist de quel linage ele 
estoit. Ele nule vérité n'en vaut dire. Il pensa bien à 
cou que il véoit en li qe ele estoit haute feme , et le 
fist reqere se ele estoit crestienne , et ke se ele voloit 
sa loi laisier k'il le prenderoit. Ele vit bien que mix li 
valoit faire par amours que par force , si li manda que 
ele le feroit. Il l'espousa quant ele fu' renoie , et crut 
en moult grant amour envers li, et petit fit avoec lui 
quant elle conçut et eut un fil. Elle fu de la conpengnie 




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DE FABLIAUX ËT CONTES. 4*5 
à la gent et parla et entendi sarrasinois , et petit dé- 
molira après que ele eut une fille. Ensi fu bien deus 
ans e* demi avec le Soudant ,. et entendr sarrasinois et 
paria moult bien. Or dist ensi ke li Qens estoit en Pon- 
tiu et mesire Tiebaut et ses fix. Li Qens fu en moult 
grief pensée et mesire Tiebaut ne s'osoit remarier , et 
li fix le Conte pour le doleur qu'il véoit que si ami 
avoient , ne voloit Chevaliers devenir , et s'estoit bien 
d'aage q'estre le peust. Un jor li Qens pensa et douta 
du pecié' qu'il avoit fait de se fille. Il traist à l' Arche* 
vesqufe de Roem , si se confessa à lui et prist le Crois, et 
qant mesirp Tiebaut vit ke li Qens ses boins sires estoit 
croisiés , si se confessa et croisa. Li fix le Conte vit sen 
pere croisié et monsegneur Tiebaut sen frère qu'il 
amoit tant, si* se croisa. Li Qens ses pere le vit, si l'en 
pesa et dist : Biaus fix , pour coi estes-vous croisiés ? 
Or remanra là tere wide. Li fix li respondi : Biaus pere , 
je sui croisiés pour Diu servir et por vous. Li Qens s'apa- 
rella et mut et ala sent., et mesire Tiebaut et ses fix à 
grant saveté vinrent en la tere et de cors et d'avoir : 
fisent leur pèlerinage moult saintement en tous les lhis 
ù il furent c'on devoit Diu servir et quant li Qens eut 
cou fait, il pensa q'encore voloit -il plus faire, si 
s'adona au service dou Temple un an il et sa' conpa- 
gnie , et quant ce vint au chief del an , il pensa qu'il 
voloit viseter sa tere et ses amis. 11 envoia à Acre et fist 
nés aparellier , prist congié à la tere et vint à Acre et 
entra en mer. A vent moult bien portant issirent du 
havene d'Acre, mais pau leur dura. Quant il furent en 
haute mer , si les souprist un vens durs et oribles , si 
que li maronnier ne seurent qel part il aloient. Cascune 
eure cuidoieat noier , si s'acousirerent ensanble li fix 



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446 NOUVEAU RECUEIL 

au pere et lî niés au neveu. Li troi s'acousirent si fort 
ensanble c'on ne les pooit départir. Petit eurent aie en 
tel manière quant il virent tere et demandèrent a+ma- 
ronniers qes tere c estoit , et il respondirent ke c estoit 
tere de Sarrasin, et si l'apeioit-on le tere d' Aumarie, 
et disent : Sire , qe plaist vous ? Et li Qens leur dist : 
Laisiés corre , de plus cruel mort ne poons-nous morir 
que de noier. Il vinrent devant Aumarie tôt alagen. 
Galies et batel plaines de Sarrasins leur vinrent en* 
contre, et le prisent et menèrent devant le Soudant, si 
l'en fisent présent de tous leurs avoirs. Li Soudant les 
départi et envola en ses prisons. Li Qens et ses fix. 
estoient si fort acousu ensanle et acolé , c'on ne les 
pooit départir, si conmande li Soudant à mètre en carte 
à par ans. La furent une pièce à grant meschief, et li 
fix et li Contes i fu moult malades. Après vingt uns jors 
que li Soudant fist une grant feste du jor de se nai- 
sence. Li Cours fu grande^ Après le mengier arcier et 
Turcople vinrent au Soudant ide Aumarie et disent: 
Sire, nos reqerons no droit. 11 demanda coi , et il disent : 
Sire , un cetif por mètre au bersel. Il leur dist : Aies à 
le cartre , si prendés celui ki mains puet vivre. Il alerent 
et prisent le Conte et si l'en amenèrent, carciet de 
barbe, véstu de caviaus, menesme d'autre afaire. là 
Soudans leur dist : Cis n'avoit mestier de plus vivre $ 
aies , menés l ent. La Dame qui feme estoit an Soudant , 
estoit là et se le vit , et li atenri li cuers et dist : Sire , je 
sai françois , si parleroie à cest povre home se vous 
plaisoit. Dame , fait-il , oïl moult bien. Ele vint à lui et 
si li demanda dontâl ert et ques homs. Il li respondi : 
Dame, je sui (Tune partie de Franche d'une tere c'on 
apele Pontiu. De qel çent? Dame , sire et Qens en estoie 




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DE FABLIAUX ET CONTES. 447 
quant je m'en parti. Quant Toi , si vint à sen Seigneur 
et dist : Sire, donnés me cest cetif s'il vous plaist, car 
il set des eschiés et des tables , si juera devant vous et 
si nos en aprendera, et je sui auqes seule avoec vous, 
si me fera conpengnie. Dame , par ma loi saciés moult 
volentiers. Ele Tenvoia en sa cambre. Li cartriers s'en 
r ala à la cartre, s'amena monsegneur Tiebaut vestu de 
chaviaus et de barbe , magre et descarné. Quant la 
Dame le vit , si dist : Sire , encore parleroie-jo à cestui 
si vous plaisoit. Dame , par ma loi , oïl volentiers. Ele 
vint à lui , se li demanda dont il estoit et qes hom : et 
il li dist : Dame , je sui de la tere au viel et sui Cheva- 
liers et si eut sa fille. Ele revint à sen Seigneur et se li 
dist : Sire , or me ferés-vous gratot bonté se vous me 
donés cestui , car il set de tous déduis , et ses verrés 
volentiers juer ensanble. Dame, fait-il, et je le vous 
doins. El envoia avoeques le premier. Li archers se 
hasterent et disent : Sire , nos droits trop atarge. On ala 
à le chartre , si amena-on le fil covert de moult biax 
keyiax sans barbe et si estoit febles qu'il ne se pooit 
soustenir : et quant la Dame le vit , si en ot pitié et 
dist : Sire , plaist- vous que je paroil encore à cestui ? 
Dame , fait-il , oïl bien. Ele vint à lui , si li demanda 
ques hom il iert et qui il estoit ; et il li dist : Dame , je 
sui fiex au viel premerain. Quant ele Foï , si dist à sen 
Seigneur : Sire , or me ferés-vous grant bonté se vous 
me donnés chestui , car il set d'echiés et de tables et de 
biax contes asés. Et il dist : Par ma loy , Dame , se cent 
en i avoit , si les vous donroie jou volentiers. La Dame 
lenvoia avoec les deus. On r'ala à la chartre , si on ra- 
mena-on un autre. Ele parla à lui , n'en connut mie, 
livrés fu à son martire. Alains qu elç onques puet s'en 



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448 NOUVEAU RECUEIL 

parti et vint en la cambre ù si prisons estaient , et 
quant il le virent Tenir, si firent sanblant de lever et 
ele leur fist signe qu'il se sisent qoi. Ele vint près d'aus 
çt li Qens li demanda : Dame , quant nous ocira-on ? 
Et ele lor dist : Che n'iert mie sitost. Dame , fait-il , ce 
poise nous , car nous avons si fain que li cuer nous 
partent. Et ele s'en essi et fist aparellier viande si leur 
aporta et trencha meisme à sa main , et si douna à chas- 
cun un morsel et petit à boire , et quant il orent chou 
près , si eurent plus fain que devant. Ensi lor douna à 
mengier par dix fois le jour, et à chascune fois un morsel 
ou deus. La nuit aaise jurent. Ensi la Dame tous les 
huit jors les peut et aaisa à chascune fois petit et tant 
qu'il furent si fort qu'ele leur abandouna viande et boire 
ausi. II eurent eskiés et taules et juerent , si furent tôt 
aise. Li Soudant estoit volentiers avoec aus pour veir 
jouer, et la Dame si sagement se warda devant aus 
conques ni ot celui qui eust œul ne pensée à li con- 
noistre. Petit demoura après ke li Soudans ot afaire, 
car uns Soudans qui à lui marcisoit , si li fist sa tere 
laide ; et il pour vengier manda gent. Et quant la Dame 
le seut , s'en vint en la canbre ù li prisonnier esjoient , 
et, il ierent si acoustumé que pour sen aler ne pour sen 
venir il ne s» mouvoient. Ele s'asit en une kaiere de- 
vant aus, si les apela et dist : Seigneur, vous m'avés 
dit de votre afaire une partie ; or veu-ge savoir se voirs 
est che que vous m'avés dit. Vous me désistes ke vous 
estiés Qens de Pontieu et que cil eut vostre fille , et 
que cil est vostre fiex. Je sui Sarrasine et sai d'art , si 
vous di que vous ne fustes onques près de si honteuse 
mort que vous estes ore , se vous voir ne me dites , et 
jou sarai bien se vous dires voir. Vo fille que cil Gheva* 



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DE FABLIAUX ET CONTES. 449 
Hers ot espousée , que devint-ele ? Dame , fait li Qens, 
jou cuit qu'ele soit morte. Coument morut-ele, fait la 
Dame? Dame, fâit li Qens, par une oqoison qu'ele de- 
servi. Kele fu l'oquoisons, fait la Dame? Li Qens li con- 
m en ce à conter le mariage et l'atargement d'oir qu'ele 
ne pot avoir. Li boins Chevaliers pramist la voie à mon- 
segneur saint Jake : ele li requist d aler avoec lui et il 
li otroia et murent et alerent s'ent. Il vinrent à un lieu 
où il furent sans compaignie , si troverent larrons en 
une forest. Li boins Chevaliers ne puet mie contre tous, 
mais il en tua troi : cinc en i demourerent et prisent le 
bon Chevalier et le desvestirent en sa cemise lui et la 
Dame. Après il li loierent les pies et les mains et le je- 
tèrent en un bûiôon de ronces. Il virent la Dame bele, 
si le vaut chascuns avoir. A chou s'acorderent ensanble 
que tout cinc jurent à lui. Et quant il orent ce fait si 
s'en partirent et ele Temest. Li boins Chevaliers le vit 
et li pria moult doucement : Dame , or me desloiés , si 
nous en irons. Ele vit une espée qui a un des larrons 
estoit keue, si le prist et vint vers lui en sanllant de 
moult grant ire, et li dist : Je voûs deslierai. Ele tint 
Tespée nue et l'en cuida ferir parmi le cors. Par le vo- 
lenté de Dieu et par le viguer du boin Chevalier, il se 
tourna chou desous deseure; ele a ta in t les loiens si les 
trencha et li blecha les bras. Les mains li lasquierent 
et il rompi les loiens de ses pies, et sali sus si bleciés 
con il estoit et di : Dame , se Dieu plaist vous ne m'oci- 
rés hui mais. Et ele li dist : ce poise moi. A fait la Dame, 
bien sai que voir avés dit, et bien sai pourquoi ele le 
vaut.ocirre. Dame, pourquoi? Pour le grant honte qu'il 
avoit veu que ele avoit soufferte et rechut devant lui. 
Et quant mesires Tiebaus loi, si commencha à plorer 

TOME I. 2Q 



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45o NOUVEAU RECUEIL 

moult tenrement et dist : Elas ! ques coupes i avoit eie. 
Dame, fait-il, si me Toelle Diex ddiTrer de la prison ù 
je soi , jà pour ce pieur sanllant ne Fen eusse fût. Sire , 
fah-ele , che ne cuidoit-ele mie adooc. Or me dites, 
fait-ele, lequel le cuidiés-Tous miex ou tîtc ou morte? 
Dame, font-il , nous ne savons mie lekel , mais bien sai, 
fait li Qens, que cruel Tenjanche en fu prise , et sll plai- 
soit à Dieu, fait la Dame , k'ele fust escapée de cel tour- 
ment et tous en poiés noveles oir, k'en diriés tous? 
Dame, fait li Qens , je ne seroie mie si liés d'estre de- 
livres de ceste prison et d'avoir autant de terre en cru- 
ture que jou oi onques. Dame, fait mesire Tiebant, 
et je ne seroie mie si liés d'avoir le plus bele Dame 
du mont et d'avoir le roiaume de France avoec loi. 
Chertés , Dame , fait li joules , n'on ne me porroit 
douner ne pramettre de quoi je fusse si liés. Quant 
la Dame oï lor paroles , si li atenri li cuers, et dist, Diex 
en soit aourés. Or gardés qu'il n'ait faintise en vos pa- 
roles. Et il dirent tout troi à une vois : Dame , non a-il. 
La Dame conmencha à plourer moult tenrement. Sire, 
or poés vous dont dire ke vous estes mon père et que 
je sui vostre fille ; et vous estes mes barons, et vous estes 
mes frères. Quant il oïrent chou , si furent moult lié et 
si firent sanllant d'umelier vers li , et ele leur deffendi et 
dist : Je suis Sarrasine et si vous pri que de cose que 
vous aies oïe nul plus biau sanllant n'en faites, mais 
simplement vous maintenez et moi laisiés couvers. Or 
vous dirai pour quoi je sui demouree à vous. là Soudans 
mesire en doit aler en une chevaucie et je vous connois 
bien , si querrai que vous irés avoec li , et se vous onques 
fustes preudoume, monstres le ore. Atant se taisent et 
ele se lieve et vient au Soudant et dist : Sire, li uns de 



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DE FABLIAUX ET CONTES. /J5i 
mes prisons a oï parler de vostre gerre et ma dit qu'il 
iroit volentiers avoec vous s'il en a voit Faiseur. Dame , 
fait-il , je n'oseroie qu'il ne me fesist fauseté. Sire , fait- 
ele, seurement le faites, car jou retenrai les deus, et 
se cil vous meffaisoit , je penderoie ces par les gueles. 
Dame , fait-il , et jou li livrerai ceval et armes et ce qu'il 
li convenra. Atant ele s'en retourne en la chanbre et 
dist : Sire, vous irés avoec le Soudant; et ses frères 
s'agenoilla et pria pour Dieu , seur, faites que jou voise 
avoec. Non fecés , fait-ele , que trop seroit le coze aperte. 
Li Soudans mut et mesires Tiebaut avoec lùi , et vinrent 
seur leur anemis. Li Soudans li livra canques mestier li 
estoit. Par le volenté de Dieu et en laie d'autrui, tant 
tist mesire Tiebaut qu'en pau de tans mist les anemis 
le Soudant au desous et moult le prist en gré , et re- 
paira vainkiere et amena grant plenté de prisons en sa 
conpaignie , et vint à la Dame , et dist li Dame : Par ma 
loy, je me lo de vostre prisonnier, et s'il voloit grant 
terre prendre, chertés jou li donroie. Et ele li dist : Sire, 
il ne le feroit mie sans droite loy. Atant se teurent et 
ele s'atorne et dist : Sire, je sui enchainte, et en enferté 
sui keue. Et il li dist : Dame, je ne fusse mie si liés pour 
çruture d'autant de terre que jou ai. Sire, fait-ele , je'ne 
menjai ne ne bus puis ke vous en alastes par saveur , et 
me dist mes viex prisons que se ge ne sui sus terre de 
droite nature , morte sui. Dame , fait-il , vostre mort ne 
voel-jou mie , mais desisés seur quel terre vous volés 
estrè, je vous i ferai mener. Sire, fait-ele, moi ne caut 
seur quel terre chou*soit , mais que jou soie hors de 
cest ille. Li Soudans li fist aparellier une moult bele nef 
et garnir de vin et de viande. Sire , fait-ele , je menrai 
men viel prison et le joine, si jueront devant moi as 



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45a NOUVEAU RECUEIL 

eskiés et as taules, et si menrai mon fil pour moi dé- 
duire. Dame, fait-il , et que devenra li tiers prisons? Je 
voel miex que vous l'enmenés que les autres deus , car 
il n'est liex ne sor terre ne sor mer, qu'il ne vous def- 
fende se vous en avés mestier. Sire, fait-ele, et jou l'en 
voel bien mener. La nés fu aparellie et entrèrent en 
mer. Sitost ke li maronnier furent en haute mer, il di- 
rent à la Dame : Nostre vent nous porte droit à Brandis; 
et ele dist, laisiés aler abandounéement , car jou sai 
Franchois, si vous conduirai bien partout, et il vinrent 
en havle à sauveté et montèrent sor terre. La Dame leur 
dist : Seigneur , jou voel que vous recordés les paroles 
qui dites furent, car encor ai-jou bien pooir du retour- 
ner se jou voel. Et il disent : Dame , nous ne desimes 
coze que nous ne voellons bien tenir. Seigneurs , fait- 
ele, veschi mon fil. Qu'en feronsrnous, Dame? à grant 
bien et à grant houneur soit-il venus ! Seigneur , fait- 
ele , j'ai moult tolu au Soudant quant jou li ai tolu mon 
cors et mon fil , ne plus de ses cozes jou ne li bé à to- 
lir. Ele revint as maronniers à le nef et dist : Retournés 
et dites le Soudan que jou li ai tolu mon cors et son fil, 
et jeté de sa prison mon pere et men baron et men frère. 
Li maronnier furent moult dolant, et alains qu'il puè- 
rent retornerent. Li Qens s'aparella et bien ot dequoi 
par marceans et par Templiers qui volentiers li pres- 
tent du leur. Aparellié furent et murent de là et vinrent 
à Rome. Li Qens vint devant l'Apostole à toute sa con- 
paignie. Chascuns se confessa à lui, et quant il eut chou 
oï, si fist moult grant joie des œum-es et du miracle que 
Diex moustroit à sen tans. Il bautisa l'enfant et ot non 
de Guilliaume. Après il remist la Dame en droite cres- 
rienté et conferma et li et son seigneur en droit mariage, 




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DE FABLIAUX ET CONTES. 453 
et douna chascun penitance de ses meffais. Après il 
montèrent et .vinrent u païs à grant joie où il estoient 
moult désiré. Moult fist-on grant joie d'aus , et la nés 
retourna de Brandis et revint en Au marie et dirent les 
noveles qui moult despleurent au Soudant. La fille qui 
demorée estoit mainz lama , nepourquant ele crut et 
devint moult bele. Et li Qens fu en Pontieu et fist de 
son fil Chevalier : en pau de tans après monteplia en 
grant bien, mais pau vesqui. A une haute feste li Qens 
de Pontieu fu , si ot un haut home de Normendie con 
apeloit monseigneur Raoul de Praiax. Chis Raous avoit 
une moult bele fille. Li Qens de Pontieu parla tant qu'il 
fist 4e mariage de Guilliaume son neveu et de sa fille, 
car chis Raous n avoit plus d'oirs. Guilliaume Tespousa 
et fu. sires de Praiax. Moult fu li païs en grant joie , et 
mesires Tiebaut out par le volenté de Dieu deus fiex de 
sa famé. Li fiex au Conte morut dont grans deus fu fais, 
et li Qens de Saint Pol vivoit. Or furent li enfant mon- 
segneur Tiebaut en atente des deus Contés où il par- 
vinrent en le fin. La boine Dame vesqui en moult grant 
penitance, et mesires Tiebaut con moult preudom. Ore 
avint que la fille qui demourée fu avoec le Soudant çrut 
en moult grant biauté et fu apelee la bele Cetive. Uns 
Turs moult vaillans servoit le Soudant; Malakins de 
Baudas estoit apelés. 11 regarda la bele Damoisele et le 
couvoita et dist au Soudant : Sire, pour mon service 
avoir à toujors doi mesme. Malaquin , fait li Soudans ! 
Quoi? sire, fait-il, se jou l'osoie dire pour le hautece 
dont jou n'ai mie tant con ele, jou le diroie. Dites seu- 
rement , fait li Soudans. Sire, fait-il, la bele Cetive vostre 
fille. Malaquin, et je le vous donrai volentiers. 11 li 



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454 NOUVEAU RECUEIL, etc. 

douna et chil l'espousa et mena en son pais à moult 
grant joie, et à moult granthouneur, et ensi con véri- 
tés tesmoingne, de cele fu née la mere au courtois 
Salehadin. 



Plïf DU PREMIER VOLUME. 



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GLOSSAIRE 



CONTENANT L EXPLICATION DES MOTS LES PLUS DIFFICILES 
A ENTENDRE , QUI SE TROUVENT DANS CE VOLUME. 



A. 



A. : Avec. 

Aage : Le temps de la vie. 
A aise : Content , avec plai- 
sir. 

Aaisier (s') : Passer son temps 
agréablement, s'amuser. 

àatie , aatine : Ànimosité , 
querelle. 

àba : Aboiement. 

Abandon : Avec plaisir, sans 
balancer. 

Abelir : Plaire , être agréa- 
ble. 

Abit : Demeure , habitation. 
Aboivre : Abreuver , désalté- 
rer. 

Abriéver : Diminuer, abré- 
ger ; Vore abrieve: le temps 
approche. 

Abriter : Venir prompte- 
ment ; abrivé : empressé , 
vif. 

Acerin : Perçant, tranchant. 
Acertes : Certainement. 
Acesmer : Parer, ajuster. 
Achiée : Douleur. 
Achier : Hacher. 
Achoison : Occasion , sujet , 
motif. 

Acliner : % Être couché , repo- 
ser. 

Acointe : Familier. 
Acointier : Faire société, se 



lier d'amitié ; acointié : in- 
formé, instruit. 
Acoisié* : Calmé , adouci. 

ACONSIRENT, ACONSIRERENT : 

Se joignirent , s'embrassè- 
rent. 

Aconsu : Joint , lié , embrassé. 

Aconte : Action, acte. 

Aconter : Narrer, raconter, 
compter. 

Acorer : Arracher le cœur, 
les entrailles. 

Acort : Accourt. 

Acoupir : Cocufier. 

Acréanter : Promettre , as- 
surer. 

Acroire : Prêter ; en impo- 
ser. 

Acueille , acuet sa voie : Il 

se met en chemin. 
Ademet (s') : Se comporte, 

se tient bien. 
Adés : Toujours. 
Adeser : Toucher , joindre; 

adoist : qu'il touche , qu'il 

approche. 
Adole : Triste , affligé. 
A donc , adonqes : Alors. 
Adouber : Armer des armes 

et vétemens de chevalier. 
Adrechie : Dirigée. 
Adroit : Directement , avec 

justesse. 



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456 AIN 

Ai. Voyez A ace. 

Aengler : Tenir, serrer dan^ 
un coin. 

Aerdre : Saisir , enlever ; 
<ze/v : pris , saisi avec force. 

Aessent (s') : se divertissent, 
se réjouissent. 

Afaitement : Politesse , pa- 
rure ; renseignement. 

Aferist : Ressemblât , fût 
conforme. 

Affaitutve : Flatterie. 

Affet : Tu as fait. 

Affiert : 11 convient. 

Afiche : Épingle , agrafe. 

Afichier : Assurer, affermir, 
appuyer, fixer, se confier. 

Afier : Promettre , assurer , 
donner sa foi. 

Afoler : Faire enrager, tour- 
menter , nuire , faire per- 
dre le sens ; blesser , estro- 
pier. 

Agait : Surprise , piège , em- 
bûche. 
Agaiter : Épier. 
Acreveis : Abattu. 
Agrote : Malade. 
Agu : Aigu. 

Ahernechier :Enharnacher, 
mettre les harnois aux che- 
vaux. 

Ahonteis : Déshonoré. 
Ahurter : Heurter , cho- 
quer. 

Aide y aïe : Aide , secours. 
Aillée : Sauce, ragoût où il 

entre beaucoup d'ail. 
Ain , aing , oins : J'aime ; 

ainme : il aime ; aint : qu'il 

aime. 

Aingin : Art, industrie, sub- 
tilité, fourberie. 

Aiifz : Avant, auparavant, 
au contraire ; et qui ainz 




AME 

ainz : à qui mieux mieux. 
Ainz mes : Jusqu'à présent, 

jamais. 
Ainzné : Ainé. 
Aïr : Violence , colère. 
Air a (n') : N'y aura. 
Aire : Lieu , place , état. 
Aïr ier : Se mettre en colère , 

se fâcher. 
Aisier : Mettre à l'aise , faire 

du bien ; aisiez : gaillard , 

dispos. 

Aisselée : Charge sous le 

bras , brassée. 
Aïst , ait : Qu'il aide , qu'il 

secoure ; aïue : qu'il se- 

courre. 

Ajornee , a/ornement: Le ma- 
tin , le point du jour. 

Ajorner : Faire jour. 

Alagen : En désordre. 

Al ainz : Le plus tôt , au plus 
tôt. 

A^e : Elle. 

Aleure : Pas , allure ; grant 
aléure : grand train. 

Alexandre : Est mis ici pour 
Quinte -Curce, son histo- 
rien. 

Alez : Fini , mort. 

Amain : J'amène. 

Amant : Devient meilleur, du 
verbe amender. 

Ambléure : Amble , petit pas 
d'un cheval. 

Ame (m') : Mon âme. 

Amedens, amedos , amedui: 
les deux, tous deux. 

Améement : Avec plaisir. 

Ament, du verbe amender: 
Améliorer, profiter. 

Amenuisier : Diminuer. 

Amer : Aimer. 

Amesurer : Donner des for- 
mes agréables. 



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ANT 

A mi : Au milieu. 

Amont : Au haut , en haut. 

Amor (s') : Son amour. 

Amuene : Aumône. 

An (s*) : Si on. 

Àncesserie : Ancienneté , 
suite d'aïeux , terme collec- 
tif de prédécesseurs. 

Anche : Pour encre. 

Anchois , ançois : Plutôt, 
avant , auparavant , de pré- 
férence. 

An clot : Prend dans ses filets, 
trompe. 

Andeus , andui : Les deux , 
tous deux. 

Ane malart : Mâle du ca- 
nard. 

Aneez : Enfant. 

Angarde : Avant-garde. 

Ancien , angin : Esprit , gé- 
nie, adresse, finesse. 

Anglon : Coin. 

Angnel : Agneau. 

Angoisseus, angoissous : Tris- 
te , chagrin , fâché. 

Angoissier : Presser vive- 
ment, persécuter. 

Angre : Ange. 

Aniose : Fâcheuse , désagréa- 
ble. 

Annel: Annuel. 

Anoi : Ennui , peine. 

An or : Honneur. 

Anorer : Honorer. 

Anpres : Après , ensuite. 

Ansiment : Pareillement. 

Ansor : Oie , oison. 

Antan : L'an passé. 

Antefinier : Antiphonier , 
livre d'église. 

Anter : Fréquenter. 

Anticer : Exciter , provo- 
quer. 

Antravéure : Plancher. 



AQU 457 

Anui : Peine , chagrin. 
"Anuit : Cette nuit , aujour- 
d'hui. 

Anutt : Il fait nuit. 

Anuit (ne vos): Que cela ne 
vous fasse pas de peine. 

Anuitiée : Toute la nuit. 

An vie a : Envoyer. 

Anwier : Anvers. 

Anz : Dedans. 

Aornee : Remplie , ici infec- 
tée. 

Aourer : Adorer. 
Apanre , apenre : Appren- 
dre. 

A par aus : Séparément. 

Aparaut (s') : Se prépare, se 
dispose. 

Apareller : Fournir , don- 
ner, apprêter. 

Aparoille (s' ; : Sépare , s ar- 
range. 

Apeléor : Demandeur. 

Apeler : Assigner. 

Apendre : Dépendre , tenir , 
appartenir. 

Apenre : Apprendre. 

Apenser : Préméditer, for- 
mer un dessein. 

Apere : Qu'il paroisse. 

ApERT(en) , apertement: Ou- 
vertement , à découvert. 

Apés : Calmes , contentes , 
donnes satisfaction. 

Aplaignier : Caresser'. 

Apoie : Appuié , posé. 

Aport : J'apporte. 

Apostole : Le pape. 

Apr andre : Les études. 

Aprimer : Approcher. 

Aproce : Il approche; apro- 
cierent : ils approchèrent. 

Aquelt, a que ut , aquialt : Il 
accueille ; aquelt sa voie : il 
se met en chemin. 



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458 ASI 
Arai : J'aurai. 

Araisnier : Interroger, de—-, 
mander, entretenir. 

Araisoner : Sommer , appe- 
ler en justice ; questionner, 
parler raison, adresser la 
parole. 

Araument : Tout de suite, 
promptement. 

Argier : Archer, soldat. 

Arder , ardoir : Brûler ; arse: 
brûlée ; art : il brûle, 

Ardure : Violence. 

Arène r : Toucher. 

Arer : Labourer. 

Aresné : Attaché par les rê- 
nes. 

Arestée (sans) : Sur-le- 
champ. 

Arestéue : Arrêtée. 

Ariez : Arrière , derrière. 

Arme : Ame. 

Arsoir : Hier soir. 

Arsure : Brûlure. 

Art : Magie , divination. 

Artc: Artus, roi de la Grande- 
Bretagne. 

Aronde : Hirondelle. 

As : Aux ; avec. 

Asaje : Il apprivoise. 

Asalt , asaut : U attaque. 

As anse (s'): S'absente, s'en- 
fuie. 

Asembler : Épouser. 

Asénbr : Placer , établir ; ose- 
riez : arrivé , parvenu. 

Asentirent: Ils consentirent. 

Aserir : Se faire tard. 

Aséur : Certain , assuré. 

Assurer : Garantir , être à 
l'abri. 

Asient (s') : Ils s'asseyent. 
Asigiez : Assiégé. 
Asis : Assis j assise : posée , 
placée. 



AUS 

Asoeve : Il apaise, calme. 

Asotb : Sot. 

A ss amble : A semblé. 

Assener : Adresser. 

Astoit : Il étoit. 

Atalanter : Avoir pour 
agréable , faire plaisir. 

Atant : Alors, en ce mo- 
ment. 

Atargement : Retard. 
Atarger : Retarder , diffé- 
rer. 

Atemprer : Accorder. 
Atengent : Us attendent. 
Atenrir : Attendrir. 
Atillier : Parer , ajuster. 
Atire : Disposé , traité. 
Atornement : Parure, orne- 
ment. 

Atorner : Arranger , dispo- 
ser , préparer. 
A tôt : Avec. 

Auberz : Haubert , cotte de 
mailles. 

Aubre : Arbre ; aubrisel : ar- 
brisseau. 

Auctorité : Sentence , dis- 
cours utile. 

Aue : Eau. 

Au m an s : Le Mans. 

Au me : Heaume. 

Aumoniere : Bourse , gibe- 
cière. 

Aumosniere : Charitable. 
Auques : Alors , à présent , 

en ce moment , aussi. 
Aurament. Voyez Aratj— 

ment. 

Aurillox : Sainte - Palaye 
pense qu'il signifie le temps 
qu'il fait. 

Atjs : Eux. 

Ausi : De même. 

Ausse : J'eusse ; aiissié ; tous 
eussiez \ aiïst : qu'il eût. 



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BAN 

Aut : Haut , puissant , distin- 
gué. 

Aut : Qu'il ait ; qu'il aille. 
Autel , autez : Pareil , sem- 
blable. 

Autresi , autresin : Aussi , 
également , de la même ma- 
nière. 

Autretant : Autant. 

Au te ete l : Pareillement , de 
même. 

Autrier : L'autre jour. 

Aval : A bas , en descen- 
dant. 

Avaler : Descendre. 

Aveigne : Qu'il arrive, qu'il 
vienne ; avenist : qu'il arri- 
vât. 

Avenant : Agréable , qui 

plaît. 
Avérai : J'aurai, 
Avéras (r') : Tu rauras. 
Avers : Avare. . 

B 

Baceler , bacheler : Jeune 
homme, gentilhomme qui 
n'est pas encore chevalier. 

Bacon : Cochon. 

Baienne : Brune, noire. 

Baille : Palissade , barrière. 

Bailler : Prendre , saisir, 
s'emparer; donner. 

Baillie : Soin , garde , puis- 
sance. 

Baisant : Baissant ; baist: 
qu'il baise. 

Bajasse : Servante , femme 
de chambre. 

Baloiant : Flottant , volti- 
geant. 

Bandon (à) : Sans délai , sans 



B AU 459-* 

Aversier : Adversaire , enne- 
mi. 

Avertin : Folie , vertige. 
Avesprée : Le soir; avesprer: 

faire nuit. 
Aveuc : Avec. 

Aviax : Tout ce que l'on sou- 
• haite. 

A viens : Nous avions. 

Avion^s : Ce mot paroît mis 
ici pour fabuliste, H'Avie- 
nus , auteur de fables. 

Avironer : Environner ; par- 
courir. 

Avision , avison : Vision , fan- 
taisie. 

Avoec , avoeques : Avec. 
Avoi : Hélas ! ha ! exclama- 
tion. 

Avoier : Diriger, mettre dans 

le chemin. 
Awist : Il eût. 
Ax : Eux. 



hésiter, à volonté, à plai- 
sir. 

Bangne : Baigne. 
Bar : Barbot, poisson. 
Bar at : Tromperie , finesse. 
Baréter : Tromper, fripon- 
ner. 

Barge : Esquif, barque. 

Bargigner : Marchander. 

Barnage : Bagage ; ici , ri- 
chesse, prix, 

Barnesse : Femme de bien, 
brave femme. 

Baron : Mari. 

Basme : Baume. 

Batel : Bateau. 

Bauuré : Baudrier. 



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460 BLO 

Baut : Donne. 

Baut , bauz , baude : Gai , 
content , joyeux. 

Bautisa : Il baptisa. 

Bbalté : Beauté. 

Brasse. Voyez Bajasse. 

Béer : Désirer, souhaiter. 

Behobdeb : Lutter, jouter, 
passer le temps à se ré- 
jouir. 

Bel : Agréable ; il m'est bel: 
cela me plaît. 

Bel , bêlement : Doucement ; 
belcovrir: s'excuser honnê- 
tement. 

Benéiçon : Bénédiction. 

Benéir : Bénit , bénisse. 

Benéurée : Bienheureuse. 

Benois , benoiete : Béni , bé- 
nie. 

Ber : Fort, vaillant , baron, 
homme. 

Ber nage : Courage , force. 

Bersel : Captivité , chaîne. 

Bkrtode : Tondu inégale- 
ment. 

Bis : Bec. 

Besague : Hache à deux tail- 
lans , outil de charpentier. 

Besoin ( aller en ) : Vaquer à 
ses affaires. 

Beuban : Faste , luxe , magni- 
ficence. 

Bienvigner : Complimenter, 

saluer. 
Blanchet : Blanc. 
Blandir : Caresser , cajoller ; 

d'où 

Blandiz : Caresses , cajolle- 
ries. 

Blanje : Flatterie. 
Blef : Bled. 

Bliaot : Sorte de robe , ha- 
billement de dessus. 
Bloi , bloie : Blond , blonde. 



BRA 

Bob an : Somptuosité , grand 
appareil. 

Bobert : Fier , orgueilleux. 

Boche : Bouche. 

Bochier : Boucher. 

Bocle : Boucle, agrafe. 

Boen : Bon , plaisir, volonté. 

Boidie : Buse, finesse, trom- 
perie. 

Boise : Gros bâton, rondin. 

Boiser : Buser , frauder , 
tromper. 

Boisson : Buisson. 

Bon : Bien à propos, volonté, 
plaisir. 

Bondenel : Bondon. 

Bord£ : Raillerie, tromperie, 
sornette. 

Bordele : Bordeaux. 

Bons : Loge , petite maison , 
cabane. 

Borse : Bourse. 

Boschel : Bosquet. 

Boschkron : Bûcheron. 

Boschiée : Fardée , dégui- 
sée. 

Bot : Action de pousser. 
Boteis : Bouteille. 
Bote r , -bouter : Mettre, pous- 
ser. 

Boudiné : Nombril. 
Boule : Tromperie. 
Boute-en-corroie : Voleur, 
filou. 

Boz : Poussé en avant. 
Bozon : Sorte de flèche , trait 

d'arbalète. 
Brase : Bras. 

Braies : Culottes , hauts-de- 

chausses. t*+ 
Braine : Brème , poisson. 
Braint : Il crie. 
Brames : Cris, pleurs. 
Branc : Sabre , glaive , épée. 
Bran ce : Branche. 



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CEL 

Brandis : Brindes. 
Bret : 11 crie. 

Brief : Écrit , lettre , brevet. 
Briément : En peu de mots. 
Brifauder : Manger goulû- 
ment. 

Broaz : Jus, sauce de viande, 

bouillie. 
Broce : Petit bois , brous- 

saiile , bruyères. 
Broie : Dispute , ou délai. 
Brueroy : Broussaille , 

bruyère. 



CHA 461 

Bruire : Faire du bruit. 

Brun lé : Brûlé. 

Bu : Buste , corps. 

Buée : Lessive. 

Bu en : Volonté, plaisir, bon. 

Buer : Heureusement , bien 
à propo*, pour son bon- 
heur. v v. 

Buis : Bœuf. 

Bufet : Soufflet, tape. 

Bui : Je bus. 

Buisiner : Sonner delà trom- 
pette. 



c. 



Ça : Tci. 
Caï : Tomba. 
Çaiens : Ici , dans. 
Caiwe : Joue. 

Canbrelenc : Chambellan. 
Canques : Tout ce que. 
Car : Chair. 

Caraudes : Danses en rond. 
Carbohcule : Sorte de ru- 
bis. 

Carciet : Chargé. 

Cardoil : Une des quatre ci- 
tés du roi Àrtus , d'où 
partent presque toutes les 
aventures des romans. 

Car rage : Chemin. 

Carrel : Pierre. 

Carte : Chartre , prison. 

Cartrier : Geôlier. 

Cascun : Chacun. 

Caut : Il importe. 

Caviaus : Cheveux. 

Cax : Eux , ceux. 

Ce : Pour se. 

Cel : Celui , tel. 

Celée : Cachette, secret. 

Celéement ; En cachette , 
secrètement. 



Celz : Cheveux. 

Ce m bel , cenbel , cenbiax : 
Combat , joute , tournoi ; 
mais au vers 63 de Hue- 
line , il paroît signifier la 
lance dont on se servoit 
dans les tournois. 

Cewcle : Sangle. 

Cens : Sans. 

Cep : Espèce d'entrave dans 
laquelle on mettoit les pieds 
du criminel. 

Cerchant : Parcourant, al- 
lant de tous côtés. 

Cervoise : Bière» 

Cesti : Celle-ci. 

Cetif : Captif, prisonnier. 

Ceval : Cheval. 

Cez : Ceux. 

Chahéure : Hache. 

Chaenne : Chaîne. 

Chaï : Tomba \ châtrent: tom- 
bèrent. 

Chaiens : Céans , ici. 

Chaille ( ne vos) : Que cela 
ne vous inquiète pas. 

Chainse : Chemise , jupe , 
veste. 



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46a CHA 
Chaitts , chaitive : Malheu- 
reux. 

Chalemeler : Jouer du cha- 
lumeau. 

Chaloir (ne te) : Que cela 
ne t'inquiète pas. 

Ch a longe : Tromperie , con- 
testation , empêchement. 

Chalongier : Réclamer. 

Chamberieee : Femme de 
chambre, suivante. 

Chanap : Vase à boire. 

Chancela : Glissa , se dé- 
tourna. 

Chances : Goutte , ou cram- 
pe. 

Chanse , chansil. Voyez 
Chainse. 

Chant : Je chante. 

Chantes : Chantier sur le- 
quel on met les tonneaux. 

Chaoie : Tomber. 

Chape : Robe qui avoir un 
chaperon pour mettre sur 
la téte. 

Chapkl : Couronne, guir- 
lande. 

Chaple : Combat , bataille , 
cliquetis des épées en frap- 
pant de taille. 

Charaik : Sort, charme, es- 
pèce de sortilège. 

Chaelion : Une des quatre 
cités. Voyez Cardoil. 

Chaera : Tombera. 

Charrifre : Chemin de char- 

' roi , route. 

Charteins : Monnoie de x 
Chartres. 

Chaste l : Château. 

Chastklain : Gouverneur 
d'un bourg , d'un châ- 
teau. 

Chastier, chastoicr: Avertir, 
donner avis, corriger. 




CHI 

Chatel : Effets mobiliers , 
gain, profit. 

Ch accès : Bas , chaussures 
des jambes. 

Chaucie : Chaussée , grand 
chemin. 

Chaudcn : Sainte- Palaye 
l'explique par chaudeau. 

Chaut : Il importe , il se sou- 
cie ; ne vos chaut : ne vous 
en inquiétez pas. 

ChaÛ : Tombé. 

Che : Ce. 

Chéeee : Siège , chaise. 

Chenu : Vieillard , qui a les 
cheveux blancs. 

Chéoiz , chéu : Tombé. 

Chestui : Celui-ci. 

Chevalerie : Bravoure , 
prouesse. 

Chevauchie , chevaucie : 
Compagnie de gens à che- 
val , voyage , guerre. 

Chevecf , chevestre : Licol de 
monture. 

Chevir : S'aider, conduire, 
gouverner. 

Chevox : Cheveu. 

Chiee : Qu'il tombe , qu'il 
arrive. 

Chiff (à) : A. bout ; à chief 
treire : venir à bout , ter- 
miner heureusement ; au 
chief del an : à la fin de 
l'année ; de chief en chief: 
d'un bout à l'autre. 

Chiere : Visage , mine, con- 
tenance ; faire povre chiere: 
faire triste raine. 

Chikrté : Amitié. 

Chies en chies ( de ) : De 
pied-en-cap. 

Chift : Il tombe ; chiee nt : ils 
tombent. 

Chieus : Celui-là. . 



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COI 

Chiez : Chef, téte. 

Choisir : Voir , apereevoir. 

Choser : Gronder , blâmer , 
quereller. 

Chou : Ce , cela. 

Cil : Lisez s'il. 

Cil : Celui ; cil et cist: l'un et 
l'autre, celui-ci et celui- 
là. 

Cine : Cygne. 

Cine : Fait signe. 

Citeuin : Citoyen. 

Citoal , citouaudé : Sorte d'é- 
pice , zédoaire , graine aro- 
matique. 

Claimmer , clamer : Deman- 
der , réclamer justice , se 
plaindre , avouer, publier, 
déclarer ; clain-jou : je ré- 
clame. 

Clamor : Plainte. 

Claré^ : Vin blanc, vin clai- 
ret. 

Clkr : Insigne. 

Clerc : Savant , instruit ; 

mais ici , écolier , jeune 

homme qui étudie. 
Clergie : Science, savoir. 
Clicant : Pétillant. 
Clo :C1ou. 

Clofichier : Attacher avec 

des clous. 
Ço : Ce. 

Coart : Lâche , poltron. 
Cocelestre : P. e. Glocester. 
Coche : Lit , coucher. 
Cochier : Coucher. 
Coe : Queue. 

Coûtée (vestéeure) : Je crois 
que ce mot signifie un ha- 
billement garni de four- 
rure : Sainte-Palaye l'ex- 
plique par, quia une queue. 

Cofinel : Écrin. 

Coi : Quoi, 



CON 463 

Coint , cointe : Aimable , gra- 
cieux, avisé, prudent, sage, 
rusé , bien instruit. 

Cointement : Adroitement. 

Coisine : Cousine. 

Coitier : Presser , hâter , ai- 
guillonner. 

Coloier : Affecter certains 
mouvemens du cou ou de 
la téte. 

Colon : Pigeon. 

Coluevre : Couleuvre. 

Commant : Je recommande ; 
recommandation. 

Commun aume nt : Ordinaire- 
ment, en général. 

Communaus : A tout le 
monde. 

Comparer : Acheter , payer , 
récompenser. 

Complir : Remplir , complé- 
ter. 

Con : Comme. 

Conbe : Butte, hauteur, lieu 
escarpé. 

Conduis : Passeport. 

Conduit : Chanson , canti- 
que. 

Conéue : Reconnue. 

Confanon, confenon : Ban- 
delette terminée en pointe 
dont les chevaliers ornoient 
leurs lances. 

Conferma : Confirma. 

Confit : Mort. 

Congéer : Renvoyer , don- 
ner congé. 

Congrier (se) : S'amasser, 
s'assembler. 

Conin : Lapin. 

Conjoier : Fêter , recevoir 
avec joie , avec plaisir. 

Conmander : Recommander. 

Gonmin : Cumin , plante. 

Conpas : Pourtour. 



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464 CON 

Coïc questee : Amasser, ga- 
gner, profiter. 

Conraee , conréer, conroier : 
Arranger, ajuster, équi- 
per, traiter. 

Conroi : Train , appareil , 
équipage, provision, pré- 
parât if, repas. 

Consaut : Conserve. 

Conseiller : Consulter , exa- 
miner; parler à l'oreille , 
raconter à voix basse. 

Conséue : Attrapée , atteinte. 

Consoil (à) : En secret. 

Cont : Je conte. 

Contalhié : P. e. couvert de 
blessures. 

Conte nement : Contenance, 
maintien. 

Content : Adversaire , du 
verbe contendre: quereller, 
disputer. 

Contor : Comte. 

Contraire : Peine, chagrin. 

Contralieux : Querelleur , 
contrariant. 

Contremont : En haut, en 
montant. 

Contreval : En descendant, 
en bas. 

Controve : Fable , conte , 
mensonge. 

Conui : Je connus. 

Convans , convent : Accord , 
convention. 

Convenant : Pacte, conven- 
tion par écrit ; avoir en con- 
venant: promettre. 

Convenist : Convenoit. 

Convers : Converti , reli- 
gieux. 

Convine : Affaire , arrange- 
ment. 

Convoier : Guide, conduc- 
teur. 



COR 

Convoier : Conduire dans la 
voie , guider. 

Cop : Coup. 

Copa : Coupa. 

Cope : Coupe à boire. 

Coper : Délivrer. 

Cor âge, coraje : Cœur , vo- 
lonté, pensée, esprit , en- 
vie, dessein. 

Coranz : Courans , légers. 

Corber : Courber. 

Corboille : Corbeille servant 
à berner les dormeurs. 

Corce : Course. 

Coroeles (frères des) : Cor- 
deliers. 

Corduan : Cuir. 

Core : Courir; corent : ils 
courent. 

Corecie* : Courroucé, en co- 
lère. 

Corbcier : Sainte — Palaye 
l'explique par tenir un 
chœur, y figurer. 

Corée : Entrailles , intestins. 

Corge : Gorge. 

Corgiée : Fouet de charre- 
tier. 

Cornille : Corneille. 
Coroie : Courroie, oeintu- 
ron. 

Corone : Couronne ; mais ici 
paroît signifier danse en 
rond , pour dire faire com- 
me les autres. 

Corost : Qu'il fâchât. 

Coroz : Courroux , colère. 

Corp f. : Faute. 

Corquille : Coquille. 

Correcier , corrocier : Fâ- 
cher, mettre en colère : co- 
rost : qu'il fâchât. 

Cors (lo) : fin courant. 

Corsal , corsiere : Coureuse , 
libertine. 



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cov 

Cort : Cour ; court ; corte : 

courte. 
Cort : Ii court. 
Cortine : Rideaux , tour de 

lit. 

Cortius : Jardin. 

Cortois : Civil , gracieux , 
honnête. 

Cortoiste : Politesse, grâce, 
manières honnêtes , grar- 
cieuses. 

Cos : Coups. 

Cose , coze : Chose. 

Coser : Blâmer , désapprou- 
ver. 

Coster : Coûter. 

Costome : Coutume. 

Cosuh : Cousue. 

Cote : Veste , soubreveste. 

Cotéist (se) : Sainte -Palaye 
l'explique, sépare, s'ajuste. 

Cotel: Couteau ; veste, man- 
teau de lit. 

Çou : Ce , cela. 

Coumant : Je recommande , 
j'ordonne. 

Coumin. Voyez Conmin. 

Coupe : Faute. 

Cous : Mari dont la femme 
est infidelle. 

Coûte : Coussin , couverture. 

Couver s : Inconnue. 

Couvertor : Couverture. 

Couvint : S'accorda , s'ar- 
rangea, 

Couvrement : Excuses. 

Covant, coven, covent: Pro- 
messe, engagement, con- 
vention. 

Covenant (être) : Tenir sa 
promesse. 

Covenue : Conduite. 

Covert : Couvert ; covre : 
couvre. 

Covetise : Envie , jalousie. 
tome i. 



' CUI 465 

Cox. Voyez Cous. 
Cox : Coups. 

Créance (faire) : Promettre, 
faire un engagement. 

Créant : Promesse, permis- 
sion. 

Créanter : Consentir, pro- 
mettre , assurer , garantir. 

Cr firent ; Ils crurent , ils 
eurent confiance. 

Crf.mir : Craindre ; crien : je 
crains. 

Crépon : Croupion. 

Cresperite : Sorte de pierre 
précieuse. 

Crié : Créé. 

Crient : Il craint. 

Criminaux : Criminel , péché 
mortel. 

Crine : Chevelure. 

Cristax : Cristal. 

Croiche : Étable. 

Croire : Confier. 

Croistre : Craquer. 

Croller: Secouer, ébranler. 

Crote : Grotte, caverne. 

Cruex : Cruel , barbare. 

Cruez : Creux , profond. 

Cruit : Grandit ; crut: avan- 
ça» 

Cuens : Comte. 
Cuer : Cœur. 

Cuete : Matelas , couver- 
ture. 

Cuevre : Couvre , cache. 

Cuevrechief : Voile , cha- 
peau , bonnet. 

Cui : Qui , que , à qui. 

Cuioier : Penser, imaginer; 
au mien cuidier: à mon avis ; 
cuit: je pense. 

Cuillir : Recevoir. 

Cui rie : Çuirasse. 

Cuisençon : Souffrance , dou- 
leur cuisante. 

3o 



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466 DEF DEM 

D. 



Dahâz , dahez : Imprécation 
qui a la même signification 
que le vas des Latins. 
Dahez : Malheur, maladie, 

chagrin. 
Dam iGR : Dommage. 
Dàme-Dex : Seigneur Dieu. 
Dan , danz : Seigneur. 
Dîne : Dommage. 
Dangier : Obstacle, difficul- 
té , crainte , délai , retard ; 
mener dangier : contrarier, 
foire de la peine ; estre en 
autrui dangier : dépendre 
des autres. 
Danrée : Objet de peu de va- 
leur', denier. 
Dant : Dent ; dant à dont : 

en face , en présence. 
Danter : Dompter. 
Darien (au) : A la fin , enfin. 
De : Est mis quelquefois pour 
que. 

Debaheis : En mauvais état. 

Debiaux : Plaisirs , suivant 
Sainte-Palaye. 

D f BRi si é : Rompu, harassé. 

Dec/ a : D'ici à. 

Decement : Tromperie. 

Dechoivre , deçoivre : Trom- 
per. 

De ci al : Jusqu'au ^ de ci 

qu*an : Jusqu'en. 
Decopé : Découpé. 
Dédit , déduit : Passe-temps , 

plaisir , récréation. 
Deffaez : Païen. 
Deffet : Mort, puni demort, 

ou d'être privé de quelque 

membre. 



Defiw : Fin. 

Defois : Empêchement , dé- 
fense, lieux défendus. 

Defors : Dehors. 

Déguerpir : Laisser , quit- 
ter. 

Dfisse : Je dirois* 
Del : Du. 

Délacer (se) : Se tirer de 
liens. 

Del aie r : Retarder , diffé- 
rer. 

Deleis , delez • A coté , au- 
près. 

Déliter : Se récréer , se dé- 
lester. 

Dcliver Ai : Je délivrerai ^ de- 
liverra: il délivrera. 

Délivre : Libre , quitte , dé- 
barrassé , sans empéeke— 
ment. 

Délivre* ewt : Facilement , 
sans difficulté , prompte- 
ment. 

Deliz : Plaisirs. 

Demanois , démenais : Aussi- 
tôt, sur-le-champ. 

Demauter (se) 5 Gémir , se 
plaindre. 

D km 4 nt- je : Je demande. 

De m antre : Tandis que, 
pendant que. 

Démener : Gouverner , tour- 
menter , conduire ; déme- 
ner effroi : inspirer de la 
frayeur. 

Démesure (à) : Avec excès, 
-outre mesure. 

Demie : La moindre chose, 
rien. 



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DES 

Demisseles : Demoiselles. 
Demoiner. .Voyez Démener. 
Demorance, demoré , démo- 

rée: Retard , délai , attente, 

séjour. 

Demostrance : Signe, mani- 
festation. 

Demostrer : Démontrer , 
faire connoitre. 

Denrée : Ce qui se donnoit 
pour un denier. 

Départir (se) : Se séparer, 
s'éloigner, s'en aller. 

Depfchier , depecier: Briser, 
mettre en pièces. 

Déport : Contentement, plai- 
sir ; mais au vers 668 , d*i 
Chevalier à VEspée , il pa- 
roit signifier le contraire. 
' Déporter : Se divertir, pren- 
dre du délassement. 

Députe : Méchant, perfide, 
bas , abject. 

Deriers : Derrière. 

Derompre : Briser , fracasser; 
deront : met en pièces. 

Dervfr : Sortir du sens, ex- 
travaguer. 

Desbareté : Dépouillé. 

Descarné : Décharné. 

De sci : Jusques. 

Desconéu : Oublié. 

Descordance : Débat, que- 
relle. 

Desdaigne : Mépris. 
Desdje : Refuse 9 contredise. 
Desduire : ^'amuser , se ré- 
créer. 

Desduit. y ayez Pïwt. 
Desenor : DMh<uineur. 
Desevrer , <dç$seyrer ? <§ej>a-r 
rer , diviser 9 débarrasser. 
Desfende : Empêche. 
Desfermer : Ouvrir* 
Desforeté : Sorti de la forêt 



DES 467 

Desfromenté : Dépourvu de 
froment. 

Desfubler (se) : Se découvrir, 
se débarrasser , se mettre à 
son aise. 

Deshaitié : Triste, abattu, 
malade. 

Desimes : Nous dîmes. 

Desingle : Dépouille. 

De si que : Jusqu'à ce que. 

D F sises : Dites ; desist : qu'il 
dit ; désistes: vous dites. 

Deslaieu. Voyez Delaier. 

Desneuer : Rompre , dislo- 
quer. 

Desor : Dessus; desoz : des- 
sous, devant. 

Desovoir : Tromper. 

Despandre : Dépenser; en 
despas : dépensé. 

Despoillier (se) : Se désha- 
biller. 

Despris : Pauvre, déguenillé. 

Desraier (se) : Se déranger. 

Desraison : Malice, folie. 

Desresnier : Se justifier. 

Desroi : Dégât , dommage , 
trouble, confusion, dés- 
ordre. 

Dessevrer : Détacher, sépa- 
rer. 

Destraindre : Tourmenter, 
réprimer. 

Destre : Droite. 

Destrecier : Défaire des très* 

' ses, détresser. 

Destrier : Cheval de main et 
de bataille. 

De sx rois : Triste, chagrin , 
abattu , embarrassé. 

Destrois, destroit: sollicita- 
tion , import un ité , embar- 
ras, peine, détresse. 

Desvez : Fou , Jiors de sens. 

Desviet : Égaré. 



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468 DOC 

Desvoier : Egarer , mettre 
hors de la voie. 

Desvoille : Qu'il refuse. 

Detiknne : Retienne. 

Detirier : Arracher. 

Detor : Débiteur. 

Detrenchier : Hacher, cou- 
per par morceaux , fendre 
• en deux. 

Detrier : Retarder, prolon- 
ger. 

Detuert : Détord, tord. 
Deu : Dieu. 

Déussjent : Qu'ils dussent. 
Deut (se) : Se plaint, souf- 
fre. 

Devenrai : Je deviendrai. 

Devices : Délices , richesses , 
abondance. 

Devin : Je devine , j'explique. 

Dévise : Convention , gré , 
volonté , avis , plaisir. 

Devise (à) : A volonté, à plai- 
sir. 

Deviser : Exposer, décrire. 

Diaut (s'en) : S'en repent, 
s'en chagrine. 

Diax : Chagrin , deuil. 

Die : Dise ; dient : disent. • 

Dire savoir : Bien parler. 

Disent : Us dirent. 

Ditié : Ouvrage , traité , dis- 
cours , pièce de vers. 

Diu , dix : Dieu. 

Diva : Dame, exclamation. 

Diz : Jour ; toz diz : toujours. 

Dïz. Voyez Ditie. 

Do : Du. 

Doble : Petite monnoie de 
cuivre qui valoit deux de- 
niers. 

Doblier : Petite nappe qui se 
met par-dessus la grande. 
Doce : Douce. 
Docement : Doucement. 



DRA 

Doçor : Douceur. 
Doel : Deuil , chagrin. 
Dogié : Fin, délié, menu. 
Doie : Doive. 

Doillanz : Souffrant , ha- 
rassé. 

Doille : Douillet , mou , ef- 
féminé. 

Doille (se) : Se chagrine, se 
plaigne. 

Doins : Je donne ; doint : qu'il 
donne , qu'il permette. 

Dolent : Souffrent , gémis- 
sent. 

Doloere : Doloire, instru- 
ment de tonnelier. 

Domache : Dommage , perte. 

Don : Donc , alors ; d'où. 

Donans cox : Marteaux au 
figuré. 

Doner : Accorder un don. 

Dongié. Voyez Dogik. 

Dongier. Voyez Dangier. 

Donoier : S'amuser, se ré- 
jouir , faire l'amour. 

Donrai : Je donnerai; don— 
roiz : vous donnerez. 

Dont : D'où. 

Donzel : Jeune gentilhomme. 

Dor : La quatrième partie du 
pied géométrique. 

Dosnoi (mener). Voyez Do- 
noier. 

Dostriner : Instruire , ensei- 
gner. 

Dotance , dote .- Crainte , in- 
certitude, doute. 

Doter, douter: Craindre ; do- 
teroiz : vous douterez. 

Douloir : Souffrir. 

Douteuses : Timides , crain- 
tives. • 

Dox : Le dos. 

Dr as : Robe , habit , vête- 
ment. 



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EMP 

Drechie : Dressée, mise. 

Dreues : Dreux , ville. 

Droiture : Justice ; à droi- 
ture : A propos , avec rai- 
son. 

Dr9e : Amie , maîtresse. 
Druerie : Amour, galante- 
rie. 

Duch : Doux ; duce : douce. 
Duel : Chagrin , tristesse , 
deuil. 



END 469 

Dui : Deux ; dui et dui : deux 
à deux. 

Dui : J'ai dû. 

Duit : Instruit , appris. 

Durement : A?ec excès, bien 
fort, beaucoup. 

Dus : Duc. 

Dus c'a : Jusqu'à. 

Dusil : Canal , fontaine , ro- 
binet. 

Duter. Voyez Doter. 



É : J'ai. 

Écoche : Écorce. 
Effonder : Enfoncer , rom- 
pre. 

Efforcier : Augmenter, pres- 
ser, exciter. 

Effréement (mener) : Se fâ- 
cher , se mettre en colère , 
faire du bruit. 

Effréer : Epouvantèr , fâ- 
cher , irriter. % 

Einçois : Avant , aupara- 
vant. 

Eït (m') : Pour m'ait : me se- 
coure. 

El : Au, en, dedans; autre 
chose ; s'el : et il le. 

Elmk : Heaume. 

Elnol : Arnould , nom d'hom- 
me et de saint. 

Embatre, enbatre .'Pousser, 
enfoncer , plonger ; s'em- 
batre : se fourrer , entrer. 

Embesa : Ambesas , terme du 
jeu de trictrac. 

Emblaé : Embarrassé. 

Embler : Voler, enlever de 
force, ôter. 

Empais : En paix. 



Empott (ne vos) : Que cela ne 
vous fasse pas de peine. 

Empris : Doué. 

Emprise : Entreprise. 

En : On ; an. 

Enbareis : Enfoncé. 

Enbrunchier : Couvrir, ca-» 
cher , baisser. 

Enchâené : Enchaîné. 

Enchargier : Charger. 

Enchassier : Chasser, ren- 
voyer. 

EnchauciEjR : PouiQuivre , 
presser, serrer. 

Encienez : Enseigné , ins- 
truit. 

Encliner : Saluer, remercier 
en saluant; mourir. 

Ençois : Volontiers. 

Encombrier : Dommage, per- 
te. 

Encortin^ : Tapissé , couvert 

de tapis. 
Encoste : A côté. $ 
Encui : Aujourd'hui , avant 

la fin du jour. 
Endementiers , endementre: 

Cependant , en ce moment, 

tandis que. 



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470 ÉNO 

Endox , endui : Les deux, 
tous deux. 

Endroit moi : A mon égard , 
quant à moi. 

En el : Anneau. 

En es lou pas : Aussitôt , sur- 
le-champ. 

Enfançon : Petit enfant. 

En fermeté , enferté : Mala- 
die. 

EnForesté : .Enfoncé dans 
une forêt. 

Enfourmer : Instruire , ap- 
prendre. 

Engané , engeneis : Trompé , 
dupé. 

Engenré : Engendré. 

Engignier : Tromper. 

Engin, engens : Ruse, finesse, 
détour; instrument de pê- 
che, filet. 

Engoisse : Étreinte, oppres- 
sion. 

Engoisseusement : Avec af- 
fection. 

Engoissex : Exigeant. 

Engorllir : Enorgueillir. 

Engrant , engrès: Empressé, 
ardent. 

Engressier : Aiguillonner, 
presser. 

Enguil,: Anguille. 

Enhaper : Prendre, empoi- 
gner. 

Enjaingnier , enjanner. Voy. 

Engignier. 
Enmenrez : Emmènerez; en- 

moinne : il emmène. 
£nmi : Au milieu. 
Ennes-le-pas: Sur-le-champ, 

aussitôt. 
Ennoié : Ennuyé. 
Ennor , enor , enorance : 

honneur. 
Enorter : Exhorter, exciter. 



ENT 

EnoSse : Ennuyeux , pesant. 
En p âne : Ailé , qui a des plu- 
mes. 

EnpensEr : Observer. 

Enpraingnie , enpreigniée : 
Enceinte. * 

Enprendre : Entreprendre. 

Enpris : Entrepris , saisi , sur- 
pris ; auprès. 

Enquenuit : Aujourd'hui , 
avant la nuit. 

Enquérir , enquerre: deman- 
der, s'informer, examiner, 
rechercher. 

Ens : En, dedans , intérieure- 
ment. 

Ensachier : Mettre dans un 
sac. 

Ènsanlle : Ensemble. 

Ensement : Ainsi , en même 
temps , continuellement , 
pareillement. 

Ensengnie : Instruite. 

Enserrée : Renfermée. 

Ensi , yisin , enssin : Ainsi. 

Ensolucjon : Absolution , ab- 
soute. 

Ensorquetot : En outre , de 
plus ? surtout. 

Entaite : Attentive. 

Entalanté : Disposé, qui a 
bonne volonté. 

Ente : Injure , outrage. 

Entechié, entochié : Taché, 
souillé , sali. 

Entérine : Parfaite. 

Entérinement : Entière- 
ment. 

Entesé : Ajusté. 

Entor : Autour. 

Entrecor : Sainte - Palaye 
l'explique par tresse , ou 
frange. 

EntrefrotfI : Bouché , foulé. 
Entrepris : Embarrassé. 



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ESC 

Entres ait, entreset :enmème 

temps, cependant. 
Entretenir : Survenir. 
Entr'ociqient : Se tuoient 

l'un l'autre. 
Entropike : Hydropique. 
Entrées : Pendant, tandis. 
Enuit : Aujourd'hui. 
Envers : Renversé, mis sur 

le dos. 

Envi : Terme du jeu de dés , 
qui signifie augmenter, en- 
chérir. 

Enviz : Malgré soi, avec ré- 
pugnance. 

Envoisié : Gai , joyeux. 

Envoisier (s') : Se réjouir, 
s'amuser. 

Enz : En , dedans. 

Epus : Sainte-Palaye l'expii-^ 
que par épines. 

Erent : Ils étoieut; ert : il 
sera , il est. 

Erité : Héritage. 

Errant, erraument : A l'ins- 
tant , sur-le-champ, grand 
train. 

Erre : Marche, diligence. 
Errer : Marcher, aller, agir. 
Ersoir : Hier au soir. 
Esbahi : Étonné , surpris , 

étourdi. 
Esbanoier : S'amuser, se ré- 
créer , passer le temps. 
Esc ame : Escabelle , tabouret. 
Escerveler : Casser la tête , 

faire sauter la cervelle. 
EscHAR^sanz 1 : Sans épargne, 

avec pompe , grand train. 
Escrarnir : Railler, blâmer, 

injurier» offenser. 
Escharnjssant : Railleur , 

médisant , calomniateur. 
Eschars : Petit , mesquin ; 

raillerie , plaisanterie. 



ESJ 471 

EscHEvi : Achevé , terminé ; 
évité , esquivé. 

Eschiés : Échecs. 

Eschinée : Échine. 

Eschis : Vagabond , déser- 
teur , lâche , poltron. 

Esciant , escient: Avis , con- 
noissance. 

Esclairieb : Expliquer, dé- 
voiler, éclaircir. 

E&clice : Tronçon de lance. 

Esclicier : Disséminer , sépa- 
rer , briser, 

Esçoer : Couper la queue. 

Esgoil : École. 

Escondire : Repousser, re- 
fuser , rebuter , congédier ; 
s' escondire : s'excuser , se 
défendre. 

Esconiht : Excuse , refus. 

Escorce : Écorce ; et au figu- 
ré , étui, gaine. 

Escorpion : Scorpion. 

Escot : Il écoute ; escotez : 
écoutez ; escout:\\ écouter 

Escovrir (s' ) : Se couvrir. 

Escremir : Escrimer, corn-* 
battre. 

Escreva : S'ouvrit, 

Escrin : Coffre, cassette. 

Escriture : Conte , his- 
toire. 

Escroue : Pièce de drap. 

Escuelle (s') : Son écuelle , 
son plat. 

Escuisser : Sainte-Palaye l'ex- 
plique par év entrer , ou 
fendre en deux. 

Esgarder : Regarder, exami- 
ner ; esgart : il regarde. 

Esgare : Hors de lui-même ; 
vagabond. 

Esgené : Délivré , sorti de la 
gêne. 

Esjoinore : Se serrer, se rap- 



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47a ESP 

procher ; s'esjot : s'appro- 
che. 

Eskermie : Combat. 

Eslais : Galop , saut. 

Eslaisser, eslessier, eslois- 
ser: Sauter, lancer, s'élan- 
cer ; eslessié : empressé , 
réjoui. 

Eslochier : Ébranler, dépla- 
cer , arracher. 

Esloissent : Éclatent , bri- 
sent en éclats. 

Esmaier : Troubler , inquié- 
ter , étonner , fâcher , at- 
trister. 

Esmer : Ajuster , présenter. 

Esmeuve (àT) : Au départ. 

Es mo voir : Se mettre en mar- 
che , partir ; s'est ésméue : 
s'est levée ; s'esmuct : se 
lève, s'en va. 

Esoigne : Peine , chagrin , 
fatigue. 

Espée ( s' ) : Son épée. 

Esperdre : Perdre sans es- 
poir de recouvrer. 

Esperir : Reprendre ses es- 
prits, se réveiller. * 

Esperitarle : Spirituel , cé- 
leste. 

Esperite (Saint) : Le Saint- 
Esprit. 

Espiez : Javelot , pique. 

Esplais, esploit : Utilité, pro- 
fit, avantage. 

Esploitier : Agir, opérer, 
marcher, avancer; esplo- 
tie : tu as agi. 

Espoenter : Epouvanter, ef- 
frayer. 

Espoir : Peut-être. 

Espois : Sainte-Palaye l'ex- 
plique par épines. 

Esponde : Bois de lit. 

Espone : Explique , expose. 




EST 

Esposer : Épouser , marier. 

Ésprendre : Séduire , en- 
flammer. 

Esquialt : Il accueille. 

Esquier : Écuyer. 

Esquiex : Auxquels. 

Esraument. Voyez Errant. 

Essart : Champ inculte, rem- 
pli de broussailles. 

Essarter : Essarteur, défri- 
cheur. 

Essi : Sortit, s'en alla. 

Essil : Ruine , peine , afflic- 
tion. 

Essi l lier : Ruiner , rava- 
ger , détruire , bannir, exi- 
ler. , \ 

Essoigne , essoine : Embar- 
ras, affaire, excuse. 

Estarler : Mettre dans l'écu- 
rie. 

Estaindre : Mourir , finir. 

Estal : Boutique. 

Estant ( estre en ) : Être de- 
bout , se tenir droit. ^ 

Estaule : Ferme, stable. 

Ester : Être debout , se tenir 
droit , rester tranquille , 
être , subsister ; laissier 
ester: quitter, abandonner; 
laisa ce ester : il n'en parla 
plus ; encontre ester ; ré- 
sister ; estez : arrêtez. 

Este rl in : Monnoie, poids, 
valeur. 

Estes-le-vos : Le voilà ; estes- 
vous : Voici, voilà. 

Estivaus : Bottines , chaus- 
sure. 

Estoc : Billot qui porte l'en- 
clume. 
Estoire : Histoire. 
Estoiz (s') : S'éteint. 
Estoner : Étourdir. 
Estopes : Étoupes. 



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FAI 

Estor : Combat , duel , mê- 
lée» 

Estorck : Effort 

Estordre : Échapper , se 

soustraire , se débarrasser. 
Estorer : Garnir, restaurer, 

arranger. 
Estout, estolt, estot: Hardi, 

furieux , téméraire , fier. 
Estosie : Étonnée , surprise. 
Estouvra, estovra : Il faudra, 

il conviendra ; estovoit : il 

falloit. 

Estraier : S'écarter, ou pâ- 
turer , fourager ; d'estrain: 
paille, fourrage. 

Est r àin i>re : Serrer avec 
force , presser, comprimer. 

Estre : État, pays, situation, 
nature , étage élevé. 

Estrécier : Étrécir , resser- 
rer. 



F AU 47 3 

Estriver : Quereller , dispu- 
ter. 

Estroit : Serré. 

Estros , estrox ( à ) : A l'in- 
stant, sur- le champ. 

Estuet : Il faut, il con\ient; 
estut : il fallut, il fut né- 
cessaire. 

Estuier : Serrer. 

Estupons (à} : Accroupie. 

Esturent : Étoient debout. 

Estut (s') : S'arrêta. 

Esvoille : Excite , engage. 

Es -vos , ez-vos : Voici , voilà. 

Eswardez : Regardez. 

Eulz : Yeux. 

Eur : Félicité , bonheur. 

Eure : Heure. 

Eus : OEufs. 

Eve : Eau. 

Evois : Nom de lieu forgé. 



Fablel : Fable , conte. 
Fabléor : Qui raconte des 
fables. 

Façoiz : Que vous fassiez. 

Faé : Enchanté. 

Faille : Manquement, dé- 
faut , faute. 

Faillir : Manquer, tromper, 
séduire. 

Faut : Foin. 

Fain : Je dissimule. 

Faintie : Dissimulation. 

Faire ( ne ) : N'en faites rien , 
l'infinitif mis pour l'impé- 
ratif. 

Fais : Charge , fardeau ; fa- 
çon, manière. 

Faitement : Parfaitement , 
heureusement. 



Faiture : Forme , façon , 
création. 

Fali : 11 manqua. 

Faloine : Fausseté. 

Falorde : Conte fait à plai- 
sir. 

Falorder : Tromper, se mo- 
quer. 

Far a : Faillira , manquera. 
Fardet : Fard , ruse , subti- 
lité. 

Farin parole : Je crois que 
cela signifie qu'il parle de 
fadaises , de niaiseries. 

Fat : Il faut. 

Faudra : Il manquera ;faut: 

, il manque. 
Fausdestueil : Fauteuil. 
Fauser : Tromper. 



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4 7 4 FIE 

Faute* : Garniture d'une 
selle pour tenir la lance. 

Fautrer : Chasser, mettre 
dehors. 

Favele : Flatterie, cajole- 
rie. 

Faveler : Flatter, cajoler, 

dire des douceurs. 
Fax : Faux ; fou. 
Faz : Je fais. 
Feble : Foible, débile. 
Feiture : Façon , forme , 

figure. 

Tel, félon : Méchant , cruel, 
dangereux, perfide. 

Ferant : Frappant , du verbe 
ferir, frapper. 

Fer- armé : Homme armé de 
toutes pièces. 

Feroiez : Vous feriez. 

Ferrant (cheval) : Cheval 
gris, tirant sur le blanc. 

Ferre : Frapper. 

Ferré (vin ): peut-être, vio- 
lent, généreux. 

Feru : Frappé , battu. 

Férue ( s'est ) : S'est lancée. 

Fes : Charge, fardeau. 

Fesist : Qu'il fit. 

Fet : Fait , pareil. 

Fet-il : Dit-il. 

Feu : Fief. 

Fevre : Forgeron, maréchal, 
serrurier. 

Fez : Faits , actions. 

Fez : Je fais. 

Fi : Certain , assuré. 

Fiance : Foi , gage , pro- 
messe , confiance , espé- 
rance. 

Fiens : Ordure, fumier. 
Fier : Frapper;^/-/: il frappe. 
Fiert (se) : Se lance, se pré- 
cipite. 

Fiex , fil , fix , fiz : Fils. 



FOR 

Piex : Fief. 

Fin (traire à) : Terminer, 
finir. 

Fin : Vrai, entier, parfait. 

Finer : Cesser, s'arrêter. 

Fion : Espèce de pâtisserie. 

Fire : Je frappe. 

Fisent : Ils firent. 

Fisicien : Médecin. 

Flamiche : Espèce de gâteau 
ou galette qu'on fait cuire 
en chauffant le four. 

Flaon : Sorte de gâteau. 

Flauster : Jouer de la flûte. 

Flor : Fleur, fleur de fa-; 
rine. 

Flou : Troupe , affluence. 

Flun : Fleuve, rivière. 

Foiée : fois ; le foie. 

Foille : Dans le conte du 
Revenant , vers 74 * ce 
mot paroît avoir été mis 
au lieu de flèche. 

Foillu : Chargé de feuilles. 

Fol : ( rime ) Fond. 

Foxe : Foule. 

Folie r ,foloier : dire ou faire 
des folies , des extravagan- 
ces. 

Folieuse : Débauchée , li- 
bertine. 

Font (que ils) : Comment ils 

se portent. 
Foréure : Fourrure. 
Formant : Beaucoup , fort. 
Forment : Froment. 
Formete : E&cabelle , petit 

banc. 

Fornille : Feuillage à chauf- 
fer le four. 

Forois : Le Forez. 

Fors : Excepté %/ors sol: seu- 
lement. 

Fors : Hors , dehors. 

Forsen : Violence , colère. 



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GAR 

Fox : Fou , insensé. 

Frain : Frein , bride. 

Fraint, fraite : Caué, bri- 
sé. W 

Franche : France. 

Frecille : Frissonne. 

Fresaie : Chouette. 

Fresin : Farcin. 

Freste : Faîte d'une mai- 
son. 

Frime : Humeur, mauvaise 
mine. 



GER 475 
Fu : Feu. * 
Ïufr : Tau* , valeur, pro- 
portion. 
Fuerre : Fourreau ; paille , 

paillasse. 
Fui : J'allai. 

Fuison : Foison , quantité. 
Fust : Bois , lance. 
Fustoie : Futaie. 
Futeiz : Tonneau. 
Fuz. Voyez Fust. 



G. 



Gaaigne , gaaing: Gain , pro- 
fit. 

Gaangnier : Gagner; gaainl: 
il gagne , il profite. 

Gaber : Railler, moquer. 

Gabois : Raillerie, plaisante- 
rie , dérision. 

Galie : Galère , brigantin. 

Gambeison : Pourpoint garni 
et piqué qui se mettoit sur 
la chair. 

Ganche : Subtilité, ruse, 
finesse. 

Ganchir : S'esquiver, se dé- 
tourner. 

Gandiller : Aller, tourner, 
échapper. 

Gangle : Mensonge. 

Garçon : Libertin , mauvais 
sujet , homme sans mœurs. 

Garde : Tort , dommage ; 
avoir garde : se méfier. 

Garder : Regarder , prendre 
garde , faire attention, ob- 
server ; se garder : s'abste- 
nir. 

Gardiens : Jardins. 
Garincal : Sorte d'épice. 



Gartr ': Guérir , préserver , 
garantir ; garrai : je gué- 
rirai. 

Garison : Garantie, salut. 

Garnement : Fourure, ha- 
billement , parure , meu- 
ble. 

Garni : Garanti , préservé. 

Gart : Il garde. 

Gartz , garz : Pupille, jeune 
homme. 

Gas : Badinage , plaisante- 
rie. 

Gascorte : Sainte -Palaye 
l'explique par très courte. 

Gastel : Gâteau. 

Gecine : État d'une femme 
en couche. 

Gehir : Confesser , décla- 
rer. 

Gel' : Je le. 

Genoivre : Genièvre, ar- 
buste. 

Genox : Genoux. 

Gent : Nation , famille , so- 
ciété. 

Gent : Beau, aimable, joli, 
Gerre : Guerre. 



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4 7 6 GRE 

Gésir.: Coucher, être pis- 
sant ; géu : couché ; géusseï 
fus»e couchée. 

Gest : Filet, embûche, at- 
tache. 

Gvule : Gueule. 

Geurle : Paroît signifier un 
sac, une aumonière. 

Gient : Il se plaint. 

Giet : Jet, portée. 

Gin bregien : Sorte d'épice , 
P. e. gingembre. 

Gjreis , girois : Du verbe gé- 
sir: coucher, rester en place. 

Gîter : Jeter ; gitiée : jetée , 
pendue. 

Glai : Plainte, clameur. 

Glout , glouton , gloz : gour- 
mand , ivrogne , mauvais 
sujet. 

Go iv re : Nom de ville cor- 
rompu. 

Goloser : Envier, convoi- 
ter. 

Gorde : Lourde , pesante, 
engourdie. 

Gort : Pêcherie, biez de mou- 
lin. 

Gorpille : Renard. 

Gote : Point , rien , nulle- 
ment; goutte. 

Graer : Agréer, remercier. 

Graignor , graindre : plus 
grand. 

Graine : La cochenille. 

G ramier : Se plaindre , être 
mécontent. 

Grantment : Beaucoup. 

Grecime : Titre d'un ouvrage 
grammatical écrit en vers 




GUI 

latins , par Éberhard dfc 
Bélhune, en na/J- 
Gré el : Graduel , livre d'é- 

Grevince : Peine, chagrin. 

Grève de la teste : Le haut 
du front , suivant Sain te - 
Palaye. 

Grice : Grise. 

Griék. Voyez Grkvance. 

Grief , grieve , griés : Fâ- 
cheux, affligeant, nuisible, 
à charge. 

Grief : Grevé ; vexé , tour- 
menté, chagrin. 

Griever : Tourmenter, in- 
commoder, fatiguer \griet: 
il fait de la peine. 

Grignor : Plus grand, plus 
considérable. 

Gringalet : Cheval maigre 
et alerte. 

Gris : Fourrure grise très es- 
timée de nos aïeux. 

Grocier : Gronder , répri- 
mander. 

Groisse : Grossesse. 

Groucier : Murmurer, par- 
ler entre ses dents. 

Guenchir : Tourner, bais- 
ser. 

Guerpir : abandonner , quit- 
ter. 

Guerredon : Récompense , 
salaire. 

Gui le : Ruse , finesse , four- 
berie. 

Guiler : Tromper ; guilée : 

trompée. 
Guimple : Voile , mouchoir. 



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IAU 



IGN 477 



H. 



Habiers : Haubert, cotte de 
mailles. 

Ha.ce : Que je haïsse. 

Hait : Gré , plaisir , volon- 
té. 

Haïti É : Alerte , gaillard , 
joyeux , jouissant d'une 
bonne santé. 

H an épier : Le haut de la 
tête , le crâne. 

Harace : Grand bouclier 
dont se couvroient ceux 
qui combattoient à pied. 

Hardement : Acte de cou- 
rage, de hardiesse. 

Haschiere : Plaie , douleur. 

Haste : Grillade, griblette. 

Hasti^ement (hurter) : Frap- 
per à coups redoublés. 

H aster : Fâcher, irriter. 

H astis : Pressé, emporté. 

Haterel : Le derrière de la 
tête. 

Haubert. Voyez Habiers. 

Hautece : Noblesse. 

Havene, havle: Havre, port. 

Hemap : Coupe, vase à boire. 

Heraude : Casaque, souque* 
nille , mauvais habit. 

Herbergier : Recevoir chez 
soi, donner l'hospitalité. 

Herbergiere : Hôte qui re- 
çoit chez lui , donne l'hos- 
pitalité. 

Herberie : Connoissance des 



plantes , réunion de plan- 
tes. 

Herberjage : Maison , bâti- 
ment, habitation. 

Herdie : Hardie» 

Hernoiz : Ustensile, armure, 
ou équipage d'un homme 
de guerre. 

Herupé : Hérissé, mal peigné. 

Het : Il hait. 

Heter : Hanter, ou s'amu- 
ser. 

Hetiex. Voyez. Haitié. 
Heu : Garde d'une épée , ou 

bouter oie d'un fourreau 

d'épée. 

Heuses, âoeuses : Bottines, 
chaussures. 

Hiaume : Heaume. 

Hoigner : Murmurer, gron- 
der. 

Honeré : Honoré. 
Honir : Déshonorer, diffa- 
mer, maltraiter. 
Horer : Prier. 
Hoste : Hôtel. 

Huchier : Crier, appeler, 

annoncer. 
Hui : Aujourd'hui. 
Huie : Huche , coffre. 
Huimais, huimès , humais : A 

présent , maintenant. 
Huis : Porte. 

Huy main : Aujourd'hui ma- 
tin. 



I. 



Iaus : Eux. 

Iaue , iax , iex : Yeux. 



Ice , icel : Ce , cela. 
Ignel : Égal. 



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4^8 JOI 

1ère (g') : J'étois; iere : il 
étoit ; iere : je serai ; ierent : 
ils étoient ; iert: il sera ; ies: 
tu es ; testes : vous êtes ; 
iete : c'est. 

Iles , illi, t loques , iluec : là , 
en cet endroit. 

In de : Couleur de bleu foncé, 
d'azur. 

Iowques : Jamais. 

Ire , ir ; é : Fâché, en colère. 

Iréement : Avec colère. 

J 

Jà : Bientôt, déjà. 
Jagovce : Grenat , sorte de 

pierre précieuse. 
Jaiole : Cage , prison. 
JàMjE : Jambe. 
Jant : Famille. 
Jarser : Scarifier., inciser, 

piquer la peau. 
Je : J'ai. 

Jecine : État d'une femme en 

couche. 
Jehir : Confesser , «vouer. 
Jehui : Aujourd'hui. 
Jel' : Je le. 

Jeht .* Gent , .nation , Camille. 
Jerra : Couchera ; Jerré : je 

coucherai , je reposerai, du 

verbe jesir. 
Jes : Je les. 

Jeu-parti : Alternative pro- 
posée ; mal jeu-parti : par- 
tie inégale. 

Jeuer, joer : Jouer, rîue , 
s'amuser. 

Jo : Je , j'ai ; jeu. 

Joe : Joue. 

Joël : Joyau , bijou. 

Joiaitt , joios : Gai , joyeux , 
content. 1 



JUT 

Isnel : Prompt, vif , léger ; 
au plurier , isniax. 

Isif élément : Promptement. 

Issi : Ainsi ; is si faite : sem- 
blable , de cette ma nière. 

Issir : Sortir \ isirent : ils sor- 
tirent ; ist : il sort ; istra : 
il sortira. 

Itawt : De même , par cette 
raison , aussitôt. 

Itiez : Tel, semblable. 

lus ( rime ) : Porte. 



Jointiée : Poignée , main 

pleine. 
Joïsse : Jugement. 
Joïa : Faire féte à quelqu'un. 
Jone : Jeune. 
Jqnt : Bien fait. 
Joouewe : Jeune. 
Jor : Jour. 

Josow'il : Jusqu'à ce qu'il. 
Joste : Auprès , à coté. 
Joster : Jouter. 
Jostisier : Commander , or- 
donner, gouverner. 
Jovenete : Jeunette. 
Jovejit : Jeunesse. 
JovfEL. Voyez Joël. 
Juer : Jouer. 

Juglerf.sse : Bal a dîne , chan- 
teuse , femme de mauvaise 
vie. 

Jugor : Juge. 

Jui : Je couchai. 

Jurent : Couchèrent , du ver- 
be gésir. 

Jus : En bas , à bas. 

Jusarne : Hache à deux tran 
chans. 

Jut (se) : Se coucha , se re- 
posa. 



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LAR LEZ 479 



Kaiere : Siège. Kex : Maître d'hôtel; ici, 

Kaviax : Cheveux. c'est le sénéchal du roi 

Ke : Que. Artus. 

Kéirknt : Ils tombèrent; Ki : Qui. 
kéue ; tombée. 



Labor : travail. 

Lacer : Enlacer , prendre 

dans ses filets , attacher , 

lier. 

Lachies , lachiés : Cri des hé- 
rauts pour avertir les che- 
valiers de lacer leurs heau- 
mes , parce que le tournoi 
alloit-commencer. 

La el : Fidèle. 

Lai : Pièce de poésie t[ui ré- 
pondoit à nos romances. 

Laidàngier : Insulter, outra- 
ger , injurier , mépriser ; 
laidanjot : înjurioit. 

Laidece : Insulte, outrage, 
mépris. 

Laidir. Voy. Latdangier. 

Làiehz : Là-dedans. 

Laira : Laissera ; lairoie : je 
laisserois ; lait : il laisse. 

Lais : Égarés, abattus. 

Laiseur : Permission , faci- 
Hté. 

Lange : Vêtement de laine , 

chemise. 
Laraine : Lorraine. 
Large , larj'e : Libéral , géné- 
Teux. 



Laskier, lasquier : Lâcher, 
se détacher , devenir libre. 

Lason : Laissons. 

Lasse : Hélas ! 

Lastex : Vilenie , chose peu 
importante. 

Latinier : Interprète. 

Le : Souvent mis pour la. 

Lé , lée : large. 

Lechéor , lechierre : gour- 
mand , friand , libertin , 
galant , chanteur » musi- 
cien. 

Le chérie , lechois 3 lechors : 
Débauche , libertinage, vie 
joyeuse, bouffonnerie,plai- 
santerie. 

Ledengier. Voyez Laid an - 

G1ER. 

Lée : Lieue." 

Lée : Laye, femelle du san- 
glier. 
Lerme : Larroe. 
Lebre : Voleur, larron. 
Let : Injure, offense. 
Let : Il laisse , il quitte. 
Leu : Lieu , place. 
Leus : Aussitôt. 
Lez : A côté* auprès. 



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4&o MAI 

Li : Lui , elle , les* 
Libre : Livre. 
Liges : Barrière. 
Lie , liet : Gai , joyeux, con- 
tent. 

Lief : Je me lève. 
Liéement : Gaîment. 
Liever : Lever. 
Lif.part : Léopard. 
Linage : Lignage. 
Linchne : Linge , toile. 
Linciax : Draps. 
Lisse : Toute femeHe pleine ; 

lisse en getz : p. e. femelle 

prête à mettre bas. 
Liu : Lieu. 
Liue : Lieue. 

Lieuée : Heure de temps , es- 
pace d'une heure. 

Live : Lieue. 

Liverrai : Je livrerai. 

Livrée, livroison : Don, pré- 
sent. 

Lo , lou : Le. 

Lo : Je loue , je conseille. 
Lobe : Tromperie, fausseté, 

mensonge. 
Lodiere : Paysanne , terme 

de mépris. 
Loeiz: Corrompus par argent. 



MAI 

Loer : Louer , vanter , ap- 
prouver, conseiller. 

Loges : Galeries , étages d'en 
haut. 

Loi e : Il loue. 

Loien : Lien. 

Loier : Récompense, prix, 

gages, salaire. 
Loier : Lier. 

Loist : Il est permis , loisible. 

Lonc : Loin. 

Longues : Long-temps. 

Lor : Leur. 

Lorain : Rêne , bridç. 

Lorrai : J'approuverai , je 
conseillerai. 

Lors : Lourd , hébété. 

Los : Gloire , réputation , 
louange. 

Losange : Flatterie , caresse 
pour tromper. - 

Lot : Il approuve , il con- 
seille. 

Lou-je : Je conseille. 

Lox : Conseil. 

Lox : Loup. 

Lues: Aussitôt. 

Luor : Lueur, le jour. 

Luz : Brochet. 



M. 



Macecrier : Boucher. 
Magre : Maigre. 
Mahain : Douleur , indispo- 
sition. 

Maieur : Maire de ville , syn- 
dic. 

Mailler : Frapper avec un 

maillet. ^ 
Main : Matin ; mien. 



Mains : Moins ; as mains : au 
moins. 

Maint : Il demeure , il reste. 
Maintenant (de) : Aussitôt, 
N de suite. 

Maintenir (se) : Se conduire, 
fréquenter; maintenrai . je 
maintiendrai. 

Maire : Maîtrise. 



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MAO 

Maïs : Dorénavant , plus, ja- 
mais , jusqu'ici ; n'en pocz 
mais ; ce n'est pas votre 
faute. 

Maisele : Joue , face , visage. 
Mais nike : Domestiques, sui- 
te. 

Maïsté : Majesté. 

Maistbie : Puissance, supé- 
riorité. 

M a je. Voyez Maieur. 

Mal, mate : Mauvais , mau- 
vaise. 

Malarz : Le mâle de canes 
sauvages. 

Malavbée : Malheureuse. 

Malbailli : Maltraité, ruiné, 
en mauvais état. 

Malpit : Maudit. 

Maléurté : Infortune, mal- 
heur. * 

Malfez : Diable, démon. 

Maltalant : Dépit, rage, 
colère. 

Malvestié : Méchanceté , 

mauvaise action. 
Manace : Menace. 
Manant : Habitant. 
Mananz : Riche , qui est à son 

aise. 

Manbreb : Se ressouvenir. 

Mandagloire : Mandragore, 
plante. 

Mander : Demander. 

Manhis : Mendiant, qui de- 
mande l'aumône. 

ManeCier : Menacer. 

Manoir : Demeure, habita- 
tion. 

Manois : A l'instant. 

Manroiz : "Vous mènerez ; 
Manrons : nous mène- 
rons. 

Mantel : Manteau. 

Maogre : Majorque, île. 
tome i. 



MEN 481 

Mar : Mal à propos , à tort , , 
pour son malheur. 

Marchande : Marchande. 

Marcisoit : Étoit limitrophe. . 

Margvarite : Pierre pré- 
cieuse , perle. 

I&arremfnt : Douleur, afflic- 
rion, plainte. 

Martel : Marteau. 

Masse : Quantité , grand 
nombre. 

Masse : Messe. 

Mat : Triste, abattu. 

Mater : Dompter , confon- 
dre , abattre. 

Mate re : Matière, sujet. 

Matin f.l : Déjeuner. 

Mau : Mal. 

Maufeus. Voyez Malfez. 
Mautalant : Colère, dépit, 

déplaisir. 
MAUvESTiÉ.Voy. Malvestié. 
Mau : Mal, maux. 
Mazerin : Bouteille , vases 

faits d'une espèce de pierre 

précieuse. 
Meffaire : Mal faire. 
Meffet : Tort , méchanceté, 

mauvaise action. 
Mehaitié : Mal à son aise , 

malade. 
Meins : Moins. 
Meleste : Triste , chagrin. 
Met.lée : Brouillée, étourdie. 
Mellor : Meilleur. 
Men : Mon. 

Menant : Riche, opulent. 

Menore : Moindre. 

Ménestrel : Joueuse d'in- 
struments, ici femme pu- 
blique ; menestrés : bouf- 
fon. 

Meneur : Moindre , plus pe- 
tit. 

Menjue : Mange. 

3i 



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482 MES 

Menoie : Maison, habitation. 

M en oit : Demeurait. 

Mené a : Mènera , conduira ; 
menront : mèneront. 

Menthe : Pendant que. 

Meeci ( vostre ) : Je vous 
rends grâce. 

Meeeoe : Miroir. 

Meeeteix : Prostituée. 

Merir : Récompenser. 

Mérite : Récompense. 

Merrien : Bob de construc- 
tion. 

Mervella : Étonna , fut sur- 
pris , ébloui. 
Mes : Mon. 

Mis : Mais , plus , davantage, 
dorénavant , à présent ; ne 
mes que : pourvu que. 

Mes : Mets; messager, en- 
voyé. 

Mesage : Message. 

Mesceant : Malheureux, mé- 
chant. 

Meschéance : Mésaventure, 
malheur. 

Meschéoir : Venir mal., 
tourner à mal. 

Meschief: Peine, infortune, 
malheur , accident. 

Meschine : Demoiselle, jeune 
fille , servante. 

Mêscroire : Ne pas croire, 
ne pas ajouter foi. 

Meséur : Malheur , peine , 
chagrin. 

Mesfait : Faute, crime. 

Mrslée : Querelle. 

Mesnie , mesniéc : train , 
suite, domestiques, mai- 
son d'un grand seigneur. 

Mesprison : Faute, mépris, 
offense. 

Messe : Association , confré- 
rie. 



M OR 

Mestiee : Resoin, nécessaire, 
utile. 

Mestre : Principal. 

Mesteie : Art , industrie , 
puissance. 

Mesteie : Il gouverne. 

Méde : Agitée. 

Meure : 11 demeure , il ha- 
bite. 

Mex : Mieux. 

Mi : Me , moi , mes. 

Mi : Milieu , moitié. 

Mialx, miauz : mieux. 

Miaudee , mieudre : meil- 
leur. 

Mie : Pas, point, non. 
Mine : Sorte de jeu de dés 

ancien. 
Miner : Mener, conduire. 
Mire : Médecin. 
Mirer : Récompenser. 
Mise : Débat , défi , gageure. 
Misent, misèrent : Ils mirent. 
Mix : Mieux. 
Moblé : Meublé. 
Moe : Moue, grimace. 
Moif. : Ma , mienne. 
Moillier : Femme mariée. 
Moiner : Mener, conduire; 

moiner despense : faire de 

la dépense. 
Mois (des) : De long-temps, 

pendant long-temps. 
Mol : Le gras de la jambe. 
Moleste : Tort , dommage, 

embarras. 
Mo lue : Aiguisée. 
Mon : Donc. 

Mont : Monceau, montagne; 
monde. 

Monter : Valoir , servir , être 

utile. 
Mor : Maure. 

More : Boisson composée de 
miel et d'eau. 



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NIC 

Moreis : Mourez. 
MoretaiOne : Mauritanie, 

région d'Afrique. 
Morillon : Espèce de raisin 

sec. 

Moronier : Marinier. 

Mors : Mœurs. 

Morsel : Morceau. 

Mortax : Mortel. ^ 

Mostier , moustier : Église. 

Mostrer : Montrer , faire 
connoître. 

Mole : Érainence. 

Moulon : Moellon. 

Moult : Beaucoup. 

Movoir : Partir , aller , agi- 
ter. 

Mu , mue : Muet , muette. 



NOR 483 

Mucer , muchier : Cacher , 
couvrir. 

Mue : Prison , lieu de re- 
traite. 

Muert : Il meurt; muèrent: 
ils meurent. 

Muet : Troisième personne 
du présent de l'indicatif du 
verbe movoir, 

Muïsiz : Moisis , cachés. 

Mure : Mule. 

Murtre : Meurtre. 

Musart ; Fou , étourdi , de 
mauvaise vie. 

Muse : Etourderie, désœuvre- 
ment. 

Mut : Il alla , il changea. 
Muz : Muet. 



N. 



Nache , nage : Fesse. 

Nacier : Naviguer. 

Nai voir.: Non vraiment. 

Narilles : Narines 

Néant , néient : Rien , non. 

Neis : Même. 

Nel' : Ne le. 

Nelui : Nul , personne. 

Ne mês que : Pourvu que. 

Nenil voir : Non vraiment. 

Néoir : Nier. 

Neporquant, nequedant: Ce- 
pendant, néanmoins. 
Nerie : Noire, noircie. 
Nés : Ne les. 

Nés : Même ; nés un : aucun , 

pas même un. 
Nés : Navire , bateau. 
Nice , niche : Simple , niais , 

ignorant. 
Nicole : Paroit être mis pour 

Lincoln. 



Niele : Sorte de pâtisserie 
fort déliée , espèce d'ou- 
blié. 

Niés : Neveu. 

No : Ne , ne le; nous» 

Noal : Noël. 

Norile : Noble. 

Nohlois : Pompe, magnifi- 
cence. 

Noçoier : Épouser. 

Noez : Noué. 

NoiâNT , noient: Pas, rien , 

inutile. 
Noielé : Éraaillé. 
Noier : Nier. 
Noif : Neige. 
Nqiriture : Nourriture. 
Non ( si bien ) : Si ce n'est du 

bien. 
Non : Nom. 

Norois : Homme du Nord , 
orgueilleux. 



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484 ONC 
Noter : Chanter. 
Nou : Ne le. 

Novel (dê) : Nouvellement. 
Noviele : Nouvelle. 



ÔRT 

Nue f : Neuf. 
Nueme : Neuvième. 
Nuille. Voyez Niele. 
Nus : Nous ; nul , personne. 



O. 



O : Où, dans, avec ; j'en- 
tends. 

Oan : Cet an , à présent. 
Oblige : Espèce de gauffre. 
Oblige : Oubli. 
Ocir : Tuer , assassiner , dé- 
truire ; ocisse : tuée, morte. 
Oe : Oie. 

Oeiz : Écoutez ; oent : ils en- 
tendent ; oez : écoutez , en- 
tendez. 

OFul : OEil. 

OEus : Volonté. 

Oi : J'ai , j'eus ; j'entends ; 
oie : qu'il entende , qu'il 
écoute. 

Oï : H entendit. 

Oiant vos : En votre pré- 
sence. 

Oie , oïl : Oui. 

Oïe : Ouie; oïe de tant de 
gent : en présence de tant 
de monde. 

Otl : OEil. 

Oitxifr : Visière du casque. 

OrwsissK : Oignisse. 

Oir , oirre : Héritier. 

Oïr : Entendre. 

Oirre : Dessein, projet, voya^ 
ge, coutume ; grant oirre: 
grand train , prompte- 
ment. 

OiSEtiSF. : Inutilité. 

Oit : Qu'il air 

On : On , homme. 

Oncques : Jamais ; onques 



mes : jamais auparavant. 
O itérée : Honorée. 
Onie : Unie. 

Oqoison : Cause , fait , rai- 
son , occasion. 

Or , ore : A présent. 

Orainz : Ci-devant , il n'y a 
pas long-temps. 

Orditter : Régler. 

Ore : Heure , temps. 

Orendroit : A. cet instant, à 
présent, désormais , à l'ave- 
nir , alors , avant. 

Ore nt : Ils eurent, ils avoient. 

Orer : Prier, supplier , sou- 
haiter , désirer ; orerez : 
vous prierez Dieu pour 
moi. 

Orfrois : Frange d'or , ga- 
lon , broderie en or ou en 
argent. 

Or coi l , orguiex : Orgueil, 
fierté. 

Orinf : Origine , lignée. 

Orison : Oraison , prière. 

Orlage : Sainte-Palaye l'ex- 
plique par horloge. 

Orlenots: Orléanois. 

Ornf. : Trace, ornière. 

Oroiz : Vous entendrez ; or- 
rons: nous entendrons. 

Orsf. r Ourse. 

Ort : Sale, malpropre , vi- 
lain , deshonnête. 

Ortoilt,f : Orteil , mis ici 
pour le pied. 



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PAN 

Os : J'ose ; ossez : vous osez ; 
ost : il ose. 

Ose : Hardie. 

Ost : Armée , camp. 

Ostal , osteil , ostiey: Hôtel, 
demeure, maison, domi- 
cile ; requerre ostel: deman- 
der 1 hospitalité. 

Oste : Hôte. 

Osteler : Héberger , loger , 
recevoir chez soi. 

Osterin : Sainte-Palaye l'ex- 
plique par une fourrure de 
plumes d'autour ou autre. 

Ostor : Autour , oiseau de 
proie. 

Ot : Il eut; iLavoit ; il en- 
tend. 



PAR 485 

Otràge : Excès , outrage , 
mauvais traitement. 

Otragos : Violent, empor- 
té. 

Otrier , otroier , outroier : 
Odroyer, accorder. 

Otroi : Permission , congé. 

Oublées : Oublies. 

Ourent : Us eurent. 

Oustel : Hôtel , gîte. 

Ouvraingne , ovraigne : OEu- 
vre, ouvrage. 

Ovre : Œuvre , action. 

Ovrer : Ouvrer, travailler, 
agir, étudier ; ouvrir. 

Ox : J'ose. 

Oy : U entendit. . 



p. 



Paëlle : Poêle à frire , à fri- 
casser. 

Paile : Manteau , couverture 
de lit, étoffe de soie , dais, 
pavillon. 

Paior : Pire , plus mauvais. 

Paist : Il nourrit. 

Palazine (goutte) : Je crois 
que c'est lorsqu'elle ne per- 
met aucun mouvement , 
comme un paralytique. 

Palefroi : Cheval de parade 
à l'usage des dames. 

Paletel : Sorte de vêtement. 

Paliz : Clôture , palissade. 

Palme : Paume. 

Palmoier : Toucher dans la 
main. 

Palu : Marais , bourbier. 
Panet : Petit pain. 
Panre : Prendre. 
Pans : Je pense. 



Pansis : Pensif, rêveur. 

Pantelion : Saint Pantaléon. 

Paor : Peur , crainte. 

Par : Le superlatif très, beau- 
coup. 

Par : Il paroit. 

Parage : Parenté, race, li- 
gnée ; noblesse au figuré. 

Parglose (à la) : A la fin. 

Par de : Je perde. 

Pardoint : Pardonne. 

Pardon : Indulgence. 

Parfont : Profond. 

Parillie : Péri, exposé à pé- 
rir , en danger. 

Parlemanz : Conversation , 
entretien , conférence. 

Parisis : Monnoie frappée à 
Paris. 

Par li , par lui :Seu\. 
Parmain : Sorte de poire. 
Parmi : Au milieu, au trave¥s* 



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486 PEU 

Parole* : Parler, discourir; 

paroil : je parle ; parra : il 

parlera. 
Parra : Paroitra ; part : il pa- 

roît. 

Partir : Divisé, partager; 

• part : se fend ; part son hus : 
partage avec elle le droit de 
passer le premier ; partir 
jeu : proposer le choix de 
deux choses. 

Past : Il passe. 

Pastoral , pastoriaux : Pas- 
teur. 

Pau : Peu. 

Paue : Nourrie. 

Paumée (ferir la) : Toucher 
dans la main pour marquer 
la conclusion d'un marché. 

Paurs : Crainte. 

Paus : Poils. 

Pautonier : Homme sans 

mœurs, libertin, souteneur 

de tripots. 
Pautoniere : Prostituée, fille 

publique. 
Pau verte : Pauvreté , mit 

sére. 

Pavement : Pavé, carreau» 
Pecie : Péché. 

Peçoier : Briser, mettre en 

pièces. 
Pecol : Pieds de lit. 
Pel :Peau. 

Pelain : Défaite , déroute. 
Pelice : Vêtement garni de 

fourrures. 
Peliçon : Manteau de lit, 

mantelet, robe fourrée. 
Penieh : Panier. 
Penre : Prendre. 
Peor : Peur, crainte. 
Peor : Pire, plus mauvais. 
Per : Pareil, semblable. 
Perchut : Aperçut. 



PL A 

Perde : Perte. 
Perdroiz : Perdrix. 
Perdurable : Éternel , sans 
fin. 

Pfre (Saint) : Saint Pierre. 

Perier : Poirier. 

Pèrillié. Voyez Parillié. 

Pertex , pertruis : Trou. 

Peschierb : Pécheur. 

Peser : Être à charge , causer 
du chagrin , de la peine. 

Prson , pesson : Poisson. 

Pest (se) : Se nourrit ; péue: 
nourrie ; peut : il nourrit. 

Peste lé : Pilé dans nn mor- 
tier. 

Peteil : Pilon. 

Peurée : Purée. 

Pevrée : Assaisonnement où 
il entre beaucoup de poi- 
vre. 

Peus : Poils. 

Pewist : Il pouvoit. 

Piaour : Pire , plus mau- 
vais. 

Pieça , pièce : Temps, espace 
de temps, depuis quelque 
temps ; à pièce : bientôt. 

Pieur , pior : Pire. 

Piex : Pieu , palissade. 

Piwgnoncel : jfenseigne, éten- 
dard. 

Pipe : Cri de la souris. 

Pire : Pierre. 

Pis : Poitrine , estomac. 

Pissechien : Terme d'injure, 
valet de chien. 

Piteus : Sensible , compatis- 
sant. 

Place : Qu'il plaise. 

Plaidier : Badiner, plaisan- 
ter , discourir. 

Plain (de) : Unanimement. 

Plaît, plaiz : Débat, discus- 
sion , discours, projet , des- 



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POI 

sein , accord , convention , 
audience. 

Plâïz : Plie , poisson de mer. 

Plasce : Plaise. 

Platel : Plat , assiette , bas- 
sin. 

Play et : Blessé. 
Plegiee : Promettre , garan- 
tir. 

Pleioit : Plioit , fléchissoit. 

Pleiust : Qu'il plût. 

Plentk : Beaucoup, un grand 
nombré, abondance. 

Plent^ive : Féconde, 

Plesséiz : Parc, clos, jardin 
entouré de haies. 

Plet. Voyez Plaît. 

Plevie : Promettre ayec ser- 
ment , assurer , engager. 

Plot : II plut ; plaçait. 

Plusor : Plusieurs, 

Plu vious : Pluvier , oiseau. 

Po : Peu \àpo : peu s'en faut. 

Pocin : Poussin, poulet. 

Podriere : Poussière. 

Poeiz , poez : Vous pouvez. 

Poesté : Pouvoir, puissance. 

Pognée : Marteau. 

Poi : Peu. 

Poi : Poix. 

Poi* : Payé. 

Poiez : Vous pouvez. 

Poignant : Piquant des épe- 
rons. 

Poiist : Il pourroit. 

Poiler : Enlever le poil ; au 
figuré, dépouiller. 

Poincet : Petite mesure. 

Poine : Peine. 

Poiner : Peiner. 

Point : Pique. 

Pointe : Piquée. 

Poinz : Piqûre. 

Poirre : Peter. 

Pois (à) : Dans peu de temps. 



POR 487 
Poisee : Peser, être à charge, 
chagriner, faire de la peine ; 
ce poi.se moi : j'en suis fâ- 
ché ; ne vos poist : que cela 
ne vous fâche , ne vous dé- 
plaise. 

Poison : Potion , bouillon ; 

poisson. 
Puisse : Je pusse ; poissiez : 

vous auriez pu. 
Poist : 11 pouvoit ; poist : il 

pourroit , qu'il pût. 
Poitrax : Poitrail. 
Pol : Peu. 

Pon : Poignée , pommeau. 

Pontalir , Pontarlie : Pon- 
tarlier, petite ville du com- 
té de Bourgogne. 

Pooir : Pouvoir ; pooie : je 
pou vois ; poons : nous pou- 
vons. 

Poons : Paons. 

Porrre : Honte, opprobre. 

Porchacier : Poursuivre , 
chercher, s'intriguer, en- 
treprendre. 

Porchaz : Poursuite , entre- 
prise , intrigue. 

Porfant : Pourfend. 

Poroit : Il oint , il frotte. 

Porpans : Réflexion , pensée. 

Porpensee : Réfléchir , médi- 
ter. 

Poepre : Pourpre , étoffe , 
habit très riche. 

Porpris : Dépendance , jar- 
din , enclos. 

Porquiest : Il poursuit , il 
recherche. 

Poe rie : Ponrie. 

Poe sol tant : Par la raison 
seule. 

Poetaster : Tâter , tâtonner, 
Porteure : Grossess* 
Portot : Il portoit. 



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488 QUA. 
Porveoir. : Pourvoir, avi- 
ser. 



QUE 

première bénédiction , bap- 
tiser 



Pose (de) : De long- temps. Pris : Je prise j'estime ; pri- 
Pot : Il put. sié : estimé , considéré. 

Pou : Peu. Pris : Pi^x , estime. 

Pourre : Poudre, poussière. Prisent ^pristrent : Ils pri- 
Pourvouec : Pour cela. rent. 

Praé* : Prié. Prison : Prisonnier. 

Prâer : Piller, faire du bu- Prius : Prieur. 

tin. Proece : Prouesse , action 
Praigne : Prenne : pranent: d'éclat. 

prennent ; preignint : sai- Proier : Prier , inviter, 

sissent. Proïere : Prière. 

Prainz : Enceinte d'enfant. Prone : Barrière, selon Sainte- 
Prametre : Promettre. Palaye. 

Prée : Prairie. Prou : Prudent, sage. 

Premerain : Premier. Provance : Preuve. 

Premis : Promis. Provande : Provision , pi- 
Prendés : Prenez. tance. 

Prestes : Prêtre. Prove, prueve : Il prouve. 
Preu : Bien , profit , ayan- * Provoire. Voyez Prevoire. 

tage, utilité. Puent : Ils peuvent ; puet : il 
Preu : Prudent, sage , vail- peut. 



Primes : D'abord; primes Putage : Vie déréglée, dé- 



lant. 

Prevoire : Prêtre , curé. 
Prez : Prêt. 
Pri,: Je prie. 



Puier , puiier : Monter ; puier 
sur mer : s'embarquer , na- 
viguer. 
Puor : Puanteur. 



ai ne ois : avant , aupara- 
vant. 

Primes : Premier. 

Prinseignier : Donner la 



bauche. 



Put , pute : Puant , infâme ; 
de pute eure : pour son mal- 
heur. 




Q'a : Qui a. 

Qanqu'i : Tout ce qu'il y. 
Qel , qes: Quel. 
Qoi : Tranquille , paisi- 



Quarole : Danse. 
Qubil : Quel. 

Quéisse : Que je demandasse, 



Q'os : Que vous. 
Quanque : Tout ce que. 
Quanz vinz : Combien de fois 



ble. 



je cherchasse. 
Quens : Comte. 
Quepeus , quepon : Pieds. 
Queque : Quelque chose que : 



que qu'enlr'aus ; pendant 



vingt. 



qu'entre eux. 




RAN 

Querwe : Carme, terme du 
jeu de dé. 

Que r ole r ; Danser, sauter, 
se divertir. 

Queroné : Couronné , ton- 
suré. 

Querre: Chercher,demander. 
Qoeu : Cuisinier. 
Queust : Coud. 
Queut : S'assemble. 
Qui : Qu'il. 
Qui : A qui. 
Qui : Je pense , je crois. 
Quialt : Recueille, amasse, 
lève. 



REC 489 

Quiàult : Cherche. 

Quider : Penser , imagi- 
ner. ; 

Quier : Je cherche, je de- 
mande ; quiert : il cherche , 
il demande. 

Quiez : Quelle. 

Quil' : Qui le. 

Quins : Le cinquième. 

Quis : Cherché , demandé. 

Quist : Il cherche. 

Quit 2 Je pense. 

Quote : Veste , soubreveste , 
tunique. 



Raaint : II rançonne , il ra- 
chète ; raame : il se ra- 
chète. 

Raans : Rançonné. 

Raençon : Rançon. 

Rafetier : Caresser une fem- 
me. 

Raget : Colère , mauvaise hu- 
meur. 

Raiembre : Racheter, payer 
rançon. 

Rai m : Rranche. 

Raime : Fagot. 

Raison (mettre à) : Adresser 
la parole à quelqu'un. 

Ramentevoir : Faire ressou- 
venir, rappeler à sa mé- 
moire, conter. 

Rahineis : Ramenez. 

Rampone : Raillerie , moque- 
rie. 

Ramponer : Disputer. 

Ramu : Chargé de branches, 
branchu. 

Randir : Aller à toutes jam- 
bes , courir de randon. 



Randon : Impétuosité , force, 
vitesse ; de randon : avec 
violence, impétueusement. 

Raonde : Ronde. 

Rasor : Rasoir. 

Raspé : Espèce de vin. 

Rasti : Grillé. 

Ratorher : Réparer , rer 
faire. 

Ravine : Vitesse, impétuo- 
sité. 

Ravoier : Remettre dans le 
chemin. 

Re : Cette syllabe est Yiterum 
des Latins , et signifie de- 
rechef, encore une fois. 

Béanbre. Voyez Raiembre. 

Rebe : Robe. 

Recake r : Imiter le cri de 

Tâne ; ici hennir. 
Recelée (en) : En cachette. 
Recet : Lieu de défense et de 

retraite. 
Rechéu : Reçu. 
Reching : Cri de Tâne. 
Recput : Reçut. 



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4go REM 
Rkcoi : Coin , lieu retiré. 
Recoillir : Recueillir. 
Reçoivrk : Recevoir. 
Recoiz : Fin , rusé. 
Reconter : Raconter. 
Recorder : Rappeler, se sou- 
venir. 

Recort : Souvenir, mémoire. 

Recovber : Recouvrer, re- 
commencer, réitérer. 

Recovrier (sans) : Sans dif- 
férer , sans délai. 

Rec béant : Lâche , las , 
vaincu, rebuté. 

Recroire : Lasser, rebuter, . 
dégoûter , cesser ; recre— 
roies : tu te rebuterois , te 
dégoûterois. 

Recueillir : Recevoir. 

Reçue vre : Il se tient sur 
ses gardes. 

Recuit. Voyez Recoiz. 

Redot , redout : Crainte. 

Re doter : Craindre. 

Refiert : Il frappe de nou- 
veau, à son tour. 

Refroidier : Refroidir, ra- 
fraîchir. 

Regaaingne : Il prend, il dé- 
robe , il escamote encore. 

Régiment : Conduite; mais 
ici , directoire , terme de 
rubrique. 

Règne : Royaume , rêne. 

Rehaitier : Se réjouir, en- 
courager. 

Reire : Raser ; reire les côtes: 
frapper, maltraiter. 

Remaindre : Demeurer, res- 
ter; s'en vous ne remaint : 
si vous n'y avez aucune ré- 
pugnance. 

Remanbrer : Se souvenir. 

Remanoir : Demeurer; re- 
mandron : Nous resterons ; 



REQ 

remanra : il demeura ; ré— 
mansist : qu'il restât ; re- 
menoit : restoit ; remest : il 
reste ; remese : restée. 

Remuer : Panser, traiter un 
blessé. 

Remuez : Changé. 

Rencoper : Déclarer cou- 
pable de nouveau. 

Renfuser : Refuser. 

Renoié : Renégat, ihÛdèle. 

Renoier : Désavouer, reje- 
ter , devenir renégat. 

Renomé : Celui sur lequel on 
jase , on fait courir * des 
bruits. 

Reoingnier : Couper. 

Reonde (à la) : Tout au- 
tour. 

Repaie : Retour. 

Repaire : Retraite, demeure. 

Repairier , repeirier : Re- 
tourner, se retirer, reve- 
nir , arriver , rentrer chez 
soi ; au repairier : en sor- 
tant, à la sortie. 

Repassé : Revenu en santé, 
guéri. 

Repellé : Repoussé. 

Replenie : Remplie. 

Repoier : Assurer, remettre 
de nouveau ; ici , enduire 
de poix. 

Repont : Dissimule , retire. 

Repost , repus : caché ; en 
repose : en cachette. 

Reprover : Condamner , re- 
procher. 

Reprovier : Proverbe. 

Reprueve : Il condamne, il 
blâme. 

Repust : Il se cacha. 

Reqere : Demander. 

Requelice : Réglisse. 

Requiert : Il attaque. 



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s 

Requoi (en) : En particulier, 
en cachette. 

Rés : Rasé, tondu. 

Rés a rés : Tout contre, joi- 
gnant. 

Resachier : Tirer encore , 

arracher de nouveau. 
Resaillir sus : Se relever ; 

resalt ; il se relève. 
Rescosse (à) : Sainte-Palaye 

l'explique, en cachette. 
Resgne : Réne. 
R esn a ble : Raisonnable. 
Resowgner : Craindre. 
Resordra : Rétablira. 
Rbsort : Ressource. 
Respit : Proverbe , sentence , 

délai. 

Respiter : Différer , retar- 
der. 

Responent : Us répondent. 

Respont : Il cache. 

Rest : 11 est. 

Restor , retor : Retour. 

Reté : Accusé , appelé en 
justice. 

Retenrai : Je retiendrai. 

Retout : Il enlève derechef. 

Retraire, retrere : Rappor- 
ter, raconter, retirer, re- 
trait : reculé ; retrete : ra- 
contée , récitée. 

Reube : Robe , habit. 

Réuser : Reculer, éloigner. 

Revaigne (arriers): S'en re- 
tourne. 

Revate ? Sainte-Palaye l'ex- 
plique, bat le pavé. 



S 491 

Revechier : Examiner, re- 
chercher soigneusement. 

Revel : Plaisanterie, badi- 
nage, désordre. 

Reveller : Se révolter, se 
montrer, s'éveiller. 

Revfnist ; Qu'il revint. 

Revêt : Il retourne. 

Revialt : Il veut encore. 

Revoisent : Us retournent. 

Ride : Sainte-Palaye l'expli- 1 
que, plissée. 

Riote : Rruit , tapage , dis- 
pute. 

Robe : Rutin , proie. 
Rober : Voler, dépouiller. 
Roé : Orné de ronds , ou 

roues. 
Roie : Sillon, chemin. 
Roiis : Roi. 

Roisole : Sorte de gâteau. 
Roiz : Filet. 

Roncis : Cheval de service. 

Ros : Rompu , brisé ; jaune» 

Rosse : Sainte-Palaye l'expli- 
que, roussie. 

Rote : Instrument de musi- 
que qui paraît être la 
vielle. 

Rotruahge : Air , chanson , 
refrain de chanson. 

Route : Troupe , compagnie. 

Routure : Rupture. 

Rouver, rover': Prier, de- 
mander ; rueve : il prie. 

Ruisel , ruit : Ruisseau. 
1 Ruyl : Rouille. 



S. 

S : Cette lettre , quoique sim- droits, se prononce comme 
pie en beaucoup d'en- s'il y en a voit deux. 



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49* SAN 
Sa : Ici. 

Sa : Je sais ; sa-ge : sais-je. 

Saca : Tira. ^ 

Sage : Qu'il sache. 

Sache à la voie : Se met en 
route. 

Sachez : Petit sac. 

Sachiee : Tirer , arracher 
par secousse. 

Sachoiz , sodés : Sachez , ap- 
prenez. 

S aelee : Sceller. 

Saighiee (se) : Faire le signe 
de la croix. 

Saillie : Paroître, avancer; 
saillir en piez : se lever ; 
saillir encontre : aller au- 
devant , saillir sus : s'avan- 
cer. 

Saïn : Graisse des animaux. 
Sain : Saint. 

Saing : Signe qu'on apporte 

en naissant. 
Sains : Sans; cloches. 
Saint : Reliques. 
Saint (se) : Qu'il fasse le signe 

de la croix. 
Saje : Sage. 

Sali : Il sauta, du verbe sail- 
lir; sait : il avance , il jail- 
lit. 

Salme : Psaume. 

Sambue : Housse d'une selle 
de cheval. 

Samis : Étoffe de soie brochée 
de fil» d'or ou d'argent. 

San : Sens , sentence. 

Sanblant (bel) : Bonne mine, 
bon visage. 

Sangle : Sanglotte. 

Sanllant : Semblant. 

Sanpres : Toujours. 

Sans : Sens, raison. 

Sansonez : Diminutif de Sam- 
son. 



SEN 

Saeat : Je saurai ; sares : tous 

saurez. 
Sas : Sac. 

Sauf ( en ) : En sûreté. 
SaÛst : Qu'il sût. 
Saut : Qu'il sauve , conserve. 
Saut : 11 saute ; saut sus : il 
se lève. 

Sautiee : Psautier , bréviai- 
re. 

Sauvement : Avec sûreté. 
Sauveté (à grant) : Sans cou- 
rir aucun danger. 
Sauz : Saute. 

Save bouse : Appétissante. 

Sax:So1s. 

Sax : Sauvé. 

Satn : Graisse d'animaux. 
Se : Sa, ce , et ; se à i>os non : 

sinon à vous. 
Se : Je sais. 

Sebelin : Marte zibeline. 
Secroi : Secret. 
Sfignee. Voyez Sajgnier. 
Seignre : Marquer , dési- 
gner. 

Sejorné : Frais, reposé. 

Sejort : Qu'il séjourne, qu'il 
demeure. 

Sel' : Et je le. 

Semés : Nous sommes. 

Semoipne : Qu'il appelle , 
qu'il invite , du verbe se- 
mondre : avertir , appeler , 
prier , d'où 

Semonant : Avertissant, com- 
mandant. 

Sen : Son. 

Sen : Sens , raison. 

Se ne : Synode. 

Sene : Sensé, sage, prudent. 

Senefiance : Marque , preu- 
ve, témoignage. 

Senee : Guérir. 

Senestre : Gauche. 



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SIS 

Senglement : Simplement , 
singulièrement. 

Sente : Sentier, chemin. 

Seoir : Siège. 

Séoit : Étojt assis. 

Sequeitre : Secoure. 

Sercot : Robe de dessus , vê- 
tement à l'usage des deux 
sexes. 

Serement : Serment. 

Sereur, seror : Sœur. 

Sergent, serjant: Serviteur, 
ouvrier. 

Seri : Doux, agréable, tran- 
quille , grave. 

Serré : Je m'asseoirai. 

Sers : Esclave. 

Sertain : Certain , assuré. 

Servantois : Chanson, son- 
net , chant royal. 

Ses (cinq sous touz) : Argent 
comptant. 

Set : Sept. 

Set : Ii sait. 

Seuist : Qu'il sût. 

Seurequot. Voyez Sfrcot. 

Seuros : Raillerie , mauvaise 
plaisanterie. 

Se os : Seul. 

Seve : Suive. 

Sevent : Ils savent. 

Sezille : Sicile. 

Si : Et, tellement , ses ; pa- 
reil , semblable , ainsi 1 . 

Si au me : Psaume. 

Siaut : Il a coutume. 

Siet : Il plaît , il convient. 

Sil' : S'il le. ; 

Sire : Mari, seigneur, maî- 
tre de la maison. 

Sirras : Tu coucheras. 

Sise NT qoi : Qu'ils restent 
assis tranquilles. 

Sist , sit : Il convint , il plut. 

Sistrent : Ils restèrent assis. 



493 

Sivrez : Vous suivrez. 
Soaidier : Souhaiter , dési- 
rer. 

Soavet : Dotf>£nient. 

Sochanz : Seconde partie, ac- 
compagnement d'un mor- 
ceau de musique. 

Soe : Sa , sienne. 

Soef : Doucement , agréable- 
ment. 

Soef : Doux , gracieux, agréa- 
ble. 

Soflànt : Essouflé. 

Sofrir : Souffrir , supporter ; 

se sofrir : consentir. 
Soi : Soif. 
Soi : Je sus. 
Soiche : Broussailles. 
Soie : Son , sa. 
Soier : Scier les blés. 
Soignou : Seigneur. 
Sol : Seul. 

Sol : Je paye , je solde. 
Solacier : Divertir, réjouir. 
Solas : Récréation , plaisir. 
Solax : Soleil. 

Solaz : Soulagement, diver- 
tissement , récréation.. 

Solent : Ils ont coutume. 

Solhié , soilliez : Souillé , 
gâté. 

Solier : Chambre haute , sal- 
le, galerie, salle à manger. 

Solieve : Soulève. 

Soixer : Soulier. 

Soloit : 11 avoit coutume. 

Some : La fin d'un ouvrage , 
le point essentiel d'une 
chose. 

Somier : Béte de somme. 
Somoille : Il sommeille , il 

dort. 
Somont : Averti. 
Son : Sommet , hauteur. 
Sonez : Petite chanson. 



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494 TAL 

Sopois : Peine , chagrin. 

Sor , sore : Sur ; sor Cote rien : 
par-dessus tout. 

Sor , sorxb Bit c.l, roussâtre , 
de couleur jaune. 

Soa a : Payera. ' 

Sorcehie : Sorcellerie , sor- 
tilège. 

Sorois : Sourcils. 

Sore : Suivre. 

Sorisete : Petite souris. 

Sormon te : Il surpasse. 

Sorore : Surdoré , couvert 
d'or. 

Sor pr an dre : Étonner, sur- 
prendre ; s'emparer , maî- 
triser. 

Sorquidé : Arrogant, pré- 
somptueux. 

Sors : Sourd. 

Sospbçon : Soupçon. 

Sot : Il sut , il put, il savoit. 

Sotil : Avisé , fin , pénétrant, 
adroit. 

Sou : Et le. 



TAU 

Soubite : Subite. 

Soués. Voyez Soef. 

Souferroie : Je souffrirois, 
je pardonnerois ; or dos 
sou/rez : permettez , trou- 
vez bon. 

Souffire : Plaire , satisfaire. 

Soulas. Voyez Solas. 

Souprist : Il surprit. 

Sourt : N'ait. 

Soustre : Litière. 

Sovanroit : Souviendroit. 

Sovin : Couché sur le dos. 

Soz : Sous. 

Soz : Seuil. 

Sozliever : Soulever. 
Su : Je sue. 

Suel : J'ai coutume; suet, 

sueut : il a coutume. 
Suen : Son ,' sien. 
Suer : Sœur. 

Su i : Il suivit ; suirons : nous 

suivrons. 
Suianz : Agissant , .remuant. 



Tabart : Manteau court à 
l'usage des gens de guerre. 

Tables : Jeu de dames ou de 
trictrac 

Tace : Tache. 

Taione : Tienne ; taigniez : 
teniez ; tainent : tiennent ; 
taing : je tiens. 

Taint : Blême, défait, défi- 
guré. 

Tainte : Sale, noire. 
Taisir : Taire; taisant: qui 
se tait. 

Talant : Volonté , désir , 
plaisir. 



Talanter : Satisfaire, faire 

' plaisir. 
Tencier : Disputer, querel- 
ler. 

Tançon : Querelle , dispute; 

mener tançon : quereller. 
Tans ( par ) : Avec le temps , 

dans la suite. 
Tant : Il tend. 

Tant ne quant (ne) : En au- 
cune façon , nullement. 

Tantes : Tant , un si grand 
nombre. 

Targier : Tarder , différer. 

Taules. Voyez Tables. 



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TOR 

Teche : Qualité bonne ou 

mauvaise. 
Teis : Tels. 

Tenant (en un) : De suite , 
sans interruption. 

Tenche : Dispute. 

Tenchier : Quereller ; ten- 
çoient: disputoient à qui se 
cliver tiroit mieux. 

Tenebror : Obscurité. 

Tenebrose : Ténébreuse , ob- 
scure. 

Tenist : Il prit , il tint , il eût 
tenu ; tenoiez : vous teniez ; 
tenroie : je tiendrois. 

Tenrement : Tendrement. 

Tenures : Domaine, biens. 

Termine : Temps. 

Tes , teus : Tel. 

Tes : Ton. 

Ttv : 11 garda le silence, 
Theodelés : Theodulus , au- 
teur d'un poème latin sur 
la vérité et le mensonge, 
qui se trouve au nombre 
des huit moralistes an- 
ciens. 

Tifée : Parée , ajustée. 

Tigne : Qu'il tienne. 

Tinel : Gros bâton. 

Tire (à) : L'un après l'autre ; 
en une tire : ensemble. 

Toaille : Serviette , essuie- 
main. • * 

Tochier : Toucher. 

Toe : Ta, tienne. * 

Toiere : Marre. 

Toise ( aller à ) : Aller grand 
train. 

Tollir : Oter , enlever de 
force ; tollu : ôté , enlevé. 
Tonel : Tonneau. 
Toneu : Tribut, impôt. 
Tor : Tour. 

Tor (au chief de) : A la fin. 



rk ^ 49/ 

Tornéeur : TourRetir. 

Torner : Tourner, lettre. • 

Tornoiement : 'Tournoi. 

Tornoier : Joûièr, fréquen- 
ter les tournois. 

Tornoyeres : Qui fréquente 
les tournois. 

Torrai : J'enlèverai. 

Torse : Sainte-Palaye l'expli- 
que par trot. 

Torseras. Voyez Tourser. 

Tort : Contrefait ; chiere tor- 
te : grimace , mauvaise 
mine. 

Tort : Il tourne ; s'an tort ; 
s'en aille, s'en retourne. 

Tost , tôt : prend , enlève. 

Tostée : Rôtie de pain , gril- 
lade. 

Tôt ( se ) : Se tut. 

Tôt diz : Toujours. 

Totes voies : Toutefois , ce- 
pendant. 

Tourser : Charger les baga- 
ges, emballer. 

Tracer : Chercher avec soin; 
tracens : allant. 

Traï : Trompé , trahi. 

Traie : Qu'il tire, du verbe 
traire : tirer, prendre , atti- 
rer, aller, se retirer; se 
traient en sus : ils s'éloi- 
gnent ; traiez arriers : éloi- 
gnez-vous; traire à chief: 
venir à bout ; traisent : ils 
tirent. 

Traîner : Sorte de supplice. 

Traître : Traître. 

Traitis : Bien fait , bien 

tourné. 
Trape : Piège, embûche. 
Trat : Il tire. 
Traveillié : Fatigué. 
Traveillier : Tourmenter, 

incommoder: accoucher. 



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VAL 



ife. 

.enverser , 

Treghkrie : Ruse, fourbe- 
rie, tromperie. 

Trechiere : Trompeur. 

Tremeriau : Sorte de jeu de 
hasard qui se jouoit avec 
des dés. 

Trere (se) : S'avancer, s'ap- 
procher ; trere avant : faire 
connoître , s'avancer , se 
présenter. 

Tresali , tressailli : Il sauta. 

Tresgiter : Mettre dehors , 
faire sortir. 

Treslis : Tissus. 

Treslue : Sainte Palaye l'ex- 
plique , brille. 

Tresmuez : Agité , troublé. 

Trespasser : Passer outre. 

Tressaut : Tressaille. 

Trestorner : Détourner , 
écarter. 

Trestot : Tout ; trestuit : 
tous. 



Tret : Tiré ; tret à mort : mis 
à mort. 

Trïpkr : Sauter, bondir. 

Tripot : Mauvaise manière, 
mauvais dessein. 

Tristors : Sainte-Palaye l'ex- 
plique par ruses, subtili- 
tés, détours. 

Tristre : Triste. 

Trives : Trêve. 

Trompe : Espèce de toupie. 

Tropel , tropiax : Troupeau, 
troupe. 

Trousser : Charger. 

Trove , trueve : Il trouve ; 
truis : je trouve ; truissent:^ 
qu'ils trouvent. 

Trueer : Railler , moquer. 

Truferie : Raillerie , trom- 
perie. 

Truffe : Conte en l'air, plai- 
santerie. 
Tuelle : Toile. 
Tuit : Tous. 

Turcople : Le peuple de Tur- 
quie, Sarrazins. 



U. 

Û : Ou, dans.. 
Uevre : OEuvre , action , ou 

vre. 
Uit : Huit. 

V. 



Uiz , uis y us : porte. 
- Umelier : Humilier. 

Un et el : Chose et autre. 
Us : Coutume , usage. 



Vainkiere.; Vainqueur. 

Vair : Fourrure de couleur 
gris-blanc mêlé , fort re- 
cherchée des anciens Fran- 
çais ; de diverses coût 
leurs. 



Vait : II va. 

Val (à) : En descendant, en 
se dégradant. 

Valdroit : Il vaudroit. 

Vallet : jeune homme , gar- 
çon. 



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VER 

Valor : Valeur , prix , mé- 
rite. 
Valt : Il vaut. 
V anche : Vengeance. 
Vanche : Il venge. 
Vanra : Il viendra. 
Varra : Il vaudra. 
Vas al , vasaar : Courageux , 
jeune gentilhomme , un 
homme au-dessous d'un 
autre, qui lui est subor- 
donné. 
Vausist : H vaudroit. 
Vaut : 11 veut. 
Vavassor : Arrière-vassal. 
Véant nos : A notre vue, 

devant nous. 
Véel : Veau. 
Verr . Refuser. 
Veicnant ( bien ) : Soit le 

bien venu. 
Veigne : Vienne. 
Veille : Qu'il veuille. 
ViiR : Voir ; véez-vos : voyez- 
vous j veiz : voyez. 
Veisin : Voisin. 
Vêlez : Vous voulez j vels : 

tu veux. 
Vener : Aller à la chasse. 
Venison, venoison : Venai- 
son, gibier. 
Vekisse : Que je vinsse; ue- 

not : il venoit. 
Venj anche : Vengeance. 
Venra : Il viendra. 
Vent : Van. 

Vente ailles : Entrailles, in- 
testins ; mais ici c'est Far- 
mûre du venire. 

Veoit : Il voyoit; véoiz : 
vous voyiez ; véons : nous 
■voyons. 

Ver et gris. Voyez Vaît. 

Vermax: Vermeil, rouge. 

Vers. Voyez Vair. 

TOME I. 



497 



, VOI 
Verte : Vérité, 

V vschi : Voici. 

V . **RE , vietpres : te soir. 
Vfst ure , lou vestir : L'ha- 

bili en t. 
Vet : i. i. 
Veu (me^ Me voue. 
Vez : Voyt 1 voici. 
Vezie : Fine ~*isée. 
Viaire : Face . ; *age , figura. 
Vialt , viaut : i rut. 

V i a lz, viax y vie/, < ■ z : Vieux, 

âgé. 

Via ne : Vienne. 

Viax : Tu veux ; vieux. 

Vielle : Vieille. 

Vient (se Dé) : Si Dieu 
veut. 

Viez : Vieux. 

Viguer : Vigueur. 

Vilain : fluiume du peuple , 
roturier, paysan. 

Vile : Ferme , métairie. 

Vilenie : Action basse et in- 
fâme , injure , mauvais trai- 
tement. 

Ville : Vieille. 

Vjncestre : Bicétre. 

Vinrent : Ils virent. 

Virent : Ils vinrent. 

Vis: Visage, face, figure. 

Vis : Avis, avertissement; 
ce m'est vis : il me sem- 
ble. 

Vis : Vif, vivant. 
Viseter : Voir. 
Vite : Bassesse , discrédit. 
ViTEcos : Sainte-Palaye l'ex- 
plique par bécasses. 
Vo : Votre. 

Voé : Voué , consacré , pro- 
mis. 

Vo*l : Je veux ; voelle : qu'il 

veuille. 
Voie : Pèlerinage. 

3a 



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498 YGA 

Voie a : Conduire , mettre 
dans la voie. 

Voil : Je veux ; voïlle : qu'il 
veuille; son voil : volon- 
tiers. 

Voir, votre : Vrai, vérité; 
de voir : avec vérité , cer- 
tainement; pouvoir: vrai- 
ment. 

Vois : Je vais ; voise : j'aille ; 
voisent-s'en : qu'ils s'en ail- 
lent ; voist : il aille; voit 
s' an : il s'en va ; voize : 
j'aille. 

Vol ( Saint) ; La Sainte Face. 

Vol : Je veux. 

Volantbz : Volonté, désir. 



YND 

Voldrk* : Je voudrai ; vol- 
drois : je voudrois. 

Volt : Visage. 

Volt : Il veut , il voulut. 

Vorimfs : Nous voudrions; 
vorrai :]e voudrai ; vosisse: 
je voudrois ; vosist : il eût 
voulu ; vost : il veut , vou- 
' drent: ils voulurent. 

Vos: Vous. 

Vostre : Vos. 

Vousisse : Je voulusse : vou- 
sist: il voudroit , il eût vou- 
lu; voust: il voulut. 

Vu rl (mon) : Selon mon vou- 
loir, ma volonté. 



w. 



Wari>er : Garder, être sur 

ses gardes. 
Wet : U veut. 



Wihos : Mari dont la femme 

est infidèle. 
Wit : Vide. 



Xort : Sourd. 



X. 



Y. 



Yaue : Eau. 

Ygàus : Pareil , semblable. 



Ynde : Couleur de bleu fon- 
cé , d'aeur. 



FIN DU QLÛSSA1KI. 



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TABLE DES PIÈCES 

CONTENUES DANS CE VOLUME. 



La. Mule sans frain. . , '. P a g e i 

De Richaut 38 

Li dis de la Vescie à Prestre 80 

Des trois Chevaliers et de la Chainse. . 91 

Le povre Clerc 104 

De Connebert 1 1 3 

DeBrifaut 124 

Du Chevalier à Fespée 127 

Du Clerc qui fu repus deriere Pescrin i65 

Do Maignien qui f. ... la Dame , 170 

Le Revenant 174 

De la Vielle qui oint la palme au Chevalier i83 

Li Diz de TErberie 1 85 

Roman de Trubert 192 

De Porcelet 286 

Do Pré tondu . . . . . 289 

Li Sohaiz desvez 293 

La Devise aux Lechéors 3oi 

De celui qui bota la pierre 3o7 

De la Sorisete des Estopes f 3 10 

Li Diz dou Soucretain 3i8 

La Plantez 338 

Li Fabliaux des Treces 343 

De Hueline et d'Aiglantine 353 

Y Le Lunaire que Salemons fist 364 

' Le Tournoiement aus Dames 394 



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5oo TABLE DES PIÈCES. 

Le Département des Livres Page 4°4 

Ce sont les divisions des soixante et douze Biautés qui 

sont en Dames 4°7 

De Marco et de Salemons 4*6 

Voiage d'oultre-mer dn Comte de Ponthieu 4^7 



FIN DE LÀ TABLE, 




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ERRATA. 



Page 


la, vers 


334 


î creauté ; lisez créante. 





38, 


ao 


rayet; lisez raget. 





*9, 


ioi5 


: raut ; /isex rant. 


— .— 


89, 


3o5 


* afise ; lisez asise. 





9 l > 


a 


frelon ; lisez félon. 





ibid. 


12 


fi 5 lises si. 





9*> 


a8: 


despendre ; /«es despenderes. 




93, 


66 


: prens ; lisez preus. 




97» 


306 


: s'il ne fait flancher ne rendre. 




98, 


a35 


: s'enmàie j lisez s'esmaie. 




100, — — 


284 


: lasse , dist-ele , s'ilh dévie. 




1 16 , 


ni 


eluol j lisez elnol. 




120 , 


228 


• hoise ; lisez boise. 




164, 


1189 


pa \ lisez ta. 




a35, 


1369 


sonef $ lisez souef. 




a 56, 


204a 


hosiez j //ses honiz. 




297, 


128 


: dernier 5 /«e« denier. 




33 7 , 


6o5 


: par.... $ /wes par l'abeîe. 




36o, — — 


a45 


• propre j focs porpre. 




410, 


io5 


deuz ; /tsez denz. 




fao, 


33 


heij lisez lui. 



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